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Full text of "Le Liber pontificalis; texte, introduction et commentaire par L. Duchesne (Volume 1)"

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BIBLIOTHEQUE 



ÉCOLES FRANÇAISES D'ATHÈNES ET DE ROME 



2« SÉRIE 



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ERNEST THQRIN, EDITEUR 

LIBRAIRE C-ES BCOtSS FRANÇAISES B'ATPÈNES SX PS ROSE, DU COLLÈGE J>Ê 
El D8 L'ÉCOO-E NORMALE SL1PERIE0RB 

?, PUE DE MÉUIGIET, t-" 



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PRÉFACE 



L'église romaine est, de toutes les églises locales, celle qui possède les fastes les plus anciens, 
les plus complets et les mieux connus. Dès le deuxième siècle elle avait ses catalogues épisco- 
paux, pourvus déjà d'indications chronologiques ; on commençait même à y joindre çà et là 
quelques détails historiques. Deux auteurs qui, au temps de l'empereur Antonin, recueillaient 
les derniers échos de l'âge apostolique, Hégésippe et saint Irénée, appliquèrent aussi leur 
pieuse curiosité à l'étude de la succession épiscopale dans « l'église principale où se conservait, 
pour tous les fidèles, la tradition des apôtres >. C'est seulement au quatrième siècle, dans les 
écrits d'Eusèbe, qu'apparaissent les catalogues épiscopaux d'Antioche, d'Alexandrie, de Jéru- 
salem; le plus ancien que l'on puisse citer pour l'église impériale de Gonstantinople ne 
remonte qu'au déclin du septième siècle. A plus forte raison en est-il de même pour les églises 
de moindre importance, en Occident comme en Orient. 

A Rome, les catalogues primitifs, continués, complétés, remaniés à diverses reprises, s'é- 
largirent, au commencement du sixième siècle, en une suite de notices biographiques où se 
développait toute l'histoire des papes, depuis l'apôtre Pierre. Publié par un clerc anonyme, qui 
mit son œuvre sous le nom du pape Damase et sous la protection de son souvenir, ce premier 
livre épiscopal ou pontifical était sans doute bien imparfait. Dans les siècles suivants on ne 
s'inquiéta guère de le corriger, mais on le continua ; et ces continuations successives, toujours 
de main contemporaine, forment un document historique des plus précieux. Longtemps avant 



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que la cour franque n'eût ses Annales officielles, l'historiographie pontificale était cultivée au 
Latran. A la fin du neuvième siècle on la voit subir une éclipse momentanée ; les notices bio- 
graphiques se restreignent alors à un catalogue sans développements. Mais la tradition 
se renoue bientôt, et, avec quelques vicissitudes, elle se maintient jusqu'au lendemain du grand 
schisme, jusqu'au pontificat de Martin V (f 1431). 

L'influence du Liber pontificalis sur la littérature historique du moyen âge est comparable à 
l'influence de la papauté dans le monde politique du même temps. De bonne heure il fut imité. 
Tout ce qui nous reste de livres épiscopaux, de Gesta episcoporum ou abbatum, a été écrit sur 
son modèle. Pour le moyen âge tout entier, l'histoire des papes était dans ses notices, comme 
l'histoire des empires était dans la chronique de saint Jérôme. C'est un des trois ou quatre 
livres historiques qui formaient le fond indispensable de toute bibliothèque épiscopale ou con- 
ventuelle. La chronique de Martinus Polonus, un des ouvrages les plus répandus au xiv e et au 
xv e siècle, n'est autre chose que la combinaison des notices pontificales avec une série parallèle 
de notices sur les empereurs. 

Il s'en faut bien que le progrès des études et des découvertes ait abouti à le rejeter dans 
l'ombre. Sans doute il est maintenant possible de le compléter, de le contrôler, de le corriger 
même sur plus d'un point. Mais il reste et restera toujours l'un des principaux documents de 
l'histoire des papes et surtout de l'histoire de Rome au moyen âge, de ses monuments, de ses 
crises intérieures, de ses institutions religieuses et politiques. 

C'est ce livre si important, par le sujet qu'il traite, par la valeur des données historiques qu'il 
contient, par l'influence qu'il a exercée depuis sa première apparition, que j'entreprends de pu- 
blier ici. Imprimé d'abord à Mayence, en 1602, d'après une copie d'un manuscrit encore exis- 
tant, son texte passa, sans modification aucune, dans les éditions suivantes, celles de Fabrot, 
(1648), de Bianchini (1718), de Muratori (1723). Vignoli (1723), au lieu de se borner, comme 
les autres éditeurs, à donner en marge les variantes de quelques manuscrits, entreprit de 
mettre ces variantes à contribution pour la constitution du texte. Cet essai ne fut pas 
heureux : Vignoli ne disposait que d'un trop petit nombre de manuscrits; il procédait d'ailleurs 
sans principes certains; aussi son édition est-elle, à beaucoup d'égards, inférieure aux pré- 
cédentes. 

J'ai cru devoir, avant tout, m'enquérir de tous les manuscrits conservés dans les dépôts de 
l'Europe, les classer, collationner ceux qui offrent quelque importance et fonder mon édition du 
texte sur la tradition paléographique la plus ancienne et la plus sûre. En procédant ainsi, je 
suis arrivé à reconstituer une rédaction fort incorrecte au point de vue du style, de la gram- 

maire et de l'orthographe, faite pour étonner les personnes qui ne sont pas familiarisées 

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avec les productions de l'extrême décadence romaine et du latin vulgaire. Je ne protends pas, 
on le conçoit, avoir ressaisi, dans tous ses détails, l'orthographe des textes originaux. Cepen- 
dant les manuscrits sont si anciens, si rapprochés de la rédaction des biographes, qu'on peut 
arriver en ce genre à une grande approximation. Les différences qui ne peuvent manquer 
de subsister entre l'édition et le texte sorti de la plume de l'auteur sont presque toujours de 
nulle importance ; les fautes d'orthographe qu'on lui aura imputées en excès, sur le témoignage 
des copistes, doivent être compensées par celles qu'on lui aura corrigées, d'après les mêmes 
autorités. 

Les documents du texte ainsi établi sont produits au bas des pages, dans l'énorme appareil 
de variantes que j'ai cru devoir publier. On trouvera qu'il y en a trop, et l'on sera de mon avis. 
Mais il ne m'appartient pas de modifier les usages, et ce n'est pas ma faute si la critique du 
Liber pontificalis est obligée de tenir compte d'un si grand nombre de manuscrits. Les personnes 
qui seraient tentées de me blâmer sur ce point feront bien de feuilleter les derniers volumes 
des Sanptores ecclesiastici latini publiés par l'Académie de Vienne ou ceux de la nouvelle collec- 
tion des Monumenta Germaniae, notamment le Jordanes de M. Mommsen. 

Quant aux notes et dissertations de l'introduction et du commentaire, je n'étonnerai per- 
sonne en disant qu'elles ne doivent à peu près rien à ce qu'il y a d'analogue dans les deux 
éditions de Bianchini et de Vignoli. Les sciences historiques, en particulier celle des antiquités 
chrétiennes, ont fait, depuis un siècle et demi, de tels progrès que je me suis trouvé avoir sous 
la main infiniment plus de ressources qu'on n'en pouvait avoir au commencement duxvm 6 siè- 
cle. Peut-être aussi me suis-je donné, pour les réunir et les mettre en œuvre, un peu plus de 
peine que l'on n'en prenait alors. Mais, si je ne suis pas, sur ce point, tributaire de mes devan- 
ciers, je le suis et dans une large mesure, d'ouvrages modernes considérables, parmi lesquels 
ceux de mon illustre ami J. B. de Rossi doivent figurer au premier rang. Mon commentaire 
se réduirait beaucoup si j'en effaçais tout ce qui procède, directement ou indirectement, du 
Bullettino di archeologia christiana, de la Roma sotterranea, des Inscriptiones christianae urbis 
Romae *. 

S'il me fallait énumérer ici, après M. de Rossi, les personnes obligeantes qui m'ont aidé, soit 
en me transmettant des renseignements sur les manuscrits, soit en me rendant des services 
littéraires d'une autre nature, je devrais allonger cette préface d'une liste interminable. Je ne 
puis cependant omettre l'expression d'un remerciement à l'adresse de M. le comte Desbassayns 
de Richemont et de M. Emile Châtelain, qui ont bien voulu me rapporter de leurs voyages les 

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\. Au moment où j'écris ces lignes, le tome (I (i re partie) de ce dernier recueil n'a point encore paru; mais, grâce à la bien- 
veillance de l'auteur, j'en ai eu sous les yeux les épreuves & mesure qu'elles étaient imprimées. 

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photographies de plusieurs manuscrits. Je dois aussi un témoignage spécial de reconnaissance 
à mes supérieurs ecclésiastiques qui m'ont accordé, pour ce travail, bien des facilités, et 
notamment le loisir relatif sans lequel je n'aurais pu le conduire au point où il est arrivé. Enfin, 
je ne saurais oublier que c'est à l'Ecole française de Rome, sous l'œil bienveillant de ses pre- 
miers directeurs, M. Albert Dumont et M. Geffroy, que j'ai commencé les études qui aboutissent 
à ce livre. Pour les continuer il m'a fallu plusieurs fois revenir au nid ; chaque retour a été une 
fête, pour le cœur autant que pour l'esprit. L'érudition n'a pas que des épines. 



N. B. — i. Ce volume s'arrête à la vie d'Hadrien I er . Le suivant comprendra les continuations diverses jus- 
qu'à Martin V. J'y ferai, s'il y a lieu, l'apologie de cette coupure, qui n'est pas conforme à l'usage, pas plus, 
après tout, qu'il ne l'est de publier le Liber pontificalis au delà d'Etienne V. On y trouvera aussi toute une série 
de tables alphabétiques pour faciliter les recherches dans le texte, le commentaire et les introductions. 

2. — L'introduction de ce volume étant une refonte complète de ma première étude, je n'ai cru devoir citer 
celle-ci que dans des cas tout à fait exceptionnels. Il en est de même des mémoires dans lesquels j'ai défendu 
ou complété mes premières conclusions. En voici la liste, dans l'ordre chronologique, avec celle des travaux 
consacrés à ces questions par MM. R. A. Lipsius et G. Waitz. Mes controverses avec M. G. Waitz viennent 
d'être interrompues par sa mort : je ne puis mieux faire que de déposer ici l'expression de mes respectueux 
hommages envers la mémoire de cet illustre savant. 

L. Duchés ne, Etude sur le Liber pontificalis, dans la Bibliothèque des Ecoles françaises d? Athènes et de Home, 1. 1, Paris, Thorin, 
1877. 

G. Waitz, Ueberdie verschiedenen Texte des Liber pontificalis (Neues Archiv, t. IV, [1879], p. 216). 

L. Dughesne, La date et les recensions du Liber pontificalis (Revue des questions historiques, t. XXVI [1879], p. 493). 

R. A. Lipsius, Neue Studienzur Papstchronologie, dans le Jahrbùcher fur protestantische Théologie, t. V [1879], p. 385, et 
t. VI [1880], p. 233. 

L. Dughesne, Le premier Liber pontificalis [Revue des questions historiques, t. XXIX [1881], p. 246). 

G. Waitz, compte-rendu dans YHistorische Zeitschrift, nouvelle série, t. VIII [1880], p. 135. 

L. Dughesne. Le Liber pontificalis en Gaule au vi« siècle (Mélanges d'archéologie et dhisioire publiés par l'Ecole française 
de Rome, t. II [1882], p. 277). 

L. Dughesne, U historiographie pontificale au vm* siècle (lbid., t. IV [1884], p. 232). 

G. Waitz, Ueber den sogenannten Catalogus Cononianus der Pdpste (N eues Archiv, t. IX [1884], p. 459). 

G. Waitz, Ueberdie ltalianischen Handschriften des Liber pontificalis (lbid., t. X [1885], p. 453). 

G. Waitz, Ueber den sogenannten Catalogus Felicianus der Pâpste (lbid., t. XI [1886], p. 217). 

L. Dughesne, Unmot sur le Liber pontificalis (Mélanges à" archéologie, etc., t. VI [1886], p. 275) 



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INTRODUCTION 



CHAPITRE PREMIER 

L'HISTOIRE ET LA CHRONOLOGIE DES PAPES AVANT LE LIBER PONTII'ICALIS 



§ F 



DOCUMENTS DU DEUXIEME SIECLE ET DU TROISIEME. 



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iiôgdsippo. I . — Les premiers linéaments de l'histoire des papes 

ont été tracés au second siècle, dans les listes épiscopales 
dressées par Hégésippe et par saint Irénée. Le premier, 
voyageur venu du p ond de la Syrie, très préoccupé des 
nouveautés doctrinales des gnostiques et de leur désac- 
cord avec la notion authentique de la doctrine chré- 
tienne, avait tenu à s'assurer qu'il y avait dans chaque 
église ou plutôt dans les principales d'entre elles une 
continuité absolue entre l'enseignement des apôtres 
fondateurs et celui des évoques contemporains. A cet 
effet, il s'était enquis un peu partout de la succession 
épiscopale et des anneaux par lesquels elle se reliait 
aux origines. A Rome, la liste qu'il était parvenu à éta- 
blir s'arrêtait au pape Anicet, sous lequel il fit séjour 
dans la capitale de l'empire. Eleuthère était alors diacre 
d'Anicet ; il fut son second successeur, après Soter '. 
C'est au temps d'Eleuthère qu'Hégésippe mit par écrit 
ou du moins publia ses souvenirs de voyage et ses ob- 

i. Fsvoufvo; cfi «v 'Pwuïj JiaJo^qv trroiïjaapjv ps'^pt; 'Avixïjtov, 
■ ov Jtaxovo; ïjv '£).rJ9*oo;. Kai napà 'Avixïjtou âtct$i-%t?cti Scjtt&o, 
utO' ov 'ElwQtpoç. Hégésippe, dans Eusèbe, Uist. EccL, IV, 22. 
Liber pontificalis. 



servations sur les sectes contemporaines. On ne peut 
savoir si la liste épiscopale de Rome s'y trouvait insé- 
rée au complet. Eusèbe ne paraît pas l'y avoir remar- 
quée. 

2. — Saint Irénée, qui écrivit son grand ouvrage sur irénée. 
les hérésies dans les premières années du règne de Com- 
mode, nous a conservé intégralement cette précieuse 
série. Le but qu'il se proposait en la mettant sous les 
yeux de ses lecteurs était exactement le môme que celui 
d'Hégésippe: rendre sensible la continuité de l'ensei- 
gnement ecclésiastique et de la succession tradition- 
nelle. La liste d'Irônée s'arrêtait au pape Eleuthère, 
alors vivant. Le texte grec nous en a été conservé dans 
une citation d'Eusèbe '. 

i. 0ms).ioi?avT«; ovv x«i otxodopjTavT»; oi paxeeptot kiroorrolot tïjv 
ixx).îjgrt«> Aîvw ti&v rfjç fri7X07rçç InrQVpyixv hcyrsipivav. Tovrov tow 
Atvov riavÀo; h raï; ttoô; Ti/xô0jov t7riaTo).aîç jxijxvqTeu, JtaJt^rrac 
<Tc «vrôv'Avîyx^ïjTo;. Mira tovtov dï Tpirw TÔ7rw ouzo twv kttocttoXwv 
t^v JTrtTxojr&v xlïjpoûrat K^q t uij; f ô xai îwpaxw; toùç paxaptouç 
à7roar6/ou; xai ffvuÇiÇÀîjxw; avrot; xai m «vavXov tô xijpvypa tôv 
à7TOTrôXwv xai tjçv rapàJoTiv 7rpô OfQcckuùv *% uv > ou fiôvoc • îr» 
*/àp 7roXÀot OrùsiTrovro tôt* vjtô twv «n'OTTo^wv Jt JtJotyuivot. 'EttI 

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ii DOCUMENTS DU II* ET DU III e SIÈCLES 

Voici la série qui s'en déduit. Après les apôtres : 



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Atvo;, 


Ànaclet, 


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Clément, 


KXvipi;, 


Evariste, 


Eùapê<r:o:, 


Alexandre, 


'A)i;avâfo;, 


Xystus, 


Zucto;, 


Télesphore, 


TcXi^tpopo:, 


Hygin, 


TyTvo;, 


Pie, 


Ilto:, 


Anicet, 


'Avucr/ro;, 


Soter, 


Somip, 


Eleuthère. 


'E>.sû9epo;. 



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Dans une lettre écrite au pape Victor, successeur 
d'Eleuthère, Irénôe reprend une seconde fois cette série, 
en remontant depuis Soter jusqu'à Xystus l . Elle no 
soulevait donc aucune hésitation au temps où il écri- 
vait. Il est à remarquer que saint Irénée connaît, outre 
les noms des papes, plus d'un détail intéressant sur 
quelques-uns d'entre eux. Il identifie Lin avec le per- 
sonnage du môme nom dont il est parlé dans la fé- 
conde épître à Timothée ; il dit que Clément avait vu 
les apôtres et conversé avec eux ; il mentionne la célè- 
bre lettre qui fut écrite de son temps aux Corinthiens 
par l'église de Rome ; il relève le martyre glorieux de 
Télesphore. En joignant à ces renseignements ceux 
que l'on trouve ailleurs dans ses écrits * sur les sectes 
hérétiques de Rome au temps d'Hygin, de Pie, d' Ani- 
cet, sur les rapports de celui-ci avec Polycarpe, sur 
Eleuthère, sur les vicissitudes de la discipline pascale, 
on pourrait déjà former un petit Liber pontificalis. 
Catalogues de 3. —Parmi ces indications, il faut surtout remarquer 
sîècle. U sec ° n l'emploi des noms des papes pour dater certains évène- 

toûtov ovv tov K>>î 4 ix£V70ç CTcco-swç oûx éliyriç zoïq h Koptv0« ywo- 
pivni Kiïstyoîq, inéTTetkrj ij iv Pwuïj cxx^o-ta txavwTaTïjv ypafiv 
toîç Ko/>«0focç, stç eiptfvïjv avpêtêâÇovo-a avroùç xai «vavcoûcra djv 
ttéotiv ccûtwv xat r}v veworl àîrô tgjv ùnQtrcoktûv ituoâSoGtv eik^fti... 
Tôv âï KLjpevTa toûtov £ta&%rrat Evàperroç , xai tôv Ewâpeorov 
'A^sÇav^poç. Eiô' ovrwç «troc cenô twv &izo<ttô\m xccÔioraTat Evoto;, 
/xsrà as toûtov Ts^foyopoç, ô? xai èvo^ôÇwç ipapTÛoijo-iv ÉVfiiTa Tyîvoç, 
«Ta IUoç, p£Ô' ôv *Avtx>jToç. Ataô*eÇapt«vou tôv 'A.vîxïjtov IwTfyoç vûv 

JoxfcxaTb) TÔ7TÛ) TÔV Tïjç èVl<rX07T»ÏÇ CCJTÔ TÛV «7TOOt6}û)V XaTÏ^St X>>JpOV 

•EX«w0«poç. Eusèbe, H. E., V 6; Irénée, Adv. hser, II 31. 

1. Eusèbe., H. E., V 24. 

2. Adv. Haer., I 25, 6; 27, 1; III 3, 3; 3, 4; 4, 3. Lettre à Victor, 
dans Eusèbe, H. E., V 24 ; Lettre des martyrs de Lyon, ibid., 
V3, 4. 



ments ; Tertullien * s'en est servi pour la même fin. 
Ainsi, non seulement on avait, dès le déclin du second 
siècle, une liste épiscopale bien arrêtée et connue du 
public, mais cette liste était établie de façon à pouvoir 
fournir des repères chronologiques. Du reste les études 
les plus récentes sur les anciens catalogues pontificaux 
ont abouti à démontrer qu'il avait existé, dès la fin du 
règne de Commode, une liste des papes où les noms 
étaientaccompagnés de chiffres d'années \ Environ trente 
ans plus tard, l'auteur inconnu du livre contre l'héré- 
sie d'Artémon, contemporain de Zôphyrin, écrivait que 
le prédécesseur de ce pape, Victor, avait été le treizième 
successeur de saint Pierre *. C'est le même compte que 
celui d'Irénée, pour qui Eleuthère, le prédécesseur de 
Victor, était le douzième depuis les apôtres *. 

4. — Le célèbre Hippolyte, prêtre et docteur à Rome Hippolyte. 
au commencement du ni siècle, s'était beaucoup oc- 
cupé de chronologie sacrée et même profane. Outre sa 
table pascale et son cycle de 112 ans, gravés sur le siège 
de sa statue G , il avait rédigé deux autres ouvrages dont 
les titres sont conservés sur le même marbre, au mi- 
lieu d'un catalogue de ses écrits. L'un, AI10AEIZEIC 
XPONQN TOT IIACXA KATA EN TQ IIINAKI, 
devait être la théorie de son comput pascal ; l'autre, inti- 
tulé XPONIKQN, était un livre de chronologie propre- 
ment dite. Le texte grec en est perdu °, mais il en reste 
deux traductions latines dont l'une figure dans la collec- 
tion de documents chronographiques et autres, illustrée 

i. Praescr., 30. 

2. Ad. Harnack, Die Zeit des Ignatius, Leipzig, 1878, p. 74; Lip- 
sius, Die ûltesten Papstverzeichnisse, dans le Jahrb. fur protest. 
Théologie, 1880, p. 78 et suiv. 

3. BtXTOOOÇ, O? ÏJV 70tO~/a«?£XK70Ç «770 IISTÛO'J £V 'Pw/aîj £7ré<7X07ro;. .. 

H. E., V 28, 3. 

4. M. Ad. Harnack (Die Zeit des Ignatius, p. 21 et suiv.) a cru 
pouvoir trouver, dans les chiffres do la chronique d'Eusèbe, de 
saint Pierre à Galliste, un catalogue qui aurait d'abord figuré dans 
la chronique de Jules Africain (222). Cette hypothèse, écartée par 
MM. R. A. Lipsius (lenaer Literaturzeitung, 1878, p. 302 et Jahrb. 
f. prot. TheoL, 1880, p. 234, 254), A. v. Gutschmid {Theol. Literatur- 
zeitung, 1880, p. 76-85), H. éelzer (Sextus Julius Africanus, Leip- 
zig, 1880, p. 281), n'a pas, à ma connaissance, rallié un seul adhé- 
rent. Je me crois donc dispensé d'en tenir compte ici. 

5. Sur cette statue, découverte en 1551 près de la voie Tiburtine, 
au lieu où l'on vénérait le tombeau de saint Hippolyte, et maintenant 
conservée au musée de Latran, v. Bianchini, Anast., t. II, p. 158; 
Corp. inscr. gr., t. IV, n°8613 ; de Rossi, Bull, 1882, p. 29. 

6. Knust, Archiv, t. VIII, p. 216, 217, a cru qu'il se trouvait 
dans la bibliothèque de l'Escurial. Je ne doute pas qu'il n'y ait ici 
une erreur, causée probablement par les catalogues dont parle 
Gh. Graux, Essai sur les origines du fonds grec de l'Escurial, p. 346* 
note 1 ; dans ces catalogues la chronique pascale du vn« siècle 
est mise sous le nom d'Hippolyte. 



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DOCUMENTS DU II e ET DU IIP SIÈCLES. 



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en 354 par Furius Dionysius Filocalus ; l'autre, après 
avoir circulé isolément sous le titre de Liber generatio- 
nis, fut mise en tète de la compilation historique connue 
sous le nom de Frédégaire. M. Mommsen * et, tout 
récemment, M. B. Krusch * ont démontré définitive- 
ment que ce texte latin, que les manuscrits donnent 
sans nom d'auteur, représente bien la Chronique de 
saint Hippolyte. Jusqu'ici on a cru qu'il s'était autrefois 
terminé par une liste des papes, avec des chiffres d'an- 
nées ; cette liste est en effet annoncée dans une table 
des matières, qui se termine ainsi : Nomina episcopo- 
rum Romae et quis quot annis praefuit. Mais la liste 
elle-même ne figure dans aucun des manuscrits de la 
chronique. Comme de plus la rubrique Nomma epis- 
coporum etc., ne se présente pas partout ni de la 
même façon, il y a lieu de reprendre à nouveau la 
question: c'est ce que je vais faire immédiatement. 

Le Liber gcnerationis, comme je viens de le rappeler, 
nous est parvenu en deux traductions. Dans la première, 
celle du recueil chronographique de 354, la table des 
matières se termine ainsi : 

Sacerdotum nomma (les grands prêtres juifs). 

Nomina regum Machedonum ab Alexandro et quis 
quot annos regnavit. 

Imperatorum Romanorum a Gaio Julio Caesareet 
consulibus. 

Dans la seconde, celle qui a servi à Frédégaire, les 
deux dernières rubriques sont omises, ou plutôt dépla- 
cées, car on les retrouve un peu plus haut. On y lit : 

Nomina sacerdotum. 

Nomina Romae et quis quod annis praefuit. 

Quant aux deux rubriques omises à la fin, elles se 
lisent ainsi, quelques lignes auparavant : 

Régis Macedonum ab Alexandro et quis quod annis 
regnavit. 

Impcralorcs Romanorum ab Augusto et quis quod 
annis regnavit. 

En reportant ces deux rubriques au-dessous de No- 
mina sacerdotum, la seconde traduction ne diffère plus 
sensiblement de la première, si ce n'est en ce qu'elle 
contient une rubrique de plus : 

Nomina Romae et quis quod annis praefuit. 

J'ai laissé des points entre Nomina et Romae parce 

i. Ueber den Chronographen vomJahrcZîi, dans les Mémoires de 
l'Académie royale de Saxe, Leipzig, 1850, t. II, p.547 et suiv. 
2. Neues Archiv, t. VII (1882), p. 457 et suiv. 



que le mot qui les sépare fait difficulté. Il s'agit de 
savoir s'il faut lire imperatorum ou episcoporum. 
Voici la tradition paléographique : 

Les manuscrits de Frédégaire, comme l'a démontré 
M. Krusch ', dérivent tous d'un exemplaire actuellement 
conservé, le Parisinus 10910. Or celui-ci porte No- 
mina emperm, qui semble bien devoir se lire Nomina 
emperatorum. D'un autre côté, il existe un manuscrit 
du Liber gcnerationis où celui-ci n'est pas encore com- 
biné avec Frédégaire, et le texte représenté par ce ma- 
nuscrit est, d'après M. Krusch lui-même, la source du 
texte inséré dans les manuscrits de Frédégaire *. Ce ma- 
nuscrit est actuellement à Gheltenham 8 ; il porte, sans 
aucune abrogation, Nomina episcoporum. Il semble déjà 
qu'entre les deux leçons, celle du manuscrit de Chel- 
tenham soit la plus autorisée. Mais d'autres considéra- 
tions la favorisent : d'abord on ne disait pas, en grec, im- 
peratores Romae, mais imper ator es Romanorum, $ol<sù,ûç 
'Ptàixawùv, souverains de tous les Romains, c'est-à-dire 
de l'empire entier; tandis que l'on dit indifféremment 
du pape episcopus Romae, e'7:i<T>to7co; 'Pwpi; ou e'v 'Pwjlyi, 
évêquede la ville de Rome, ou bien episcopus Romano- 
rum, gzwrxoTro; TwjjLauùv. Le génitif latin Romae sup- 
pose ici le mot Tupi; dans le texte original, et le mot 
*Pw[mïî appelle gicMncorcoi et non JtaaiXet;. Ensuite comme 
M. Krusch en fait la remarque, le terme praefuit, qui 
convient très bien au gouvernement épiscopal, ne con- 
vient pas au gouvernement impérial ; pour celui-ci on 
emploie regnavit, ê&xaiXeucrev : les lignes de la table 
que j'ai citées plus haut en fournissent un exemple. 

11 y a donc lieu, je crois, de conformer ici le texte de 
Frédégaire avec celui du Liber generationis de Ghel- 
tenham et d'admettre que, si le mot emperatorum se 
trouve dans le premier, c'est grâce à une distraction 
d'un copiste, qui aura reproduit indûment ce mot, écrit 
à la ligne précédente 4 . De cette façon, la difficulté est 
ramenée à deux points seulement : 1° l'absence de la 



1. Neues Archiv, t. VII, p. 326-345. 

2. L. c, p. 465. 

3. C'est principalement d'aprè3 lui que Labbe (Nova Bibl. Mss., 
t. I, p. 298) a édité le Liber generationis. Il était autrefois à la bi- 
bliothèque du collège de Clermont. Depuis, il a passé dans celle de 
sir Th. Phillipps (n° 1829, Meermann 715), maintenant installée à 
Gheltenham. 

4. Une faute semblable, à propos du pape Marcel, Marcellus 
imperavit ann. /, etc., est signalée par M. Mommsen, 1. c , p. 636, 
dans un des manuscrits du catalogue libérien; elle est due à la 
môme cause que celle-ci. 



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IV 

rubrique Nomma episcoporum dans la version philoca- 
lienne f ; 2° la disparition, dans tous les textes, du cha- 
pitre auquel correspond cette rubrique. En ce qui con- 
cerne la version philocalienne, la disparition du texte et 
de la rubrique est plus apparente que réelle. Quelques 
pages avant le Liber gencrationis, la collection dont cette 
version fait partie contient un catalogue des papes, bien 
plus complet que n'était et ne pouvait être celui d'Hip- 
polyte : je veux parler du catalogue libérien, prolongé 
jusqu'au milieu du iv° siècle. Ce catalogue est précédé 
d'une petite introduction qui se termine ainsi : per suc- 
cessionem disposition quis episcopus quot assis praefuit 
vel quo -imper ante. On reconnaît facilement dans ces 
mots un développement de la rubrique primitive du 
catalogue d'Hippolyte. Si celui-ci ne se trouve pas à 
sa place dans le Liber gencrationis, c'est parce qu'il 
eût fait double emploi avec le catalogue libérien. 

Quant à la seconde version du Liber gencrationis, 
elle a conservé la rubrique, mais non le catalogue d'Hip- 
polyte. Ici encore tout s'explique aisément. D'abord on 
ne peut rien conclure du manuscrit de Cheltenham, 
qui est mutilé à la fin et dont le texte s'interrompt 
avant l'endroit où pourrait se trouver le catalogue. Reste 
Frédégaire*. Eh bien, Frédégaire contient un catalogue 
des papes; seulement il est plus long que celui d'Hip- 
polyte, puisqu'il va jusqu'au pape Théodore (642-649), 
et plus complet, puisqu'il contient les mois et les jours. 
Ce catalogue, que l'on trouvera plus loin, est appa- 
renté à ceux du temps d'Hormisdas et au Liber pontifi- 
calis. Quoi de plus naturel qu'une pareille substitu- 
tion? Un clerc du v:i e siècle ne pouvait évidemment pas 
se contenter de la liste épiscopale d'Hippolyte. Il lui 
fallait un catalogue prolongé jusqu'à son temps. On 
peut en dire autant de la série des empereurs. Dans 
la chronique d'Hippolyte, elle s'arrête à la mort d'A- 
lexandre Sévère. Frédégaire a ajouté, après son catalo- 
gue pontifical et en guise de supplément, une petite 
chronique où la succession impériale est poursuivie 

1. J'appelle ainsi, pour abréger, Inversion insérée dans la collec- 
tion chronographique de 354, bien qu'on ne sache pas avec certi- 
tude si Filocalus a été l'auteur de cette version ou de la col- 
lection dont elle fait partie, ou s'il n'a fait que copier et illustrer 
le manuscrit original. 

2. Ici le nom de Frédégaire, qui, comme on le sait, est un nom 
purement hypothétique, désigne, non le premier auteur de la com- 
pilation, lequel écrivait en 613, mais le second, celui qui la remania 
en 642. Ils étaient l'un et l'autre sujets du roi de Bourgogne et 
habitants du pays d'Avenches, au delà du Jura (Krusch, 1. c. 
.p. 436 et suiv.). 



DOCUMENTS DU II e ET DU III- SIÈCLES. 



jusqu'à Héraclius (f 641). Il est vrai que le raccord de 
ces pièces avec le Liber generationis n'est pas très bien 
exécuté ; mais la préoccupation de donner un supplé- 
ment à la chronique du m e siècle se révèle avec la plus 
grande évidence. 

On peut donc admettre, au moins comme fort proba- 
ble, que le Liber generationis ou chronique d'Hippo- 
lyte se terminait par un catalogue pontifical et que ce 
catalogue contenait, outre les noms des papes, l'indi- 
cation de leurs années de siège. 

Cette conclusion, tirée de la seule histoire du 
texte du Liber generationis, est vérifiée a posteriori 
par l'existence d'un catalogue pontifical qui s'est 
arrêté d'abord au pape Pontien , c'est-à-dire précisé- 
ment au moment où devait s'arrêter celui d'Hippo- 
lyte. Ce catalogue est celui qui a servi de base au 
rédacteur du catalogue libérien pour la première par- 
tie de la série pontificale , depuis saint Pierre jus- 
qu'à Pontien. On verra bientôt que ce rédacteur a 
eu à sa disposition une liste des papes avec l'indica- 
tion de leurs années de siège, mais sans aucun autre 
détail \ depuis saint Pierre jusqu'à Tannée 235; que 
cette liste se continuait, pour un espace de vingt ans 
environ, par une série de petites notices, évidemment 
rédigées par un contemporain ; enfin, que le premier 
fait mentionné dans ces notices, c'est l'exil, simultané 
du pape Pontien et du prêtre Hippolyte, en 235. L'as- 
pect, les limites, le mode de continuation de cette liste 
pontificale, tout concourt à l'identifier avec le catalogue 
d'Hippolyte, tel qu'il figurait dans les manuscrits pri- 
mitifs de son Liber generationis. On trouvera plus loin, 
p. îx, une restitution approximative de ce document, 
d'après le texte du catalogue libérien. 

5. — Les petites notices par lesquelles il fut d'abord j, ( , .-oniinuateur 
continué et qui sont reproduites aussi dans le catalogue l /23.v2n^!° 
libérien ressemblent beaucoup à celles du Liber pon- 
tificalis. Il s'en est fallu de peu que celui-ci ne prît nais- 
sance au milieu du troisième siècle. Si l'exemple donné 
parle continuateur d'Hippolyte avait été suivi, cette pre- 
mière ébauche n'eût pas manqué d'être perfectionnée 
et nous aurions, sur l'ancienne histoire des papes, un 
document de premier ordre, d'autant plus important 
que la seconde moitié du troisième siècle ne nous est 
que très imparfaitement connue par les maigres ren- 

1. Sauf peut-être une note où l'apparition du Pasteur d'Hermas 
est rattachée à l'épiscopat du pape Pie I". 



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DOCUMENTS DU II e ET DU III» SIÈCLES. 



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seignements d'Eusèbe. Malheureusement aucun con- 
temporain n'entreprit de continuer la série des notices 
pontificales, et lorsque le catalogue d'Hippolyte fut re- 
manié au temps de Libère et de Filocalus, il le fut 
par quelqu'un qui s'intéressait plus à la chronologie 
qu'à l'histoire proprement dite. 
Kntièhe. 6. — On sait qu'Eusèbe, dans ses deux grandes compi- 
lations historiques, la Chronique et Y Histoire ecclé- 
siastique, enregistre avec soin les successions épiscopales 
de Rome et des grandes églises d'Orient, Alexandrie, 
Antioche et Jérusalem. En ce qui regarde la chrono- 
logie des papes, il a eu à sa disposition deux catalo- 
gues qui différaient notablement l'un de l'autre, non 
pas sur les noms et Tordre de succession, mais sur 
la durée des pontificats. Le premier lui a servi pour 
sa Chronique, le second pour son Histoire ecclésiasti- 
que. Tous les deux s'arrêtent à Marcellin, dont les an- 
nées ne sont pas indiquées ; autrement dit, ils vont 
jusqu'à la persécution de Dioclétien. Les voici, tels qu'ils 
peuvent se déduire des données éparses dans les deux 
compilations historiques. Pour la Chronique, je n'ai 
tenu compte que de la version arménienne ; car dans 
celle de saint Jérôme les chiffres originaux sont rempla- 
cés par ceux de l'Histoire ecclésiastique '.Les chiffres 
entre parenthèses représentent les variantes acciden- 
telles de saint Jérôme par rapport à ce dernier texte. 





Chronique. 


Hist. ecclés. 


Petrus 


ann. XXV ' 


XXV 




Linus 


ann. XI1II 


XII 


(XI) 


Anencletus 


ann. VIII 


XII 




Clemens 


ann. VIIII 


VIIII 




Evarestus 


ann. VIII 


VIII 


(VIIII) 


Alexander 


ann. X 


X 




Xystus 


ann. XI 


X 




Telesphorus 


ann. XI 


XI 




Hyginus 


ann. I1II 


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Pius 


ann. XV 


XV 




Anicetus 


ann. XI 


XI 




Soter 


ann. VIII 


VIII 




Eleutherus 


ann. XV 


XV 





1. Il en est de même dans un mauvais remaniement syriaque de 
la chronique d'Eusèbe, terminé à l'année 636 et publié parRœdiger 
dans l'édition de Schœne, t. II, p. 203 et suiv. Le catalogue que 
M. Lipsius (Chronologie der rôm. Bischôfe, p. 27) en a extrait est 
très défectueux et sans aucun intérêt. 

2. Ann. XX dans le texte arménien, évidemment fautif. 



Victor 

Zephyrinus 

Callistus 

Urbanus 

Pontianus 

Anteros 

Fabianus 

Cornélius 

Lucius 

Stephanus 

Xystus 

Dionysius 

Félix 

Eutychianus 

Gaius 

Marcellinus 



Chronique. 

ann. XII 



ann. 

ann. 

ann. 

ann. 

mens. 

ann. 

ann. 

mens. 

ann. 

ann. 

ann. 

ann. 

mens. 

ann. 



XII 

VIIII 

VIIII ' 

VIIII a 

I 

XIII 

III 

II 

II 

XI 

XII a 

XVIIII ' 

II 

XV 



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Hist. ecclés. 

X 

XVIII 
V 

VIII 
VI 

I 

XIII 

III 

VIII 

II 

XI 

VIIII 

V 

X (m. VIII) 

XV 



(VIIII) 

(V) 



(II) 
(III) 



On voit que les catalogues d'Eusèbe, quelle que soit 
leur divergence dans les chiffres, coïncident exacte- 
ment en ce qui regarde les noms et l'ordre de succes- 
sion des papes durant les trois premiers siècles. De 
plus, ils sont absolument d'accord avec Ja liste de saint 
Irônée, la seule liste plus ancienne qui puisse leur être 
sûrement comparée. Etaient-ils également d'accord avec 
le catalogue d'Hippolyte? C'est ce qu'on ne saurait dire 
avec certitude, car ce dernier document ne nous est 
point parvenu isolé et dans sa forme originale. 

En dehors de ses catalogues 3 , Eusèbe put consulter 
un grand nombre d'écrits intéressants pour l'histoire 
des papes et de l'église romaine ; mais il n'entrait pas 

1. La date manque dans l'arménien; mais en comparant le total 
des années des papes précédents, c. à d. 182 ans, avec la différence 
des dates d'avènement indiquées pour Pontien (2246 Abr.) et pour 
saint Pierre (20o5), c.à d. 191 ans, on trouve 9 ans pour le pontificat 
d'Urbain. Ce chiffre n'est d'ailleurs qu'approximatif, car les dates 
d'avènement sont presque toujours marquées de travers (Lipsius, 
/. c, p. 9). 

2. Les chiffres de Pontien, Denyset Félix sont évidemment cor- 
rompus, surtout les deux derniers. M. Lipsius (1. c, p. 10 et suiv.) 
les corrige en an. VI, an. VIII et an. V. 

3. Pour plus ample informé sur les listes et les chiffres d'Eusèbe, 
dont la discussion est en dehors du programme de cet ouvrage, on 
peut consulter Lipsius, Chronologie der rômischen Bischôfe, p. 6 et 
suiv. ; Neue Studien zur Papstchronologie , II, Die ultesten Papst- 
vcrzeicluiisse, dans leJahrb. fur prolest. Théologie, 1880, p. 78 et suiv.; 
— Erbes, Ueber Flavius Clemens von Rom, même revue, 1S78, p\ 690; 
Die Chronologie der antiochenischen und der alexandrinischen 
Bischôfe, ibid., p. 1879, 464; —A. Harnack, Die Zeit des Ignatius, 
Leipzig, 1878; — Iiort, compte rendu dans YAcademy du 15 sept. 
1871 et Dictionary of Christian antiquities, t. II, p. 1656 et suiv.; 
-- Ch. de Smedt, Dissertationes selectae, 1. 1, Gand, 1876, p. 301-326. 



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CATALOGUE LIBÉRIEN. 



dans son plan d'entreprendre cette histoire spéciale. 
Quant à ses catalogues eux-mêmes, il se borne à en 
faire usage aux endroits convenables, sans reproduire 
leur texte en entier et isolément. En somme, le pre- 
mier travail, je ne veux pas dire sur l'histoire, mais sur 



la chronologie des papes qui nous soit parvenu sous sa 
forme propre et primitive, c'est le catalogue qui fait 
partie du recueil chronographique de 354 ; ce catalo- 
gue s'arrête au pape Libère (332-366) ; voici le moment 
d'en parler avec quelque détail. 



§ ii- 



LE CATALOGUE LIBERIEN ET LES AUTRES DOCUMENTS DU QUATRIEME SIÈCLE. 



Le chronogra- 
phe de 354. 



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7. — La collection chronographique de 354 4 s'est 
conservée pendant le moyen âge dans deux manuscrits 
connus : l'un d'eux a complètement disparu ; de l'autre il 
ne reste que des fragments ; mais tous les deux ont 
été copiés avec soin et les copies subsistent encore. 

Le plus ancien, qui maintenant est perdu, se trou- 
vait à Luxembourg en 1560; il passa, en 1580, aux 
mains d'un M. d'Asson ville, conseiller du roi d'Espa- 
gne à Bruxelles ; en 1620 on le retrouve entre les mains 
d'un président d'Arras, peut-être le même personnage 
que le précédent ; il fut alors prêté à Peiresc, dans la 
correspondance duquel il est longuement décrit ; de- 
puis lors on en a perdu toute trace. Peiresc l'estimait 
du vin ou du ix e siècle. Il contenait de magnifiques 
illustrations, dont il subsiste des copies à la plume, en- 
voyées par Peiresc à Aleander ; elles étaient conservées 
autrefois dans la bibliothèque Barberini ; maintenant la 
plupart se trouvent au Vatican (n°9135). Quant au texte, 
on en a une copie exécutée par Herbert Rosweyde ; cette 
copie, qui appartenait aux Bollandistes, est entrée à la 
bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles, sous la cote 
7542-7548. La copie de Bruxelles et celle de Rome 
représentent donc à elles deux le manuscrit de Peiresc. 

Le second manuscrit ancien du chronographe appar- 
tenait autrefois au chapitre de Strasbourg auquel il fut 
donné par l'évêque Wernher (1001-1029); il en reste 
deux fragments, conservés maintenant à la bibliothèque 
de Berne (n 08 108 et 128) ; l'écriture est du ix e siècle. 
Il était encore entier quand il fut copié, vers 1480, pro- 
bablement pour Jean Fuxmagen 



(f 1499), conseiller 



1. Mommsen, Vahcr den Chronographen vom Jahre 354, dans les 
Âbhandlungen de l'Académie royale do Saxe, t. I, Leipzig, 1850, 
p. 547 et suiv.; — cf. Corp. iîiscr. lat., t. I, p. 332,333, 483, 484. 



de l'emperenr Maximilien. La copie se trouve à la bi- 
bliothèque impériale de Vienne (n° 3416). 

Les deux manuscrits représentés actuellement par 
les copies de Bruxelles et de Vienne n'avaient point 
été transcrits sur le même original : le second était beau- 
coup plus complet que le premier. En le prenant comme 
type de la collection, on voit que celle-ci comprenait 
trois parties, dont la première seulement figurait dans 
le manuscrit de Peiresc : 

1° un recueil constitué définitivement en 354, mais 
comprenant des pièces plus anciennes ; 2° un recueil 
formé en 334 ; 3° des annales continuées jusqu'en 539. 
Cette dernière partie est une addition postérieure : telle 
qu'elle fut publiée en 354, la collection ne comprenait 
que les deux premiers recueils. Voici le détail des 
pièces qu'elle renferme : 

Première partie. — 1. Un calendrier romain pour l'usage 
civil, rédigé en 354; 

2. Des fastes consulaires, depuis Bru tus et Collatin 
jusqu'à l'année 354 ; 

3. Une table pascale, de 312 à 411, contenant, jus- 
qu'à l'année 342, les pâques réellement célébrées 
à Rome, et, au delà de 342, les pâques calculées 
d'après le cycle lunaire et les règles de comput 
qui étaient en vigueur au quatrième siècle 
dans l'église romaine * ; 

4. Une table des préfets de Rome, avec dates con- 
sulaires, de 254 jusqu'à 354 ; 

5. Deux tables d'anniversaires, l'une des papes 
(deposùio episcoporum) , l'autre des martyrs 

i. DeRossi, Inscr., t. I, p. lxxxv et suiv: — Krusch, Der 84/tf/t- 
rige Oslwcyclus, Leipzig, 1880, p. 65-75. 



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(item clepositio martyrum) ; la première dressée 
en 336 et complétée entre 352 et 366 , la seconde 
vraisemblablement du même temps ; 
6. Un catalogue des papes (catalogue libérien ou 
philocalien ) dont la base est un document pri- 
mitivement arrêté en 235 ; ce catalogue a été 
rédigé en 336 et réédité du vivant du pape Libère 
(352-366). 

Le calendrier est orné d'illustrations magni- 
fiques ; il porte au frontispice une dédicace à un 
certain Valentinus, pour lequel cette collection 
aura été exécutée ; on y lit la signature de Filo- 
calus, le calligraphe du pape Damase : Furius 
Dionysius Filocalus titulavit. 
Seconde partie. — 1. Une chronique depuis l'origine du 
monde jusqu'en 334 ; c'est le Liber generationis 
ou chronique d'Hippolyte (235), avec quelques 
remaniements et compléments; 

2. Une chronique romaine, comprenant les rois et 
les empereurs jusqu'à la mort de Licinius (323); 

3. La Notifia regionum urbis Romae, rédaction de 
l'année 334. 

Troisième partie. — Cette troisième partie ne contient 
que des annales, rédigées d'abord à Rome, semble- 
t-il, puis à Ravenne. Le manuscrit de Vienne en 
présente deux exemplaires, tous deux incomplets ; 
l'un est intercalé entre le calendrier et les fastes, 
l'autre entre les deux premiers recueils, après le 
catalogue des papes; en les réunissant on parvient 
à reconstituer une liste des rois de Rome, puis des 
fastes consulaires depuis César (47 av. J.-C. ) 
jusqu'à l'entrée de Bélisaire à Rome (536) ; il 
manque encore la partie qui va de 404 à 437. Les 
événements sont enregistrés à la suite des dates 
consulaires. La date de ce document, les diffé- 
rences que l'on trouve entre ses fastes et ceux qui 
sont employés dans les autres parties de la collec- 
tion, certaines attenances avec le comput pascal de 
Prosper, autorisent à le considérer comme une in- 
terpolation postérieure '. 

1. Toutes les parties de la collection, sauf le calendrier et la No- 
titia regionum, ont été publiées par M. Mommsen à la suite du 
mémoire cité plus haut; le calendrier figure maintenant dans le 
tome l» du Corpus inscr. lat. y p. 334-356 et laNolitia regionum à la fin 
du t. II de la Topographie der Stadt Rom de Jordan ; de nouveaux 
fragments, apparentés aux annales de la troisième partie, ont été 
publiés par M. de Rossi, Bull. 1867, p. 17-23. 



Il n'y a en revanche aucun doute que les deux pre- 
mières parties n'aient été combinées ensemble dès l'an- 
née 354 et peut-être même plus tôt. La première partie, 
qui contenait des tables des consuls, des préfets et des 
évêques de Rome, eût été incomplète sans une liste des 
empereurs ; or, celle-ci ne se trouve que dans la seconde 
partie. D'un autre côté, dans la traduction du Liber 
generationis d'Hippolyte, par laquelle s'ouvre la seconde 
partie, on a supprimé les deux chapitres relatifs aux 
empereurs et aux évêques de Rome : pourquoi? Parce 
que le chapitre sur les empereurs est remplacé par la 
chronique urbaine depuis César jusqu'à Licinius et parce 
que le catalogue des papes figure déjà plus haut. La con- 
nexion entre les deux parties est donc évidente : le 
manuscrit de Vienne ne représente point la fusion acci- 
dentelle de deux recueils primitivement isolés, mais 
l'état de la collection telle qu'elle fut constituée en 354 
et même auparavant. 

Que ce livre ait été rédigé pour un chrétien, cela 
ressort déjà de la nature de plusieurs des pièces qu'il 
contient, la table pascale, celle des annhersaires des 
papes etdes martyrs, le catalogue des papes, le Liber ge- 
nerationis. La liste des préfets, la chronique impériale 
et la Notitia regionum n'offrent aucun indice de chris- 
tianisme ; on peut en dire autant du calendrier. Cepen- 
dant il est à remarquer que celui-ci a. été dépouillé de 
toutes les indications religieuses relatives aux sacrifices 
et autres cérémonies du culte païen ; la notation des 
jours fastes ou néfastes a disparu. En fait de supersti- 
tions, il n'y a guère que l'astrologie qui soit repré- 
sentée , par certains renseignements sur l'influence 
ouïes révolutions des planètes. Les fêtes antiques sont 
indiquées , mais simplement comme j ours fériés ou affectés 
à la célébration des jeux; c'est dans cette catégorie 
d'indications que rentre le natalis invicti, marqué au 
25 décembre, aveemention des courses du cirque. Dans 
les fastes consulaires quelques événements chrétiens 
sont notés : la naissance (1) et la mort (29) du Christ, 
l'arrivée à Rome des apôtres Pierre et Paul (33) et leur 
martyre (55) ; de plus, on marque pour chaque année 
le jour de la semaine planétaire qui correspond au 1 er jan- 
vier et l'âge de la lune à ce même jour; cette dernière 
donnée est calculée d'après le cycle pascal de 84 ans, 
commençant en 298, c'est-à-dire d'après le cycle dont 
se servait l'église romaine au milieu du quatrième 
siècle. 



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CATALOGUE LIBÉRIEN. 



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Ainsi, le livre illustré et peut-être compilé par Filo- 
calus nous représente une sorte de manuel où se trou- 
vent groupés tous les renseignements chronographiques 
et môme topographiques nécessaires, au temps de la 
dynastie de Constantin, à un habitant de Rome qui fai- 
sait profession de christianisme. La chronique univer- 
selle d'Hippolyte l'orientait dans l'histoire des anciens 
temps conçue suivant les idées chrétiennes ; l'histoire 
particulière de Rome lui était donnée par la chronique 
impériale ; les fastes consulaires lui fournissaient l'é- 
chelle des dates ; la liste des préfets lui permettait de 
se retrouver au milieu des actes de l'administration 
urbaine ; le calendrier, de suivre les phases de l'année 
civile et des fêtes publiques. Au point de vue stricte- 
ment chrétien, il trouvait dans le catalogue des papes 
une ébauche de l'histoire de son église ; les dates pas- 
cales étaient calculées pour un long espace de temps 
dans la table centenaire; les deux listes d'anniversaires 
l'avertissaient des principales fêtes ou commémorations 
que l'église de Rome avait à célébrer chaque année. La 
partie topographique du recueil était, il est vrai, moins 
complète. La Notitia ne mentionne aucun édifice chré- 
tien; les régions qu'elle décrit sont les quatorze régions 
d'Auguste, et non les sept régions ecclésiastiques ; la 
chronique impériale relate la construction de beaucoup 
d'édifices civils, surtout de bains publics , mais elle ne 
parle pas des églises. 11 semble que le continuateur du 
catalogue des papes ait voulu combler cette lacune en 
citant les basiliques construites sous le pape Jules : il 
aurait eu beaucoup à dire s'il avait voulu remonter plus 
haut et parler des fondations de Constantin et de Sil- 
vestre. 

Un tel livre n'a bien évidemment aucun caractère 
ecclésiastique officiel. Le nom de son destinataire, Va- 
lentin, ne figure pas sur la liste des papes; il ne saurait 
être celui d'un archidiacre, diacre, ou prêtre de l'église 
romaine : car s'il en était ainsi, la collection serait plus 
complète sur les régions ecclésiastiques, les établisse- 
ments de bienfaisance, les églises, les cimetières; on 
n'y trouverait pas certaines indications superstitieuses. 
Filocalus, le décorateur du volume d'où nos manus- 
crits dérivent, travailla plus tard pour le pape Damase 
(366-384) ; mais il a fort bien pu exécuter vers le mi- 
lieu du quatrième siècle des peintures de manuscrits 
pour des personnes laïques et privées. Quant aux pièces 
qui furent insérées dans le recueil, plusieurs ont un ca- 



ractère officiel, comme le calendrier, les fastes, la 
table des préfets; d'autres, comme la chronique univer- 
selle et la chronique impériale, sont des compilations 
privées; les deux tables d'anniversaires des évoques 
et des martyrs sont empruntées aux calendriers ecclé- 
siastiques de Rome, ou tout au moins doivent être con- 
sidérées comme d'accord avec eux. Mais que penser 
de la provenance du catalogue des papes? 

8. — Le seul usage solennel que l'église romaine pût 
faire d'un catalogue de ses anciens évêques, c'était de s'en 
servirpour réciter leurs noms dans les commémorations 
liturgiques. L'auteur de notre catalogue a trouvé évidem- 
ment un documentplus circonstancié que de simples dip- 
tyques. Rien ne prouve a priori qu'il ait dérivé ses ren- 
seignements de catalogues officiels conservés dans les 
archives de l'église romaine plutôt que de travaux parti- 
culiers, antérieurs au temps où il écrivait. En étudiant de 
près sa rédaction, on arrive aux conclusions suivantes : 
1° Les dates consulaires du catalogue pontifical sont 
empruntées précisément aux fastes publiés dans la col- 
lection philocalienne ; on peut en dire autant des syn- 
chronismes impériaux, qui paraissent en rapport avec 
la liste des empereurs contenue dans la chronique im- 
périale ; 

2° Depuis saint Pierre jusqu'à Pontien (30-235), 
dates et synchronismes ont été ajoutés après coup à une* 
liste des papes qui ne contenait , sauf pour Pontien et 
peut-être pour Pie, d'autre indication que leurs noms 
et la durée de leurs pontificats exprimée en années, 
peut-être en années, mois et jours. En tout cas, l'auteur 
du catalogue n'a tenu compte que du chiffre des années 
et il y a adapté sa notation consulaire de telle façon que 
l'année de l'avènement d'un pape est toujours l'année 
qui suit celle où son prédécesseur est mort. Ainsi les 
papes semblent n'avoir siégé que des années pleines, 
sans fraction, être entrés régulièrement en charge le 
1 er janvier et être morts le 31 décembre ; 

3° La liste des papes qui a servi de point de départ 
était disposée ainsi qu'il suit * : 

1. Je néglige ici les chiffres de mois et de jours comme n'ayant 
pas été mis en ligne de compte dans l'adaptation des dates consulai- 
res. Les chiffres d'années sont ceux qui se déduisent des dates con- 
sulaires ; quand ils ne se trouvent pas d'accord avec ceux que le 
catalogue indique, on les a imprimés en caractères penchés, excepté 
celui de saint Pierre qui devrait être XXVI si on lui appliquait ri- 
goureusement la loi que fournit le reste do la série. Les chiffres 
d'Anicet, d'Eleuthère ei de Zéphyrin manquent dans les manus- 
crits du catalogue libérien. 



Le catalogue 
libérien. 



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CATALOGUE LIBÉRIEN. 



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Linus 


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XII 


56-67. 


Clemens 


ann. 


VIIII 


68-76. 


Cletus 


ann. 


VII 


77-83. 


Ànacletus 


ann. 


XII 


84-95. 


Evaristus 


ann. 


XIII 


96-108 


Alexander 


ann. 


VIII 


109-116 


Xystus 


ann. 


X 


117-126 


Telesphorus 


ann. 


XI 


127-137 


Hyginus 


ann. 


XII 


138-149 


Anicetus 


ann. 


IIII 


150-153. 


Pius 


ann. 


XVI 


146-161. 


Soter 


ann. 


VIIII 


162-170. 


Eleutherus 


ann. 


XV 


171-185. 


Victor 


ann. 


XII 


186-197. 


Zephyrinus 


ann. 


XX 


198-217. 


Callistus 


ann. 


V 


218-222. 


Urbanus 


ann. 


VIII 


223-230. 


Pontiahus 


ann. 


V 


230-235. 



Outre le dédoublement Clet-Anaclet, qui sera discuté 
plus loin, cette liste contient déjà une erreur certaine, 
Anicet placé avant Pie. L'adaptation des notes consu- 
laires en a occasionné une seconde. Le compilateur dis- 
posait de deux dates, celle de la Passion (29) et celle 
de l'exil de Pontien (235) : il semble être parti à la fois 
de ces deux extrémités, descendant à partir de l'an 29 
jusqu'à Anicet, dont la mort est ainsi fixée à 153, 
et remontant à partir de Pontien jusqu'à Pie, dont la 
dernière année correspond à 161; mais comme entre 
154 et 161 il n'y avait que huit ans, tandis que sa 
liste en portait seize, il se vit embarrassé. Pour sortir 
de cette difficulté il trouva tout simple de reporter 
jusqu'à l'an 146 l'avônement de Pie, de sorte que, pour 
l'intervalle 146-153, il indique en réalité deux papes, 
Pie et Hygin de 146 à 149, Pie et Anicet de 150 à 153. 

4° Cette liste des papes, qui s'arrêtait à l'année 
235, comme le Liber generationis d'Hippolyte, et men- 
tionnait, en terminant, l'exil d'un prêtre romain appelé 
Hippolyte, ne peut guère être différente de celle dont 
le titre figure dans la table du Liber generationis : 

NOMLNA EPISCOPOIUJM ROMAE ET QUIS QUOT ANNIS PRAEFUIT. 

Il est toutefois impossible de savoir si la note relative 
au Pasteur d'Hermas appartient à la rédaction grecque 
primitive ; on peut en dire autant du dédoublement Glet- 
Anaclet et de l'interversion des deux papes Anicet et Pie. 
Liber pontificalis. 



5° Pour Pontien et ses successeurs Antéros, Fabien, 
Cornélius, Lucius, le compilateur du quatrième siècle 
trouva vraisemblablement à la suite de la liste précé- 
dente et dans quelque exemplaire du Liber generationis 
d'Hippolyte, de petites notices, de main contemporaine. 
Peut-être les quatre premières contenaient-elles déjà les 
dates consulaires que nous trouvons dans le catalogue 
libérien ; en tout cas ces dates sont exactes. 

6° On ne peut en dire autant des dates suivantes, 
de Lucius, d'Etienne, et de celle de l'avènement de 
Xystus II. Toutes ces dates sont fausses et quelquefois 
même inconciliables entre elles. En effet Lucius est mort 
en 254 : or on le fait vivre jusqu'en 255, tout en fixant 
à l'année 253 l'avènement de son successeur Etienne. 
Celui-ci a siégé en réalité de 254 à 257 : or on le fait 
mourir en 255, la même année que Lucius. Xystus II 
a succédé à Etienne en 257 : or son avènement est indi- 
qué à la date de 256. Notre auteur n'aura donc point 
trouvé les dates consulaires de ces papes dans un do- 
cument autorisé, ou bien, ce qui est encore possible, il 
les aura transcrites avec beaucoup de négligence. 

7° Dans la dernière partie du catalogue, depuis 
Xystus II, on trouve le plus souvent l'indication du jour 
où le pape est mort et même du jour où il a inauguré 
son pontificat. Cependant il y a ici un peu d'irrégularité. 
Le jour de la mort est omis pour trois papes, Félix, 
Marcellin, Marcel; il était pourtant facile de relever 
cette indication dans la table des anniversaires des évo- 
ques (depositio episcoporurn) l . Quant au jour de l'ordi- 
nation, il est omis pour Xystus II, Félix, Eutychien, Mar- 
cel. Les natales ordinationis étaient marqués au qua- 
trième siècle dans les calendriers des églises et nous en 
avons la preuve pour celle de Rome 3 . Notre auteur aura 
pu les trouver dans quelque document de ce genre, 
s'ils ne figuraient pas déjà sur sa liste des papes. Quant 
aux dates consulaires, il est probable qu'il en aura 
trouvé quelques-unes, comme celles de la persécution 
de Valérien (Tusco et Basso = 258) et de la persécution 
de Dioclétien [Diocletiano VIIII et Maximiano VIII = 
304), auxquelles pouvaient être joints quelques rensei- 
gnements sur l'interruption de l'ôpiscopat pendant ces 
deux persécutions: et presbyteri praefuerunt..., quo 
tempore fuit persecutio et cessavit episcopatus... Les 



1. Marcellin cependant ne paraît pas y avoir figuré, comme 
je l'expliquerai plus loin. 

2. De Rossi, Roma sott., t. I, p. 113. 

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autres dates, jusqu'à Miltiade (f 314), sont souvent en 
contradiction avec les indications chronologiques aux- 
quelles elles sont jointes dans le catalogue lui-même. 
Comme les moyens de vérification nous font défaut, il 
n'est pas toujours facile de savoir où est la vérité. 

À partir de la date obituaire de Miltiade, il n'y a plus 
de difficulté. On indique régulièrement et exactement 
les dates du jour et de l'année de l'avènement et de la 
mort du pape. Pour le pape Jules, on y joint la mention 
de cinq basiliques fondées par lui. Pour Libère, les 
dates initiales sont seules indiquées, ce pape étant 
encore vivant au moment où le catalogue se publiait. 

8° Quant au synchronisme des empereurs , il est 
donné à peu près exactement partout, sauf pour les 
trois papes Tôlesphore, Hygin et Anicet, placés, le pre- 
mier sous Antonin et Marc-Aurèle, les deux autres sous 
Marc-Aurèle et Verus ; ceci est en contradiction avec 
leurs datés consulaires et aussi avec le synchronisme 
impérial de Pie, qui (n fait un contemporain d' Anto- 
nin, bien que ses deux prédécesseurs Hygin et Anicet 
soient. placés sous Marc-Aurèle. Cette confusion se pro- 
duit au même endroit de la série où nous avons signalé 
un si étrange raccordement des dates consulaires. Il 
faut remarquer aussi que, pour quatre papes, Antôros, 
Corneille, Xystus II et Eusèbe, le synchronisme n'est 
pas indiqué. Dans la seconde partie du catalogue, de- 
puis Lucius, l'auteur paraît avoir eu l'intention d'indi- 
quer plutôt sous quel règne a commencé le pontificat 
que de mesurer exactement la coïncidence chronologique 
entre les papes et les empereurs. C'est ainsi qu'il place 
sous Aurélien (f mars 275) le pape Eutychien (3 janvier 
275-7 décembre 283) ; sous Carus (f décembre 283) 
et Carinus (f 285) le pape Gaius (17 décembre 283- 
22 avril 296) ; sous Constantin (f 22 mai 337) le pape 
Jules (6 février 337-12 avril 352). Pour ce dernier, il est 
vrai, on peut supposer une erreur de copiste, qui aurait 
transformé en Constantini le nom de l'empereur Cons- 
tant. Tous ces synchronismes ont été ajoutés, comme 
la plupart des dates consulaires, par le compilateur du 
catalogue, en 336 ou en 354. 

En somme le rédacteur du catalogue libérien a fait 
œuvre de chronologiste et non d'historien. Il a cherché 
à donner une tournure plus uniforme et plus complète 
aux renseignements que lui fournissait le catalogue 
d'Hippolyte avec ses continuations diverses ; mais il n'a 



pas entrepris d'écrire des biographies pontificales, pas 
même pour les papes de son temps, car on ne peut 
considérer comme une notice biographique rémunéra- 
tion des cinq églises fondées par Jules. Cependant son 
travail a servi de cadre au Liber pontificalis; sauf quel- 
ques retouches et quelques omissions, il y est entré 
tout entier; c'est par son intermédiaire que le Liber pon- 
tificalis se rattache à la tradition d'Hippolyte et d'Irô- 
née ; aussi ai-je cru devoir le reproduire en entier et à 
la première place parmi les textes étroitement apparen- 
tés au recueil des notices pontificales. 

9. — Après Filocalus, l'histoire pontificale retombe 
dans le même stade qu'auparavant. Les controversistes 
orthodoxes continuent à alléguer la succession des papes 
comme argument de la tradition apostolique ; les dates 
de leur sépulture ou même de leur ordination sont mar- 
quées dans les calendriers romains * ; enfin les chroni- 
queurs, à l'exemple d'Eusèbe, enregistrent la date de 
leur avènement et la durée de leur épiscopat. Parmi 
les controversistes du quatrième siècle on en connaît 
trois qui ont décliné le catalogue pontifical, saint Optât, 
saint Augustin et l'auteur inconnu du poème contre Mar- 
cion. C'est aux Donatistes que les deux évoques africains 
opposent la succession des papes, en se servant d'un 
catalogue évidemment identique a ; le voici : 

Petrus, 
Linus, 

i. v. ch. m, s ». 

2. Optât, de schism. Donat., H, 3 (éd. Dupin, p. 3i, 32 en tenant 
compte des variantes indiquées en note) : Ergo cathedram unicam... 
sedit prior Petrus, cui successit Linus, Lino successit Clemens, 
démenti Anacletus, Anacleto Evaristus, Evaristo Sixtus, Sixto 
Telesphorus, Telesphoro Iginus, Igino Anicetus, Aniceto Pius, Pio 
Soter, Soteri Alexander, Alexandro Victor, Viclori Zepherinus, Ze- 
pherino Galixtus, Galixto Urbanus, Urbano Pontianus, Pontiano 
Anterus, Antero Fabianus, Fabiano Cornélius, Gornelio Lucius, 
Lucio Stephanus, Stephano Sixtus, Sixto Dionysius, Dionysio Fé- 
lix, Felici Marcellinus, Marcellino Eusebius, Eusebio Miltiades, 
Miltiadi Silvester, Silvestro Marcus. Marco Julius, Julio Liberius, 
Liberio Damasus, Damaso Siricius, hodie qui noster est socius. — 
Aug. ep. LUI (éd. bénéd.) ad Generosum : Petro enim successit Li- 
nus, Lino Clemens, Clementi Anencletus, Anencleto Evaristus, 
Evaristo Sixtus, Sixto Telesphorus, Telesphoro Iginus, Igino Ani- 
cetus, Aniceto Pius, Pio Soter, Soteri Alexander, Alexandro 
Victor, Victori Zephirinus, Zephirino Galixtus, Galixto Urbanus, 
Urbano Pontianus, Pontiano Antherus, Anthero Fabianus, Fabiano 
Cornélius, Cornelio Lucius, Lucio Stephanus, Stephano Xystus, 
Xysto Dionysius, Dionysio Félix, Felici Eutychianus, Eutychiano 
Gaius, Gaio Marcellinus, Marcellino Marcellus, Marcello Eusebius, 
Eusebio Miltiades, Miltiadi Sylvester, Sylvestro Marcus, Marco 
Julius, Julio Liberius, Liberio Damasus, Damaso Siricius, Siricio 
Anastasius. {Plusieurs mss. omettent Marcellinus, Marcellino.) 



S. Optât et 
S. Augustin. 



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Clemens, 

Anencletus, 

Evaristus, 

Sixtus, 

Telesphorus, 

Iginus, 

Ànicetus, 

Pius, 

Soter, 

Alexander, 

Victor, 

Zephirinus, 

Calixtus, 

Urbanus, 

Pontianus, 

Àntherus, 

Fabianus, 

Cornélius, 

Lucius, 

Stephanus, 
Xystus, 

Dionysius, 

Félix, 

Eutychianus, 

Gaius, 

Marcellinus, 

Marcellus, 

Eusebius, 

Miltiades, 

Silvester, 

Marcus, 

Julius, 

Liberius, 

Damasus, 

Siricius, 

Anastasius. 

En comparant cette liste à celle du catalogue libé- 
rien, on voit qu'elle en reproduit deux particularités 
caractéristiques : Clément placé immédiatement après 
Lin, Pie et Anicet intervertis. Elle n'a cependant pas le 
dédoublement de Clet et d'Anaclet ; Anaclet seul y est 
nommé, comme dans saint Irénée et dans Eusèbe. En 
revanche on y trouve une grosse erreur, Alexandre dé- 
placé du sixième au treizième rang, où il s'est substitué 
à Eleuthère. Saint Optât omet Marcel, Marcellin manque 



dans plusieurs manuscrits de saint Augustin; mais 
comme on sait d'ailleurs l que saint Augustin distin- 
guait ces deux personnages, il est probable que nous 
n'avons affaire ici qu'à une faute de copiste et que les 
deux noms figuraient dans le texte du catalogue pon- 
tifical répandu en Afrique à la fin du quatrième siècle. 
En somme, sauf l'indistinction de Clet et d'Anaclet, et 
l'erreur spéciale relative à Alexandre et Eleuthère, saint 
Optât et saint Augustin suivent la même tradition que 
le catalogue libérien. 

10. — L'auteurdu poème contre Marcion* a emprunté 
à ce catalogue précisément la seule particularité que les 
deux évoques africains aient négligée, la distinction de 
Clet et d'Anaclet. Il est d'ailleurs évident 3 qu'il a eu 

4. Contra litt. Petiliani, II, 202. 

2. La date de ce poème est encore incertaine ; on l'attribuait au- 
trefois à Tertullien, sans aucun fondement; Oehler [Tertull., t. II, 
p. 782) soupçonne qu'il est l'œuvre du rhéteur marseillais Victo- 
rinus (v« siècle; v. Gennadius, De vins, 61); Th. Zahn, Der Hirt 
des Hermas, Gotha, 1868, p. 23, hésite entre ce Victorinus et le rhé- 
teur africain G. Marius Victorinus qui enseignait à Rome sous 
Constance (Hier., Deviris, 101); E. Hiickstâdt, Vêler das pseudoter- 
tullianische Gedicht adversus Marcionem, Leipzig, 1875. p. 52-57, se 
décide pour ce dernier Victorinus; son opinion est patronnée par 
A. Harnack (PP- apost., fasc. III, 1877, p. LI, LU); Ebert, Geschichte 
der christl.-ht. Literatur, 1. 1, 1874, p. 301, range le poème parmiles 
productions contemporaines de Prudence et de Paulin de Noie, 
sans prononcer un nom d'auteur; Hilgenfeld (Zeitschrift f. wis- 
sensch. Théologie, 1876, p. 154 et suiv.) tient pour le troisième siè- 
cle; M. de Rossi [Bull. 1867, p. 35) avait déjà relevé une coïn- 
cidence singulière entre un vers de ce poème et un vers d'une 
inscription chrétienne de Rome, gravée sous le pape Marcellin 
(296-304). Le témoignage de saint Isidore de Séville (De viris, 8) 
porte à croire que l'auteur s'appelait Victorinus, mais cela ne dé- 
cide pas la question de date ; et les arguments intrinsèques pro- 
posés par M. Hiickstâdt (/. c. p. 39 et suiv.) ne me paraissent pas 
suffisants pour conclure en faveur du quatrième siècle avancé. 
Cette incertitude est regrettable, car elle laisse ouverte la question 
de savoir si la distinction de Clet et d'Anaclet dans le catalogue 
libérien et le passage du même document où il est parlé du Pas- 
teur d'Hermas proviennent de la Chronique d'Hippolyte ou de 
l'auteur du catalogue lui-môme. La première solution devrait être 
admise s'il était démontré que le poème contre Marcion est anté- 
rieur au catalogue libérien, la seconde serait plus vraisemblable, 
si l'on prouvait qu'il lui est postérieur. J'incline à adopter cette 
dernière hypothèse, parce que l'auteur du poème semble identifier 
Hermas avec le Pasteur dont il est question dans son livre, et que 
cette confusion ne se rencontre pas avant Rufin (In symb my 38, Ali- 
gne, P. L. t. XXI, p. 374). 

3. Voici son texte, d'après les éditions, qui dépendent toutes de 
celle de G. Fabricius (Poet. vet. eccl., Baie, 1564, p. 294); le manus- 
crit sur lequel elle a été faite a disparu depuis longtemps et l'on 
n'en a pas retrouvé d'autres. 

Hac cathedra, Petrus qua sederat ipse, locatum 
maxima Roma Linum primum considère iussit; 
post quem Cletus et ipse gregem suscepit ovilis; 
huius Anacletus successor sorte locatus ; 
quemsequitur Clemens: is apostolicis bene notus; 



Le poème contre 
Marcion. 



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DOCUMENTS DU IV 8 SIÈCLE. 



S. Jérôme. 



sous les yeux saint Irénée et le catalogue libérien, ou 
tout au moins le document qui lui sert de base pour les 
premiers papes, et qu'il a cherché à fondre ensemble les 
deux traditions. Ainsi il respecte Tordre Pie Anicet, il 
intercale Clet et Anaclet entre Lin et Clément, tout 
cela pour rester fidèle à saint Irénée ; c'est encore à 
celui-ci qu'il emprunte la remarque sur saint Clément, 
is apostolicis bene nott/s \ et celle sur Télesphore, excel- 
iens hic erat, martyrque fidelis 3 . Mais ses deux vers 
sur Pie, Hermas son frère et le livre du Pasteur ne peu- 
vent provenir que de la note jointe au nom de Pie dans 
le catalogue libérien. 

il . — En somme celui-ci, bien que tout le monde ne 
le préférât pas aux autres témoignages, faisait cepen- 
dant autorité : la tradition qu'il représentait s'imposait, 
môme hors de Rome, aux savants prélats qui illustraient 
alors l'église d'Afrique. Mais l'autre tradition, celle que 
nous avons rencontrée dans saint Irénée et dans Eu- 
sèbe, n'était pas destinée à disparaître de l'Occident. 
Saint Jérôme, en traduisant la chronique eusébienne, 
vint lui donner un renfort des plus sérieux. 

La Chronique de saint Jérôme 3 , remaniement latin 
de celle d'Eusèbe, s'arrête à l'année 378. En ce qui re- 
garde les noms et l'ordre des papes, elle suppose un ca- 



talogue identique à ceux d'Eusèbe, sauf cependant que 
le nom de Clet est substitué à celui d'Anaclet. Eusèbe, 
comme nous l'avons vu, s'arrêtait au pape Marcellin ; 
saint Jérôme continue la série jusqu'à Damase, sous le- 
quel il écrivait. Au point de jonction entre la série d'Eu- 
sèbe et sa continuation il omet un pape, Marcel K . Quant 
à ses chiffres, depuis saint Pierre jusqu'à Gaius, prédé- 
| cesseur de Marcellin, ce sont ceux de l'Histoire ecclô- 
| siastique d'Eusèbe 6 . Au delà il aura puisé à quelque 
; source spéciale, mais peu sûre, car il se trompe assez 
; souvent, même pour Jules et Libère, les deux derniers 
1 papes dont il donne les noms 6 . 

i „. , i,n «1 . S. Epiphane. Acte 

! 12. — C est encore aux catalogues d Eusèbe que se rat- des ss. scharvïi e 
tachent les listes partielles que l'on rencontre dans saint arsc iawia ' 
Epiphane (Haer. xxvn, 6) et dans les actes syriaques des 
martyrs Scharbîl et Barschamia (Cureton, Ancicnt Syriac 
documents, p. 41 et 63). La première va de saint Pierre 
à Anicet, la seconde remonte de Zôphyrin à saint Pierre. 
Toutes les deux ont, comme saint Jérôme, Ciel à la place 
d'Anaclet ; la première omet Clément, mais sans doute 
par un simple accident de transcription. Par ailleurs 
elles sont identiques à la liste de saint Irénée, d'Eusèbe 
et de saint Jérôme. 



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§ III. 



LES CATALOGUES DU CINQUIEME SIECLE. 



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Chronicon 


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13. — Au cinquième siècle, la Chronique de saint 
Jérôme fut l'objet de continuations diverses : en Italie, 

Evaristus ab hoc rexit sine crimino legem. 
Sextus Alexander Sixto commendat ovile, 
post expleta sui qui lustri lempora tradit 
Telesphoro: excellens hic erat, martyrque fidelis. 
Post illum socius legis, certusque magister 
cum vestri sceleris socio, praecursor et auctor 

advenit Roraam Cerdo 

Iamque loco nono cathedram suscepit Higinus. 
Post hune deinde Pius, Hermas cui germine frater, 
angelicus pastor, quia tradita verba locutus; 
aque Pio suscepit Anicetus ordine sortem. 
Sub quo Marcion hic veniens, etc. 

1. 'O xoct supaxù; toùç paxaptouç ùnovToïovq /.al ffvuêrôÀisxù; 
aùrotç (Iren. ap. Euseb. H. E. V 6). 

2. *0ç xai èv^ôÇwç iu.u.p-vpr,<ivj (llid.). 

3. On trouvera plus loin, p. xviu-xx, le catalogue pontifical qui 
se déduit de ce document. 



celle de Prosper 7 ; dans la Gaule méridionale, celle qui 
porte le nom de Chronique impériale et que l'on a 

4. Cette omission se rencontre aussi dansThéodoret, J7isf. eccl., 1. 2, 
qui fait succéder directement Miltiade à Marcellin et supprime 
ainsi deux papes, Marcel et Eusèbe. 

5. M. Lipsius (Citron., p. 21,22) pense que, de Pontien à Gaius, 
saint Jérôme a tenu compte aussi d'une liste romaine analogue à 
celle que suppose le catalogue libérien; il ne me paraît pas néces- 
saire d'admettre cette seconde source, les variantes entre saint Jé- 
rôme et l'Histoire ecclésiastique étant aussi insignifiantes que rares. 

G. Il donne à Jules un épiscopat de seize ans et quatre mois, au lieu 
de quinze ans et deux mois; quant à Libère, il marque son avè- 
nement à l'an 2365 d'Abraham et celui do Damase à l'an 2383; cela 
suppose un intervallo de dix-huit ans ; or Libère, élu en 352, est 
mort en 36(5, après avoir siégé quatorze ans et quelques mois. 

7. Dans son important mémoire sur « certaines sources annalis- 
tiques de l'histoire du vi'etdu vir 3 siècle » {Neues Archiv, t. Iet II), 
M. Holdcr-Egger a entrepris un premier classement des différents 
textes de la chronique de Prosper (t. I, p. 15 et suiv.). Suivant 



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quelquefois attribuée aussi , mais bien à tort, au môme 
Prosper;en Espagne, celle d'Idace. La Chronique im- 
périale va depuis Sirice, successeur de Damase, jusqu'à 
saint Léon ; elle ne mentionne que les noms et les numé- 
ros d'ordre, qui font suite à ceux de saint Jérôme ; mais 
elle omet trois papes, Anastase, Zosime et Boniface. Idace 
non plus, n'a que les noms et les numéros ; il va jusqu'à 
Simplicius (468-483), ordonné depuis peu au moment où 
il terminaitsa chronique. C'est par exception qu'il donne 
le chiffre des années (a?in. VI) du pape Hilaire, prédé- 
cesseur de Simplicius. Quant à Prosper, sa chronique, 
rédigée à Rome, dans l'entourage du pape, est beaucoup 
plus complète sur la chronologie pontificale. Il en pu- 
blia une première édition en 445 {Chronicon vulgatum) 
et une seconde en 455 [Chronicon inlegrum), toutes les 
deux sous le pape saint Léon. Voici son catalogue, avec 
les dates auxquelles il marque l'avènement de chaque 
pape : 



Damasus 


an. XVIII l 








366 


Siricius 


an. XV 








384 


Anastasius 


an. III 






d. XXI 


398 


Innocentius 


an. XV 


m. 


II 


d. XXI 


402 


Zosimus 


an. I 


m. 


VIIII 


d. VIIII 


416 


Bonifatius 


an. III 


m. 


VIII 


d. VI 


418 


Caelestinus 


an. VIIII 


m. 


X 


d. XVII 


423 


Xystus 


an. VIII 






d. XVIIII 


432 


Léo 










440 



lui les indications précises, en mois et jours, sur la durée des 
pontificats y auraient été interpolées d'après le Liber pontificalis. 
Cette assertion ne me paraît pas démontrée. Il est vrai que les 
manuscrits du Chroniccn integrum de 455 ne donnent que les 
chiffres d'années ; mais ceux du Chronicon vulgatum de 4-45 y ajou- 
tent les chiffres de mois et de jours ; l'un de ces manuscrits, le 
Leydensis Scaligcri 14, dérive d'un original exécuté sous l'empe- 
reur Anastase (f 518). Le silence de la rédaction postérieure peut 
s'expliquer. Dans la première partie de la chronique, jusqu'à 378, 
les années seules étaient marquées ; dans la continuation elle- 
même, la durée de règne des empereurs n'est exprimée qu'en 
années pleines; Prosper a pu éprouver le désir d'établir une con- 
formité parfaite dans le style et la précision de ses indications 
chronologiques. Du reste les variantes que l'on remarque entre 
les chiffres du Chronicon vulgatum et ceux du Liber pontificalis ne 
permettent pas de croire que les premiers ne soient que la repro- 
. duction des autres (V. le tableau comparatif plus loin, ch. IV, § m). 
— Cependant, comme le texte de Prosper n'a pas encore été l'ob- 
jet d'une édition critique, je ne présente qu'avec une certaine 
réserve les chiffres do mois et de jours ci-dessus, empruntés à 
celle de Mangeant (S. Prosperi Aquitani opera t Paris, 1711, p. 731 
et suiv.). 

1. Ce chiffre est indiqué à l'avènement de Damase qui est encore 
en dehors des limites de la continuation de Prosper ; mais il n'a 
pu être introduit par saint Jérôme qui écrivait du vivant de Da- 
mase; aussi ne se trouve-t-il que dans le remaniement de sa Chro- 
nique, dû à Prosper aussi bien que la continuation. 



XIII 

14. — Dans les histoires ecclésiastiques de Socrate, de 
Sozomène et de Théodoret, qui sont toutes des continua- 
tions de celle d'Eusèbe,il y a beaucoup de détails intéres- 
sants sur les papes et l'église romaine, mais ces détails 
ne sont nulle part groupés en série. Ces auteurs n'ont 
eu à leur disposition, en fait de documents spéciaux sur 
l'histoire des papes, que des catalogues, accompagnés ou 
non de chiffres d'années 1 . Voici ce que j'ai pu relever 
en ce genre dans leurs ouvrages. 



Histoires 

ecclésiastiques 

du v« siècle. 



SOCRATE V 



Damasus an. XVIII 
Siricius an. XV 
Anastasius an. III 
Innocentius 
Zosimus an. II 
Bonifatius an. III 
Caelestinus 



Siricius an. XV 
Anastasius an. III 
Innocentius 



THÉODORET *. 

Marcellinus, 

Miltiades, 

Silvester, 

Iulius, 

Liberius, 

Damasus, 

Siricius, 

Anastasius, 

Innocentius, 

Bonifatius, 

Zosimus, 

Caelestinus. 



Ces traces, si légères qu'elles soient, permettent ce- 
pendant de constater que, dans la première moitié du 
cinquième siècle, les catalogues pontificaux étaient te- 
nus à jour et qu'on les connaissait dans la partie orien- 
tale de l'empire. 

15. — Vers la fin du iv e siècle on publia à Rome un Le chronographe 
petit livre contenant la théorie du cycle pascal de qua- 
tre-vingt-quatre ans alors en usage, et une table des 
pâques calculée d'après ce cycle. M. B. Krusch 6 a récem- 
ment publié et expliqué ce texte. Cinquante ans plus 
tard, en 447, un autre livre pascal fut rédigé et présenté 
au pape saint Léon. Ce livre est presque entièrement 
perdu; cependant quelques fragments, notamment une 
partie du prologue, ont été retrouvés dans la bibliothèque 

1. De l'histoire ecclésiastique de Rufin, antérieure à celles-ci, on 
ne peut pas môme tirer un catalogue suivi. 

2. Hist. eccl, VII 9 et 11. 

3. Hist. eccl., VIII 24. 

4. Hist. eccl., I 2; V39. Théodoret omet Marcel, Eusèbe et Marc; 
il intervertit Zosime et Boniface. 

5. Der 84 jûhrige Ostercyclus, Leipzig, 1880, p. 32-115; cf. p. 227 et 
suiv. L'une des recensions, dressée en 395, contient une petite chro- 
nique où sont mentionnées les principales persécutions ; on y trouve 
aussi, au commencement, la date suivante : Galba et Silla consuli- 
bus [33] apostolus Petros cathedram episcopatus sedit in vrbeÇL, c, 
p. 228). 



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Catalogues 
isolés posté- 
rieurs au iv c 
siècle. 



de Zeitz en Saxe 1 . L'auteur y décrit ainsi son recueil : 
Huic autem collée tioni paschaliwn dierum, non solum 
seriem consulum conexuimus^ sed etiam annos aposto- 
licae sedis antistitum et aetates regni principum Roma- 
norum diligentissima adnotatione subdidimus 3 . Ce 
n'était donc pas un simple traité de comput pascal, 
comme la Supputatio Romana du quatrième siècle, 
mais plutôt une collection manuelle de documents chro- 
nographiques, analogue à celle de Tannée 354, com- 
prenant une table de pâques, des fastes consulaires, une 
liste des empereurs et un catalogue des papes, avec la 
durée de règne des uns et de siège des autres. 

On n'a pas retrouvé le nom de l'auteur ; bien que cer- 
tains indices m'aient porté à conjecturer 3 qu'il pourrait 
bien n'être autre que Prosper le chroniqueur, il y a des 
difficultés à cette identification et je ne crois pas devoir y 
insister. Cependant il n'est pas téméraire de croire que 
les chiffres qui, dans la Chronique de Prosper, écrite 
d'abord en 443 , expriment la durée des pontificats 
d'Anastase, Innocent, Zosime, Boniface, Célestin et 
Xystus III (399-440), ne pouvaient différer de ceux du 
catalogue que le chronographe de 447 introduisit dans 
sa collection. Tous deux en effet, le chroniqueur qui 
était en même temps l'ami et le secrétaire du pape 
saint Léon, et l'auteur du cycle pascal présenté officiel- 
lement au même pape, devaient recourir aux sources 
officielles , reproduire le catalogue le plus autorisé. 
Nous pouvons donc considérer les chiffres de Prosper 
comme représentant la fin du catalogue de 447. 

16. — Les plus anciens catalogues pontificaux, avec 
indication de la durée du siège, qui nous soient parvenus 
isolément et dans leur forme propre, indépendamment 
du catalogue libérien, des livres d'histoire, des chroni- 
ques et du Liber pontificalis, forment une série dont les 
termes les plus anciens s'arrêtent à Félix III ou à Hor- 
misdas. Je les ai réunis (p. 13 et suiv.), à la suite du ca- 
talogue libérien , comme formant une seconde catégorie 
d'ancêtres du Liber pontificalis. Voici le moment de 
les décrire, d'étudier leurs sources et de déterminer 
les rapports qu'ils peuvent avoir avec les documents 

1. Cramer, De fragmentis nonnullis vetustarum membranarum 
narratio, Kiel, 1826 ; Haenel, Kritische Jalirkûcher fur deutsche 
Rechtswissenschaft, t. I, Leipzig, 1837; de Rossi, Inscr. chr. t. I, 
p. lix et xcn ; Mommsen, Zeitzer Ostertafel vom Jahre 447 (Mé- 
moires de l'Académie de Berlin, 1862, p. 537 et suiv.) ; B. Krusch, 
1. c M P- 107 et suiv. 

2. Mommsen, 1. c, p. 541. 

3. Bulletin critique, t. I, p. 246. 



ou traditions dont nous nous sommes occupés jus- 
qu'ici. 

A — Catalogues latins. 

17. — Je commence par un groupe de neuf catalo- 
gues latins ' : 

1° La première place, en tête de ce groupe, revient à 
un catalogue qui se trouve au commencement d'un li- 
ber canonum du ix° siècle , venu de l'abbaye de Saint- 
Waast à la bibliothèque d'Arras (n° 644), et contenant 
la collection qui porte le nom de Quesnel. La liste des 
papes s'arrête à Sévérin (640) ; mais depuis Gélase (492- 
496) inclusivement elle ne contient que des noms, 
sans aucun chiffre; la durée du siège n'est [indiquée 
que jusqu'à Félix III (483-492). C'est un indice d'une 
rédaction qui se terminait à ce pape. 

2° Le catalogue n° 2 figure en tête d'un manuscrit 
qui a jadis appartenu à l'abbaye de Corbie (n° 26), puis à 
celle de Saint-Germain-des-Prés (n° 936) ; il est mainte- 
nant à la Bibliothèque nationale (n° 12097). C'est un 
liber canonum du vi* siècle; tout n'y est pas de la même 
main; on peut constater divers compléments exécutés 
au vi e siècle ou au siècle suivant 2 . Dans sa rédac- 
tion primitive, la collection ne va pas au delà de l'année 
524. Le catalogue des papes est de la main la plus 
ancienne, c'est-à-dire contemporain de l'origine du ma- 
nuscrit. Primitivement il n'allait pas au delà du pape 
Hormisdas : Hormisda sed. an. VIII mens. d. XVII. 
Plus tard, en 551-552, on y ajouta les sept papes sui- 
vants, jusqu'à Vigile, encore vivant, avec la durée de 
leurs pontificats exprimée simplement en chiffres 
d'années, sans mois ni jours. La même personne à qui 
est dû ce complément rétablit aussi, dans un entre- 
ligne, la mention du pape Hilaire. Une troisième main, 
du ix e siècle environ, écrivit en marge du nom de Boni- 
face II la note ab apostoleca sede Pétri apostoli usque 

1. Beaucoup de catalogues pontificaux ont été publiés autrefois 
par Schelstrate, Bianchini, etc., et en ce siècle dans l'ouvrage in- 
titulé Origines de PEglise romaine, par les membres de la commu- 
nauté de Solesmes. Sauf de rares exceptions, ces catalogues déri- 
vent du Liber pontificalis. Je ne tiens compte ici que de ceux qui n'en 
dérivent pas. Outre ceux que j'ai pu réunir, il doit y en avoir en- 
core d'autres, surtout dans les manuscrits contenant d'anciennes 
coUections canoniques. 

2. Sur cette collection canonique, la plus ancienne parmi celles 
qui contiennent des conciles gaulois, v. Maassen, Geschichte der 
Quellen und der Literatur des canonischen Rechts in Abendlande, 
1. 1, Gratz, 1871, p. 556-574. — Cf. Lipsius, Chronologie der rômi- 
schen Bischôfe, p. 77. 



Catalogues 
latins. 



Arras. 



Corbie 1. 



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ordenatione sancti Silvestri anni CCL VII 1 . Le souvenir 
de saint Silvestre paraît avoir eu un intérêt particulier 
pour les anciens possesseurs du manuscrit, car on lit, 
dans la marge inférieure de la première' page, terminée 
à Silvestre : positio eius kal. ianuarias ; cette note est 
de première main. 

chieti. 3° Le catalogue n° 3 provient d'un liber canonum 

transcrit au vin siècle pour l'évêque de Teate Marruci- 
norum (Chieti), dans l'ancienne province de Samnium, 
par un prêtre appelé Sicipertus. Ce manuscrit est 
maintenant au Vatican (Regin. 1997); le catalogue s'y 
trouve, f os 121 et 122, au milieu des conciles du pape Sym- 
maque 3 . Il se termine, comme le précédent, à Hor- 
misdas, mais il n'y a aucune continuation. 

Reims. 4° Le catalogue n° 4 provient encore d'un liber ca- 
nonum du vm e siècle, qui appartenait autrefois à Saint- 
Remy de Reims 3 et qui est maintenant conservé à Chel- 
tenham (n° 380, Phillipps 1743, Meerman 576) ; il y figure 
au commencement de la collection, entre le décret de 
recipiendis et non recipiendis libris et la Notitia provin- 
ciarum Galliae. Il se termine à Félix IV; mais ni pour 
ce pape, ni pour son prédécesseur Jean I er on ne donne 
aucun chiffre d'années, mois ou jours 4 , de sorte que la 
rédaction primitive paraît s'être arrêtée à Hormisdas 
Ormisda sed. ann. VIII men.. . 

Laon. 5° Montfaucon 6 publia dans le 1. 1, part. I, p. xc, de son 

édition de saint Athanase,deuxcatalogues,l'un des papes, 
l'autre des patriarches d'Alexandrie. Il dit les avoir tirés 
d'un manuscrit de saint Jean de Laon, auquel il donne 
mille ans d'antiquité ; ce manuscrit serait donc du 
vn e siècle. On ne sait ce qu'il est devenu ; il n'est point, en 
tous cas, dans la bibliothèque de la ville de Laon. Le ca- 
talogue des patriarches d'Alexandrie se termine à Apol- 
linaire 6 ; outre les noms il contient les années de siège, 
jusqu'à Timothée Elure inclusivement (f 477). Le cata- 
logue des papes donne les années et les mois, mais non 
les jours, depuis saint Pierre jusqu'à Pelage I or (f 561) ; 
pour les papes suivants les noms seuls sont marqués ; 

1. Ce comput, historiquement faux, parait avoir été obtenu en 
additionnant les chiffres d'années du manuscrit, de saint Pierre à 
Miltiade inclusivement; on trouve ainsi 258 ans. 

2. Maassen, /. c, p. 526-533 ; Lipsius, l. c, p. 78. 

3. Maassen. L c, p. 638 ; cf. les comptes-rendus de l'Académie de 
Vienne, t. LVI, p. 171 ; — Lipsius, /. c, p. 78. 

4. Il est môme possible que ces deux noms aient été ajoutés après 
coup dans le manuscrit (Lipsius, L c). 

5. Lipsius, /. c, p. 79. 

6. Ce prélat siégea au cinquième concile œcuménique, en 553. 



Cologne. 



cette continuation s'est d'abord arrêtée à Pelage II : 
Pelagius usque praesens tempore Mauritii imperatoris 
Augusti. Le nom de saint Grégoire, qui est le dernier, 
a dû être ajouté postérieurement. 

6° Le manuscrit n° 212 (Darmstadt2326) 1 de la biblio- 
thèque capitulaire de Cologne (vu siècle) contient, après 
une collection canonique, deux feuillets où se lit un ca- 
talogue pontifical. Celui-ci, d'après certains indices, au- 
rait appartenu à une autre collection que la précédente; 
l'écriture en est du vi° siècle ; de première main la série 
des papes ne va pas au delà d'Agapit (f 536) ; mais 
elle a été continuée plus tard, d'une autre main, jus- 
qu'à saint Grégoire; les années, mois et jours de ce 
pape n'étant pas marqués, il est probable que la conti- 
nuation s'est faite sous son pontificat (590-604). 

7° Le liber canonum d'Albi * (bibliothèque de la ville 
d'Albi, n° 2) contient aussi, en tête, un catalogue des 
papes, précédé de la Notitia Galliarum et de la notice 
des provinces de l'empire romain. Ce manuscrit est du 
ix e siècle, mais il a été copié sur un exemplaire daté de 
Tan 673. Le catalogue s'étend jusqu'à saint Grégoire, 
mais la durée du siège n'est marquée en années, mois 
et jours que jusqu'à son prédécesseur Pelage II. La der- 
nière ligne se lit Gregorius sed. an. LXV, chiffre évi- 
demment fautif. 

8° La compilation qui porte le nom de Frédégaire 
commence par une traduction du Liber generationis 
d'Hippolyte, à laquelle est joint un catalogue des papes, 
depuis saint Pierre jusqu'à Théodore (642-649), dont le 
nom seul, Thcuderus, est marqué, sans années, mois 
ni jours. 

9° Un catalogue apparenté aux précédents, mais pro- 
longé jusqu'à Conon (f 687) avec la durée du siège, et 
jusqu'à Jean VI (701-706) avec les noms seulement, se 
lit à la fin d'un autre manuscrit de Corbie, maintenant 
à la Bibliothèque nationale (n° 12205 ; S.-Germ. 255 ; 
Corb. 630). 

On voit que la plupart de ces catalogues pontificaux Provenance 

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pro viennent de collections canoniques formées au sixième gués, 
siècle et copiées soit en ce siècle soit pendant les deux 
siècles suivants. Ils y figuraient à titre de documents 
accessoires, comme les listes de provinces et de cités. Les 
recueils canoniques étaient presque toujours composés de 

1. Maassen, /. c. p. 575 et 958; Jaffé et Wattenbach, Ecclesiae 
metropolitauae Coloniensis codices mss. Berlin, 1874, p. 165. 

2. Catalogue des mss. des départements, t. I, p. 481 ; Maassen, 
l. c, p, 592. 



Avenches 
(Frédégaire). 



Corbie 11. 



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Leurs traits 
principaux. 



conciles et de décré taies .Les listes géographiques permet- 
taient au lecteur de se retrouver dans les noms des conciles 
et au besoin dans les listes de signatures par lesquelles 
ils se terminaient ; les catalogues l'aidaient à fixer la date 
des décrétales des papes. Dans certaines collections on ne 
se contenta pas d'un simple catalogue et Ton transcrivit 
soit en entier, soit, le plus souvent, en abrégé, les no- 
tices du Liber pontifîcalts. Nous aurons plus tard à si- 
gnaler des faits de ce genre. Mais de ce que ces docu- 
ments ont été employés dans les anciennes collections 
canoniques, il ne s'ensuit pas le moins du monde qu'ils 
aient été composés exprès pour y entrer. Leur préexis- 
tence est tout aussi naturelle que celle des listes de ci- 
tés et de provinces, qui sont certainement antérieures 
à Denys le Petit et à ses imitateurs. En les étudiant de 
plus près, nous pourrons peut-être arriver à formuler 
une conjecture sur leur origine. 

A première vue, ces catalogues se caractérisent par les 
traits suivants : 1° ils identifient Clet et Anaclet ; 2° ils 
donnent le nom de Clet au personnage unique * ; 3° ils 
présentent au commencement l'ordre Lin, Clet, Clé- 
ment ; 4° ils placent Pie avant Anicet, suivant l'ordre 
réel de ces deux papes ; 5° ils omettent Marcellin 2 ; 
6° ils admettent Félix II au rang des papes. Autant de di- 
vergences avec la tradition latine du quatrième siècle, 
telle qu'elle nous est représentée par le catalogue libé- 
rien, par saint Optât et saint Augustin 3 . 

Presque tous ces traits se retrouvent dans la chroni- 
que de saint Jérôme ; pour les quatre premiers cela est 
évident ; saint Jérôme nomme le pape Marcellin, mais 
il omet Marcel. Ce n'est guère que sur l'admission de 
Félix II que nos catalogues sont en désaccord avec lui. 
Il nomme, il est vrai, ce personnage, mais non comme 
un. pape légitime. Il est du reste à remarquer que les 
catalogues se bornent à le nommer, sans marquer la 
durée de son épiscopat. C'est peut-être là un signe de 
retouche; il est possible que le texte primitif n'ait point 
mentionné Félix. 

i. Excepté cependant le3 catalogues de Cologne et d'Albi qui 
l'appellent Anaclet. 

2. Le catalogue de Laon fait exception; il nomme Marcellin, 
mais comme il omet Marcel, il est d'accord avec les autres sur 
la confusion de ces deux personnages. Du reste il est bon de re- 
marquer que ce manuscrit est le seul dont on ne puisse plus véri- 
fier la leçon. 

3. Ces derniers, il est vrai, identifient Clet et Anaclet, mais ils 
appellent Anaclet le personnage unique. Pour le reste ils sont 
d'accord avec le catalogue libérien et en contradiction avec nos 
catalogues du vi° siècle. 



La parenté de ces catalogues avec saint Jérôme se ré- Restitution 

i -ii i •«. tx t t m • Approximative 

vêle encore dans leurs chiffres. Pour étudier plus faci- 
lement l'origine de ceux-ci, je vais en donner une res- 
titution provisoire. Comme il arrive assez souvent qu'ils 
varient d'un catalogue à l'autre, je mettrai entre pa- 
renthèse les leçons secondaires, réservant la colonne 
principale à la leçon des quatre ou cinq premiers 
catalogues, généralement d'accord contre les autres. 



Petrus 


a. XXV 


m. II 


d. III 


Linus 


a. XI 


m. III 


d. XII 


Cletus 


a. XII 


m. I 


d. II 


Clemens 


a. VIIII 


m. I (II) 


d. X 


Evaristus 


a. VIIII 


m. X 


d. II 


Alexander 


a. XII (X) 


m. VII 


d. II 


Xyslus 


a. X 


m. II 


d. I 


Telesphorus 


a. XI 


m. I (III) 


d. XXI 


Hyginus 


a. IIII 


m. III 


d. I (IIII) 


Pius 


a. XVIIII 


m. » (IIII) 


d. I (III) 


Anicetus 


a. XI 


m. IIII 


d. III 


Soter 


a. VIIII 


m. II (VI) 


d. XXI 


Eleulherus 


a. XV 


m. III 


d. II 


Victor 


a. XV (X) 


m. III (II) 


d. X 


Zephyrinus 


a. XVIII (vin; 


m. VI 


d. X 


Callistus 


a. V 


m. X (II) 


d. 


Urbanus 


a. VIIII (IIII) 


m. I (X) 


d. II (XII) 


Pontianus 


a. VII (VIIII) 


m. X (V) 


d. XXII (II) 


Anteros 


a. » (XII) 


m. I. 


d. XII 


Fabianus 


a. XII1I 


m. II (I) 


d. X (XI) 


Cornélius 


a. II 


m. III 


d. X (III) 


Lucius 


a. IIII (III) 


m.VIII(III, 


d. X (III) 


Stephanus 


a. VI 


m. V 


d. V (11) 


Xystus II 


a. I 


m. X 


d.XXVI(XXIH) 


Dionysius 


a. VIII (VI) 


m. V (II) 


d. III 


Félix 


a. IIII 


m. I 


d. XXV 


Eutychianus 


a. I 


m. I 


d. I 


Gaius 


a. XI 


m. IIII 


d. XII 


Marcellus 


a. I (VIIII) 


m. IIII 


d. XVI 


Eusebius 


a. » (VI) 


m. VI (») 


d. m . 


Miltiades 


a. IIII 


m. » 


d. » 


Silvester 


a. XXIII 


m. X 


d. XI 


Marcus 


a. II 


m. » 


d. XX 


Iulius 


a XV 


m. II 


d. VII (») 


Liberius 


a. VI 


m. IIII (III) 


d. VIII (IIII) 


Félix 


a. » 


m. » 


d. » 


Damasus 


a. XVIII 


m. III 


d. XI 


Siricius 


a. XV 


m. » 


d. » 



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CATALOGUES DU V SIÈCLE 



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Anastasius 
Innocentius 
Zosimus 
Bonifatius 
Caelestinus 
Xystus 
Léo 

Hilarius 
Simplicius 
Félix 
Gelasius 
• Anastasius 
Symmachus 
Hormisdas 



Sources de ce 
texte. 



a. III 
a. XV 
a. VII (I) 
a. III 

a. VIIII (VIII) 
a. VIII 
a. XXI 
a. VI 
a. XV 
a. VIII 
a. IIII 
a. I 
a. XV 
a. VIIII 



m. » d. XXI (X) 

m. II (I) d. XXI 
m. VIIII (III) d. VIIII (XVIIII) 

m. VIII d. VI 

m. X d. XVII 

m. » d. XVIIII 

m. I d. XIII 

m. III d. X 

m. »(I) d. VII 

m. VI d. XVII 

m. VIII d. XVIII 

m. XI d. XXIIII 

m. VII d. XXVII 

m. » d. XVII 



A première vue il résulte de ce tableau que les va- 
riantes deviennent rares vers la fin : les deux dernières 
méritaient à peine d'être mentionnées. 

18. — Les seuls documents latins antérieurs au sixième 
siècle quipuissent servir à vérifier celui-ci sont : le ca- 
talogue libérien, la chronique de saint Jérôme et celle 
de Prosper. Dans celle-ci les papes Sirice, Anastase, 
Innocent, Zosime, Boniface, Célestin, Xystus III sont les 
seuls pour lesquels les chiffres d'années, mois et jours 
soient indiqués. Les chiffres du catalogue libérien et de 
saint Jérôme vont depuis saint Pierre jusqu'à Jules. Res- 
tent entre les deux séries Libère, Félix II et Damase. Je 
commence par la première série, de saint Pierre a Ju- 
les (f 352), et, comme saint Jérôme ne donne que les 
chiffres d'années, je vais d'abord comparer les chiffres de 
mois et de jours de nos catalogues avec ceux du catalogue 
libérien, puis les chiffres d'années dans les trois docu- 
ments, en m'arrêtant toutefois à Gaius, car au delà il 
y a avantage à comparer simultanément les chiffres 
d'années et les autres chiffres. 

a) De saint Pierre àSoter {chiffres de mois et de jours). 
—Les chiffres de saint Pierre, m. I d. VIIII (Lib.), m. Il 
d. III (Cat.), sont très différents ; ceux de Lin, m. IIII 
d. XII (Lib.), m. III d. XII (Cat.), peuvent au contraire 
être considérés comme sensiblement identiques; au 
delà, on trouve une difficulté spéciale : le troisième 
pape est Clément, dans le catalogue libérien, Clet 
dans ceux du vi e siècle; de plus ceux-ci omettent 
tous Anaclet ou Clet. Si, à cet endroit et plus loin, on 
compare les chiffres du même pape dans les deux 
listes, ils diffèrent considérablement ; mais si, au 
Liber pontificàlis. 



lieu de rapprocher les chiffres des mêmes papes, on com- 
pare les chiffres des papes placés au même rang dans 
les deux séries, la concordance est frappante. En voici le 
tableau. 

Catalogue libérien 
Petrus m. I d. VIIII 
Linus m. IIII d. XII 
Clemens m. XI d. XII 



Catalogues du vi° siècle 1 
m. II d. III Petrus 
d. XII Linus 
d. II Cletus 



Cletus 

Anacletus 

Evaristus 



m. II d.X 
m.X d. IIP 
m. VII d. II 



Alexander m. II d. I 

Xystus m. III d. XXI 

Telesphor. m. III d. III 

Hyginus m. III d. VI 

Anicetus ? ? 

Pius m. IIII d. XXI 
Soter 



m. III 
m.I 
m. II d.X 
m.X d.II 
m. VII d. II 
m. II d. I 



Clemens 
Evaristus 
Alexander 
Xystus 



m. ///d. XXI Telesphor. 
m. III d.IIII Hyginus 
m.IIIId.III Pius 
m. IIII d. III Anicetus 
m. VI d. XXI Soter 



Si l'on ne tient pas compte des variantes insignifian- 
tes, comme un I de plus ou de moins dans un chiffre 
qui en compte plusieurs, ou même un V dédoublé (Hy- 
gin, d. VI, d. III) en deux I, on voit que l'agencement 
indiqué se continue jusqu'à la hauteur de Pie et d'Ani- 
cet ; ces deux papes sont intervertis dans le catalogue 
libérien, mais non dans la chronique de saint Jérôme; 
c'est sans doute à cette nouvelle différence qu'est dû le 
changement de système ou plutôt le raccordement des 
deux listes. Les lacunes du catalogue libérien à cet en- 
droit empêchent de vérifier ce point avec une précision 
absolue. Au delà de Pie et de Soter, la concordance 
entre les deux listes devient complète; les mêmes 
chiffres sont attribués aux mêmes papes. 

b) UEleuthère à Gaius (chiffres de mois et de 
jours). — Voici d'abord le tableau : 



Catalogue libérien 




Catalogues du vi° siècle 


Eleutherus 


m. III 


d. II 


m. III d. Hj 


Victor 


m. II 


d.X 


m. II d.X 


Zephyrinus 


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m. VII d. X 


Callistus 


m. II 


d.X 


m. II d.X 


Urbanus 


m. XI 


d. XII 


m.X d. XII 


Pontianus 


m. II 


d. VII 


m. V d.II 



1. Quand il y a dissidence entre les catalogues, je choisis la le- 
çon la plus voisine de ceUe du catalogue libérien; si c'est la leçon 
entre parenthèses dans le tableau ci-dessus, p. xvi, elle est impri- 
mée ici en italique. Pour ce premier groupe de papes c'est toujours 
la leçon entre parenthèses qui est produite ici. 



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Anteros 

Fabianus 

Cornélius 

Lucius 

Stephanus 

Xystus 

Dionysius 

Félix 

Eutychianus m. XI 

Gaius m. IIII 



m. I d. XII 
m. I d. X 
m. III d. X 
m. VIII d. X 
m. II d. XXI 



m. I d. XII 
m. I d. X 
m. III d. X 
m. VIII d. X 
m. V d. V 



m. XI 
m. II 
m. XI 



d. VI m. X d. XXVI 

d. IIII m. // d. IIII 

d. XXV m. I d. XXV 

d. III m. I d. I 

d. VII m. IIII d. XII 

Pour toute cette période, l'accord est la règle : 20 chif- 
fres sur 30 sont identiques dans les deux listes et les ex- 
ceptions s'expliquent aisément. Ainsi, pour Pontien, les 
chiffres m. V d. II qui paraissent représenter la leçon 
primitive de nos catalogues, proviennent bien du cata- 
logue libérien. Dans celui-ci en effet, on lit : Pontia?ius 
ann. V m. II d. VII : les chiffres d'années et de mois 
ont été pris mal à propos pour les chiffres de mois et 
de jours ; et cela d'autant plus facilement que le chiffre 
d'années de nos catalogues, VIIII, est étranger au cata- 
logue libérien. — Pour Etienne et Xystus II, les chiffres 
de mois se ramènent les uns aux autres, grâce aux éga- 
lités paléographiques II =V, XI = X ; les chiffres des 
jours paraissent avoir été intervertis d'une ligne à 
l'autre, et légèrement modifiés dans le transport (d. VI 
devenu d. F, d. XXI devenu d. XXVI). — La leçon a. 
Im. I,d.I, pour Eu ty chien, a une physionomie spéciale. 
Elle équivaut à l'absence de tout chiffre. Il arrive en 
effet très souvent que des I ainsi isolés soient substitués 
par les copistes à de simples points dans des formules 
analogues aux nôtres. Si l'on me demande pourquoi Eu- 
tychien a été ainsi laissé sans chiffres, je répondrai 
qu'il y avait ici un écart énorme entre le compte de la 
chronique de saint Jérôme et celui du catalogue libérien ; 
le premier de ces documents porte mens. VIII, sans an- 
nées ; l'autre an. VIII m. XI d. III. En présence d'une 
telle divergence, l'auteur du catalogue d'où les nôtres 
dérivent a pu suspendre son jugement et laisser des 
blancs qui auront été plus tard remplacés par des I. 

Ces explications rendent compte, avec assez de vrai- 
semblance, de toutes les divergences signalées, sauf la 
variante I pour XI, aux mois de Félix. 

En somme, de saint Pierre à Gaius, les chiffres de 
mois et de jours, dans les catalogues du vi e siècle, pro- 
viennent du catalogue libérien, avec quelques fautes 
de copiste et quelques erreurs d'adaptation. 



c) De saint Pierre à Gaius (chiffres a* années). — Ve- 
nons maintenant aux chiffres d'années. 

Catalogue libérien Saint Jérôme Catalogues 

du vi e siècle 

Petrus XXV XXV XXV 

Linus XII XI XI 

Cletus VII XII XII 

Clemens VIIII VIIII VIIII 

Anacletus XII (omis) (omis) 

Evaristus XIII VIIII VIIII 

Alexander VIII X X 

Xystus XXX 

Telesphorus XI XI XI 

Hyginus XII IIII IIII 

Pius XVI XV XVIIII 

Anicetus IIII XI XI 

Soter VIIII VIII VIIII 

Eleutherus XV XV XV 

Victor XII X X 

Zephyrinus XX (omis) XVIII 

Callistus V V V 

Urbanus VIII VIIII VIIII 

Pontianus V V VII 

Anteros » » » 

Fabianus X1III XIII XIIII 

Cornélius II II II 

Lucius III » /// 

Stephanus IIII III VI 

Xystus II I XI I 

Dionysius VIII (X) VIIII VIII 

Félix V V IIII 

Eutychianus VIII » I 

Gaius XII XV XI 

Cette liste comprend vingt-neuf noms; mais la com- 
paraison entre les trois séries de chiffres ne peut avoir 
lieu pour Anaclet ni pour Zéphyrin. Restent vingt-sept 
cas à considérer. Sur ces vingt-sept cas, il y en a huit 
où l'identité est absolue dans les trois séries; ce sont 
ceux de Pierre, Clément, Xystus I, Télesphore, Eleu- 
thère, Calliste, Anteros, Cornélius. On peut y joindre 
le cas Clet- Anaclet; car saint Jérôme et nos catalogues, 
qui omettent Anaclet, donnent à Clet le chiffre d'années 
qui est attribué à Anaclet dans le catalogue libérien. 
Dans cinq autres cas, ceux de Lin, Soter, Urbain, Fa- 






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bien, Denys, la différence n'est que d'un I en plus ou 
en moins \ Le partage des trois traditions ne se constate 
donc que dans treize cas seulement. Sur ces treize cas, 
il y en a d'abord cinq où nos catalogues suivent saint 
Jérôme contre le catalogue libérien : 





Lib. 


Hier. Cat 


Evariste 


XIII 


VIIII 


Alexandre 


VIII 


X 


Hygin 


XII 


un 


Anicet 


un 


XI 


Victor 


XII 


X 



puis deux, où ils suivent le catalogue libérien contre 
saint Jérôme : 



Lucius 
Xystus II 



Lib. Cat. 

III 

I 



Hier. 



XI 



Jusqu'ici donc les chiffres d'années de nos catalogues 
se retrouvent à première vue, soit dans saint Jérôme, 
soit dans le catalogue libérien. Voici les cas où il n'en 
est plus de même : 





Lib. 


Hier. 


Cat. 


Pie 


XVI 


XV 


XVIIII 


Pontien 


V 


V 


VIIII (VII) 


Etienne 


un 


III 


VI 


Félix 


V 


V 


un 


Eutychien 


VIII 


» 


i 


Gaius 


XII 


XV 


XI 



Ces divergences ne sont pas irréductibles au même 
degré les unes que les autres. Pour Etienne on peut ra- 
mener la leçon VI à la leçon III, celle de saint Jérôme, 
par un dédoublement du V ; si l'on en fait autant pour 
Gaius, le catalogue libérien et saint Jérôme seront d'ac 
cord sur la leçon XII et la variante de nos catalogues de- 
viendra négligeable. Les chiffres VIIII et VII qu'ils attri- 
buent à Pontien, sont fautifs l'un et l'autre; le premier 
paraît n'être que la répétition du chiffre d'Urbain, ceux 
d'années et de mois de Pontien dans le catalogue libé- 
rien, ayant été pris pour des chiffres de mois et de jours. 
On pourrait aussi ramener la leçon VIIII à la leçon 

1. Le cas de Marcellin-Marcel est tout particulier. Les catalogues 
du vi« siècle omettent Marcellin mais ils ont deux leçons pour 
Marcel, an. I et an. VIIII : or la première est celle du catalogue 
libérien pour Marcel lui-même, la seconde celle du catalogue 
libérien (VIII pour VIIII) et de saint Jérôme, pour Marcellin. 



VII et celle-ci à la leçon V, par des suppressions suc- 
cessives d'I; on rétablirait de la même façon l'harmonie 
entre les chiffres relatifs à Pie. Restent Félix et Euty- 
chien, pour lesquels cette dérivation n'est pas admis- 
sible. J'ai expliqué plus haut le cas d'Eutychien. Quant 
à Félix, le chiffre des mois nous a déjà présenté une 
difficulté ; il faut en reconnaître une seconde dans le 
chiffre des années. 

d) De Marcellin à Jules. — Ici je crois devoir, pour 
plus de clarté, comparer les chiffres d'années en même 
temps que les autres ; à cette fin, je rapproche les trois 
documents dans un même tableau : 





Catalogue libérien. 


S. Jérôme. 


Catalogues 
da vi« siècle. 


Marcellinus 


a. TIII m. III d. XXV 


a. vmi 


(omis) 


Marcellus 


a. I m. VII d. XX 


(omis) 


a. I (VIIU) m. IUI d. XVI 


Eusebius 


a. » m. lllt d. XVI 


mens. VII 


a.» (VI) m.VI(»)d.UI 


Milliades 


a. III m. VI d. YUI 


a. II1I 


a. U1I m. » d. » 


Silvester 


a. XXI m. XI d. » 


a. xxn 


a. XXIII m. X d. XI 


Marcns 


a. » m. VIII d. XX 


mens. VIII 


a. II m. » d. XX 


lulius 


a. XV m. I d. XXI 


a. XVI m. nil 


t. XV m. II d. VII (») 



L'omission de Marcellin ou de Marcel, dans saint 
Jérôme et dans nos catalogues, et de plus la circon- 
stance que plusieurs papes n'ont, dans le catalogue li- 
bérien, que deux chiffres au lieu de trois, ont introduit 
ici un peu plus de complication qu'à l'ordinaire. Les 
catalogues du vi e siècle donnent à Marcel les chiffres de 
mois et de jours que le catalogue libérien attribue à 
Eusèbe; quant aux années, les uns prennent dans le 
catalogue libérien le chiffre de Marcel lui-même, les 
autres reproduisent celui de saint Jérôme pour Mar- 
cellin. Ils se divisent aussi sur le premier des deux 
chiffres d'Eusèbe, les uns en font un chiffre de mois, 
les autres un chiffre d'années. Je suis porté à croire que 
ces deux chiffres, VI et III, sont ceux de mois et de jours de 
Miltiade dans le catalogue libérien, qui auront remonté 
ainsi d'une ligne comme ceux d'Eusèbe ; dans ce mou- 
vement, d. VIII sera devenu d. III. De cette façon 
s'expliquerait la disparition des mois et des jours de 
Miltiade dans nos catalogues et le chiffre solitaire 
a. II1I (conforme à saint Jérôme) ; les mois et les jours 
de Miltiade étant déjà attribués à son prédécesseur, il 
ne lui restait que son chiffre d'années. 

Pour Silvestre, le chiffre d'années est celui de saint 
Jérôme, renforcé d'une unité; quant à la leçon m. X, 
d. XI, elle me paraît provenir d'une répétition fautive 
du chiffre des mois. Il faut remarquer la combinaison 
maladroite du chiffre des années, arrondi par saint Jé- 



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rôme (22 ans pour 21 ans et il mois), avec le chiffre de 
mois du catalogue libérien. — Les chiffres de Jules 
diffèrent, il est vrai, de ceux du catalogue libérien; mais 
ceux-ci sont faux et doivent être, d'après le contexte, 
rétablis conformément à ceux des catalogues du vi° siècle. 

La difficulté la plus grave et, à vrai dire, la seule 
inexplicable est celle que présentent les chiffres de 
Marc, ann. II pour mens. VIII. 

En résumé, de saint Pierre jusqu'à Jules, les catalogues 
du vi e siècle sont en général conformes soit à la chroni- 
que de saint Jérôme, soitaucataloguelibérien. Ils présen- 
tent une combinaison des deux documents, avec une pré- 
férence marquée pour saint Jérôme. Les cas où leur leçon 
ne se retrouve ni dans l'un ni dans l'autre s'expliquent 
presque tous par les accidents les plus ordinaires de la 
transcription ; un très petit nombre de variantes échap- 
pent à ces deux solutions et paraissent représenter, soit 
une faute paléographique plus grave ', soit une modi- 
fication réfléchie opérée par le compilateur *. 

e) De Libère à Xystus III. — Pour l'intervalle 
Sirice-Xystus III, le contrôle est fourni par la chro- 
nique de Prosper, dont les chiffres peuvent être eux- 
mêmes vérifiés d'autre façon et sont sensiblement exacts. 
La concordance est parfaite, à condition que, pour Zo- 
sime, où les catalogues varient, on choisisse entre 
leurs leçons. 

i. Les chiffres de Félix et de Marc, ceux de mois et de jours de 
Glet ; encore y a-t-il quelque doute sur la leçon du chiffre des 
jours de ce pape dans les catalogues du vi* siècle. 

2. Ce qu'il y a de plus remarquable en ce genre, outre le cas 
d'Eutychien, c'est la variante relative aux chiffres de saint Pierre, 
mois et jours ; on litm. / d. VIllI, dans le catalogue libérien, m. II 
d. ///dans les catalogues du \i° siècle. Il est clair qu'il y a ici deux 
traditions irréductibles l'une à l'autre ; mais le cas est tellement 
particulier qu'il n'y a pas de conséquence à en tirer pour le reste 
de la compilation. Ces deux leçons proviennent peut-être do com- 
binaisons diverses entre la date du29 juin, considérée comme terme 
de l'épiscopat de saint Pierre , et l'une des dates auxquelles on pouvait 
en rapporter le début. En fixant la Passion au 25 mars, qui est le 
die* emortualis Christi aussi bien pour Prosper que pour l'auteur 
du catalogue libérien et pour celui de la compilation de 354 elle- 
même, on obtient les intervalles suivants : 

Du 25 mars, jour de la Passion, au 29 juin : m. /// d IIII ; 

Du 15 mai, jour de la Pentecôte, au 29 juin : m. I d. XIIII; 
or m. I d. XIIII ressemble beaucoup km. I d. VIIII, leçon du cata- 
logue libérien, de môme que m. /// d. IIII diffère peu de m. II 
d. III, leçon des catalogues du vi° siècle. 11 est évident que l'auteur 
du catalogue libérien n'a pu compter à partir du jour de la Pas- 
sion, car il dit expressément : passus est Dominus VIII kl. apr. 

Et post ascensum eius bealissimus Petrus episcopalum suscepit. La 
même raison n'existait pas pour le compilateur de l'original de 
nos catalogues. Cependant tout ceci n'est qu'une conjecture, à la- 
queUe je ne voudrais pas que l'on attachât trop d'importance. 



Restent Libère, Félix II et Damase. Félix II n'est men- 
tionné par saint Jérôme et Prosper que comme un anti- 
pape. Pour Libère, la chronique de saint Jérôme ne 
donne aucun chiffre ; mais comme l'avènement de ce 
pape y est marqué à l'année 2365 d'Abraham et sa mort 
à l'année 2383, on peut en conclure que saint Jérôme 
lui attribue 18 ans de pontificat. Prosper donne le 
môme chiffre pour Damase 1 . Voici les chiffres d'années, 
mois et jours qui se déduisent, pour ces deux papes, des 
dates d'avènement et de sépulture : 

Libère, 14 ans, 5 mois, 8 jours (17 mai 342 — 24 
sept. 366); 

Damase, 18 ans, 2 mois, 10 jours (1 er oct. 366 — 10 
dôc. 384). 

Nos catalogues donnent les chiffres suivants : 

Liberius a. VI m. IIII (III) d. VIII (IIII) 
Damasus a. XVIII m. III d. XI 

Siricius a. XV 

Pour Damase, une faible correction, m. Il pour 
m. ///, les fait coïncider sensiblement avec les chiffres 
réels. Ils sont au contraire tout à fait faux pour Libère. 
Quant au chiffre rond de 15 ans que Prosper et nos 
catalogues attribuent à Sirice, il est inconciliable avec 
la date communément acceptée comme celle de la mort 
de ce pape (26 novembre 398). Ordonné en décem- 
bre 384, Sirice ne pouvait avoir siégé que 13 ans et 11 
mois, plus ou moins quelques jours ; d'autre part ce 
chiffre de quinze ans correspond d'une façon remar- 
quable à celui que mentionne son épitaphe : Ter quinos 
populum qui rcxit in annos * ; il se trouve aussi dans 
les histoires de Socrate et de Sozomène 3 , c'est-à-dire 
dans des livres écrits vers le milieu du v e siècle. Il y a 
donc lieu de se demander si le pape Sirice n'aurait pas 
en réalité siégé un an de plus qu'on ne l'a cru jus- 
qu'ici. Je reviendrai sur cette question. 

En résumé, nos catalogues représentent : 1° de saint 
Pierre à Jules (+352), une combinaison entre les chiffres 
du catalogue libérien et ceux de la chronique hié- 
ronymienne; 2° de Libère à Damase (352-384) une tra- 
dition spéciale, gravement fautive tant pour les chiffres 

i. V. ci-dessus, p. xm. 

2. De Rossi, Itiscr. t. II, p. 102. 

3. V. ci-dessus, p. xm. 



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de Libère que pour l'intrusion de Félix H ; 3° de Sirice 
à Xystus III (384-440) une tradition identique à celle de 
la chronique de Prosper et, en tout cas, très autorisée. 
Au delà de Xystus III il est impossible de les contrôler 
par d'autres documents du môme genre; tout ce qu'on 
peut dire c'est qu'ils sont confirmés en gros par la chro- 
nologie du temps, et paraissent être aussi exacts que 
depuis Sirice, c'est-à-dire beaucoup plus que pendant 
les deux périodes précédentes. Il est peu probable que 
leurs rédactions actuelles soient les plus anciennes. 
Ceux qui se terminent le plus tôt, à Félix III (-J-492) ou 
à Hormisdas (-J-523) ne représentent pas toujours, tant 
s'en faut, la meilleure tradition du texte; nous avons 
vu que les leçons des autres sont souvent plus voisi- 
nes de la source primitive. Les premiers ne nous of- 
frent donc qu'une rédaction déjà modifiée par divers ac- 
cidents. Si, d'autre part on considère la grande distance 
qui sépare Félix III et Hormisdas du point delà série où 
les chiffres deviennent tout à fait exacts, c'est-à-dire de 
la fin du iv e siècle, on est fondé à croire que la rédac- 
tion première de ces catalogues se place plutôt vers 
le milieu du cinquième siècle que vers la fin. 

Nous avons déjà vu que, môme en dehors des chiffres 
et dans la constitution môme de la série pontificale, nos 
catalogues trahissent une fidélité spéciale à la tradition 
suivie et propagée en Occident par la chronique de 
saint Jérôme. Cette fidélité se concilie avec un certain 
éclectisme; le rédacteur suit saint Jérôme, mais il ne le 
suit pas toujours. C'est à peu près la même attitude que 
celle de Prosper. Celui-ci en effet a résumé la chronique 
hiéronymienne avant de la continuer ; mais il ne s'est 
pas abstenu d'y introduire quelques changements d'a- 
près ses propres idées J ; en particulier il n'a point sa- 
crifié au comput d'Eusèbe, adopté par saint Jérôme, la 
date traditionnelle de la Passion, duobus Geminis cons. * 
qui est marquée aussi en tôte du catalogue libérien. 
Ajoutons à ces considérations la conformité entre les 
chiffres de Prosper et ceux de nos catalogues pour la 
série Sirice-Xystus III; tous les indices nous con- 
duiront ainsi vers le temps et vers le milieu où furent 
rédigées les deux éditions de la chronique de Prosper 
(445 et 455) et le catalogue pontifical, maintenant perdu, 
qui terminait le recueil chronographique de l'année 447. 

i. Holdcr-Egger dans le Neues Archiv, t. I, p. 69 et suiv. 

2. 29 ap. J. G. D'après Prosper, cette date correspondrait à l'an 28; 
son calcul est faux, mais sa tradition est ancienne et contraire à 
celle de saint Jérôme. 



Chron jgrapho de 
853. 



B — Catalogues grecs. 

19. — Il faut rapprocher de ces catalogues latins, avec Catal °s acs s recs - 
quels ils ont une parenté étroite, trois catalogues in- 
sérés dans des compilations byzantines du neuvième 
siècle, mais dont la rédaction s'est d'abord arrêtée au 
sixième. 

i° La première de ces compilations est un recueil_de 
listes épiscopales des cinq patriarcats, Rome, Alexan- 
drie, Antioche, Jérusalem, Cons tan tinople, avec une 
Notice des sièges. Ce recueil, rédigé en 853, porte le 
titre de Xpovoypacpeîov ouvropLov èx tûv 1 Eùaeêîou tou Ila|L- 
<pD.ou wovr,(i.àT(i)v. Il a été publié par A. Mai dans le 
tome I er (l re édition, 1825) de sa Scriptorum veterum 
nova collectio, part. II, pag. 1 et suiv. La liste des papes 
s'étend jusqu'à Pascal I er (817-824); les années y sont 
marquées avec les noms, depuis saint Pierre jusqu'à 
Pelage I er (x 56! ) inclusivement. Jusqu'à Simplicius 
(468-483) on trouve en marge le synchronisme des em- 
pereurs et, çà et là, jusqu'à Hormisdas (514-523), de 
petites notes sur les événements ecclésiastiques intéres- 
sants au point de vue des rapports de Rome avec l'em- 
pire d'Orient. 

2° Il y a aussi un catalogue des papes dans le recueil 
de listes d'empereurs et de patriarches qui, sous le nom 
de XpovoYpa<pucov <7uvto[lov, fait suite à Y Histoire abrégée 
de Nicéphore, patriarche de Constan tinople, écrite au com- 
mencement du ix e siècle'. Ici la liste des papes s'arrête à 
Boniface IV (608-615) et les chiffres d'années sont mar- 
qués seulement jusqu'à Benoît (f 579). Il n'y a pas de 
synchronisme suivi, mais çà et là de petites notes 
dont la dernière est jointe au nom de Félix IV (f 530). 

3° Le troisième catalogue n'existe pas à l'état isolé, 
mais il se déduit des dates auxquelles sont indiqués les 
avènements des papes dans la chronique de Georges 
Syncelle, continuée jusqu'en 813 par Théophane. Le 
dernier pape dont l'avènement soit marqué est Benoit 
(f579). 

Ces trois listes, à part quelques variantes, concordent Origine commune 
de telle façon qu'elles supposent évidemment un ori- eUamis.° gUes gre ° 8 
ginal commun 3 ; il faut remarquer surtout la variante 

1. Mai: tov. 

2. Nicephori arch. CP. opuscula historica éd. C. de Boor, Leipzig, 
1880, p. 121. 

3. SynceUe a placé Antéros avant Pontien, en leur conservant à 
tous les deux les chiffres qu'ils ont dans les autres listes ; l'un de 
ces chiffres, celui de Pontien, est particulier à ces trois catalo- 
gues, ce qui prouve bien que Syncelle avait sous les yeux la 



Nicéphore. 



Syncelle-Théo- 
phane. 



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Soterichus (2u>nQpt^o;) du nom de Soter. Voici à peu 
près, jusqu'à Hormisdas, la liste qui se déduit des trois 
catalogues; je mets en regard la leçon des catalogues 
latins. 





Catalogue grec 


Catalogue latin 


Petrus 


an. XXII 


XXV 


Linus 


an. XII 


XI 


Anencletus 


an. XII 


XII 


Clemens 


an. VIIII 


VIIII 


Evaristus 


an. VIIII 


VIIII 


Alexander 


an. XII 


XII 


Xystus 


an. X 


X 


Telesphorus 


an. XI 


XI 


Ilyginus 


an. IIII 


IIII 


Pius 


an. XV 


XVIIII 


Anicetus 


an. XI 


XI 


Soterichus 


an. VIIII 


VIIII 


Eleutherus 


an. XV 


XV 


Victor 


an. X 


X 


Zephyrinus 


an. XVIIII 


XVIII 


Callistus 


an. VIII 


V 


Urbanus 


an. VII 


VIIII (IIII) 


Pontianus 


an. III 


VII 


Anteros 


mens. I 


mens. I 


Fabianus 


an. XIII 


XIIII 


Cornélius 


an. II 


II 


Lucius 


an. II 


III 


Stephanus 


an. II 


VI 


Xystus 


an. XI 


I 


Dionysius 


an. VIII 


VIII 


Félix 


an. V 


IIII 


Eutychianus 


mens. VIII 


an. I 


Gaius 


an. XV 


XI 


Marcellus 


an. 11 


I 


Eusebius 


an. I 


» 


Miltiades 


an. IIII 


IIII 


Silvester 


an. XXVIII 


XXIII 



même rédaction que les autres. Il ajoute (éd. de Bonn, t. I, p. 680) 
que d'autres font siéger Pontien avant Antéros (xtvèç Dovriavôv rcpô 
toG 'Avre'pwtd; çaatv liriaxoitfjffat). Ces tiviç ne sont autres, sans 
doute, que ceux dont la tradition est représentée par le catalogue 
du vi e siècle que Syncelle avait sous les yeux, par Eusèbe, S. Jé- 
rôme, etc. L'ordre Antéros-Pontien ne peut venir que du Liber 
pontificalis, et encore d'un remaniement de ce texte: on le verra 
plus loin. Syncelle aura eu sous les yeux quelque catalogue dérivé 
de cette compilation. En tout cas le déplacement est ici le fait de 
Syncelle lui-même, c'est-à-dire d'un auteur de la fin du vm« siècle ; 
on n'est nullement fondé à croire qu'il l'ait trouvé déjà dans son 
exemplaire du catalogue du vi« siècle. 





Catalogue grec 


Catalogue latin 


Marcus 


an. II 


II 


Iulius 


an. XV 


XV 


Liberius 


an. VI 


VI 


Félix 


an. I 


» 


Damasus 


an. XXVIII 


XVIII 


Siricius 


an. XV 


XV 


Anastasius 


an. III 


III 


Innocentius 


an. XV 


XV 


Zosimus 


an. VIII 


VII 


Bonifatius 


an. IIII 


III 


Caelestinus 


an. X 


VIIII 


Xystus 


an. VIII 


VIII 


Léo 


an. XXI 


XXI 


Hilarus 


an. VI 


VI 


Simplicius 


an. XIIII 


XV 


Félix 


an. VIIII 


VIII 


Gelasius 


an. V 


un 


Anastasius 


an. II 


i 


Symmachus 


an. XIIII 


XV 


Hormisdas 


an. X 


VIIII 



En comparant ces deux listes on trouvera sans doute 
bien des différences ; la transmission du texte a eu ici 
à compter non seulement avec les accidents ordi- 
naires de la copie, mais encore avec le changement 
de langue et de numération. C'est sans doute à ces 
hasards de la transcription et de la traduction qu'il faut 
imputer les variantes dans les chiffres de saint Pierre 
(XXII pour XXV), de Pontien (III pour VII ou VIII), de 
Silvestre (XXVIII pour XXIII), de Damase (XXVIII pour 
XVIII). D'autres proviennent évidemment de la Chroni- 
que d'Eusèbe, ce sont celles de Pius, Calliste, Etienne, 
Xystus II, Félix, Eutychien \ Gaius. On en trouve qui 
représentent les chiffres des catalogues latins simple- 
ment arrondis ; ainsi, pour Célestin, 10 ans, au lieu de 
9 ans, 10 mois et 17 jours que lui donnent les catalo- 
gues latins 2 ; de même Anastase II a 2 ans au lieu de 

I an, 11 mois et 23 jours. 

1. Pour Eutychien on trouve mens. II dans la Chronique, mens. X 
dans l'Histoire ecclésiastique, mens. VIII dans saint Jérôme; cette 
dernière variante se reproduit dans le remaniement syriaque de 
la chronique d'Eusèbe dont il a été question plus haut, p. v, note i. 

II est possible que le chiffre mens. VIII représente une ancienne 
variante de l'Histoire ecclésiastique, conservée par saint Jérôme et 
par le chronographe syriaque. 

2. Son épitaphe a le même chiffre: detimum dum conderet annum 
(de Rossi, Inscr., t. II, p. 62Ï. 



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Mais en dehors de ces accidents et de ces remaniements 
partiels il y a évidemment, entre nos catalogues latins 
du vi° siècle et ces trois listes grecques, une parenté fort 
étroite. Elle se trahit d'abord par la présence de Félix II, 
puis par l'identité des noms l et de l'ordre des papes 
aux endroits où les autres traditions divergent, enfin 
parla reproduction de plusieurs chiffres manifestement 
fautifs, comme ceux de Marc, de LibèreetdeZosime. Ainsi 
la tradition représentée par les catalogues latins est attes- 
tée aussi par les catalogues grecs. Les fautes communes 
et l'intrusion de Félix II ne permettent pas de considé- 
rer le témoignage des listes grecques comme plus an- 
cien que celui des listes latines. L'accord des deux grou- 
pes et leur conformité avec la chronologie réelle semain- 
tiennent depuis Boniface (f 422) jusqu'à la fin ; il est 
impossible de trouver dans les textes des catalogues une 
indication quelconque sur la date à laquelle la tradition 
grecque s'est détachée de la tradition romaine. 

C — Catalogues orientaux. 

20. — Il faut rattacher à ces catalogues byzantins deux 
d'Alexandrie, listes conservées, l'une dans les Annales d'Eutychius 
(Saïd-Ebn-Batrik), patriarche orthodoxe d'Alexandrie % 
l'antre dans la chronique syriaque d'Elias de Nisibe. Eu- 
tychius termina ses annales en 937 ; ce n'est pas en 
appendice, comme Nicéphore, mais dans le corps même 
de son ouvrage qu'il insère, à leur lieu et place, les syn- 
chronismes des patriarches et des empereurs. Il se sert 
à cet effet d'un catalogue des papes, avec les années, 
jusqu'à Sôverin (-J- 640) et Jean IV son successeur. Au 
delà il connaît encore les noms des papes Théodore, 
Martin, Donus (Dianyus) et Agathon (Agabius) sous le- 
quel il place le sixième concile œcuménique. Au delà 
d'Agathon 3 il ne mentionne plus aucun pape et déclare 
même expressément qu'il n'a plus de renseignements 
sur les « patriarches des Romains ». Dans sa liste les 
noms des papes sont extraordinairement incorrects, ce 

\ . Anaclet est pourtant substitué à Glet ; ceci doit sans doute 
s'expliquer par l'influence d'Eusèbc, comme les variantes déjà 
mentionnées. 

2. Contextio gemmarum sive Eutychii patriarchae Alexandrini An- 
nales, éd. Selden et Pococke, Oxford 1658; répétée dans la Patr. 
Gr. de Migne, t. CXI, p. 892. 

3. Non autem mihi scire contigit nomina patriarcharum Gons- 
tantinopolitanorum a tempore quo mortuus est Thcodorus (685) 
ad hoc usque quo hune librum composui, ut nec patriarcharum 
Romanorum, nec quid de ipsis narretur (1. c, t. II, p. 400). 



XXIII 

qui ne doit pas étonner puisqu'ils ont subi deux fois les 
risques d'un changement de langue, en passant du la- 
tin en grec et du grec en arabe. En plus d'un endroit, 
et vers la fin surtout, il est difficile de s'y reconnaître. 
Boniface III est omis ; le nom de Deusdedit est changé en 
Théodore, ce qui est une traduction; celui de Boniface V 
en Yufatius, celui d'Honorius en Oborudus; plus haut, 
on trouve Dacletius pour Anaclet, Marcus pour Pius, 
Aurianus pour Urbain, Meletianus pour Miltiade. Pela- 
gius pour Gélase, etc. Dans l'ensemble ce document té- 
moigne d'une certaine parenté avec les catalogues grecs, 
avec lesquels il a en commun les mauvaises leçons Sote- 
richus (Soter), an. XX VIII pour Silvestre et pour Da- 
mase, et les particularités an. XXII pour saint Pierre, 
aH.XFpourPie, an Al pour Marcel, âTi.XpourCélestin, 
an. X////pour Simplicius et pour Symmaque. D'autres 
fois il se rapproche des catalogues latins et spécialement 
de ceux qui ont les leçons mises entre parenthèses dans 
le tableau de la page xvi, c'est-à-dire, comme on le verra 
plus loin, de ceux qui sont le plus étroitement apparen- 
tés avec le Liber pontificalis. Il porte ainsi ann. K/pour 
Galliste, ann. ////pour Urbain, ann. X//pour Antéros, 
ann. K/pour Eusèbe, ann. /pour Zosime. Son trait le 
plus caractéristique est l'omission de Félix II ; mais 
cette omission, dans le texte d'Eutychius, ne permet 
peut-être pas de conclure à une omission semblable dans 
le catalogue dont il s'est servi. Nous avons vu en effet 
que la plupart des catalogues latins, tout en nommant 
Félix, n'indiquent pas la durée de son épiscopat; Euty- 
chius a pu trouver là un motif de supprimer toute men- 
tion de ce personnage. 

2i. — La chronographie syriaque, encore inédite, Nisibe 6 
d'Elias de Nisibe, est une compilation du onzième siècle; 
on y trouve un catalogue des papes qui se termine au con- 
cile de Chalcédoine et à saint Léon. Ce point d'arrêt est 
déterminé sans doute parles exigences de la composition 
et non point par les limites de la liste pontificale que le 
chronographe a mise en œuvre. Ce document avait été 
publié en allemand, en 1869, par M. Lipsius \ d'après 
une copie exécutée par M. Sachau. Depuis, MM. Ab- 
beloos et Lamy en ont donné le texte original, ac- 
compagné d'une version latine, dans leur édition de 
Barhebraeus '. Ces deux publications dérivent du même 

i. Chronologie der rôm. Bischôfe, p. 36, 37. 
2. T. I, Louvain, 1872, p. 38, 39. 



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Chroniques du v 
et du vn c siècles. 



Marccll in. 



manuscrit. Le catalogue d'Elias ne diffère pas essen- 
tiellement des précédents. 11 a Clet au lieu d'Anaclet, 
il omet Marcel et Eusèbe et donne à Félix II trois ans 
de siège, particularité spéciale, qui distingue aussi 
l'abrégé félicien du Liber pontificalis. Par ailleurs ses 
leçons, quand elles ne sont pas altérées, se retrouvent, 
soit dans les catalogues latins ou grecs, soit dans celui 
d'Eutychius; je me borne à citer, parmi ces dernières, 
les chiffres de Pontien {an. V), de Lucius {mens. VIII), 
d'Eutychianus {ann. VI 11), de Gaius {ann. XII). Il faut 
remarquer aussi la variante ann. II pour Zosime. 

? 22. — Je terminerai cette étude sur les catalogues ponti- 
ficaux du v° au vu e siècle en disant un mot des chroniques 
ou autres compilations historiques du vi° et du vn° siècles, 
principalement de celles qui ont continué saint Jérôme 
ou Prosper. Plusieurs d'entre elles, ou ne mentionnent 
pas l'avènement des papes, ou le mentionnent de telle 
façon qu'on ne peut discerner dans leur texte la trace 
d'un catalogue pontifical prolongé jusqu'au temps où 
elles furent rédigées. Il en est ainsi des chroniques de 
Cassiodore, de Marius d'Avenches et d'Isidore, des An- 
nales de Ravenne, de YHistoria Francorum de Gré- 
goire de Tours. Pour d'autres, au contraire, on a mis à 
contribution un catalogue pontifical qui se laisse plus 
ou moins aisément reconstituer. Ce sont les chroniques 
de Marcellin, de Victor de Tunnunum, de Jean de 
Biclar, et la compilation publiée ces temps derniers sous 
le nom de Contimiator Prosper i Havniensis. 

23. — La Chronique de Marcellin, publiée d'abord en 
518, puis en 534, à Constantinople, reçut plus tard une 
continuation qui s'étendit jusqu'à l'année 548. Elle fait 
suite a celle de saint Jérôme et commence à Tannée 379. 
La mort de Damase y est indiquée, en 382 (date fausse, 
la date réelle est 384) : Damasus Romanae ccclcsiae, ex- 
ceptis Liberio etFelice i , trigesimus quintus episcopus, 
anno pontificattts sni XVIII, in Domino requievit. Les 
avènements sont ensuite marqués avec les chiffres d'an- 
nées : 



Damasus 


an. XVIII 


(f382) 


Siricius 


an. XV 


383 


Anastasius 


an. IIII 


398 



i. Cette formule a l'air d'éliminer à la fois Libère et Félix de la 
série numérotée des papes. En réalité Libère est le 34» pape dans 
la chronique de saint Jérôme et Damase le 35 e . Marcellin ne change 
donc rien à la numérotation de son devancier. 

2. Roncalli, Vetustiora tat. chronica, t. II, p. 263-313. 



Innocentius 


an. XV 


402 


Zosimus 


an. III 


417 


Bonifatius 


an. III 


420 


Caelestinus 


an. VIIII 


423 


Xystus 


an. VIII 


432 


Léo 


an. XXI 


440 


Hilarus 


an. VI 


461 


Simplicius 


an. XV 


467 


Félix 


an. XII 


482 


Gelasius 


an. IIII 


494 


Anastasius 


an. II 


498 


Symmachus 


an. XV 


500 


Hormisda 


an. VIIII 


515 


Iohannes 







Le chiffre d'Hormisdas n'a pu être marqué que dans 
la seconde édition (534) de la Chronique, en même 
temps que l'avènement de Jean I er . Les trois papes 
suivants, Félix IV, Boniface II, Jean II (526-535), ne 
sont pas mentionnés. Le continuateur de 548 nomme 
les papes Agapit, Silvère et Vigile, mais dans le récit 
des événements et non plus suivant le système primitif. 

24. — Voici la liste qui se déduit de la Chronique de 
Victor de Tunnunum, rédigée en Orient, comme la précé- 
dente, mais par un auteur africain, et arrêtée à l'an- 
née 566 ; les dates consulaires sous lesquelles sont mar- 
qués les noms des papes sont presque toutes lausses ; 
l'auteur n'a eu évidemment aucun souci d'exactitude à 
cet égard * : 

Hilarus (469), 
Simplicius (473), 
Félix, 

Gelasius (492), 
Anastasius, 
Symmachus (497), 
Hormisdas (524), 
Iohannes (538), 
Félix, 
Bonifacius, 
Iohannes, 
Agapitus, 
Silverius (541), 
Vigilius (543), 
Pelagius an. V (558). 

1. Roncalli, t. II, p. 344-377. 



Victor de Tun- 
nunum. 



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LES PEINTURES DE SAINT-PAUL. 



Jean de Biciar. 25. — Jean, abbé du monastère de Biclar, en Espagne, 
puis évoque de Gerunda, continua jusqu'en 590 la chro- 
nique de Victor de Tunnunum. Il mentionne la mort 
de Jean III, puis l'avènement et les années des trois 
papes Benoît, Pelage II et Grégoire le Grand; les années 
de celui-ci ont dû être ajoutées après coup 1 . 

Benedictus an. II II 
Pelagius an. XI 
Gregorius an. XV 

Le continua- 26. — M. G. Hille publia 2 , en 1866, d'après un manus- 
teur^ de Prosper cp j t ^ Q c p eima g Ue ^ une continuation de la chronique 

de Prosper, rédigée dans la haute Italie, l'an trentième 
d'Héraclius (641); de 455 à 5231e texte est disposé en 
forme d'annales ; au delà de 523 cette forme est abandon- 
née. Parmi les éléments que l'auteur mit en œuvre 
figurait un catalogue des papes ; il l'inséra dans son texte 
par parties, mais sans en modifier la rédaction; aussi 
est-il facile de l'en dégager. Ce catalogue s'étend de Sim- 
plicius à Deusdedit (468-618). Il commence à peu près 
où s'arrêtent nos plus anciens catalogues latins du cin- 
quième siècle. Le voici : 



Simplicius 








Félix 


ann. XVII 


menses XI 


dies XVII 


Gelasius 


ann. IIII 


menses VIII 


dies XVIII 


Anastasius 


ann. I 


menses XI 


dies XXIIII 


Simmachus 


ann. XV 


menses VII 


dies XVII 


Hormis ta 


ann. XVIIII 




dies VII 


Iohannes 


ann. II 


menses VIIII dies XVI 


Félix 


ann. IIII 


menses II 


dies XIIII 


Bonifacius 


ann. II 




dies XXVI 


Iohannes 


ann. II 


menses IIII 


dies VI 


Agapitus 


ann. XI 




dies XVIII 


Severus 


ann. I 


menses V 


dies XI 


Vigilius 


ann. XVII 


menses VI 


dies XXVI 


Pelagius 


ann. IIII 


menses V 


dies VIII « 


Iohannes 


ann. XII 


menses XI 


dies XXVII 


Benedictus 


ann. IIII 


menses I 


dies XXVIII 


Pelagius 


ann. X 


menses II 


dies X 


Gregorius 


ann. XIII 


menses VI 


dies X 


Savinianus 


ann. I 


menses V 


dies VIIII 


Bonifacius 




menses VIIII dies XXII 


alius Bonifacius 


ann. VI 


menses VIIII dies XIII 


Deusdedit 


ann. III 




dies XX 



§ iv. 



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Les portraits 
des papes dans 
les basilique» de 
Rome. 



27. — On voyait autrefois, dans les principales basili- 
ques de Rome, à Saint-Jean de Latran, à Saint-Pierre et 
à Saint-Paul, des galeries de portraits des papes, peints 
à fresque autour des nefs intérieures, au-dessus des co- 
lonnades. A Saint-Pierre et à Saint-Paul, il y en avait 
deux, l'une plus ancienne, placée au dessus de la corni- 
che de l'entablement qui surmontait la colonnade de la 
grande nef, l'autre disposée un peu plus ba3, immédia- 
tement au-dessus des chapiteaux des colonnes. On n'en 
signale qu'une à Saint-Jean de Latran. Elle avait été exé- 
cutée parordre du papeNicolas 111(1277-1280), en même 

1. Roncalli, t. II, p. 365, 388, 393. 

2. Prosperi Aquitanici continuator Havniensis, éd. Georg. Hille, 
Berlin, Weidmann, 1866. 

3. Ancien fonds, n° 4!i4 ; déjà signalé par G. Waitz [Archiv. 
t. VII, 1836, p. 251, et Nachrichten de GOttingue, 1865, n° 4). 

Liber pontificalis. 



temps que les deux galeries inférieures de Saint-Pierre et 
de Saint-Paul '. La basilique du Latran ayant été deux 
fois incendiée, en 1308 et en 1360, puis restaurée à di- 
verses reprises, il est impossible d'étudier directement 
lespeinturesqu'ellecontenaitautrefois. Longtemps avant 
les désastres qu'elle subit au xiv e siècle, elle en avait 
éprouvé un autre, en 897, un écroulement partiel, à la 
suite duquel le pape Sergius III (904-911) avait dû la 
rebâtir. 

Pour Saint-Pierre, nous sommes mieux renseignés ; 
la partie inférieure, c'est-à-dire orientale, de l'ancienne 

1. Dies VI H dans le texte, p. 35; d. 9 dans le catalogue dégagé 
par M. Hille, p. 9. 

1. C'est à l'imitation de ces peintures qu'ont été gravés les por- 
traits des papes, dans certains ouvrages illustrés, comme les vies 
des papes de Platina, depuis le xv« siècle. 

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basilique a subsisté jusqu'au commencement du xvn e 
siècle. Avant sa démolition, Grimaldi rédigea une des- 
cription soignée des peintures que Ton y voyait encore ; 
cette description est accompagnée de dessins qui per- 
mettent de se faire une idée de la situation respective 
des deux séries de portraits l , et de l'ordre des portraits 
dans chaque série. Celle de Nicolas III commençait au 
pape Pie I er , sur le mur de droite en entrant, auprès du 
mur provisoire qui séparait alors le haut de la basilique, 
démoli sous Jules II, de la partie inférieure, conservée 
au culte pendant tout le seizième siècle. On voyait, sur 
ce mur de droite, Pie, Soter, Eleuthère, Victor, Zéphy- 
rin, Calliste, Urbain, Antéros, Pontien, Fabien, Corné- 
lius; puis, sur le mur oriental, à l'intérieur de la 
façade, Lucius, Etienne, Xystus II, Denys, Félix, Euty- 
chien, Gaius, Marcellin, Marcel; enfin, sur le mur laté- 
ral de gauche, Eusèbe, Miltiade, Silvestre, Marc, Jules, 
Libère, Félix II, Damase, Sirice, Anastase. Ici la série 
rejoignait le mur transversal provisoire. Grimaldi ajoute 
que les papes antérieurs à Silvestre étaient représentés 
tête nue, mais que, depuis Silvestre, ils portaient la 
tiare à couronne simple ; tous avaient le nimbe circulaire, 
sauf Libère dont le nimbe était carré. 

Quant à la série supérieure, la plus ancienne des deux, 
Grimaldi rapporte que les papes y avaient tous la tête 
nue et nimbée, que leurs portraits étaient accompagnés 
d'inscriptions et que celles-ci étaient à peine lisibles ; 
voici celles qu'il a pu copier : 

Siricus sedit ann. XV m. V d. XX. 

A nastasius sedit ami .... 

Félix sedit ann. I m.... 

lulius sedit ann.... 

Eusebius sedit ann.... 

Ormisda sedit ann. . . . 

Il n'indique pas l'ordre des portraits ni leur distribu- 
tion sur les trois murs de l'ancienne basilique ; mais il 
les attribue au pape Formose, comme les autres peintu- 
res qui couvraient les murs latéraux au dessus des médail- 
lons et montaient jusqu'à la charpente. Cette attribu- 
tion traditionnelle, fondée peut-être sur quelque ins- 



. 1. Dessins dans Ciampini, De sacris aedificiis a Constantino 
M. conslructis, pl.x,xi ;cf. Bianchini, Anasi., t. II, p. lxzih. Pour le 
texte, v. Eug. Mûntz t L'œuvre archéologique de Grimaldi, dans la 
Bibl. des écoles françaises d? Athènes et de Rome, t. I, p. 248; cf. 
Bianchini, t. c, p. lxxiv. 



cription, est confirmée par le témoignage de Benoît du 
mont Soracte (x e siècle.) ! . 

28. — A Saint-Paul, les deux galeries pontificales ont L'ancienne 
subsisté en grande partie jusqu'à l'incendie de la basili- de iaintîpaul. 
que, en 1823. Cependant la série inférieure, celle de 
Nicolas III, était déjà très endommagée au xvm e siècle*. 
Autant qu'on pouvait le constater, elle reproduisait fidè- 
lement les inscriptions de la série supérieure, mais elle 
offrait les mêmes particularités de costumes et d'attri- 
buts que Grimaldi avait remarquées dans la galerie de 
Nicolas III à Saint-Pierre. Quant à la série antique, elle 
commençait au-dessus de la corniche, en haut de la nef, 
sur le mur méridional ; elle suivait ce mur jusqu'au 
bas de l'église ; puis elle passait sur le mur occidental, 
c'est-à-dire sur la paroi intérieure de la façade, et re- 
venait sur le mur nord en s'avançant vers l'autel. 
Dès le xvii e siècle, alors que ces peintures parais- 
sent avoir été étudiées et copiées pour la première 
fois, les médaillons du mur occidental avaient disparu, 
sans doute à cause de quelque restauration de cette 
partie de la basilique. Le mur du nord s'écroula dans 
l'incendie de 1823 avec ses peintures ; mais celui du 
sud, qui contenait la première partie de la série, depuis 
saint Pierre jusqu'à Innocent, demeura debout au mi- 
lieu des ruines. On put détacher les médaillons des pa- 
pes, les reporter d'abord sur toile, puis sur pierre, et 
reconstituer ainsi l'antique galerie pontificale ; on peut 
la voir maintenant dans les corridors intérieurs du mo- 
nastère de Saint-Paul, au bout du musée épigraphique 
de la basilique 3 . 

Les portraits étaient groupés deux à deux, chaque 
paire correspondant à l'un des entrecolonnements de 
la nef. Entre les deux médaillons, des inscriptions in- 
diquaient les noms des deux papes et les durées de leurs 
pontificats exprimées en années, mois et jours, comme 
dans les catalogues. Les inscriptions sont maintenant à 
peu près entièrement détruites, les ouvriers chargés de 
détacher les médaillons ayant négligé lettres et chif- 
fres pour ne s'occuper que des portraits. Ces peintures 



1. Renouavit aeclesia principis apostolorum Pefri pictura tota 
(Watterich, Pont. Rom. vitae, t. I, p. 38). L'expression est un peu 
générale ; elle ne désigne pas spécialement les portraits des papes, 
mais la décoration picturale de la basilique. 

2. Bianchini Anast., t. II, p. lxxii, lxxiii. 

3. De Rossi, Bull. 1870, p. 122. Ces portraits ont été reproduits 
par le P. Garrucci dans sa Storia delC arte cristiana, t. II, pi. 
cvni-cn. 



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avaient subi des restaurations, sous Benoît XIV (1740- 
1758) et auparavant. 

Au moment des restaurations de Benoît XIV, l'archéo- 
logue Marangoni put étudier de près ces peintures, en 
montant sur les échafaudages qui furent dressés alors. 
Portraits et inscriptions furent publiés par lui dans un 
ouvrage J qui ne paraît pas avoir été fait avec un grand 
soin. M. de Rossi (1. c.) a constaté que les gravures des 
portraits ont rarement assez de ressemblance avec les 
originaux pour qu'on puisse les reconnaître sans le se- 
cours des inscriptions et des numéros d'ordre. Le P. 
Garrucci s'en plaint aussi beaucoup* ; il signale en par- 
ticulier, dans le langage de Marangoni, des contradic- 
tions et des inexactitudes propres à mettre en défiance 
contre ses lectures : Marangoni ne marque pas toujours 
si l'inscription qu'il avait déchiffrée était originale ou 
retouchée. Ici comme ailleurs, il paraît avoir travaillé 
avec une grande négligence 3 . 

Quelques années avant Marangoni, Fr. Bianchini se 
procuiaune copie des inscriptions en les déchiffrant d'en 
bas à l'aide d'une bonne longue- vue. Un aide, monté sur 
une échelle, déchiffrait de son côté ; le prélat comparait 
ses lectures avec les siennes, et lui signalait les endroits 
sur lesquels il devait porter son attention. Ce procédé, 
employé par un homme aussi consciencieux que l'était 
Bianchini, me paraît donner des garanties suffisantes 
pour accorder autant de considération à ses lectures 
qu'à celles de Marangoni, toutes les fois qu'il y a désac- 
cord entre elles. Bianchini publia, dans les prolégomènes 
de son Anastase \ tout ce qui restait des inscriptions du 
mur méridional, c'est-à-dire depuis saint Pierre jus- 
qu'à Innocent I er . 

Un siècle avant lui et alors que les peintures étaient 
moins détériorées, le cardinal Barberini en avait fait 
exécuter une copie, actuellement conservée dans la bi- 
bliothèque du palais Barberini, cod. XLJX, 16. A ce re- 
cueil est joint un feuillet détaché où on lit des copies des 

i. Chronoîogia Romanorum pontificum superstes in pariete aus- 
trali basilicae s. Pauli, Rome, 1751. Je n'ai pu me procurer une 
dissertation publiée en 1756, à Rome, sans nom d'auteur, par le 
jésuite Lazeri, sur ce même sujet. Elle est intitulée Calalogi duo 
Rom. Pontificum, etc. M. de Rossi, qui l'a vue autrefois, m'assure 
que Lazeri n'avait pas vérifié personnellement les inscriptions et 
qu'il s'en rapportait à Marangoni. 

2. L. c, p. 21, 22. 

3. Dans la préface du tome I de ses Inscr. christ., p. xxvir, M. de 
Rossi lui reproche une négligence qui n'est pardonnable que si on 

a compare à celle de Boldetti. 

4. T. II, p. lxxxh-cvh. 



XXVII 

inscriptions et des indications sur les positions respecti- 
ves des médaillons. Ces copies ont dû être faites à Saint- 
Paul, en présence du monument lui-môme. 

On trouvera plus loin, ch. IV, § m, la leçon de ce docu- 
ment, comparée avec les lectures de Bianchini et de 
Marangoni. 

J'ai déjà dit qu'il ne reste plus aucune trace des mé- 
daillons du mur occidental \ Quant à ceux du mur 
nord, le manuscrit Barberini, d'accord avec la des- 
cription de Bianchini * et même plus complet sur ce 
point, nous montre qu'ils étaient dans le plus singulier 
désordre. Voici les noms que l'on pouvait lire à partir 
du bas de la nef : 



1 




2 




3 


EUSEBIUS SE 


4 




5 




6 




7 


Anastasius. 


8 


Adrianus. 


9 


Marcellus. 


10 


Agaton. 


11 


Félix. 


12 


BOMFACIUS. 


13 


Stephanus. 


14 


Sergius. 


13 


EUSEBIUS. 


16 


Laurentius 


17 




18 




19 




20 




21 




22 




23 





i. Au siècle dernier on en distinguait encore quelques vestiges, 
selon Bianchini, l. c, p. lu). Ce que Marangoni, 1. c, p. m, lui ob- 
jecte, prouve simplement que d'autres images avaient été substi- 
tuées, dans quelques-uns de ces médaillons, aux anciens portraits. 

9. Marangoni est ici particulièrement inexact et confus (1. c, 
p. v); ses renseignements ont induit en erreur Zaccaria (Storia litr- 
teraria, Venise, t. V., 1753, p. 567; Diss. hist. eccl n t. III, Rome, 
1793, p. 245) et le P. Garrucci (1. c, p. 22, 23); ces deux auteurs 
se sont figuré que la série du mur nord continuait celle du mur 
sud, tandis qu'il y avait certainement entre eUes un certain nom- 
bre de portraits sur le mur occidental. 



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Severinus. 


27 




28 




29 


Seberinus. 


30 


Ioanes. 


31 




32 


SlLVESTER. 


33 




34 


Gregorius. 


35 




36 




37 




38 





Cette disposition indique une absolue négligence de 
la succession chronologique : les mêmes portraits 
sont répétés plusieurs fois ; des papes du iv" siècle sont 
mêlés à leurs successeurs du vu et du vin*. Cependant 
il y a ici un fait très instructif: c'est que le nom et le 
portrait d'un certain Laurentius, étranger à la liste des 
papes, figurait dans celte partie de la série. Ce Lau- 
rentius ne peut être que l'antipape Laurent qui, de 
501 à 506, soutint a Rome contre Symmaque une 
compétition redoutable et se maintint en possession de 
toutes les basiliques, sauf celle de Saint-Pierre où le 
pape légitime demeura confiné. Comme il n'est pas sup- 
posable que le portrait d'un antipape ait été introduit 
dans un tel lieu et dans une telle compagnie après la 
défaite de son parti, il en résulte que la série des mé- 
daillons de Saint-Paul ,n'est pas postérieure à la com- 
pétition de Laurent et aux premières années du vT 
siècle. 

Mais elle pouvait leur être antérieure. Pour en juger, 
nous n'avons malheureusement d'autre ressource que 
d'interroger le style despeintures.il est en effet impos- 
sible de voir à quel pape s'est d'abord arrêtée la série. 
Ce n'est certainement pas à Innocent I or . Depuis saint 
Pierre jusqu'à ce pape, ces images, sauf le type con- 
sacré de l'apôtre, sont tout à fait conventionnelles, sans 
prétention à l'exactitude des portraits ; d'ailleurs elles 
se ressemblent toutes, et celle d'Innocent ne se distin- 
gue en- rien des autres : il en eût été tout autrement 
si on l'eût exécutée de son vivant ou peu de temps 
après sa mort. C'est donc entre Innocent (f 417) et 



portraits. 



Laurent qu'il faut chercher la date de ce monument. 
On l'attribue ordinairement à saint Léon (440-461) qui 
répara la basilique de Saint-Paul et y fit exécuter des 
peintures ; toutefois aucun document ne lui attribue 
en particulier les médaillons des papes. M. de Rossi 
estime que ces portraits sont plutôt du milieu que de la 
fin du v e siècle. 

29. — Mais autre chose' sont les portraits, autre chose 

r Inscriptions 

les inscriptions. Je vais montrer que celles-ci, au moins jointes aux 
dans l'état où elles se trouvaient quand on les a co- 
piées, ne pouvaient être antérieures au vi e siècle et 
qu'elles dérivent du Liber pontificalis . 

Les inscriptions des papes du m e siècle étaient rela- 
tivement assez bien conservées au moment où Rian- 
chini entreprit de les copier; elles l'étaient mieux en- 
core, un siècle auparavant, alors que furent exécutées les 
copies Rarberini. Il ne peut subsister aucun doute sur 
la position respective des inscriptions et des portraits. 
Voici d'ailleurs la reproduction de quelques-unes de 
ces inscriptions, avec leur disposition originale, d'a- 
près le manuscrit Rarberini : 



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.... 


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SED 


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ANN 


NI III 


XIII 




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DX 


X 





Il est évident que les noms des papes de la première 
paire doivent être restitués wcTOR et Zephyrinus, ceux 
de la seconde callisTYS et urbaNYs, ceux de la troi- 
sième ara/HEROs et joott/IANVS, ceux de la quatrième 
FABIaNVS et CORweLIVS. Inutile d'aller plus loin, car 
ce que je veux montrer ici, c'est simplement qu'An téros 
était placé avant Pontien.Or cette seule interversion suf- 
fit à prouver que les inscriptions sont postérieures au 
Liber pontificalis et dérivées de lui. Cette interversion 
en effet ne se rencontre ni dans les catalogues duvi e siè- 
cle, ni dans saint Jérôme, ni dans aucun auteur anté- 
rieur au Liber pontificalis, ni surtout dans le catalogue 
libérien qui, au contraire, raconte avec une précision 
inaccoutumée comment Antéros devint le successeur de 
Pontien. Dans le Liber pontificalis lui-même, l'ordre 
traditionnel fut d'abord maintenu ; mais comme la no- 
tice de Pontien raconte que le corps de ce pape, mort en 
exil, fut ramené à Rome par Fabien, certains transcrip- 
teurs en conclurent que c'était Fabien, et non Antéros, 
qui devait avoir été son successeur immédiat ; ils dé- 
placèrent Antéros et le mirent avant Pontien, en effaçant 
de la notice de celui-ci ce qui était dit de son remplaçant 
sur le siège pontifical. Cette correction malencon- 
treuse s'est propagée dans un certain nombre de manus- 
crits ; c'est d'après l'un d'eux que l'on aura déterminé 
l'ordre des portraits dans la galerie pontificale de Saint- 
Paul 1 . 

i. Il est vrai qu'à Saint-Paul Tordre réel des deux papes finit par 
être rétabli. Bianchini et Marangoni ont trouvé le nom de Pon- 
tien à gauche, celui d' Antéros à droite. Le premier a lu PON... à 

gauche, et à droite.» TERVS SED ANNI ; le second a lu 

PONTIA... SEDIT ANV.... à gauche, et à droite ANTERVS SED 



Il y a plus ; plusieurs des manuscrits du Liber pontifi- 
calis où Antéros précède Pontien donnent en beaucoup 
d'endroits des chiffres différents de ceux qu'on trouve 
dans les autres manuscrits et dans les catalogues du 
vi° siècle. Ils représentent une tradition spéciale, et celle- 
ci n'est autre que la tradition du Liber pontificalis avec 
des remaniements systématiques. J'entrerai plus avant 
dans l'étude de cette anomalie quand je m'occuperai de 
la chronologie du Liber pontificalis ; il suffit en ce mo- 
ment de signaler ce groupe de manuscrits, cette révision 
bien caractérisée des chiffres primitifs. Or le catalogue 
de Saint-Paul, autant qu'on peut encore le reconstituer, 
présente exactement et perpétuellement les mêmes le- 
çons que ces manuscrits. On peut s'en assurer en com- 
parant les deux colonnes du tableau (ch. IV § m) où j'ai 

ANNI... M I D X. Actuellement encore on peut distinguer à gauche 
le groupe PONTIA.... et à droite les lettres... NTERVS. Mais la 
lecture du manuscrit Barberini est aussi claire que possible; il y a 
une énorme différence entre les fragmentsdes deux noms... HEPO... 
et... IANVS ; cette différence exclut la possibilité d'une erreur, sur- 
tout de la part d'une personne qui a généralement bien transcrit 
et qui a vu les inscriptions un siècle avant les autres observateurs; 
de plus, la copie Barberini n'indique aucun chiffre d'années pour 
le pape de gauche, elle ne présente à cet endroit aucun vestige du 
mot ANNOS ; cette particularité exclut Pontien ; elle ne convient 
qu'à Antéros. Enfin, on peut invoquer le témoignage de la série 
de Nicolas III ; non pas, il est vrai, l'exemplaire de cette série 
qui figurait à Saint-Paul, car les médaillons de Pontien et d' An- 
téros en ont disparu depuis plusieurs siècles, mais l'exemplaire 
qui a subsisté à Saint- Pierre jusqu'à la destruction de la basili- 
que ancienne. D'après Grimaldi, dont j'ai rapporté ci-dessus le 
témoignage, Antéros y précédait Pontien. Il est difficile de croire 
que les trois galeries exécutées sous Nicolas III au Latran, à 
Saint-Pierre et à Saint-Paul, n'aient pas été de tout point identi- 
ques ; de plus, celle de Saint-Paul reproduisait, autant qu'on peut 
le constater, la galerie antique dont nous nous occupons ici. Cette 
dernière devait donc présenter Antéros avant Pontien.— En pré- 
sence de ce désaccord entre les lectures anciennes jusqu'au 
xvn e siècle et les lectures modernes depuis Bianchini, je ne vois pas 
d'autre solution qu'une retouche des deux inscriptions, survenue 
entre 1636 et 1723. On m'objectera que les inscriptions étaient bien 
mutilées au xvm° siècle et que cet état de ruine semblerait indiquer 
une assez haute antiquité. A cela je répondrai que les retouches de 
fresques sont de leur nature peu solides, que ces combinaisons 
d'enduits juxtaposés ou superposés ont souvent pour effet de pré- 
cipiter la ruine des monuments sur lesquels on les tente. Du 
reste si mon explication avait besoin d'une vérification a posteriori, 
le P. Garrucci lui en fournit une : il déclare formellement que 
l'inscription d' Antéros a été retouchée ; en y regardant de plus 
près en découvrira peut-être qu'il en est de môme de celle de Pon- 
tien. Je m'abstiens d'exprimer ici une opinion : outre que je n'ai 
pas l'expérience technique nécessaire, je n'ai pas revu les peintu- 
res de Saint-Paul depuis que j'ai été conduit à faire ces observa* 
tions sur la diversité des lectures qui nous en sont restées. 



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LE FRAGMENT LAURENTIEN. 



disposé les chiffres de cette révision à côté des chif- 
fres de saint Paul *. 

On pourrait être tenté de croire que c'est précisément 
de ceux-ci que dérive le remaniement en question ; que 
les peintures de la basilique représentent l'original et 
les manuscrits une copie exécutée d'après lui. Mais l'in- 
terversion Antéros-Pontien qui, elle, ne peut être origi- 
nale, et provient nécessairement des manuscrits du Liber 
pontificalis, exclut cette hypothèse, d'ailleurs inaccepta- 
ble, et nous permet d'affirmer que les chiffres qui ac- 
compagnent les portraits se trouvent, aussi bien que 
l'ordre dans lequel ces portraits sont rangés, dans la dé- 
pendance des notices pontificales et par conséquent sont 
postérieurs à la première exécution des médaillons. 

Du reste, la façon singulière dont les inscriptions sont 
disposées porte à soupçonner qu'elles ont été ajoutées 
après coup. Elles sont en effet intercalées deux à deux 
dans l'espace curviligne laissé entre lès deux médaillons 
de chaque paire, au lieu d'être placées au-dessus ou au- 



dessous du portrait auquel elles correspondent. Les let- 
tres sont distribuées en lignes inégales, les mots cou- 
pés de la manière la plus irrégulière. Le développement 
vertical de deux textes parallèles et très rapprochés ex- 
posait le lecteur à les enchevêtrer et à confondre une ins- 
cription avec l'autre. On conçoit difficilement qu'une 
disposition si compliquée ait appartenu au plan primitif 
et à l'ordonnance originale de cette galerie de portraits. 
Tout se réunit donc pour nous contraindre à distin- 
guer dans ce monument deux époques : la première, 
celle de l'exécution des portraits, correspond à la se- 
conde moitié du v e siècle ou aux premières années 
du siècle suivant; la seconde, celle de l'intercala- 
tion ou au moins d'un profond remaniement des ins- 
criptions, est postérieure à l'apparition du Liber ponti- 
ficalis. Deceque je dirai plus loin sur les diverses recen- 
sions de cet ouvrage il résultera que ces inscriptions, 
telles qu'on les lisait depuis le temps de Nicolas III, ne 
peuvent guère être antérieures au vu siècle. 



§ v. 



LE FRAGMENT LAURENTIEN. 



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30. — Avant d'atteindre le Liber pontificalis, il me 
reste à mentionner un dernier catalogue des papes qui 
remonte au même temps que la série des portraits de 
Saint-Paul ou, si l'on veut, que l'introduction dans cette 
série du portrait de l'antipape Laurent. Je veux parler du 

1. Dans les manuscrits les plus autorisés de cette recension, Pie 
était placé après Anicet. Il en était de môme à Saint-Paul. Sans 
doute on peut lire actuellement la fin... ETVS du nom d'Anicet sur 
le second des deux portraits; mais ici encore il y a eu retouche. 
Marangoni l'atteste : il n'a lu que les chiffres d'années, mois et 
jours ANN. XI M. IIII D. XX. Il n'a point trouvé non plus le 
nom du pape Pie, mais seulement les chiffres ANN. VIII M. III 
D. III. Ni Bianchini, ni l'auteur des copies Barberini n'en ont 
lu davantage. Des chiffres, Marangoni a conclu aux noms ; mais 
on ceci il s'est trompé. On peut voir, par le tableau du en. IV 
g m, que les catalogues suivis par la galerie de Saint-Paul don- 
nent précisément à Pie les chiffres qu'il a attribués à Anicet et 
réciproquement. Les chiffres antiques prouvent donc qu' Anicet 
venait avant Pie. Ceci du reste est encore confirmé par la série 
de Nicolas III à Saint-Pierre ; la partie subsistante au temps de 
Grimaldi commençait par Pie, Soter, Eleuthère; le portrait qui 
jadis y "avait figuré avant celui de Pie était donc celui d'Anicet. 



célèbre fragment conservé dans la bibliothèque capilu- 
laire de Vérone, en tête d'un manuscrit du vi 6 siècle. Ce 
texte a été publié d'abord par Joseph Bianchini, en 1735, 
dans le tome IV de l'édition du Liber pontificalis com- 
mencée par son oncle *. Il contient quelques lignes d'une 
vie d'Anastase II (f 498), puis vient une vie du pape 
Symmaque, assez longue, écrite dans l'esprit schisma- 
tique du parti de l'antipape Laurent. Après Symmaque 
il n'y a plus qu'un catalogue avec années, mois et jours 
qui va jusqu'à la mort de Vigile (555) ; mais il est évi- 
dent que les notices d'Anastase et de Symmaque ont été 
écrites avant l'année 519, car à la fin de la première on 
mentionne comme durant encore le schisme auquel avait 
donné lieu l'hônotique de Zenon ; or ce schisme cessa 
en 519; on peut même dire que, dès Tannée précédente 
et la mort de l'empereur Anastase (11 avril 518), l'u- 
nion des églises d'Orient et d'Occident pouvait être con- 

i. Anastasii Bibliothec. t. IV, Rome, 1735, p. lxix. 



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sidérée comme très prochaine. Nous avons donc affaire 
à un document rédigé dans les quatre ou cinq années 
qui suivirent la mort du pape Symmaque (19 juil- 
let 514) ». 

Malheureusement la fin seule en est conservée et il est 
impossible de savoir ce qui précédait les deux dernières 
vies. Cependant quelques observations peuvent être pré- 
sentées sur le contenu probable des feuillets qui man- 
quent. D'abord il y avait un catalogue complet et non 
point seulement des notices sur les papes contemporains. 
En effet le nom de Symmaque est précédé du numéro 
LU ; dans le catalogue qui suit sa vie, les papes Hormis- 
das, Jean, etc., jusqu'à Vigile, ont les numéros LIII-LX. 
Cette numérotation est déjà différente de celle de 
saint Jérôme et des chroniqueurs, suivant lesquels Sym- 
maque est le 49 e pape ; elle diffère aussi des catalogues 
terminés à Hormisdas, où Symmaque, son prédécesseur, 
a le numéro 31; enfin, le Liber pontifîcalis donnant 
à Symmaque le numéro 53, notre fragment est en dé- 
saccord avec toutes les autres traditions. Cette obser- 
vation ne nous avance pas beaucoup, car nous ne pou- 
vons savoir à quel point de la série rattacher la diffé- 
rence. Le Liber pontifîcalis a quatre papes déplus que 
saint Jérôme, parce qu'il compte saint Pierre, Anaclet, 
Marcel et Félix II ; les catalogues terminés à Hormisdas 
omettent Anaclet et Marcellin, mais ils comptent saint 
Pierre et Félix IL II est évident que notre auteur a 
omis l'un des quatre noms; mais lequel? C'est ce qu'on 
ne peut dire. 

Un point plus important et qui peut être considéré 
comme acquis, c'est que son texte, pour la partie anté- 
rieure à Symmaque et à Anastase, était beaucoup moins 
long que celui du Liber pontifîcalis. En effet, la numé- 
rotation des cahiers du manuscrit montre qu'il ne s'en est 
perdu qu'un seul, plus un feuillet, avant le fragment par 
lequel il commence actuellement. Cela fait en tout 18 
pages ; l'écriture est de l'onciale soignée, très régulière, 
répartie à raison de 25 lignes par page. Donc, en sup- 
posant les 18 pages du commencement entièrement 
consacrées au catalogue pontifical, cela fait 450 lignes 

1. Après le catalogue des papes vient le De viris de saint Jérôme, 
continué par Gennadius, puis une collection de documents qui 
tous sont relatifs à l'affaire d'Acace de Gonstantinople ; parmi 
ces documents figure une lettre d'Acace lui-même; les autres sont 
des lettres ou autres pièces émanées des papes Simplicius, Félix III 
et Gélase (Ballerini, De ant. collect. canon., p. IT, c. XII, § 2, n°2 ; 
Maassen, Quellcn, 1. 1, p. 163). 



de texte, y compris le titre. Or la partie conservée du 
texte comprend 125 lignes en 5 pages ; elle permet de 
se faire une idée exacte, à quelques lignes près, de ce 
que contenait la partie perdue. En comptant les lignes, 
on voit que cela ne fait guère que la moitié, je ne dis pas 
du Liber pontifîcalis complet, mais de l'un des abrégés 
terminés à Félix IV ou à Conon, en ne considérant que 
la partie de leur texte qui va de saint Pierre à Anas- 
tase IL 

Il y a donc lieu d'écarter toute assimilation entre le 
Liber pontifîcalis et la partie perdue du catalogue véro- 
nais. Du reste, indépendamment de l'opposition abso- 
lue des deux recueils en ce qui regarde le pape Symma- 
que, on peut constater que le plan et les formules des 
notices du Liber pontifîcalis, dont la régularité est si re- 
marquable, n'ont aucun analogue dans le texte lauren- 
tien. Celui-ci est donc un document à part, qui ne doit 
rien au Liber pontifîcalis, ni au point de vue historique 
ni au point de vue littéraire. 

31 . — J'ai rapproché plus haut ce catalogue schisma- à I {^jJ^ i * ttach t 
tique de la série des portraits de Saint-Paul. J'ajouterai tificaie, au début 

^ r " du vie siècle. 

maintenant que ces deux documents témoignent, chacun 
de son côté, de l'intérêt particulier qu'éveillait à Rome, 
au commencement du vi° siècle, la succession pontifi- 
cale. Jusque-là on s'était contenté de catalogues écrits, 
que l'on récitait sans doute, à certains jours, dans les 
cérémonies liturgiques l et que l'on citait à ses adver- 
saires comme argument de controverse. On voulut avoir 
davantage et on eut en effet, dans les peintures de 
Saint-Paul, un monument capable de parler aux yeux 
et de frapper les imaginations 2 . Les idées d'héritage 
apostolique, de continuité hiérarchique sans interrup- 
tion, prirent corps dans l'imposante ordonnance de ces 

1. Un catalogue de ce genre figurait à la fin d'un calendrier 
romain du quatrième siècle qui entra plus tard dans la compila- 
tion du martyrologe hiéronymien (De Rossi, Roma sott., t. I, 
p. 114). Il en sera question plus loin, ch. IV, § i. 

2. J'ai dit plus haut qu'une autre série de portraits des papes fut 
peinte sur les murs de Saint-Pierre au temps du pape Formose. Il 
semble qu'on aurait dû choisir la basilique de Saint-Pierre plutôt 
que celle de Saint-Paul pour y installer le premier monument de ce 
genre. Mais ceci pourrait bien s'expliquer par le fait que Lau- 
rent, quoique maître de la plupart des églises de Rome, n'eut 
jamais en son pouvoir la basilique du Vatican. Si c'est lui qui 
a fait exécuter les portraits de Saint-Paul, il a choisi pour cela la 
seule des deux églises apostoliques dont il eût la libre disposi- 
tion. Il peut se faire aussi que la galerie de Formose n'ait été 
que le renouvellement de peintures plus anciennes. 



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bustes d'évêques, rangés à la suite du portrait tradi- 
tionnel de l'apôtre Pierre. 

Quant aux notices pontificales, elles avaient un avan- 
tage analogue. Elles animaient par quelques détails nar- 
ratifs la froide série de noms et de chiffres qui jusque 
là représentait l'histoire des papes. Déjà la popularité 
des martyrs et de leurs sanctuaires suburbains avait mis 
la plume à la main à plus d'un hagiographe. Les Gesta 



martyrum s'écrivaient peu à peu, ou s'embellissaient de 
détails nouveaux; l'opinion populaire réclamait qu'on 
écrivît aussi les Gesta episcoporum ; le livre laurentien 
fut sans doute une première et passagère satisfaction 
donnée à ce besoin de lire et d'apprendre. Le Liber 
pontificalis vint bientôt lui en donner une autre, plus 
complète et plus durable. 



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CHAPITRE DEUXIÈME 



LA DATE DU LIBER P0NTIFICAL1S 



Les notices 
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1. — Le Liber pontifica lis se présente à nous, dans 
tous les manuscrits où son texte n'est pas trop abrégé, 
comme un recueil de biographies des papes, disposées 
suivant l'ordre chronologique et rédigées sur un plan 
uniforme. On y trouve d'abord le nom du pape, celui 
de sa patrie, celui de son père et la durée de son ponti- 
ficat, en années, mois et jours ; dans certaines parties de 
la série, cette indication chronologique est complétée 
par le synchronisme des empereurs, au besoin des rois 
goths d'Italie, et par les deux dates consulaires extrê- 
mes du pontificat. Viennent ensuite, sans aucun souci 
de l'ordre des temps ou du caractère des faits, quelques 
décrets du pape sur la discipline et la liturgie, des fon- 
dations ou dotations d'églises, des événements histori- 
ques. La finale est invariable ; elle contient : 1° le compte 
des ordinations de prêtres et de diacres pour l'église 
de Rome et des consécrations d'évêques pour diverses 
chrétientés ; 2° l'indication du lieu et de la date de la 
sépulture du pape ; 3° la durée de la vacance du siège 
après sa mort. Les formules ne sont pas moins fixes 
que le plan lui-même : N. , natione. . . , ex pâtre. . . , sedit 
annos... merises... dies... Fuit autem lemporibus... 
Augusti, a consulalu... usque in consulatum... Hic fe- 
cit... Hic constituit... etc. Hic fecit ordinationes... in 
urbe Romaper mens, decemb. ,presbiteros. . . diaconos. . . 
Liber pontificat.is. 



episcopos per diversa loca numéro. . . Qui etiam sepultus 
est... Et cessavit episcopatus dies... Au commencement 
les notices sont courtes; mais à partir du iv e siècle elles 
commencent à prendre de l'ampleur. Vers la fin de la 
série, au vin* et au ix e siècle, quelques-unes ont pres- 
que l'étendue d'un petit volume. 

Nul ne doute plus que les biographies de ces derniers 
temps n'aient été ajoutées par des continuateurs. Nous 
ne nous en occuperons donc point encore, non plus que 
de déterminer les limites extrêmes du Liber pontifica- 
lis vers la fin du ix e siècle. Il ne sera question, dans ce 
chapitre et dans les deux suivants, que de sa partie 
primitive, de la série de notices qui ont été rédigées 
d'abord, d'un seul jet, par un même auteur. Avant 
tout, il importe d'en déterminer la date et l'étendue. 
Ces deui recherches sont connexes, car un livre comme 
celui-ci se termine ordinairement au temps où vivait 
son auteur; il est daté par la limite où il s'arrête, car 
il ne s'arrête qu'au moment où le récit a rejoint les 
événements contemporains. Voyons donc à quel mo- 
ment le Liber pontificalis a été écrit et jusqu'à quel 
pape s'étendait sa première rédaction. 

2. — En tête des notices se présentent deux lettres, La préface QQ 
l'une de saint Jérôme au pape Damase, l'autre de Da- deux ï° ttros - 
mase à saint Jérôme. Dans la première, le solitaire de 



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DATE DU LIBER PONTIFICALIS. 



Le L. P. est 
postérieur à Da- 
mase (f 384). 



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Bethléem exprime le désir d'avoir, de la main du pape, 
l'histoire, actus gestorum, de tous ses prédécesseurs 
depuis saint Pierre, afin de savoir quels sont ceux qui 
ont été martyrs ou qui ont commis quelque excès con- 
tre les canons apostoliques f . Damase répond qu'il lui 
envoie cette histoire, autant qu'il a pu se la procurer : 
quod gestum est, quod potuimus repperire nostrae 
sedis. Ces lettres, évidemment apocryphes \ forment 
la préface du livre pontifical. On trouve au v e siècle 
plus d'un exemple de ces préfaces en deux lettres, et 
même avec saint Jérôme comme un des interlocuteurs. 
Ainsi Y Evangile de F Enfance, du Pseudo-Mathieu, 
porte en tête 8 une lettre des évoques Chromatius et 
Hêliodore à saint Jérôme et la réponse de celui-ci, qui 
est censé se rendre au désir exprimé par ses amis et 
leur envoyer une traduction de cet évangile apocryphe, 
faite sur un prétendu original hébreu. C'est encore par 
un échange de lettres entre les mêmes personnages 
que s'ouvre le martyrologe pseudo-hiéronymien * ; cette 
fois le travail demandé à saint Jérôme est une version 
des fastes martyrologiques d'Eusèbe. Enfin il existe deux 
lettres apocryphes dans lesquelles Damase demande à 
Jérôme de traduire les psaumes et Jérôme envoie sa 
traduction à Damase *. 

ii. — Cependant, malgré les lettres apocryphes qui ont 
de tout temps servi d'introduction au livre des papes, ce 
lui-ci n'a été cité que très tard sous le nom de Damase. 
Les désignations Chronica Damasi, ou Damasus de 
gestis Pontificum, ne se rencontrent pas, dans la titu- 
laire du livre pontifical lui-même, avant le déclin du 
xiv e siècle, et encore dans des recensions spéciales, forte- 
ment remaniées et pourvues de continuations jusqu'au 
xn e siècle au moins. Martinus Polonus (f 1278) est, à 
ma connaissance, le premier auteur qui se soit servi 
d'une formule de ce genre. Du reste l'intention de l'au- 
teur n'est pas douteuse ; il est clair qu'il a voulu ratta- 
cher l'origine de son livre à Damase. On peut même 
dire, en un certain sens, qu'il avait quelque raison de le 



1. Epist. Hieron. : Quatenus nostra humilitas sentire cognoscat 
qui meruit de episcoporum supradictae sedis martyrio coronari, 
vel qui contra canones apostolorum excessisse cognoscatur. 

2. Schelstrate, Dissertatio de antiquis RR. PP. catalogis, dans son 
Antiquitas Ecclesiae iltustrata, t. I, p. 347, ou dans YAnastase de 
Bianchini, t. II, p. xxxm. 

3. Tischendorf, Evangelia apocrypha, 2« éd., Leipzig, 1876, p. 51-53. 

4. Fiorentini, Vetust. martyrol., Lucques, 1668, p. 55. 

5. Migne, Patr. lat. t. XIII, p. 440; t. XXX, p. 294 ; Schelstrate, 
/. c. p. 348. 



faire; car ses notices, jusqu'à celle de Libère, le pré- 
décesseur de Damase, ne sont autre chose qu'un déve- 
loppement du catalogue libérien de l'année 354; et 
celui-ci a reçu sa dernière forme entre les mains de 
Furius Dionysius Filocalus, le calligraphe de Damase, 
mentionné plusieurs fois sur ses inscriptions monumen- 
tales ! . De plus, ces inscriptions elles-mêmes, témoi- 
gnage de l'activité littéraire de Damase et de sa sollici- 
tude pour le souvenir des martyrs et autres saints 
personnages de Rome, désignaient en quelque sorte 
son nom pour servir de recommandation à la première 
tentative d'histoire pontificale. 

Autre chose est pourtant d'expliquer comment on a 
été conduit à mettre les plus anciennes vies des papes 
sous le patronage de Damase, autre chose d'admettre 
que ce pape en a été réellement l'auteur. La seule ins- 
pection des notices qui précèdent immédiatement la 
sienne et qui sont remplies d'erreurs et de confusions 
historiques, suffit à écarter cette attribution. 

Il est depuis longtemps admis que Bède a mis le ^antérieur au 
Liber pontificalis à contribution, tant pour son his- 
toire ecclésiastique, écrite en 731, que pour sa chro- 
nique De sex aetatibus mundi, rédigée un peu plus 
tôt et terminée en 724-725. D'un autre côté, on a des 
manuscrits du Liber pontificalis lui-même qui remon- 
tent à ce temps-là et même un peu plus haut 1 . En- 
fin, dans les notices de Léon II (682-683) et de Conon 
(686-687), il y a des expressions qui dénotent évidem- 
ment une main contemporaine. Dans la première il 
est parlé du sixième concile œcuménique (681) comme 
mipcr in urbe regia celebratum, dans l'autre d'un legs 
du pape qui needum est persolutum. Ainsi c'est à la 
fin du vn e siècle, ou tout au plus dans les premières 
années du siècle suivant, qu'il faut placer la limite in- 
férieure des hypothèses permises sur la première ori- 
gine du livre pontifical. Cette conclusion, déjà présentée 
par le savant Emmanuel Schelstrate 8 , a été confirmée 
et précisée par la découverte du manuscrit de Naples \ 



1. De Rossi, Roma soit., t. 1, p. 120. — Saint Golomban paraît 
avoir rattaché à Damase le recueil chronographique de 354. Ep. II 
(Migne, P. L., t. LXXX, p. 261) : Victorius qui... post tempora 
d. Martini et d. Hieronymi et papae Damasi post centum et très 
annos sub tiilaro conscripsit. Si l'on retranche 103 de 457, date du 
paschale de Victorius, on arrive à l'année 354. 

2. Je dirai plus loin avec précision quand et comment le Liber 
pontificalis est venu entre les mains de Bède. 

3. L. c, c. 8. 

4. Pertz, Archiv, t. V (1822), p. 69. 






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LeL.P. attri- 
i»ué à Ànastase 
Bibliothécaire. 



en minuscule du vu 9 siècle, mutilé à la fin, mais pré- 
cédé d'un catalogue qui se termine au pape Gonon 
(t 687). 

Tel est l'état dans lequel j'ai trouvé la question. Entre 
les limites extrêmes indiquées par le nom de Damase 
(366-384) et par les indices que je viens de mentionner, 
j'ai cru devoir m'arrôter au temps du pape Hormisdas 
(514-523) et de ses deux premiers successeurs, JeanI" 
et Félix IV (523-530). Je vais montrer, par une série d'é- 
liminations et de démonstrations positives, que cette 
date est bien la date véritable. 

4. — Mais auparavant, je dois dire un mot des opi- 
nions qui avaient autrefois cours sur l'origine du Liber 
pontificalis. Dès le xv e siècle on se préoccupait de cette 
question : à la marge ou même quelquefois dans le 
texte des manuscrits d'une recension faite sous Eu- 
gène IV (1431-1447), on trouve une note ainsi conçue : 
Liber iste intitulatur Damasus de gestis pontificum ; sed 
cum non potuerit nisi ad sua lempora scrjbere, quod 
superaddilum est alterius est cuius nomen non teneo. 
Verum in vita Gelasii papae II quidam Pandidfus 
hostiarius affirmai se ista scripsisse, quod intelligi po- 
test vel de toto opère, vel de vita Gelasii lantum, quod 
ex vita Paschalis II coniectari licet. Cette dernière 
conjecture ne manque pas de fondement; mais elle n'a 
rapport qu'à des notices rédigées au xn° siècle ; pour 
celles des anciennes vies qui sont postérieures à Da- 
mase, l'annotateur ne connaît aucun nom d'auteur, il 
ne se permet aucune hypothèse. 

Onofrio Panvinio fut plus hardi. Suivant lui, le 
Liber pontificalis jusqu'à Nicolas I er inclusivement est 
l'œuvre d'Anastase le Bibliothécaire 1 . Il ne dit pas quelle 
raison il a de le croire; avant lui, aucun des écrivains 
qui ont parlé d'Anastase ne lui attribue les vies des 
papes ; aucun de ceux qui ont parlé du Liber pontifi- 
calis ne l'a mis sous le nom d'Anastase ; ce nom ne se 
rencontre dans aucun des nombreux manuscrits qui nous 
en ont conservé les diverses recensions. La conjecture 
de Panvinio, bien que tout à fait gratuite, fit cependant 
fortune. Bellarmin 2 l'adopta sans hésitation ; elle fut 
bientôt consacrée par le titre sous lequel parut l'édi- 
tion princepsy à Mayence, en 1602. Baronius, il est 

1. Notes à Platina, De Vitis pontificum Romanorum, éd. de Colo- 
gne, 1600, p. 139. Platina lui-môme, dans sa lettre dédicatoire à 
Sixte IV, attribue le Liber pontificalis à Damase. 

2. De script, eccles., articles de Damase et d'Anastase le Biblio- 
thécaire. 



vrai \ amenda cette opinion, en disant que, si Anastase 
devait être considéré comme l'auteur de la collection 
des notices pontificales, celles-ci cependant avaient été 
écrites avant lui par divers auteurs. Son système fut 
généralement admis 2 . Cependant, quand on eut constaté 
que le Liber pontificalis avait été connu de Bède, 
il fallut renoncer à l'attribuer à Anastase. C'est ce 
qu'avaient déjà fait Pearson 3 et Martinelli *, quand 
Emmanuel Schelstrate publia sa dissertation sur les 
anciens catalogues pontificaux \ où il discute point 
par point les opinions émises sur le Liber pontificalis 
et démontre qu'il n'a absolument rien à voir avec 
Anastase le Bibliothécaire. Ses conclusions furent adop- 
tées par Bianchini fl , qui crut cependant devoir conser- 
ver le nom d'Anastase dans le titre de son édition. Par 
ce que j'ai déjà dit sur l'origine du Liber pontificalis, 
on peut voir que le jugement de Schelstrate était par- 
faitement fondé ; cela résultera mieux encore de tout ce 
qui me reste à exposer 7 . 

A) // ne faut pas songer à un temps antérieur au 
pontificat de Stjmmaque (498-514). 

8. — Jusqu'à la notice de Xystus III inclusivement l 6 l. p. e st 
(440), les biographies pontificales contiennent souvent |i° e s c ^ rieur au v * 
des erreurs historiques assez graves : par exemple, 
Théophile d'Alexandrie (-J*412) donné comme contem- 
porain du pape Victor (7 v. 198), la découverte de la 
vraie croix placée sous le pape Eusèbe (309 ou 310), 
la lèpre et le baptême romain de Constantin, l'exil du 
pape Jules, les évoques pannoniens Ursace et Valens 
transformés en prêtres romains, le martyre de Félix II, 
Damase (366-384) placé sous l'empereur Julien (361- 
363), le procès fait par Bassus à Xystus III. Plusieurs 
de ces confusions dérivent de documents apocryphes 
dont la date peut être fixée : les uns sont de la fin du 

1. Ad ann. 867, n® 130. 

2. Holste, notes manuscrites citées par Schelstrate (Antiq. eccl. 
illuslrata, t. 1, p. 381) ; Possevino, Apparatus sacer, t. 1, p. 71 ; 
Ciampini, Examen Libri pontificalis, réimprimé dans Muratori, 
Script., t. III part. I. 

3. De série et successione primorum Romae episcoporum, Londres 
16S7, dus. I, ch. XIII, p. 124. 

4. Roma ex elhnica sacra, Rome, 1653, p. 499. 

5. Antiq. eccl., t. I, Rome, 1692, p. 327-400. 

6. Anast., t. I, préf. n°* 6-8. 

7. Sur Anastase le Bibliothécaire, v. le livre récent du P. A. La- 
pôtre: De Anastasio Bibliothecario, Paris, 1884. 



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v* siècle, les autres de l'année 501 au plus tôt. 
Depuis la notice de saint Léon (440-461), il n'y a plus, 
il est vrai, aucune trace d'emprunts à des textes de ce 
genre ; mais si l'histoire est puisée à des sources plus 
pures, elle laisse encore beaucoup à désirer au point 
de vue de l'exactitude. Le récit du concile de Chalcé- 
doine (451) contient plusieurs confusions; la querelle 
religieuse à propos de l'hénotique, depuis l'année 482, 
est racontée avec des inexactitudes assez graves et des 
erreurs de date qui s'étendent jusqu'à la notice de Gé- 
lase (*f*496) inclusivement. Citons quelques exemples. 
Dans la vie de Simplicius (468-483), après avoir ra- 
conté que ce pape avait été informé par Acace, évêque 
deConstantinople,etTimothée, patriarche d'Alexandrie, 
des méfaits de Pierre Monge, compétiteur monophysite 
de celui-ci, le biographe ajoute : Tune papa Simplicius 
dissimulans numquam rescripsit Acacio. C'est le con- 
traire qui est vrai. Simplicius écrivit lettre sur lettre 
à Acace et à l'empereur pour être renseigné sur leur 
conduite dans cette affaire ; mais Acace , qui pactisait 
avec Pierre Monge, se tint coi et laissa sans réponse 
toutes les lettres de Simplicius. — D'après la notice de 
Félix III (483-492), ce pape aurait d'abord envoyé à 
Constantinople , par un de ses defensores, une sen- 
tence de condamnation contre Acace, coupable d'avoir 
admis Monge à sa communion ; puis, sur une lettre 
de l'empereur, annonçant que le patriarche venait à 
résipiscence, il aurait expédié dans la ville impériale 
deux légats , les évoques Misenius et Vitalis , chargés 
de prononcer une nouvelle condamnation contre Acace, 
s'il persistait dans son attitude, et de lui faire signer 
une rétractation, si ses dispositions étaient telles qu'on 
le disait. Mais Acace corrompit les légats ; ils négligè- 
rent d'accomplir leur mission. Aussitôt qu'ils furent de 
retour à Rome, le pape réunit un concile où ils furent 
excommuniés. — L'ordre réel des faits est celui-ci. 
Dès les premiers» jours de son pontificat, et non au bout 
de trois ans, Félix III envoya Misenius et Vitalis à Cons- 
tantinople, non pour condamner Acace ou pour l'absou- 
dre, mais pour le citer à comparaître devant le pape et 
son concile. Cette légation ayant échoué, pour les raisons 
indiquées par le biographe, le pontife expédia à Cons- 
tantinople un defensor appelé Tutus, chargé de remettre 
à Acace, non plus une citation, mais une sentence de 
déposition et d'excommunication. Tutus fut corrompu 
comme les légats qui l'avaient précédé, mais le décret 



pontifical parvint au patriarche par une voie inattendue : 
des moines fidèles au siège apostolique le lui attachèrent 
à son manteau. Le biographe a donc interverti l'ordre 
des deux légations, placé la mission du défenseur avant 
celle de Misenius et de Vitalis ; ce changement l'a con- 
duit à imaginer une lettre de l'empereur, à parler 
d'une rétractation promise par Acace, enfin à dénaturer 
les instructions données a Misenius et à Vitalis. Il est 
donc encore, dans la notice de Félix III, assez éloigné 
de l'exactitude que l'on devrait attendre d'un écrivain 
tout à fait contemporain. 

En passant de cette notice à celle de Gélase (492-496), 
le progrès n'est pas très sensible. On lit dans celle-ci : 
Huius temporiôus iterum venit relatio de Graecia eo 
quodmulta mala et homicidia fièrent a Petro et Acacio. 
Or ces deux personnages étaient morts avant l'avène- 
ment de Gélase, le premier en 490, le second en 489. 
On raconte ensuite que Jean (Talaïa), évoque d'Alexan- 
drie, s'étant réfugié à Rome, y reçut bon accueil de 
la part de Gélase. Or l'arrivée de Jean Talaïa à Rome se 
place en 483, très peu de temps après l'ordination de 
Félix III, huit ou neuf ans avant celle de Gélase ! . Dans 
cette même notice, Gélase est dit avoir siégé sous le roi 
Thôodoric et l'empereur Zenon ; or l'empereur Zenon 
était mort un an avant le prédécesseur de Gélase. 

Toutes ces confusions, ces erreurs de date, ces trans- 
positions de faits, supposent évidemment que le narra- 
teur est à une certaine distance des événements. La 
même impression résulte de l'examen des dates obi- 
tuaires des papes : celles du v* siècle, jusqu'à Félix III 
inclusivement, ou bien ne sont pas marquées, ou le sont 
d'une manière fautive. En somme, l'exactitude, dont on 
s'est beaucoup rapproché depuis saint Léon, ne devient 
complète qu'à partir d'Anastase II (496-498), prédéces- 
seur de Symmaque. 

B) La première partie du Liber pontifica lis, depuis 
saint Pierre jusqu'à Silvcre, a été rédigée au temps 
des Goths. 

6. — Les citations de Bède et la date des manuscrits 

1. Les deux passages que je -viens de signaler ne se rencontrent 
pas, il est vrai, dans les abrégés qui nous conservent des fragments 
de la plus ancienne rédaction du Liber pontificalis ; cependant il 
est difficile de croire qu'ils proviennent d'un remaniement. Les per- 
sonnes qui ont retouché le texte primitif no paraissent pas avoir 
porté un intérêt spécial au schisme acacien. 



Le L. P. est 

du. temps des 
rois Goths. 



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ne permettent pus de descendre jusqu'à la période ' 
franque de l'histoire de Rome et des papes. La question 
se réduit donc à choisir entre la période gothique et 
la période byzantine. 

La limite de ces deux périodes est difficile à tracer 
d'une façon précise, dans l'histoire générale de l'Italie, 
à cause des vicissitudes de la guerre gothique et des al- 
ternatives de restauration barbare ou byzantine. Comme 
il s'agit ici des papes et du clergé de Rome, on pourrait 
prendre pour point de partage la déposition de Silvère 
et l'élévation de Vigile. Le premier de ces papes était 
la créature du roi goth Théodat : levatus est a tyranno 
Theodato, comme dit son biographe; l'autre dut son 
élévation à la faveur de la cour impériale et à l'inter- 
vention de Bélisaire. Ce changement, arrivé en mars 537, 
pourrait donc marquer, dans l'histoire des papes, la 
jonction des deux périodes gothique et byzantine. Mais 
il est évident et il doit être bien entendu que, dans la 
recherche du milieu politique où un livre comme le Liber 
ponti/icalis 3l pris naissance, il faut tenir moins de compte 
des révolutions officielles que des passions et des préoc- 
cupations dont elles sont le signe et l'effet. Avant le 
mois de mars 537, il y a eu un parti byzantin à Rome ; 
après le mois de mars 537, Rome a été deux fois au pou- 
voir de Totila. Ce n'est guère qu'à la suite des victoires 
de Narsès que le nouveau régime a commencé de fonc- 
tionner régulièrement; c'est donc à partir de 552 environ 
.que nous pourrons nous dire en période byzantine et 
c'est dans cette acception que je prends ici ce terme. 

La définition ainsi exposée, je passe à la démonstra- 
tion. Il faudrait n'avoir aucune teinture d'histoire, soit 
profane, soit religieuse, pour ignorer le grand change- 
ment que les événements de la guerre gothique intro- 
duisirent dans les conditions de la ville et de l'église de 
Rome. Ce n'est pas ici le lieu d'en énumérer toutes les 
conséquences ; il me suffira d'en rappeler quelques-unes, 
qui ont laissé des traces dans les biographies des papes 
depuis le milieu du sixième siècle. Ainsi, l'ordination du 
pape ne pouvait plus être célébrée aussitôt après son 
élection, c'est-à-dire le dimanche suivant; l'élection de- 
vait avoir été d'abord vérifiée à Ravenne ou à Constan- 
tinople, par l'exarque ou par l'empereur, ce qui entraî- 
nait de longues vacances du siège pontifical. Le sénat, 
au moins comme assemblée délibérante et conseil com- 
munal de Rome, disparaît très rapidement ; il n'en est 
jamais question dans la volumineuse correspondance de 



saint Grégoire (590-604); au septième siècle, les trois 
classes de la société sont le venerabilis clcrus, Ycxcel- 
lentissimus exercitus, le fidelissimus populus. L'impor- 
tance du corps ecclésiastique s'accroît énormément; 
comme tous les évoques, le pape a reçu de Justinien 
une certaine participation au pouvoir politique, aug- 
mentée encore par la situation particulière du pontife 
romain et son autorité de primat spécial de toute la pé- 
ninsule italique ; les biens de l'église romaine, répartis 
dans toute l'Italie, ont nécessité l'organisation des pa- 
trimoines, administrés par des redores dont l'action se 
fait sentir sur bien des choses d'ordre spirituel ou gou- 
vernemental. Au point de vue de la discipline et du culte, 
les usages locaux, sans se transformer autant qu'on 
l'eût désiré à Constantinople et qu'on le demanda en 
692 au concile in Trullo, se modifient cependant en 
quelques points grâce au progrès naturel de l'organi- 
sation. Les événements politiques eux-mêmes semblent 
prendre un pli spécial. Au temps des Goths l'Italie était 
soumise à un seul maître; la machine administrative 
des empereurs du cinquième siècle continuait de fonc- 
tionner sous l'impulsion du roi de Ravenne ; les bar- 
bares étaient presque tous dans l'armée; et encore ils 
s'affublaient de titres et d'insignes romains et façon- 
naient de plus en plus leur genre de vie sur le modèle 
des populations envahies. Par ailleurs tout le monde vi- 
vait à la romaine, avec les mœurs et le droit romain. 
Dans les temps byzantins, il en fut tout autrement. Il 
y eut alors deux Italies, l'Italie lombarde, celle de la 
vallée du Pô, des duchés de Spolète et de Bônévent; et 
l'Italie romaine, le long des côtes, depuis Grado jusqu'à 
Gènes. La première, semblable à un ressort qui se dé- 
tend, exerçait partout une poussée sur la seconde et l'ab- 
sorbait progressivement; l'état de guerre était à peu près 
perpétuel ; la paix n'était représentée que par des trêves 
à courte échéance. Et ce n'étaient point des guerres or- 
dinaires ; il ne s'agissait pas seulement de changer de 
maîtres et de porter ses impôts dans les caisses d'un roi 
barbare au lieu de les verser au fisc impérial ; il s'agissait 
de changer de vie, de mœurs, de droit; de perdre une 
bonne partie de sa fortune et d'être absorbé dans la so- 
ciété lombarde. Au milieu de cette lutte entre deux ci- 
vilisations, les fonctionnaires impériaux trouvaient le 
temps, non seulement de songer à leurs intérêts pécu- 
niaires, mais encore de combiner des intrigues politi- 
ques contre le gouvernement de Constantinople. On 



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voyait souvent des exarques et autres chefs militaires 
s'insurger contre leur souverain et chercher à se former 
une principauté avec les débris, de plus en plus chétifs, 
du territoire impérial. Quand ils restaient fidèles, c'était 
souvent aux dépens de l'église romaine, de ses trésors 
ou de la libellé de son chef. Lutte des Lombards contre 
les Romains, des exarques contre les empereurs, des 
empereurs contre les papes, voilà le régime de l'Italie, 
et de Rome en particulier, pendant les deux siècles qui 
s'écouièrent entre la chute du royaume des Goths et l'in- 
tervention des Francs dans les affaires d'outre-monts. 

Si le livre pontifical avait été commencé alors, il est 
difficile qu'il ne s'en fût pas ressenti. Il est dans la na- 
ture des hommes que, quand ils se mettent à raconter 
les temps anciens, sans y apporter un soin et une critique 
extraordinaires, ils les représentent toujours comme sem- 
blables à ceux où ils vivent. L'auteur du livre pontifical 
n'avait certainement ni le génie exceptionnel ni les scru- 
pules d'exactitude qui eussent pu l'élever ici au-dessus 
de la faiblesse commune. Indépendamment de ses er- 
reurs et des emprunts qu'il a faits, peut-être de bonne 
foi, à des textes apocryphes contemporains du pape 
Symmaque, il se figure en général la discipline d'au- 
trefois comme conforme à celle de son temps. Ainsi le 
carême est aussi long au temps du pape Télesphore qu'au 
sixième siècle ; les notaires pontificaux existent, un pour 
chacune des sept régions ecclésiastiques, dès le temps 
de saint Clément ; Victor canonise le système pascal de 
Denys le Petit; les évoques italiens, contemporains de 
l'empereur Hadrien, viennent régulièrement aux synodes 
romains, comme au temps de saint Léon ou de Sym- 
maque, etc. Avec un tel manque de souci du côté de 
l'exactitude chronologique, avec une telle tendance à se 
représenter les choses comme s'étant toujours passées 
de la même façon, il est vraiment étonnant que notre 
auteur n'ait pas introduit le moindre trait byzantin dans 
les notices des prédécesseurs de Vigile. 

Au contraire, on trouve dans ces notices des choses qui 
n'ont pas pu être écrites après la restauration byzan- 
tine. Voici un exemple. — Dans la vie du pape Hilaire, 
il y a une énumération des conciles œcuméniques qui 
serait inconcevable dans les temps byzantins ; il est dit 
de ce pape qu'il confirma très synodos, Niceni, Ephe- 
seni etCalcedonense. Le second concile, celui de Gons- 
tantinople, en 381, est passé sous silence. Ge concile, 
en effet, n'était pas reconnu à Rome et ne le fut pas 



avant le pontificat de Vigile. La lettre synodale du con- 
cile romain tenu en 485 \ sous Félix III, énumère les 
conciles généraux comme la vie d'Hilaire : Nicée, 
Ephèse, Chalcédoine. Il en est de même du décret de 
recipiendis et non recipiendis libris, attribué à Gélase et 
à Hormisdas, et, en tous cas, composé à Rome dans la 
première partie du sixième siècle. Au contraire, depuis 
Vigile (537-555), le concile de 381 prend rang parmi 
les conciles œcuméniques dans les énumérations offici- 
elles. On le trouve ainsi marqué dans les lettres de Vi- 
gile à Justinien en 548, à l'évêque d'Arles en 550, de 
Pelage I er aux évêques de la Tuscia annonaria en 557 *. 
Quant à saint Grégoire le Grand, dans sa profession de 
foi, adressée en 591 aux patriarches d'Orient, il déclare 
que les quatre conciles œcuméniques, y compris celui 
de Constantinople, lui inspirent la même vénération 
que les quatre évangiles \ Comprend-on maintenant 
un clerc romain contemporain de saint Grégoire qui ou- 
blierait le concile de Constantinople en énumérant les 
premiers conciles œcuméniques? On peut objecter, il est 
vrai, que l'auteur du livre pontifical semble parler ici 
d'après une décrétale du pape Hilaire, et que ce docu- 
ment, s'il était authentique, ne pouvait citer d'autres 
conciles généraux que ceux de Nicée, d'Ephèse et de 
Chalcédoine. Mais je répondrai que, même en acceptant 
ladécrétaie pour réelle et authentique, ce qui n'est nul- 
lement démontré, on doit remarquer que notre auteur 
a choisi lui-même les termes dans lesquels il la résume. 
On verra plus loin avec combien peu d'exactitude il se 
sert des rares lettres pontificales qu'on peut le soupçon- 
ner d'avoir eues sous les yeux. Ce n'est pas le texte 
d'Hilaire, c'est la coutume de son temps qui l'a guidé 
dans son énumération. 

Mais je ne veux pas insister sur ce fait particulier, et 
je tiens à faire observer que, lors même qu'il serait 
écarté du débat, il resterait toujours le fait général que 
j'ai présenté d'abord, c'est-à-dire l'absence complète 
de traits byzantins dans la première partie du Liber 
pontificalis. Du reste la thèse que j'ai voulu démontrer 
dans cette seconde partie va bénéficier des arguments 
par lesquels je vais établir la conclusion plus précise 
que 

1. Hardouin, t. II, p. 855; Mansi, t. VII, p. 1139. 

2. Jaffé, n°» 910, 925, 939. 

3. Sicut sancti Evangelii quatuor libros, sic quatuor concilia sus- 
cipere el venerari me faleor, Nicaenum... Constantinopolitanum... 
Ephesinum... Chalcedonense. (Ep. I, 25.) 



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C) les trois notices de Boni face II (530-532), de Jean II 
(533-535), dAgapit (535-536) et le commencement 
de celle de Silvère (536-537) sont l'œuvre d'un con- 
temporain. 

7. — Qu'il y ait un départ à faire entre le Commen- 
cement et la fin de la vie de Silvère, cela est d'une évi- 
dence qui crève les yeux. Celui qui a écrit le commen- 
cement est un adversaire acharné du pape. Suivant lui, 
l'ordination de Silvère a été entachée de simonie et de 
violence ; c'est le tyran Théodat qui a imposé ce person- 
nage; le clergé romain n'en voulait pas; il ne l'avait pas 
élu; il n'avait pas signé le procès-verbal de son élection; 
il ne s'est décidé aie signer que plus tard, une fois l'or- 
dination faite, sous une pression violente et pour éviter 
un schisme. Dans la seconde partie, au contraire, Silvère 
est un saint, beatus, beatissimtis Silverius ; c'est le type 
du juste persécuté ; sa comparution devant Bélisaire, 
qui joue ici le rôle de Pilate, est décrite avec les termes 
mômes de l'Evangile. Exierunt quidam falsi testes qui 
et dixerunt : Quia nos vicibus invenimus Silveriumpa- 
pam scripta mittentem ad regem Gothorum... Quod 
audiens Vilisarius patricius noncredebat; sciebat enim 
quod per invidiam haec de co dicebantur. Sed dum 
multi in eadem accusatione persistèrent pertimuit... 
Adhuc eo loquente... Qui audientes fugerunt omnes 1 . Il 
meurt victime des mauvais traitements de son succes- 
seur Vigile; c'est un confesseur; son tombeau opère 
des guôrisons miraculeuses. — Si c'est le môme per- 
sonnage qui a raconté ainsi l'élévation et la déposition 
de Silvère, il faut avouer que ses sentiments avaient 
bien changé. Mais cette hypothèse elle-même doit être 
écartée. En effet, le récit de l'ordination de Silvère 
(juin 536) se continue régulièrement par celui des évé- 
nements politiques dont elle fut immédiatement suivie: 
la chute de Théodat, l'élection du roi Vitigès, son dé- 
part pour Ravenne et son mariage avec la fille d'Ama- 
lasonte; puis Fauteur tourne ses regards du côté de 
Bélisaire, mentionne son expédition de Sicile, le siège 
et la prise de Naples, l'entrée du patrice à Rome, ses 

1. Cf. Matth. xxvi, 60; Marc, xiv, 58. — Matlh. xxvii, 18; Marc. 
xv, 10; — Joan. xix, 8; — Matlh. xxvi, 47; Marc, xiv; 43; Luc. 
xxn, 47; — Matth. xxvi, 56; Marc, xiv, 50. Ce rapprochement pa- 
rait s'être fait déjà dans l'esprit d'un interpolateur de basse épo- 
que, qui a introduit ici le nom de Pilate (Bianchini, A nos t., t. I, 
p. 105, codd. Reg. Maz.J. 



XXXIX 

travaux de défense, le retour de Vitigès, les opérations 
et les souffrances du siège, enfin le succès des armes 
impériales et la retraite de l'armée des Goths sur Ra- 
venne. 11 n'a plus été question de Silvère, qui, au 
moment où le siège fut levé, était déposé depuis un an. 
On dirait que l'auteur l'a perdu de vue pour ne plus 
s'occuper que des événements politiques et militaires. 
Une phrase plus loin, le récit semble recommencer. 
On se retrouve à Naples au temps de la prise de cette 
ville par Bélisaire ; le patrice vient ensuite à Rome, où 
Silvère, qui reparaît ici, lui fait un accueil bienveillant; 
il n'est plus question des Goths, de la guerre, du siège, 
si ce n'est incidemment, dans le procès fait au pape. 
C'est celui-ci qui occupe la scène et le récit se poursuit 
jusqu'à sa mort. 

De cette analyse des deux parties de la notice, il ré- 
sulte qu'elles diffèrent non pas seulement par l'esprit, 
mais encore par l'objet môme du récit. La première est 
une histoire de la chute des Goths et de la restauration 
impériale à Rome, l'autre est une passio Silverii. Le 
fait que la prise de Naples est racontée deux fois suffi- 
rait tout seul à établir que nous avons ici deux textes 
primitivement indépendants, qui ont été ensuite cou- 
sus, mais mal cousus, l'un à l'autre. 

Or il suffit de lire le premier pour se convaincre que 
l'on a affaire à un récit contemporain. D'abord l'exacti- 
tude des détails peut être contrôlée, à l'aide du livre de 
Procope sur la guerre des Goths. Sur certains points la 
précision est plus grande que dans Procope lui-môme. 
Le narrateur connaît le jour de l'entrée de Bélisaire à 
Rome, et celui de l'arrivée de Vitigès. Il a des termes 
naïfs, mais topiques, pour décrire les inconvénients et 
les désastres du siège. 

His diebus obsessa est civitas ut nulli esset facilitas exe- 
undi vel introeundi. Tune omnes possessiones privatas vel 
fisci vel ecclesiae incendio consumpta sunt ; homines vero 
gladio interempti sunt ; quos gladius gladius, quos famis 
famis, quos morbus morbus, interficiebat. Nam etecclesiae 
et corpora martyrum sanctorum exterminatae sunt a 
Gothis. Intra civitatem autem grandis famis, ut aqua ve- 
nu ndaretur pretio, nisi nympharumremedios'subvenisset. 
Pugnae autem maximae erant contra civitatem. 

Ces phrases-là ne sont pas de celles que Ton écrit 

1. Remedios est ici pour remedius, forme masculine de remedium 
comme regnus pour regnum. Ce n'est pas ici le lien d'entrer dans 
l'étude de cette latinité, conforme à la langue populaire du temps. 



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Boniface II, 

Jean II, 

Agapit, 

(530-536). 



longtemps après l'événement, d'après le3 récits d'au- 
trui ou des souvenirs personnels déjà vieux. D'ailleurs, 
un homme qui aurait vu les deux sièges de Rome par 
Totila en 546 et 549, le premier surtout, aurait eu de 
la peine à garder une si vive impression de celui 
de Tannée 537. Je n'ai pas à rappeler les catas- 
trophes que subit Rome dans ces années terribles, et 
en particulier la suspension momentanée de son exis- 
tence, par l'expulsion temporaire de toute sa population, 
à la suite du siège de 546. Après les Goths, les Lom- 
bards vinrent à leur tour habituer les Romains au spec- 
tacle et aux misères des sièges. Le souvenir de celui de 
Yitigès dut s'affaiblir de plus en plus. Au contraire, pour 
un auteur qui écrivait en 538 ou peu après, l'investis- 
sement de Rome était chose nouvelle. L'expédition de 
Genséric (455), dont les témoins devaient, du reste, être 
tous morts, avait eu un caractère bien différent. Je ne 
sais s'il ne faudrait pas remonter jusqu'aux temps hé- 
roïques de la république romaine pour trouver un évé- 
nement comparable au siège de Rome par Yitigès. 

Ainsi la première ^partie de la notice de Silvère doit 
être considérée comme l'œuvre d'un contemporain qui 
écrivait peu de temps après le siège de Rome, en 538- 
539. Venons maintenant aux trois notices précédentes. 

8. — Dans ces trois notices il n'est pas possible de 
signaler une seule inexactitude, si ce n'est dans les dates 
obi tuai res de Boniface II et de Jean II et dans la date 
de Xkal. mai. que la vie d' Agapit attribue successive- 
ment à l'entrée de ce pape à Gonstantinople et à sa 
mort, dans cette ville, la môme année. On verra, au 
chapitre IV, § ix, où je traiterai des dates obituaires, 
qu'il y a eu des retouches en général dans cet ordre 
d'indications, et, en particulier, dans celles des notices 
de Boniface II et de Jean II. Quant à la date du X kal. 
mai'., il résulte delà notice elle-même qu'elle représente 
une interpolation à l'un ou à l'autre des deux endroits 
où on la rencontre; l'ensemble des faits et des docu- 
ments permet même le choix entre les deux hypothèses 
et conduit à considérer cette date comme celle de la 
mort du pape, non comme celle de son arrivée à Gons- 
tantinople. 

Ces retouches étant écartées du.texte, il ne reste pas, 
dans les trois notices, un seul détail qui ne soit confirmé 
par les documents contemporains. 

La notice de Jean II parle d'une profession de foi de 
Justinien, qui fut portée au pape par les évêques Hypa- 



tius et Démétrius : or cette lettre figure en tête du code 
Justinien avec la réponse du pape ; toutes les deux men- 
tionnent les évêques ambassadeurs. Le Liber pontifica lis 
énumère ensuite les présents offerts à saint Pierre par 
l'empereur : ils ne sont pas mentionnés dans les pièces 
conservées de la correspondance officielle ; mais on sait 
que les messagers impériaux n'avaient pas coutume de 
venir à Rome sans apporter quelques présents de ce 
genre. 

Dans la vie d' Agapit, il est question de l'ambassade 
du pape à Constantinople, où il fut envoyé par le roi 
Théodat. Il est dit qu'il y eut entre lui et Justinien une 
contestation au sujet des querelles christologiques du 
temps, que le pape finit par convaincre l'empereur et dé- 
posa Anthime, patriarche intrus et hérétique de Cons- 
tantinople. Tous ces faits sont racontés avec détail par 
les chroniqueurs et historiens contemporains, Marcellin, 
Liberatus, Victor de Tunnunum : nous avons une no- 
velle de Justinien relative à la déposition d'Anthime, et 
les circonstances de cet événement sont longuement 
décrites dans les procès-verbaux du concile assemblé à 
Gonstantinople quinze jours après la mort d'Agapit. 

La compétition de Dioscore fait en grande partie les 
frais de la notice de Boniface II ; il en est encore ques- 
tion dans celle d'Agapit. Ces deux notices sont évidem- 
ment l'œuvre d'un partisan de Dioscore. Bien que Dios- 
core ne fût pas un inconnu, on n'avait jusqu'ici, sur son 
élection et son parti, d'autres détails un peu circonstan- 
ciés que ceux du Liber pontificalis. M. Amelli ! , docteur 
de l'Ambrosienne, a publié tout récemment trois piè- 
ces officielles relatives à cette affaire : elles concordent 
admirablement avec le récit du biographe. L'une d'el- 
les est même mentionnée à deux reprises par celui-ci : 
c'est une formule d'anathèrae contre Dioscore, que Bo- 
niface arracha au clergé après la mort de son compéti- 
teur et que le pape Agapit fit brûler solennellement 
cinq ans après. La notice parle aussi de la désignation 
de Vigile comme successeur de Boniface II, faite par ce 
pape lui-même, dans un concile tenu à Saint-Pierre ; 
elle ajoute qu'il revint peu après sur cette mesure, 
considérée comme anticanonique. Sans doute les docu- 
ments de cette affaire ne nous sont pas parvenus. Mais 



i. Dans la Scuola caUolica de Milan, 11 e année, t. XXI, 122" 
cahier. J'ai reproduit et commenté ces documents, dans un mémoire 
intitulé La succession du pape Félix IV {Mélanges d'archéol. et d'his- 
toire de l'école française de flome, troisième année, 1883, p. 23S-266). 



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deux des pièces publiées par M. Amelli nous montrent 
que le pape Félix IV avait agi à l'égard de Boniface II 
comme celui-ci voulait agir à l'égard de Vigile, c'est- 
à-dire qu'il l'avait désigné et fait accepter par le clergé 
et le sénat comme son successeur. 11 est tout naturel 
que Boniface ait cherché à faire prévaloir un système 
successoral auquel il devait son élévation. La désigna- 
tion de Vigile, qui, jusqu'ici, se présentait comme un 
fait isolé, sans attache historique en dehors de la notice 
de Boniface II, a maintenant un précédent qui l'explique 
et, en l'expliquant, confirme le dire du livre pontifical. 

Les libéralités de Boniface, mentionnées dans sa no- 
tice, le sont également dans son épitaphe ! , qui parle 
aussi, mais naturellement, dans un tout autre esprit 
que la notice, de la compétition deDioscore, du schisme 
et des mesures prises pour l'apaiser. Enfin la notice 
enregistre une demande présentée au pape par les évo- 
ques africains pour obtenir la reconnaissance de la 
primatie de Carthage. Nous n'avons plus cette pièce, 
ni aucune autre qui s'y rattache directement. Mais on 
sait qu'au temps de Boniface II (530-532) l'église d'Afri- 
que, à laquelle le roi Hildéric (523) avait rendu la li- 
berté, était en travail de réorganisation. Il nous est resté 
un concile africain de l'année 525 et un autre de 535 ; 
le premier nous montre l'évêque de Carthage en lutte 
ou au moins en froid avec l'un de ses inférieurs, le pri- 
mat de Byzacène; dans l'autre, les prélats africains, 
avant d'adopter une mesure importante à l'égard du 
clergé arien laissé par les Vandales, décident qu'il faut 
consulter le pape. La démarche signalée par le Liber 
pontificalis prend naturellement sa place au milieu de 
ces rapports et de ces préoccupations. 

Mais on n'a pas tout dit en faveur de la fidélité de ces 
récits, quand on a constaté leur accord avec l'histoire et 
les documents officiels. Il faut encore noter l'esprit pas- 
sionné du narrateur, la vivacité quelquefois naïve de ses 
expressions. Gomme il maltraite Boniface II ! Zelo et dolo 
duc tus 9 cum grandi amaritudinc.culpa eum respicie- 
ùat... reum se confessus est maiestatis... libellas ana- 
thematis quos invidiae dolo extorseratBonifacius... in- 
vidia perfidorum. Gomme il triomphe de l'abolition 
du décret contre Dioscore! Quelle vive rancune il a con- 
tre Silvère, la créature du tyran Thôodat! On peut dou- 
ter qu'il ait assisté à l'entrevue d'Agapitet de Justinien; 

1. De Rossi, Inscr. christ., t. I, n° 1029. 
Liber pontificalis. 



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l'idée qu'il en a est confuse, mais m'exprime vivement, 
en mettant sur les lèvres des augustes interlocuteurs 
des propos peu conformes au cérémonial : A ut consenti 
nobis, aut exilio le dcporlari faciam. — Ego quidem 
peccator ad Iustinianum imperatorem christianissi- 
mum venire desideravi ; nanc autem Diocletianum 
inveni. Quod tamen minas tuas non pertimesco... Scias 
te idoneum non esse religioni christianae. 

Ainsi, exactitude parfaite dans tous les détails, grande 
préoccupation des querelles du temps, impressions vi- 
vement senties et traduites avec une franchise naïve, 
dans un style exempt.de recherche et en dehors de 
tout formulaire, voilà ce qui caractérise les quatre no- 
tices de Boniface II, de Jean II, d'Agapit et de Silvère. 
Dès lors pourquoi ne conclurait-on pas qu'elles ont été 
rédigées par un contemporain? Y a-t-il quelque raison 
de ne pas le faire? Je ne puis en distinguer aucune. 
Sans doute nous n'avons pas de manuscrits terminés au 
milieu de la notice de Silvère. Mais cela ne prouve rien 
contre l'antiquité de cette notice et des précédentes. Du 
reste je reviendrai plus loin sur le témoignage des ma- 
nuscrits et l'on verra, non seulement qu'ils ne s'opposent 
point à la solution que je présente, mais encore qu'ils 
lui apportent, dans une certaine mesure, une confir- 
mation sérieuse. 



D) Les notices d*Anastase II, Symmaque, Hormisdas, 
Jean 1" et Félix I V (496-530) sont ï œuvre d'un con- 
temporain^ qui termina son travail par la notice de 
Félix IV (526-530), mais lavait commencé plus tôt, 
vraisemblablement dès le temps d'Hormisdas. 

9. — Ici nous ne sommes pas privés du témoignage 
des manuscrits. Il existe un Liber pontificalis qui se 
termine à la vie de Félix IV. C'est ce texte que les éru- 
dits désignaient autrefois sous les noms de catalogue 
félicien, second catalogue, catalogue sous Justinien, etc, 
et que j'ai démontré * n'être autre chose qu'un abrégé du 
Liber pontificalis. Cette conclusion n'a rencontré aucun 
contradicteur; elle a été au contraire acceptée par 
toutes les personnes qui ont examiné mes raisons. Les 
voici, en résumé : 

Le texte félicien s'ouvre par la môme préface que le 

1. Etude sur le Liber pontificalis, p. 6-23. 



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félicien, abri 
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Ztôer pontificalis, c'est-à-dire par les deux lettres de 
Jérôme et de Damase; ses notices sont exactement sem- 
blables à celles du Liber pontificalis, pour le plan, 
Tordre, la nature des renseignements et même pour les 
mots. L'identité serait absolue si le Liber pontificalis 
ne contenait pas, depuis le iv° siècle surtout, beaucoup 
plus de choses que le catalogue félicien. Entre eux le 
rapport est si étroit qu'il faut évidemment admettre que 
l'un dérive de l'autre. Ou le livre pontifical est le cata- 
logue félicien complété, ou le catalogue félicien est le 
livre pontifical abrégé. 

La seconde solution est la seule admissible : 1° parce 
que les phrases ou parties de phrases que le livre pon- 
tifical a de plus que le catalogue félicien se rapportent 
toujours à des faits ou à des renseignements du même 
ordre que ce qu'on trouve dans le texte commun aux 
deux rédactions, et ne trahissent nulle part un esprit 
ou un âge différent ; 2° parce que le catalogue félicien 
présente des traces évidentes de suppressions arbitraires, 
faites uniquement en vue d'abréger le texte. Ainsi, dans 
la vie de Silvestre, il reproduit les premières lignes de 
cinq alinéas du Liber pontificalis, avec des formules 
qui ont leur raison d'être dans un texte développé, 
mais nullement dans un texte abrégé comme est le 
sien : 

Eodem tempore fecit ConstantinusAug. basilica in pala- 
tio Sossoriano, ubi etiam de ligno sanctae crucis domini 
nostri Iesu Ghristi auro et gemmis concluait. Eodem tem- 
pore fecit basilicam sanctae Agne martyris ex rogatu Gons- 
tantiae filiae suae. Eodem tempore fecit basilica sancti 
Laurenti. Eodem tempore fecit basilicam sancti martyres 
Marcellino presbitero et Petro exorciste. 

Il est clair que cette répétition de Y Eodem tempore, 
tolérable en tête de chapitres successifs mais assez 
longs chacun, cesse de l'être dans uneénumération aussi 
rapide que celle-ci. 

Un fait plus général, c'est le rapport entre les trois 
textes du catalogue libérien, du catalogue félicien et du 
Liber pontificalis. Il est certain que le catalogue libé- 
rien est le noyau autour duquel se sont formés les deux 
autres textes : il est entré tout entier dans les notices 
pontificales. Si le catalogue félicien était antérieur au 
Liber pontificalis, il devrait contenir : 1° tout le catalo- 
gue libérien, 2° des compléments ; d'un autre côté, le 
Liber pontificalis devrait contenir : 1° tout le catalogue 



félicien, 2° de nouveaux compléments, losquels n'au- 
raient rien de commun avec le catalogue libérien, déjà 
entré tout entier dans le catalogue félicien. 

Or, ce système est réfuté parla comparaison des textes ; 
le Liber pontificalis contient le catalogue libérien au 
complet; le catalogue félicien en supprime, en certains 
endroits, des parties considérables. 

Pour que l'on puisse apprécier les rapports qui exis- 
tent entre ces trois textes, je vais reproduire ici la plus 
grande partie de la notice du pape Fabien, d'après 
le catalogue félicien et le Liber pontificalis, en mettant 
en italique, de part et d'autre, ce qui est emprunté au 
catalogue libérien. 



CAT. FÉLICIEN. 

Fabianus... Fuit autem 
temporibus Maximi et Afri- 
cani usque ad Decio II et 
Quadrato, et passus est 
XIIII kl. febr. Hic regio- 
nés dividit diaconibus et 
fecit Vil subdiaconos qui 
VII notariis inmincrent ut 
gesta martyrum fideliter 
colligerent. Post passionem 
eius Moyses et Maximinus 
presbyteri et Nicostratus 
diaconus comprehensi sunt. 
Eodem tempore Moyses in 
careere defunctus est qui 
fuit ibi mens. XI; et sic 
multi etc. 



Fabianus... Fuit autem tempori- 
bus Maximi et Afiicani usque ad 
Decio II et Quadrato et passus est 
XIIII kal. febr. Hic regiones dividit 
diaconibus et fecit VII subdiaconos 
qui VII notariis inminerent ut ges- 
tas martyrum in integro fideliter 
colligerent et mullas fabricas per 
cymiteria fieri praecepit. Et post 
passionem eius Moyses et Maximus 
presbyteri et Nicostratus diaconus 
comprehensi sunt et in carcercm 
missi sunt. Eodem tempore super- 
venit Novatus exAfrca et separavit 
de ccclesia Novatianum et quosdam 
confessores posiquam Moyses in 
careere defunctus cst } qui fuit ibi 
mens. XI; et sic multi etc. 



La comparaison, que l'on pourrait étendre à d'autres 
notices, montre clairement que le catalogue libérien est 
bien plus au complet dans le Liber pontificalis que 
dans le texte félicien. Ce fait, difficile à expliquer dans 
l'hypothèse où le Liber pontificalis serait un dévelop- 
pement du catalogue félicien, devient très naturel, 
dans l'hypothèse où le catalogue félicien n'est qu'un 
abrégé du Liber pontificalis. 

L'existence du catalogue félicien permet donc de 
conclure à celle d'un Liber pontificalis aussi complet que 
le nôtre, mais terminé à Félix IV (530), tandis que les 
manuscrits les plus anciens ne le contiennent qu'avec des 
prolongations qui atteignent la fin du septième siècle ou 
le commencement du huitième. C'est déjà presque la 



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preuve que ce Li6er pontificalis a été rédigé par un con- 
temporain de Félix IV. On ne conçoit guère, en effet, 
pourquoi un auteur de la fin du sixième siècle ou du 
siècle suivant aurait écrit une suite de vies des papes, de 
puis saint Pierre, sans la continuer jusqu'à son temps; 
pourquoi il se fût arrêté au cinquante-sixième pape sans 
aller jusqu'au pape en exercice. 

Cette considération est d'ailleurs renforcée par la pré- 
sence, à la suite de la notice de Félix IV, de tout un 
groupe de notices contemporaines. Celles-ci nous bar- 
rent en quelque sorte le passage et nous empêchent de 
nous éloigner de l'année 530. 

10. — Cependant, il y aurait lieu de lutter contre tous 
ces obstacles et de se défier de toutes ces vraisemblances, 
si les notices du commencement du sixième siècle se 
trouvaient en désaccord avec l'histoire et si l'on y cons- 
tatait la présence d'éléments légendaires. Or, c'est le 
contraire qui a lieu. Ces notices contiennent de longs 
récits, dans lesquels on chercherait vainement l'appa- 
rence d'une influence légendaire ; des récits qui peuvent 
être contrôlés par des textes historiques absolument sûrs 
et par les documents officiels les plus authentiques. Je 
vais plus loin : ils offrent, au même degré que ceux du 
temps de Boniface 11 et de Silvère, la trace des préoc- 
cupations et même des passions contemporaines, et cela 
à propos d'événements qui, pour la plupart, durent être 
assez vite oubliés, ou tout au moins relégués à l'arrière- 
plan des souvenirs et des imaginations. 

Quelle était la situation de l'église romaine au moment 
où le pape Anastase II succéda à Gélase? Elle jouissait de 
la paix que le règne de Théodoric, désormais affermi, 
assurait à toute l'Italie; mais il y avait entre elle et les 
églises de l'empire d'Orient un dissentiment profond. Le 
pape Félix III, douze ans auparavant, après avoir refusé 
d'accepter l'hénotique de Zenon, avait déposé et excom- 
munié les patriarches de Constantinople et d'Alexandrie, 
Acace et Pierre Monge, et rompu ainsi avec les églises 
des pays soumis à l'empereur. Son successeur, Gélase, 
était resté fidèle à son attitude, même après la mort 
d' Acace. Il n'avait pas cessé d'exiger, comme condition 
du rétablissement de l'union, que le nom d' Acace fût 
rayé des diplyques de Constantinople. Loin de lui faire 
cette concession, l'empereur Anastase faisait chaque jour 
de nouveaux progrès dans le sens opposé et se rappro- 
chait du parti monophysite. Le schisme persévérait et 



s'aggravait. Dans la lettre ! par laquelle le pape Anastase 
II notifia son avènement à l'empereur, il crut devoir faire 
une tentative de conciliation, sans toucher aux principes, 
et sans abandonner la ligne de conduite suivie par ses 
prédécesseurs. Après avoir déploré la triste désunion 
dont l'Eglise avait tant à souffrir et pressé les Orientaux 
de ne pas la prolongerpour le nom d'un homme (Acace), 
il déclarait que, tout en condamnant la mémoire d'A- 
cace, l'église romaine n'entendait nullement invalider 
ses actes ; que les baptêmes et les ordres conférés par 
lui devaient être considérés comme valables. L'empereur 
ne se laissa point fléchir, mais la politique conciliatrice 
du pape obtint quelques résultats dans le vicariat apos- 
tolique d'Illyrie, qui dépendait au spirituel de l'évêque 
de Thessalonique. Celui-ci abandonna la mémoire d'A- 
cace et fit lire publiquement une lettre du pape Gélase 
où étaient énumérés les griefs du saint-siège contre ce 
patriarche. Sur ces garanties, Anastase admit à sa com- 
munion le diacre Photin, de Thessalonique, qui lui avait 
été envoyé par son évêque *. Rien de plus régulier et de 
plus louable que sa conduite. Cependant, il se trouve à 
toutes les époques, des personnes qui, ayant épousé cha- 
leureusement une querelle, la voient avec regret arriver 
à sa fin, cherchent à empêcher la lutte de s'apaiser ou 
même à la prolonger après que la paix est rétablie. Tandis 
que, dans le livre pontifical laurentien, dont j'ai parlé 
plus haut, la notice d' Anastase II contenait une apologie 
de sa lettre à l'empereur, celle que lui consacre notre 
Liber pontificalis contient des détails fort désagréables. 
« Un grand nombre de clercs et de prêtres ont rompu 
tout rapport de communion avec lui; il a voulu réhabi- 
liter sous main la mémoire d'Acace ; s'il ne l'a pas fait, 
c'est que Dieu l'en a empêché ; sa mort est un châtiment 
du ciel. » 

Le pape mort, une scission se produit dans l'église 
romaine : chacun des deux partis porte un candidat au 
siège de saint Pierre; le diacre Symmaque et l'archi- 
prètre Laurent sont élus et ordonnés avant qu'on ait pu 
s'entendre ; le trouble est à son comble. Comme cela 
avait déjà eu lieu en pareil cas, le pouvoir public est 
obligé d'intervenir. Théodoric, à qui les deux partis ont 
déféré l'arbitrage, reconnaît que Symmaque est celui des 
prétendants qui réunit le plus de suffrages. Sa décision 
est acceptée et consacrée solennellement dans un concile 

i. Jaffô, 744; Thiel, t. I, p. 615. 
2. Jaffô, 746; Thiel, t. I, p. 624. 



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tenu à Saint-Pierre, où Laurent reprend sa place dans 
le corps presbytéral de Rome. Peu après, il est pourvu 
par Symmaque d'un évôché en Campanie. En 500, Théo- 
doric fait une visite solennelle à la vieille métropole du 
monde romain ; c'est Symmaque qui l'accueille comme 
évoque légitime et incontesté. L'année suivante, ses 
ennemis imaginent un moyen de le perdre ; ils lui im- 
putent des faits criminels et des malversations qui, cano- 
niquement, sont de nature à entraîner la déposition d'un 
évêque. La difficulté est de trouver un tribunal ecclé- 
siastique compétent pour juger un pape. Thôodoric par- 
vient à la lever en s'entendant avec l'accusé, qui auto- , 
rise la réunion d'un concile de tous les évoques italiens 
et consent à leur déférer sa cause. Mais Symmaque n'est 
déjà plus maître des basiliques de Rome ; Laurent a été 
rappelé ds Campanie; ses partisans, dirigés par le séna- 
teur Festus, ont chassé le pape et l'ont réduit à se con- 
finer au Vatican. Pierre, évoque d'Altinum, envoyé par 
le roi pour accomplir provisoirement les cérémonies 
épiscopales, a pris le parti des laurentiens. Cependant 
le concile se réunit : une émeute laurentienne empêche 
Symmaque de se présenter à son audience; il est im- 
possible d'obtenir un débat contradictoire et de porter 
une sentence régulière. Après bien des délais, les évo- 
ques finissent par déclarer que Symmaque, n'ayant pu 
être jugé, doit être considéré comme innocent, main- 
tenu dans sa dignité et reconnu comme pape légitime. 
Mais cette sentence extrajudiciaire est impuissante à 
calmer les esprits. La discorde continue pendant plu- 
sieurs années, jusqu'à ce qu'enfin Thôodoric se décide 
à intervenir résolument en faveur de Symmaque et à lui 
faire remettre les basiliques de Rome (506). Laurent se 
retire alors et meurt quelque temps après. 

il. — Tous ces événements sont fort connus; les 
qu'îTlSix J ïv historiens du temps, comme Théodore le lecteur à Cons- 
1 " '" tantinople, et l'Anonyme de Valois à Ravenne, en font 

mention avec plus ou moins d'insistance ; les lettres des 
papes et du roi Théodoric, les actes des conciles, les 
écrits polémiques, comme le Libelluspro synodo d'En- 
nodius de Pavie, nous mettent au courant des moindres 
détails; enfin il nous reste une vie de Symmaque, écrite 
par un adversaire acharné, par un laurentien irrécon- 
ciliable ; aucun élément de contrôle ne fait donc défaut. 
Or, le Liber pontificalis résiste à ce contrôle ; il reste tou- 
jours sur le terrain de la vérité historique. S'il ajoute 
quelques traits particuliers au tableau qui résulte des 



LeL.P.depuis 
Anastasell jus 



autres textes, ces traits, loin d'en déranger l'harmonie, 
ne servent qu'à lui donner plus de vie et de couleur. Son 
récit n'est pas froid, il est même passionné, en sens con- 
traire, bien entendu, de celui du biographe laurentien ; 
mais la passion, à propos d'une telle querelle, est la meil- 
leure garantie d'antiquité. La crise finie, la paix revenue 
dans l'église de Rome, les esprits ne purent tarder à 
s'apaiser; l'oubli dut même se faire assez vite sur le 
schisme de 501, surtout après l'année 518, alors que 
l'union rétablie avec les églises d'Orient eut fait dispa- 
raître l'aliment religieux de ces controverses, et surtout 
après que la mort tragique de Jean I er , la querelle à propos 
de Dioscore, enfin la guerre des Goths et ses catastro- 
phes eurent donné un autre cours aux préoccupations 
des Romains. 

J'ajouterai une dernière réflexion, sur les sentiments 
que le pape Symmaque a inspirés à l'auteur de sa notice. 
Hic amavit clerum elpauperes, bonus, prudens, huma- 
nus, gratiosus! C'est la première fois que nous trouvons 
dans le Liber pontificalis cette note enthousiaste et 
affectueuse. On ne la rencontre pas à propos de saint 
Léon, quoique son biographe sache bien qu'il a sauvé 
l'Italio des fureurs d'Attila, ni à propos de Félix III et 
de Gélase, ces papes énergiques qui ont si vaillamment 
soutenu l'honneur du saint-siège en face des empereurs 
et des patriarches d'Orient. Elle ne reparaît pas dans les 
vies d'Hormisdas et de Jean I er , malgré les grands succès 
obtenus par Hormisdas et les infortunes de son succes- 
seur. Ce n'est donc pas seulement l'expression d'un sen- 
timent vrai et profond, c'en est encore l'expression con- 
temporaine. 

La notice d'Hormisdas est consacrée presque entière- 
ment au récit de ses négociations, d'abord infructueu- 
ses, puis couronnées do succès, avec la cour de Cons- 
tantinople, en faveur de l'union des églises. Ici encore 
le contrôle est facile. Une volumineuse correspondance, 
en quelque sorte diplomatique, s'est conservée et per- 
metde vérifier chacune des assertions dubiographe. Quant 
à la vie de Jean I or , elle se rattache étroitement à l'his- 
toire de Théodoric et trouve son contrôle dans les docu- 
ments nombreux qui nous restent sur celle-ci. La notice 
de Félix IV est fort courte. Il n'y avait peut-être pas 
grand'chose à raconter sur ce pape, si ce n'est le mode 
particulier de son élévation, iusso Thcodericireyis. Cette 
indication laconique, sans commentaire, et le silence 
gardé sur la mesure extraordinaire par laquelle Félix 



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parition 
dates con- 
aires depuis 



crut devoir régler sa succession, sont de ces précautions 
que la prudence impose aux contemporains, quand ils 
ont leurs raisons pour ne blesser personne. 

Ainsi, dans les notices qui vontd'Anastase II à Félix IV, 
exactitude parfaite, sauf quelques traits où se révèlent 
des sentiments et des préjugés contemporains, et qui se 
reconnaissent particulièrement dans les notices d'Anas- 
tase II et de Symmaque. Cette exactitude était la seule 
condition qui restât à vérifier pour accepter le témoi- 
gnage des manuscrits et faire remonter les notices en 
question au temps où leur série se termine. On peut 
donc considérer la question comme résolue. 

12. — Cependant je puis renforcer encore mon ar- 
gumentation, en ôtudiantles indications chronologiques 
que contiennent ces notices. On a vu plus haut que le 
Liber ponlificaits n'est autre chose que le catalogue li- 
bérien de l'année 354, considérablement augmenté et 
prolongé. Or le catalogue libérien donne pour chaque 
pape le synchronisme des empereurs et les dates extrê- 
mes du pontificat, suivant la notation consulaire. Ces 
indications sont entrées, comme tout le reste, dans les 
notices du livre pontifical. Au moment où s'arrête le 
catalogue libérien, le synchronisme impérial et les no- 
tes consulaires disparaissent. Le compilateur n'avait pas, 
semble-t-il, à sa disposition les documents nécessaires 
pour continuer. Pour Damase seulement, il a hasardé 
une conjecture : Fuit temporibas luliani. Julien ayant 
été le successeur de Constance et Damase celui de Li- 
bère, il lui a paru naturel de placer Damase sous Julien, 
comme Libère Tétait sous Constance. Cependant Da- 
mase n'a été élu qu'en 366, trois ans après la mort de 
Julien, et ce synchronisme est faux. Au delà de Da- 
mase, on ne trouve plus aucune tentative de ce genre ; 
il faut descendre jusqu'à Félix III (483-492) pour voir 
reparaître le synchronisme, et jusqu'à Symmaque (498- 
514) pour retrouver des dates consulaires. Félix III est 
placé sous Odoacre : Fuit temporibus Odoacris régis us- 
que ad tempora Theodorici régis ; Gôlase sous Théodo- 
ric et sous l'empereur Zenon : il y a ici une inexacti- 
tude, car Zenon mourut en 491, un an avant l'élection 
de Gôlase. Au delà et jusqu'à Jean II inclusivement, le 
synchronisme est régulièrement et correctement mar- 
qué ; on note à la fois celui des rois Goths et celui des 
empereurs d'Orient. Quant aux dates consulaires de l'or- 
dination et de la mort, elles ne sont données que dans 
les notices de Symmaque, d'Hormisdas, de Jean I er et de 



Félix IV. Cette interruption et cette réapparition des da- 
tes consulaires et du synchronisme impérial s'expliquent 
très bien si le Liber pontificalis a été compilé, comme 
je l'ai dit, dans la période 514-530. Après avoir repro- 
duit toutes les indications de ce genre que lui fournis- 
sait son prototype, le catalogue libérien, l'auteur s'est 
arrêté, faute de pouvoir continuer; mais dès que ses 
souvenirs personnels lui ont permis de reprendre l'an- 
cienne rédaction, il s'est empressé de le faire. Il a 
commencé par le plus facile, c'est-à-dire parle synchro- 
nisme des rois d'Italie et des empereurs ; encore n'a-t-il 
pu éviter une erreur, légère il est irai, à propos de Gé- 
lase et deïénon. Pour les temps les plus rapprochés de 
lui, ses indications sont devenues tout à fait précises; il 
a pu donner très exactement les dates consulaires de Sym- 
maque et il a continué à marquer celles de ses succes- 
seurs jusqu'à Félix IV. Comment au contraire, si l'on 
admet que le Liber pontificalis est de beaucoup posté- 
rieur à Félix IV, comment rendre compte de ces vicis- 
situdes? 

J'ajouterai, comme un dernier indice d'une plume 
contemporaine, que l'année 498, dans la vie de Symma- 
que, est indiquée par la formule co?is. Paulini. C'est la 
notation italienne, avec le consul occidental seulement, 
Théodoric ne reconnaissant point chez lui les consuls 
orientaux. En Orient au contraire, ce consulat était par- 
tagé : on disait cons. Iohannis et Paulini ; c'est ainsi 
que cette année est désignée dans les fastes grecs, dans 
les chroniques latines de Marcellin et de Victor de Tun- 
nunum et même dans Cassiodore. Notre auteur a donc 
suivi l'usage courant et non point transcrit les fastes of- 
ficiels de la période byzantine. On peut faire la même 
observation sur l'orthographe Maburti, du nom du con- 
sul Mavortius, de l'an 527 : c'est l'orthographe des ins- 
criptions qui furent gravées cette année là-même à 
Rome f . 

Ainsi, non seulement par la date de leur réapparition, 
mais par leur teneur même, les notes consulaires sup- 
posent un rédacteur contemporain.' Cependant, deux 
d'entre Celles sont inexactes d'un an ; comme on pour- 
vait tirer^de cette inexactitude un argument contre ma 
thèse, je vais examiner de suite cette anomalie. Voici le 
tableau des dates consulaires qui figurent dans nos qua- 
tre notices : 

1. De Rossi , Inscr. christ. , t. I, p. 460-463. 



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Symmaque 






ordonné le 22 nov. 498, 


a cons. Paulini 


(498) 


mort le 19 juillet 514. 


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(514) 


Hormisdas 







ordonné le 20 juillet 514, a cons. Senatoris (514) 

mort le 7 août 523. usque ad cons. SymmachietBoethi (522) 



a cons. Maximi (523) 

usque ad cons. Olybri iun. * (526) 



Jean I or 

ordonné le 13 août 523, 
mrt le 8 mai 526. 

Félix IV 

ordonné le 12 juillet 526, a cons. Maburti (527) 

mort en septembre 530. usque ad cons. Lampadiet Orestis (530) 

Pour Symmaque et Jean I er il n'y a aucune difficulté ; 
mais la mort d' Hormisdas est avancée d'une année et 
l'avènement de Félix IV retardé d'autant. Ces inexacti- 
tudes ne peuvent s'expliquer par l'ignorance du biogra- 
phe. En donnant quatre ans, deux mois et treize jours au 
pontificat de Félix IV, il savait très bien que ce pon- 
tificat ne pouvait tenir tout entier dans l'intervalle 527- 
530, d'autant plus qu'il fait mourir Félix IV à l'automne 
de 530. Pour Hormisdas, la chose est encore plus claire; 
après avoir dit au commencement de sa notice que ce 
pape siégea usque ad cons. Symmachi et Boethi (522), il 
marque sa mort cons. Maximi (523), conformément à la 
vérité. Voici la solution. Dans la première partie du ca- 
talogue libérien, les dates consulaires des papes sont 
disposées de telle façon que jamais l'année de l'avène- 
ment de l'un d'eux ne coïncide avec l'année de la mort de 
son prédécesseur; c'est toujours l'année d'après, de sorte 
qu'il semble que les papes mouraient régulièrement le 
31 décembre et que leurs successeurs entraient en fonc- 
tions le 1 er janvier. C'est, je crois, cette disposition du 
modèle qui fait ici sentir son influence sur l'imitation. Le 
rédacteur des notices d'Hormisdas, de Jean I er et de 
Èélix IV a voulu que les dates consulaires qu'il plaçait en 
tête de ses notices 'fussent combinées conformément au 
système suivi dans le catalogue libérien pour les pre- 
miers successeurs de saint Pierre, tout en ne se dissi- 
mulant pas que cette harmonie était un peu artificielle 

1. La leçon cons. Olybri iun. (526;, dans la vie de Jean I er , est 
particulière à l'abrégé K. Elle concorde d'une façon remarquable 
arec la table pascale napolitaine, du vi e siècle, publiée par Roncalli 
(Vetust. chronica, t. I, p. 729 ; cf. de Rossi, 1. c, p. 457) et avec 
celle que vient de publier M. B. Krusch, Neues Archiv, t. IX, p. 281. 



et en permettant à ses lecteurs de rétablir la chjonologie 
exacte. 

13. — Dans cette démonstration, je ne me suis aidé Le L. p. etit 
que de considérations intrinsèques et des données ronynSen. gehi * 
fournies par les limites du manuscrit de Naples et de 
l'abrégé fôlicien; je n'ai pas recherché si le Liber pon- 
tificalis avait laissé quelque trace dans la littérature, 
antérieurement au De sex aetatibus mundi du vénérable 
Bède. Au chapitre suivant on verra qu'il a été connu et 
mis à contribution en France, par deux auteurs diffé- 
rents, vers l'année 590, sous la forme spéciale de 
l'abrégé fôlicien. Mais je crois devoir signaler dès à 
présent son influence sur la compilation martyrologique 
qui porte le nom de saint Jérôme. Cette compilation 
est citée par Cassiodore J , et décrite par saint Grégoire 
le Grand 2 ; mais, dans la forme où nous l'avons, elle 
représente un remaniement fait à Auxerre, au temps 
de l'évêque Aunarius, dans les dernières années du roi 
Gontran (f 593). En étudiant l'histoire des différents 
manuscrits qui nous en sont restés, on voit que leur 
original commun ne peut être postérieur à la fin du 
vi e siècle. Toute particularité sur laquelle ils s'accordent 
et qui n'est pas explicable par une cause qui ait pu 
influer de la môme façon sur tous les manuscrits dis- 
persés, doit provenir de cet original commun et par 
conséquent remonter au vi e siècle. 

Parmi ces particularités, il y en a une qui suppose 
l'existence et l'influence du Liber pontificalis. La voici. 
Au 25 mai, la fête de saint Urbain est indiquée ainsi 
qu'il suit; je cite les trois manuscrits du vin 8 siècle, qui 
représentent suffisamment les autres et dont l'accord 
prouve pour la fin du vi e siècle, au plus tard : 

Ms. d'Epternach (Paris, Bibl. nat., lat. 10837, du com- 
mencement du vm e siècle) : Via nominata mil. VIII 
natalis Turbani episcopi in civitate Pretextata. 

Ms. de Wissembourg (Wolfenbûttel, 23, de l'année 772) : 
Via Nomentana miliario VIII nat. Orbani êpi In 
cimit. Praetextati. 

Ms. de Metz (Berne, 289, fin du vhi° siècle): Via Nom- 
tana miliario VIII, natal. Orbani e~pï in cimiter. 
Pretextati. 

L'accord est complet, sauf les incorrections spéciales 

1. Jnstit. 32 (Migne, P. L., t. LXX, p. 1147). 

2. Ep. VIII, 29. 



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du manuscrit d'Epternach. Le texte primitif était : Via 
Nomentana miliario VIII, natale Urbani episcopi, in 
cymiterio PraetextatL II contenait une erreur énorme. 
Le 25 juin est bien en effet la fête d'un saint Urbain, 
évoque, dont le tombeau se trouvait dans le cimetière 
de Prétextât : le Liber pontificalis, où cet évoque est 
identifié avec le pape du môme nom, marque sa sépul- 
ture à cet endroit et à ce jour. Mais le cimetière de Pré- 
textât est sur la voie Appienne, à trois milles au sud de 
Rome, et non sur la voie Nomentane, à huit milles, 
dans la direction du N-E. Sur celte dernière voie et à 
peu près à cette distance se trouvait le tombeau d'un 
martyr Alexandre que le Liber ponlificalis identifie aussi 
avec le pape son homonyme et enterre, a un autre jour, 
il est vrai, au septième mille de la voie Nomentane. 
La confusion do deux indications topographiques re- 
latives à deux sépultures pontificales si éloignées Tune 
de l'autre, ne peut venir que d'un document où elles se 
trouvaient rapprochées pour quelque raison ou par 
quelque accident. Ce document existe; c'est une table 
des sépultures papales, extraite du Liber pontificalis et 
conservée dans deux manuscrits de celui-ci, le Parisi- 
nus 5140 et le Vaticanus 3764. Dans cette table les 
papes sont rangés par lieux de sépulture, en commen- 
çant par les basiliques ou cimetières qui en contien- 
nent le plus, Saint-Pierre d'abord, puis le cimetière de 
Calliste, celui de Priscille, etc. A la fin on trouve les 
sépultures isolées : 



Paris. 5U0. 

In Porta in 

mari 
Clemens 

In miliario 
VI via no 
mentana 
Alexander 
Urbanus 



Valic. 3764. 

IN Pontu IN MARI 
Clemens 

Alexander MlL.VI 
VIANVMENTANA 
Urbanus 



On voit que le pape Urbain, qui vient le troisième 
dans l'ordre chronologique des papes enterrés un à un, 
a perdu sa rubrique IN CYMIT • PRAETEXTATI et 
qu'il est ainsi tombé sous la rubrique précédente, celle 
d'Alexandre. 

L'origine de la faute, dans le martyrologe, est donc 
expliquée par un accident arrivé au texte de cette table, 
extraite du Liber pontificalis. Maintenant, quelle est la 



date de cette table, de cette faute, de la perturbation 
introduite dans le martyrologe ? 

La table contient les noms de tous les papes jusqu'à 
Zacharie(f752), mais elle a pu avoir été constituée long- 
temps auparavant et être complétée ensuite jusqu'à Za- 
charie, dans le manuscrit d'où dérivent le Parisinas et le 
Vaticanus. Rien ne s'oppose a ce qu'elle remonte assez 
haut dans le sixième siècle. On n'a pas non plus d'indices 
sur la date de la faute qui a eu pour conséquence de 
faire disparaître de cette table la rubrique topographi- 
que du pape Urbain. Quant à l'introduction de cette faute 
dans le martyrologe, je la crois antérieure au rémanie- 
ment d'Auxerre. On distingue en effet, assez facilement, 
dans le martyrologe, les parties ajoutées à Auxerre, au 
temps d'Aunarius; ce sont en général des fêtes de 
saints gaulois, ajoutées régulièrement à la fin de chaque 
laterculus, c'est-à-dire de la liste afférente a chaque 
jour de l'année. La fête d'Urbain, fête locale de Rome, 
n'est pas dans ce cas ; elle se trouve dans le corps du 
laterculus du 25 mai. Les vraisemblances sont donc 
pour une origine différente et antérieure ; le martyrologe 
avait déjà cette faute quand on l'a retouché à Auxerre, 
au temps du roi Gontran. 

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de ce point particulier, 
il reste certain que la recension auxerroise du martyro- # 

loge dérive au Liber pontificalis, et cela par l'intermé- 
diaire d'un document extrait de celui-ci, depuis un 
certain temps sans doute, puisque son texte avait déjà 
subi au moins un accident assez grave. C'est là un pre- 
mier témoignage extrinsèque propre à montrer que le 
Liber pontificalis existait longtemps avant la fin du 
vi e siècle ; on en verra deux autres au chapitre suivant. 

14. — Reprenons maintenant, en suivant l'ordre des conclusion, 
temps, les conclusions que nous avons successivement 
établies dans un autre ordre. 

Le Liber pontificalis ne peut avoir été écrit que 
longtemps après Xystus III (432-440), un certain temps 
après Gôlase (492-496), quelques années au moins après 
la publication des apocryphes de l'année 501. Il est 
l'œuvre d'un contemporain d'Anastase II et de Symma- 
que; les controverses qui ont agité l'église romaine au 
temps de- ces deux papes l'intéressent aussi vivement 
que l'auteur du catalogue laurentien, qui écrivait entre 
5(4 et 518, bien qu'il les juge avec des sentiments tout 
opposés. Les vies des trois papes suivants, Hormisdas, 



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Jean 1 er , Félix IV, du même dessin et du même style 
que celle de Symmaque, sont également l'œuvre d'un 
contemporain; l'existence d'un Liber ponti/îcalis ter- 
miné à Félix IV ressort clairement de l'étude des manus- 
crits et des recensions. Dès lors il faut admettre que le Li- 
ber pontificalis a été écrit au plus tard sous Boniface II et 
arrêté à la vie de Félix IV. On peut même préciser da- 
vantage et considérer les trois dernières vies comme une 
continuation ajoutée à la série primitive par son auteur 
lui-même ou par un autre. La vivacité particulière des 
sentiments à l'égard d'Anastase II et de Symmaque, 
l'arrangement systématique des dates consulaires dans 



les notices d'Hormisdas, de Jean I" et de Félix IV con- 
duisent à cette conclusion. Elle sera d'ailleurs confir- 
mée par diverses observations que l'on trouvera plus loin 
et qui montreront que le texte terminé à Félix IV a subi 
çà et là quelques retouches de main contemporaine. 

Rédigé sous Hormisdas, continué jusqu'à Félix IV 
inclusivement, le Liber pontificalis a été prolongé en- 
suite, jusqu'au temps de la guerre des Goths, du pape 
Silvère et du roi Vitigès, par un témoin du siège de 
537-538, ennemi de Silvère et dévoué à la mémoire de 
Dioscore, le compétiteur de Boniface II. 



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CHAPITRE TROISIÈME 



LA PREMIÈRE ÉDITION 



§ I er . 



1/AIiREGE FELICIEN. 



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Manuscrits 
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cien. 



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i , — On vient de voir qu'il y a eu un liber pontifi- 
calis terminé à Félix IV (530) et que le catalogue féli- 
cien nous en a conservé une réduction. Il importe donc 
d'étudier cet abrégé avec soin. Je vais d'abord décrire 
les manuscrits dans lesquels il nous est parvenu. 

2. — Parisinus 1451, ix e siècle. 

Parchemin, in-f°, 3iO mm sur 230, 107 feuillets. — An- 
ciennes cotes : Colbert. 1868 Reg. 3887 9 ' 9 . — Provient de 
Saint-Maur-les-Fossés : note du xv e s. sur le f. 1' : Iste liber 
estsancti Pétri fossalen. Il a appartenue Nicolas Lefebvre, 
précepteur de Louis XIII : fuit Nicolai Fabri (f. i). — Cf. 
Maassen, Quellen, 1. 1, p. 613 ; Académie de Yienne, t. LIV, 
p. 173. 

Ce manuscrit est un liber canonum où la collection 
principale est précédée, ff. 1-15', de diverses pièces dont 
voici l'énumération : f. 1, un arbor consanguinitatis', 
— f. 2, De senioribus conciliis, petites notices sur les 
six premiers conciles œcuméniques, suivies de la cons- 
titution Semper studium de Justinien (Hardouin, t. III, 
p. 244; Mansi, t. IX, p. 178), jusqu'aux mots sapucrunt 
vel sapiunt; — f. 6', catalogue des papes, avec années, 
mois et jours, jusqu'à Hadrien I er (f 795) ; une main 
Liber pontipicalis. 



postérieure a ajouté, dans l'entreligne au dessous, Léo 
papa, sans autre indication. Suit immédiatement une 
note chronologique : Ab exordio mundi usque ad dilu- 
vium sunt anni duo milia CCLX et IL A dduvio usque 
ad nativitatem Abrahae sunt anni DCCCCXLIL Pas- 
sum autem dominum nostrum Icsum Christum peractis 
ab ortu mundi quinque milia CCXX et VIII anni. A 
passione domini nos tri lesu Christi usque ad sedem 
beatissimi Marcellinipapae sunt anni CCLXXVI men- 
ses VIIIL De apostolato iam facto Christi martyris 
Marcellini usque ad tempus gloriosissimi domni Karoli 
régis, XXV anni regni eius,hoc est usque VIII kal. april. , 
sunt anni CCCCXC et mêmes IIP; — f. 7', le sym- 
bole Quicumque; — f. 8, Exemplar fidei S. Augustini, 

1. Ce comput est emprunté au cycle pascal de Victorius (Aegidii 
Bucherii, In Victorii Aquitani canonem paschalem, Anvers, 1633, 
p. 6-8) qui compte 2242 ans (corriger dans le texte CCLX en CCXL) 
de la création au déluge, 942 ans du déluge à Abraham et 5228 ans 
de la création à la Passion; celle-ci est rapportée au 25 mars d'une 
année correspondant à l'an 28 de notre ère; en ajoutant 276 ans 
et neuf mois, on arrive à la fin (24 décembre) de l'année 304, l'an- 
née de la grande persécution de Dioclétien, où mourut le papeMar- 
ceUin; de là jusqu'au 25 mars de l'an 25 de Charlemagne (793), il y 
a juste 488 ans et 3 mois et non 490 ans et 3 mois. Le computiste 
s'est donc trompé de 2 ans. 



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LA PREMIÈRE ÉDITION. 



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Incipiunt interrogationes de trinitate et unitateP. F. et 
Sp.S.; — f. 9, ExpositiofideiS. Bieronimi : en réalité, 
profession de'foi de l'hérétique Pelage; — f. 10, De 
concilio Âurilianense., de ecclesiasticorum dogmatum 
(attribué ailleurs à Gennadius) ; — f. 11, Statuta eccle- 
siaeantigua, le 1" chapitre seulement; — f. 11', Alter- 
catio de fide trinitatis, excerpta ex chronica Gregorii 
Turonensis {Hist. Fr., V 43, 44; VI 5, 40); — f. 15', 
la lettre apocryphe Supplex legi, de saint Jérôme à Da- 
mase. Ici est marqué le mot Finit. 

Vient ensuite, même page, la collection principale et 
d'abord le titre Incipit prefatio conciliorum. Sous cette 
rubrique figurent : 1° la préface métrique Concilium 
sacrum, etc. ; 2° un liber pontificalis abrégé, jusqu'à 
Félix IV (f 530), précédé des deux lettres-préface et 
d'une liste des papes jusqu'à Pelage II (579-590), suivi 
d'un catalogue arrêté au même pape, mais avec les an- 
nées, mois et jours; 3° la notice des cités des Gaules; 
4° celle des provinces de l'empire. Le titre de la col- 
lection, f. 25', est ainsi conçu : In dei nomine continentur 

IN HOC LIBRO CANONES SEU REGULAE ECCLESIAST1CAE DIVERSARUM 
PROVINCIARUM, GRECORUM ATQUE LATINORUM, EP1ST0LE DECRE- 
TALES, QUORUM NOMINA ET ORDO ITA SE Ha[bENT]. FELICITER. 

Suit la table : 

Incipiunt capitula canonum Grecorum. 

I. Canones Niceni, ubi fuerunt episcopi CCCXVlll. 

II. Canones Ancheritani, ubi fuerunt episcopi XII. 

III. Canones Neocesariensis, ubi fuerunt episcopi XVI. 
I1II. Canones Grangrensis, ubi fuerunt episcopi XXX. 

V. Canones Antiocueni, ubi fuerunt episcopi XXXII. 

VI. Canones Laudicensi, ubi fuerunt episcopi XXXVIII. 

VII. Canones Constantinopolitani, ubi fuerunt episcopi CL. 

VIII. Canones Calcedonensis, ubi fuerunt episcopi DCXXX. 
VI1H. Canones apostolorum. 

X. Canones Sardicensis, ubi fuerunt episcopi XX. 

Item Latinorum. 

XL Canones Cartagenensis, ubi fuerunt episcopi CCXII. 
XII. Canones Thelcnsis, ubi fuerunt episcopi XXXVIII et ceteri 
alii. 
! XIII. Canones Romanorum. Item de Spiritu sancto. 
XIIII. Canones Agensis, ubi fuerunt episcopi XXXIII. 
XV. Canones Andicavensis. 
XV, Canones Aurilianensis, ubi fuerunt episcopi XXXI. 

XVII. Canones Arelatensis, ubi fuerunt 

XVIII. Canones Arausicani, ubi fuerunt episcopi XVII. 
XVIIIL Canones Valentiniani, ubi fuerunt episcopi XCVIIII. 

XX. Canones Regensis, ubi fuerunt episcopi XII. 

XXI. Canones Vasensiani. 



XXII. Canones item Arelatensis, ubi fuerunt episcopi XCV, 
diaconî XVI. 

XXIII. Canones Arvenensis, ubi fuerunt episcopi XV. 
XXI1II. Canones item Aurilianensis, ubi fuerunt episcopi 

xxxv. 

XXV. Canones Epaonensis, ubi fuerunt episcopi XXIIII. 

XXVI. Sinodus Arausica de gratia et libero arbitrio. 

Item epistole decretalis. 

XXVII. Epistole pape Leonis, II; cpislola Celestini, I. 

XXVIII. Epistola Zosimi, I; epistola Simmachi; cpislolae In- 
nocentii, III. 

XXVIIIt. Epistola Sirici, I ; item Cacleslini, I; ilem Inno- 
centai. 

Numerus episcoporum sicut in Africa scriptos inveni, ita et 
feci. 

XXX. Canones Spaniae, ubi fuerunt episcopi LXXII, quando 
Ricaredus conversus est. 

La collection vient après cette table, avec laquelle 
elle est on désaccord en ce qui regarde le concile de Nicée. 
En effet, aux canons de ce concile sont joints, dans le 
texte, un certain nombre de pièces qui n'y ont aucun 
rapport, les anathèmes du concile romain de 380 (Jaffé 
235), la seconde lettre apocryphe de Clément à Jacques 
(Jaffé fil), le Liber ecclesiasticorum dogmatum attri- 
bué à Gennadius, des fragments du concile de Chalcé- 
doine et du concile d'Ephèse, le concile romain de 595, 
enfin les canons de Sardique, qui se trouvent ainsi à une 
autre place que dans la table. On trouvera une descrip- 
tion plus détaillée de ce recueil dans le livre de M.Mas- 
sen (Le). Suivant lui, les différences entre la table et 
le texte supposent que celui-ci a été remanié et qu'il 
était d'abord disposé 'comme l'indique la table. Dans 
cette forme plus ancienne, on doit considérer le concile 
de Tolède de 589 (n°XXX) comme une adjonction posté- 
rieure. Défalcation faite de ce complément et des inter- 
polations du commencement, les dernières pièces de la 
collection sont, dans l'ordre chronologique, les numéros 
XXIII et XXIIII, c'est-à-dire le concile de Clermont (535) 
et le cinquième concile d'Orléans (549). 

Le manuscrit est mutilé à la fin : il s'arrête, dans le 
concile de Tolède, au 23 e article de la profession de foi 
du clergé arien (Hardouin, t. III, p. 476; Mansi, t. IX, 
p. 987), aux mots cum anathemate eorum propria manu. 

Collationnô et employé pour la correction des épreu- 
ves. 

3. — Vaticanus Reginae 1127; ix" siècle. 

Parchemin, in-f°, 370 mm sur 317, 165 feuillets. — - Au 



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commencement du xi« siècle il appartenait à l'abbaye de 
Saint-Cybar d'Angoulôme. Sirmond le cite comme appar- 
tenant à la collection Dutillet, cod. Tilii, Engolismensis 
(Maassen, Quellen,t. I, p. 613, note 3); il en est de même 
de Labbe, qui en a tiré le Chronicon Engolismense (Bibl. 
mss., t. I, p. 323; cf. préface, sect. Il, § il). En 1647, il 
appartenait à Alex. Petau, qui écrivit alors une table des 
matières sur le second feuillet. — C'est VAlex.l de Vignoli. 

Contenu : Les deux premiers feuillets et Je recto du 
troisième ont été d'abord laissés en blanc ; sur le recto 
du troisième, on a écrit au x e siècle une liste des cités 
de la Gaule. L'écriture primitive commence au f. 3'. A 
partir de là, le contenu est identique à celui du manus- 
crit précédent, sauf que : i° le catalogue des papes, au 
lieu de s'arrêtera Hadrien, est prolongé jusqu'à Pascal I er 
(817-824) inclusivement : Paschalis s. an. VI d. XVI ; 

— 2° entre le comput jusqu'à Tannée XXV de Charle- 
magne (f° 10') et le symbole Quicumque sont intercalés 
deux feuillets, négligés dans la pagination actuelle, qui 
est moderne, et en dehors des cahiers primitifs ; on y 
lit des annales d'Angoulôme, de l'an 815 à l'an 872, avec 
diverses continuations jusqu'à l'an 1000 l ; — 3° dans 
le corps de la collection principale, il y a, avant le 
concile romain de 595, un fragment à'Ordo Romanus 
(f. 52 £-55 6). 

Dans ce manuscrit, la collection canonique s'est con- 
servée tout entière : elle se termine par les signatures 
du concile de Tolède; la dernière est : Valerianus in 
Christi nomine archidiaconus ecclesiae Nemausensis, 
vicens agens Paladi episcopi subscripsi. Explicit félici- 
ter. Deo gratias semper. Amen (f. 152'). Suivent (f. 152- 
159) divers extraits canoniques, parmi lesquels on 
trouve le début du concile de Chalon-sur-Saône (650)": 
Priscis quidem canonibus, etc. (f. 157). — La fin du 
f. 159'etlesdeux suivants sont couverts de notes diverses, 
écrites par diverses mains, jusqu'au xn e siècle : on y 
remarque, f. 161, les noms des évoques d'Angoulôme. 

— Passio septem dormientium (f. 162-163), de première 
main. — Régula formatarum (f. 165), d'une main 
différente. 

Collationnô ; quelques parties revues pour moi par 
M. le vicomte Desbassayns de Richemont. * ! fc3 

5. — Bernensis 225, ix° siècle. 

Il y a trois manuscrits différents sous la même reliure.. 
Pour les deux premiers, v. le catalogue de H. Hagen, Berne, 

1. Labbe, Bibl. mss., 1. 1, p. 329; Bouquet, t. Vil, p. 22; Monum. 
Germ. Script., t. XVI, p. 4S5. 



1875; je ne m'occupe ici que du troisième, qui appartient 
au commencement du ix* siècle. — Parchemin, in-4% 
292mm sur igs^ { Q feuillets. 

Il contient l'abrégé du Liber pontificales terminée Félix 
IV, avec la liste initiale jusqu'à Pelage II, comme dans 
les deux manuscrits précédents. Mais le texte des vies 
s'arrête dans celle de Libère, aux mots cimiterio sanctae 
Agnen ubi sedebat — , au milieu d'une page et même 
d'uneligne; après quoi, sans autre séparation qu'une li- 
gne en blanc et sans aucun titre, commence le De viris 
de saint Jérôme. Le manuscrit étant mutilé, ce dernier 
ouvrage s'interrompt dans la notice de saint Luc, aux 
mots in carne non fuerat, sed et a ceteris — 

Signalé pour la première fois par M. de Rossi (Roma 
sott., t. II, p. xxvii, note), le liber pontificalis contenu 
dans ce manuscrit a été publié intégralement par M. R. 
A. Lipsius à la fin de sa Chronologie der Rômischen 
Bischôfe, p. 269 ; cf. p. 81. 

5. — Éditions. — 1° Papebrock, dans les Acta SS., Éditions. 
Propyl. Maii y Anvers, 1685, d'après une copie du Re- 
ginensis. 

2° Schelstrate,'j4w//$w/tas Ecclesiae illustrata, t. I, 
Rome, 1692, p. 402-496, d'après le même manuscrit 
et des variantes du Parisinus, communiquées par Et. 
Baluze; édition répétée dans les Origines de F Eglise 
Romaine, par les membres de la communauté de So- 
lesmes, Paris, 1836, p. 212-248. 

3° Lipsius, Chronologie der Rômischen Bischôfe, 
Kiel, 1869, p. 269-277; reproduction minutieuse du 
manuscrit de Berne, avec toutes ses abréviations et in- 
corrections. 

6. — D'après cette description on voit que le manus- x Rapporta des 

r r * trois manuscrits 

crit de Berne est moins propre que les deux autres à entre eux. 
nous renseigner sur le texte et la provenance de l'a- 
brégé félicien. Celui-ci paraît y avoir été combiné arti- 
ficiellement avec un livre analogue de forme, le De 
viris de saint Jérôme; on aura voulu ajouter à la série 
des notices de saint Jérôme sur les écrivains ecclésias- 
tiques le recueil des notices pontificales dont son 
contemporain, le pape Damase, pouvait avoir été l'au- 
teur. C'est pour cela qu'on s'est arrêté à Libère. Du 
reste, quoi qu'il en soit de cette explication, il est cer- 
tain que le manuscrit de Berne ne nous fournit qu'un 
fragment de l'abrégé félicien, tandis que celui-ci figure 
tout entier dans les deux libri canonum de Saint-Maur 



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LA PREMIÈRE ÉDITION. 



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La collection 
de S.Maur et l'a- 
brégé félicien. 



et d'Angoulême. Comme dans ces deux derniers, le 
texte employé pour la compilation de Berne était pré- 
cédé d'un catalogue des papes, les noms seulement, 
jusqu'à Pelage II ; ses limites étaient donc les mêmes. 
D'autre part, nous allons voir que ces limites s'expli- 
quent précisément par l'adaptation du Liber pontificalis 
à la collection canonique : le texte [du Bernensis devra 
donc être considéré comme dérivé d'un manuscrit de 
cette collection. On peut le négliger présentement et 
s'adresser exclusivement, pour l'histoire de l'abrégé 
félicien, au Parisinus et au Reginensis. 

Entre ces deux manuscrits la ressemblance est extrême : 
non seulement ils contiennent la même collection ca- 
nonique, précédée des mêmes documents accessoires, 
mais les variantes et les sigles abréviatifs eux-mêmes 
sont, le plus souvent, identiques. Il faut, ou que le Re- 
ginensis ait été copié sur le Parisinus, ou qu'ils l'aient 
été l'un et l'autre sur le même original. L'étude des la- 
cunes, dans les deux manuscrits, écarte la première de 
ces deux hypothèses. Du reste ce détail importe peu ici ; 
l'identité d'original nous reporte tout au plus aux der- 
nières années du vm e siècle, tandis qu'avec la collection 
canonique,nouspourrons remonter deux siècles plus haut. 

7. — Cette collection, en effet, doit, d'après les prin- 
cipes suivis dans la classification des compilations de 
ce genre, êlre placée au vi° siècle. M. Maassen l'a étu- 
diée sur le Parisinus seulement, et Ta, pour cette rai- 
son, appelée « Collection du manuscrit de Saint-Maur ». 
Suivant lui, la table de la collection a été faite en un 
temps où elle ne contenait pas encore diverses inter- 
polations que présentent les deux manuscrits, notam- 
ment le concile romain de 593. La pièce la plus récente 
parmi celles qui se trouvent à la fois dans le texte et 
dans la table, c'est le concile de Tolède de 589 ; mais 
il est clair, par la place qu'il occupe, après les dé- 
crétâtes des papes et en dehors des autres conciles, 
que ce synode a été ajouté à la collection déjà formée. 
Si on Técarte, la pièce la moins ancienne se trouve 
être le cinquième concile d'Orléans, de l'année 549. 
Les limites des deux catalogues pontificaux, qui s'arrê- 
tent tous les deux à Pelage II (f 590), n'ont rien à voir 
avec cette date. Il est donc probable que les catalogues 
et l'abrégé félicien qui fait corps avec eux, ont été ajou- 
tés en même temps que le concile espagnol de 589. 

M. Maassen a rangé cette collection canonique parmi 
celles qui ont été formées en Gaule, sans entrer dans 



aucun détail plus précis. Elle contient un concile espa- 
gnol ; c'est la seule collection faite en Gaule qui se trouve 
dans ce cas, si l'on excepte la collection de Saint- 
Amand, bien postérieure et qui dépend deYBispana du 
vu siècle. Cela étant, il est assez naturel de chercher 
son lieu d'origine dans Jes pays francs voisins du 
royaume wisigoth, c'est-à-dire vers l'Aquitaine ou la 
Provence. Des deux manuscrits qui nous l'ont conservée, 
il y en a un qui vient des environs de Paris ; mais nous 
ne savons pas depuis combien de temps il se trouvait à 
Saint-Maur quand il y a reçu l'étiquette qu'on y lit au- 
jourd'hui. L'autre, au contraire, était dans le pays d'An- 
goulème depuis le ix e siècle ; le titre de « Collection 
du manuscrit d'Angoulême » serait donc plus fondé que 
celui de « Collection du manuscrit do Saint-Maur ». 

Ainsi, en 590, le Liber pontificalis, sous la forme de 
l'abrégé félicien, était connu en Gaule et annexé à une 
collection canonique, avec la Notitia provinciarum im~ 
perii et la Notitia Galliarum, comme document utile 
pour l'intelligence des textes canoniques ; les deux no- 
tices géographiques servaient à se retrouver dans les 
noms des conciles, le Liber pontificalis dans les noms 
des papes. Cette adaptation du Liber pontificalis à une 
collection canonique n'est pas un fait isolé ; nous aurons 
à la constater souvent. On peut même dire qu'elle n'a 
été faite, dans la collection qui nous occupe, qu'en vertu 
d'une sorte de tradition. C'était en effet l'usage que 
les libri canonum compilés en Gaule et même ailleurs 
portassent en tête un catalogue des papes. C'est à cet 
usage que nous devons les catalogues d'Arras, de Corbie, 
de Reims, de Chieti, de Cologne et d'Albi. Parmi les 
collections gauloises du vi*" siècle que M. Maassen a dé- 
crites, le catalogue ou le livre pontifical ne fait défaut 
que dans celles qui ont été abrégées systématiquement, 
celles du Palatinns 574 (Lorsch) et du Parisinus 2796 
(Bigot), ou dont le commencement est perdu, celles du 
Parisinus 1564 (Pithou) et du Monacensis 5508 (Diessen). 

8. — Vers le même temps où fut rédigée la collée- Grégoire de 
tion dite de Saint-Maur, Grégoire de Tours terminait rabrégl C °féîi- 
ou révisait ses principaux ouvrages. Précisément en cien ' 
590, Agiulfe, diacre de son église, revint d'un pèle- 
rinage ad limina apostolorum, au cours duquel il avait 
assisté à l'enterrement du pape Pelage II et à l'ordina- 
tion de son successeur, saint Grégoire le Grand. Or il 
est remarquable que YHistoria Francorum de Grégoire 
de Tours se termine par un petit libellus episcopalis, qui 



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L'ABRÉGÉ FÉLICIEN. 



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contient des notices biographiques sur les évoques de 
Tours jusqu'à Grégoire lui-même, rédigées dans un style 
fort semblable à celui du Liber ponlificalis de Rome. Les 
phrases commencent comme dans celui-ci : Fuit autem, 
Erat autem, Hic fecit, Hic aedificavit, Huius tempore, 
etc. ; la vacance du siège est marquée par la formule 
Et cessavit episcopalus ann.... mens... diebus... ; cette 
expression, que le Liber pontipcalis a empruntée au 
catalogue libérien, est répétée dans toutes ses notices : 
je ne me souviens pas de l'avoir rencontrée ailleurs. 

Dans son De gtoria Martyrum, c. 40, l'évoque de 
Tours se plaint de ce que, bien qu'il y ait beaucoup de 
martyrs à Rome, on n'ait pourtant pas les récits com- 
plets de leurs passions ; cependant il a pu se procurer 
sur le pape Jean (Jean I er ), non pas une passion déve- 
loppée, mais un récit transmis parles fidèles, delohanne 
tamen episcopo, quoniam agon eius ad nos usque non 
accessit scriptus, quae a fidelibus comperi tacere ne- 
qaivi. Ce récit me paraît emprunté au Liber pontijïcalis 
et, plus précisément, à l'abrégé félicien. On peut en 
juger par le tableau suivant, dans lequel je dispose, en 
regard du récit de Grégoire, les parties correspondantes 
de la notice de Jean dans le texte félicien ; les variantes 
du texte complet (P) et de l'abrégé cononien (K) sont 
indiquées en note. 



Greg. Tur. Gl. M. 40. 

Hic cum ad episcopatum ve- 
nisset, summo studio haereticos 
exsecrans, ecclcsias comm in ca- 
thoiicas dedicavit. 



Lib. pontif. — Jean I e ». 

Hic vocatur a rege Theodo- 
rico Ravenna; quem rex rogans 
misit in legatione Constanti- 
nopolim ad l Iustino Aug. vir 
religiosus qui summo amore re- 
ligionis christianae voluit he~ 
reticos extricare. Nam summo 
fervore ecclesias Arrianorum in 
catholica dedicavit. 

Exinde iralus Theodoricus 
arrianus voluit totam Italiam 
gladio * perdere. 



Quod cum Theodericus rex 
comperisset, furore succensus, 
quia esset arianae deditus sec- 
tae, iussitgladiitoresper Italiam 
dirigi, qui universum quotquot 
invenissent catliolicum popu- 
lum iugularent. 



i. ad — dedicavit] ad Iuslinum imperatorem quia Iwtinus summo 
amore religionis christianae voluit hereticos perdere (K) ; — ad Iusti- 
num imperatorem orthodoxum ; qui eodem tempore Iustinus imperator f 
vir religiosus, summo ardorisamore religionis christianae voluit here- 
ticos extricare. Nam summo fervore christianitalis hoc consilio usus 
est ut ecclesias Arrianorum catholicas consecraret (P). 

2. ad gladium exlinguere ;P). 



H ace audiens beatus Iolian- 
nes, ad regem ne hacc fièrent 
deprecaturus accessit. 



A quo cum dolo susceptus al- 
ligavit eum, et posuit in car- 



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Tune Iohannes venerabilis 
papa, egressus cum fletuetmu- 
gitu,ambulavit.... (suit le récit 
de l'ambassade du pape et des 
sénateurs à Constantinople). 

Cum * dolo et grande odio Io- 
hannes episcopus etiam et sena- 



cerem, dicens : Ego te faciam tores viros inlustres religiosus 



ne audeas contra sectam nos- 
tram amplius mussitare. 



suscepitj quos itaque cum tanta 
indignatione suscipiens gladio 
eos voluit punire; sed metuens 
indignatione Iustini Aug. or- 
thodoxi, non fecit; tamen in 
custodia omnes cremavit, 

ita ut beatissimus Iohannes 
papa in custodia adflictione ma- 
ceratus y deficiens moreretur. 
Qui vero defunctus est Ravenna 
cum gloria * XV kl. iun. in cus- 
todia régis Theodorici. 

Post hoc, nutu Dei omnipo- 
teulis, XLVIII die postquam de- 
functus est Iohannes episcopus 
in custodia, subito* Theodori- 
cus rex interiit, divinitate per- 
cussus. 



Positus vero sanctus Dei in 
carcere t tantis attritus est iniu- 
rtïs,ut non postmultum tempus 
spiritum exhalaret; obiitque in 
carcere cum gloria apud urbem 
Ravennam. 

Domini autem misericordia 
statim ultionem super regem 
improbum irrogavit ; nam su- 
bito a JJeo percussus, plagisma- 
gnis exinanitus interiit, sus- 
cepilque protinus perpetuum 
gehennae flammantis incen- 
dium. 

Il suffit de comparer le texte de Grégoire de Tours 
avec celui du Liber ponti/icalis pour voir qu'il en dé- 
rive. Quant à sa parenté spéciale avec l'abrégé félicien, 
elle n'est pas moins claire, car ce n'est ni le texte 
complet ni l'abrégé cononien qui lui ont fourni les expres- 
sions in catholicas dedicavit et cum gloria, qu'il a en 
commun avec l'abrégé félicien. Du reste, il y a, dans 
la façon dont il raconte, une confusion qui n'aurait pu 
se produire s'il avait eu sous les yeux un autre texte 
que celui-là. Dans le livre pontifical, c'est l'empereur 
Justin, et non le pape, qui s'empare des églises ariennes 
et les consacre au culte catholique ; le pape va en am- 
bassade à Constantinople sur l'ordre du roi Théodoric, 
et non à Ravenne, auprès du roi' Théodoric, pour son 
propre compte. Il suffit de lire la notice du pape Jean I er , 
dans le texte de l'abrégé K ou dans celui du Liber ponti- 
ficalis complet, pour que cette impression s'impose à 
l'esprit. Dans l'abrégé félicien, au contraire, la chose 
est moins évidente : l'apposition Iustino Aug. vir relu 

i. in dolo (K) ; — cum grande dolo et odio (P). 

2. cum gloria om. K et P. 

3. subito-percussus] Theodoricus rex fulmine pei'cussus interiit (K); 
— Theodoricus rex hercticus subito interiit et mortuus est (P). 



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LIV 



LA PREMIÈRE ÉDITION. 



giosits est contraire aux règles de la grammaire ; le vir 
religiosus paraît être non l'empereur, mais le pape ; 
l'arrivée de celui-ci à Constantinople et sa réception à 
la cour, mentionnées expressément par les deux autres 
textes, sont omises ici; le récit se trouve embrouillé; 
l'empire d'Orient, partes Greciarum, et la ville de Cons- 
tantinople sont nommés, il est vrai, mais dans une 
phrase coupée de lacunes, et plutôt à propos du meur- 
tre de Symmaque et de Boèce que du voyage du pape. 
Un lecteur peu au courant de cette histoire pouvait s'y 
tromper, et surtout un lecteur, pour qui, comme c'était 
le cas pour l'évêque de Tours, le rôle du pape dans cetle 
ambassade avait quelque chose d'extraordinaire. 

Ainsi, non seulement les détails du texte de Grégoire, 
mais la confusion où il est tombé, ne peuvent s'expli- 
quer qu'en admettant qu'il a eu sous les yeux l'abrégé 
félicien du Liber pontificalis, à l'exclusion de toute au- 
tre rédaction connue. 

C'est du reste ce que suppose la réflexion par laquelle 
débute son récit : Multi quidem sunt martyres apud 



urbem Romam, quorum historiae passionum nobis in~ 
tegrae non sunt delatae. Bien que le Liber pontificalis 
dépende en plusieurs endroits des actes des martyrs, 
il est rare qu'il leur fasse de longs emprunts ; ce n'est 
guère que dans les notices de Cornélius et de Marcel que 
l'on trouve des historiae passionum, comme dit Grégoire. 
Il est à croire pourtant que, si l'ôvèque de Tours avait 
eu sous les yeux les notices de ces papes, telles qu'elles 
se lisent dans le texte complet, il n'aurait pas manqué 
de s'en servir pour son De gloria martyrum. Ces his- 
toires étaient bien autrement propres que celle du pape 
Jean à entrer dans sa compilation. S'il ne les a pas pri- 
ses dans le Liber pontificalis, c'est qu'il ne les y a pas 
trouvées. Or non seulement elles figurent dans tous les 
manuscrits du texte complet, mais l'une d'elles, celle 
de Cornélius, s'est conservée à peu près intégralement 
dans l'abrégé cononien, tandis qu'elles manquent tou- 
tes les deux dans l'abrégé félicien. C'est donc bien ce- 
lui-ci que Grégoire a eu à sa disposition. 



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9. — Outre l'abrégé félicien, il y en a un autre qui offre 
avec lui de grandes ressemblances et qui doit être étu- 
dié en même temps. C'est le texte que j'appelais tout 
à l'heure abrégé K ou cononien. Voici d'abord la de- 
scription des manuscrits qui nous en restent. 

10. — Parisinus 2123, ix - siècle. 

Parchemin, in-f° oblong, 288 mm sur 162, 156 feuillets.— 
Anciennes cotes: Coib. 1655, Reg. 4250 7 . — Il a appartenu 
à P.Pithou et à J.A.deThou (noms sur la l Te page). D'après 
certaines particularités de son contenu (v. p. LV, note 9), 
ce manuscrit doit provenir de quelque monastère de Bour- 
gogne. 

Contenu : f. i-29, divers textes de Pères ou de 
conciles (pour le détail, v. Maassen, Acad. de Vienne, 
t. LIV, p. 213); — f. 29-52, le Liber pontificalis 
abrégé, sous le titre Incipit ovdo episcoporum Romae; 
les lettres de Jérôme et de Damase font défaut. Jusqu'à 
Conon (f 687) les notices ont une certaine étendue ; 
au delà, jusqu'à Etienne II (f 757), elles se réduisent 
à quelques mots ; après Etienne II et jusqu'à Hadrien I er 



(f 795), il n'y a plus qu'un catalogue, avec années, mois 
et jours ; l'antipape Constantin II y figure à son rang. 
Au xi - siècle, ce catalogue fut continué jusqu'à Jean 
XIX (1024-1033), mais le continuateur ne marqua les an- 
nées, mois etjours que jusqu'à Nicolas I er (f 867). Je vais 
reproduire ici cette continuation, qui a son intérêt : 

Léo sedit an. XXI m. III. Iohannes '. 

Stephanus an. I m. VIII. Stephanus. 

Paschalis an. VII. Formosus '. 

Eugenius an. III. Stephanus. 

Valentinus. Romanus. 

Gregorius an. XII. Teodorus. 

Sergius an. ÏII1 m. III di. VI. Iohannes. 

Léo an. VIII m. III d. VI. Benedictus. 

Bonefacius '. Léo. 

Benedictus an. II m. VI d. VI. Cristoforus. 

Nicholaus an. VIIII m. VI d. XX. Sergius. 

Adrianus. Anastasius. 

1. Nom étranger à la série pontificale en cet endroit. C'est sans 
doute Boniface VI, qui manque plus bas, après Formose. 

2. Après Jean VIII on a passé Marin et Hadrien III. 

3. Boniface VI manque après Formose. 



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Léo. 

Stephanus. 

Marinus. 

Àgapitus. 

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Octovianus » 

Leoprotus *. 

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(sic). 



Benedictus 4 . 
Benedictus. 
lohannes. 
Petrus *. 
lohannes. 
Gregorius •. 
Silvester. 
lohannes 7 . 
Sergius. 
Teophilus 8 . 
Benedictus. 
lohannes. 



f. 52'-55', Notitia provinciarum imperii; Notitia Gal- 
HarUm ; — f. 55'-65, canons pénitentiels (Maassen, 1. 
c.) ; — f. 65'-iû4', collection canonique dite Herovab 
liana (Maassen, Quellerî 1. 1, p. 828) ; — f. iOo, com- 
put : depuis la création jusqu'à l'incarnation, on compte 
5196 ans, et 6012 ans jusqu'à la mort de Charlemagne; 
— f. 105'-153\ formules de Marculfe • ; — f . 153-156', 
fragment cfe ponderibus etmensuris. Talentum pondus 
(teiàore,Etym., Opp., t. IV, p. 525). —Le manuscrit, 
mutilé à la fin, s'interrompt dans ce traité. 

Copié et collationnô avec l'épreuve. 

10 bis. — Parisimts 16982. Papier, in-f°, xvm e siècle. 
Copie du Liber pontificaiis contenu dans le manuscrit 
précédent, exécutée pour le président Bouhier. Il con- 
tient en outre deux autres livres épiscopaux, celui 
d'Auxerre et celui de Besançon. 

i. Le surnom Oclavianus de Jean XII est donné ici comme le 
nom d'un pape distinct. 

2. Léon VIII avait été proloscrmiarius avant son élévation à la 
papauté en 963. On disait souvent protus pour protoscriniarius (Gal- 
letti, Del primicero délia S. Sede, Rome, 1176, p. 134, 142). 

3. Benoît V n'est pas mentionné. Ce pape, élu par les Romains à 
la mort de Jean XII, ne fut pas reconnu par l'empereur Othon I er . 

4. Ce catalogue ajoute un nouveau témoignage à ceux que l'on a 
déjà fait valoir contre l'existence d'un pape Donus II que certaines 
listes insèrent entre Benoît VI et Benoît VII. Il est à remarquer 
aussi que Boniface VII (Ferrucci fllius) n'est pas mentionné. 

5. Petrus est le nom qne portait Jean XIV (Pierre de Pavie) avant 
son élévation au pontificat. 

6. Jean XVI (Philagathe), antipape, n'est pas nommé. 

1. Jean XVII est omis ou confondu avec son successeur Jean 
XVIII. 

8. Ce Teophilus ne forme qu'un seul et même personnage avec 
le Benedictus qui le suit. C'est le Theophilitus qui et Benedictus du 
catalogue d'Eccard (Watterich, Pontif. Rom. vitae, t. I, p. 700) au- 
trement dit Benoît VIII. L'antipape Grégoire est passé sous silence. 

9. Parmi les formules ajoutées au recueil primitif et spéciales à 
ce manuscrit, il y en a une qui est tirée du testament de Widerad, 
abbé de Flavigny (-f* 721); deux autres mentionnent le roi et le 
r oyaume de Bourgogne, fondé en 879 (Neues Archiv, t. VI, p. 15 
et suiv. Cf. p. 66-68). 



11. — Veronensis LU, 50, ix° siècle. 

Parchemin in-f° oblong, 277 feuillets.— 
du ra*mc pays que le précédent. 



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- Parait provenir 



Contenu: f. 2'-100', Homiliaire, disposé dans Tordre 
du calendrier 1 ; — f. i0i'-226, Règle de saint Benoît, 
suivie d'un fragment de saint] Ephrem, de quelques 
mots sur le psaume l et d'extraits des dialogues de 
saint Grégoire ; — f. 227-238, Itinéraire de Bordeaux à 
Jérusalem; — f. 238, Notitia Galiiarwn; — f. 241, let- 
tre de Damas e à saint Jérôme, Dum multa (Jaffé «f- 242) 
et réponse de saint Jérôme, Supplex legi ; — f. 243- 
277, le Liber po?itificalis, môme titre et môme texte 
que dans le ms. précédent ; mais les lettres de Jérôme 
et de Damase figurent avant le titre. Le manuscrit étant 
mutilé à la fin, le catalogue terminal ne va pas au delà 
de Paul I er ; encore la dernière page est-elle si effacée 
que beaucoup de mots sont devenus illisibles. 

Le Liber pontificaiis a été publié d'après ce manus- 
crit par Jos. Bianchini, dans le tome IV de l'édition de 
son oncle, p. i-xh. 

Collationné. 

12. — L'abrégé K n'est pas aussi bien documenté que 
l'abrégé félicien ; les manuscrits où il s'est conservé 
ne nous le montrent point engagé dans une collection 
canonique, mais isolé. Quant à la limite à laquelle il 
s'arrête, elle n'est pas visible dans le manuscrit de Vé- 
rone, mutilé à la fin. Voici comment il se termine dans 
le manuscrit de Paris : 

LXXXVI. Sergius, natione Syrus, sedit ann. XIII mens. VIII 
dies XXIII. 

LXXXVIl. Iohannis, natione Grecus, de Pladôlï, sedit ann. III 
mens. II dies XII. Cessavit episcopatus mens. I dies XVJII. 

LXXXVITI. Item Iohannis, natione Graecus, sedit ann. II mens. 
VI. Et cessavit episcopatus mens. III. 

LXXXVIIII. Sisinnus, natione Syrus, sedit dies XX. Cessavit 
episcopatus mens. I dies XXVIII. 

XC. Constantinus, natione Syrus, sedit an. VII dies XV. Ces- 
savit episcopatus dies XL. Primo annopontificatuseius implen- 
tur anni CL de repidito cyclo Victurii indictione VII, anno 
primo, Tiberio ymperante cum Iustiniano pâtre. 

XCI. Gregorius, natione Romanus, fsedit an. XVI mens. VII 
dies XXI III. Et cessavit episcopatus dies XXXV. 

XCII. Gregorius, natione Romanus, sedit an. X mens, X dies 
VIIII. Cessavit episcopatus dies XL 

1. Pour le détail v. la description de Heifferscheid, Académie de 
Vienne, t. XLIX, p. 104. 



Limites de l'a- 
brégé cononien. 



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XC1II. Zacharias, natione Grecus, sedit an. X mens. III dies 
XIIII. Cessavit episcopatus dies XII. 

XCIIU. Stephanus, natione Graecus, sedil an. V mens. I dies 
XXV. Et cessavit episcopatus dies L. 

XCV. Paulus sedit an. XI in annoXI Pippino rege, indictione 
XV. 

XCVI. Constantinus sedit anno I. 

XCVH. Stephanus sedit an. III mens. V dies XXVII. 

XCVIII. Adrianus sedit an. XV mens. V. 



La nationalité du pape et la durée de la vacance sont 
des indications qui ne peuvent guère provenir d'autre 
part que du Liber pontificalis ; elles sont marquées 
jusqu'à Etienne II (f 757). Le reste, et surtout la men- 
tion de Constantin II, doit venir d'ailleurs. Je n'ai 
trouvé la mention de Constantin II que dans des ma- 
nuscrits et catalogues français ; les notes sur le cycle de 
Victorius et sur le règne de Pépin indiquent la môme 
origine. 

Ainsi, la continuation après Etienne II et les deux 
notes en regard de Constantin et de Paul 1 er supposent 
que cet abrégé a été ou exécuté en France ou trans- 
porté de bonne heure dans ce pays. Je vais montrer 
qu'il y fut lu et mis à contribution dès le début du 
ix e siècle. 

13. — M. G. Waitz a étudié dans le Neues Archiv, 
goRne,vers l'an t. V, p. 475 et suiv., une chronique franque, depuis la 
création du monde jusqu'à l'année 741, compilée à l'aide 
de divers auteurs, Bède d'abord, puis Isidore, Orose, 
Frédégaire, les Gesta Francorum, de petites annales 
franques du vnr 3 siècle, et le Liber pontificalis. Cette 
compilation a été exécutée dans le voisinage d'Autun, 
peut-être à Flavigny, en 800-801 au plus tard. Il en 
reste deux manuscrits, conservés l'un à Leyde,le Scali- 
gerianus 28, copié en 804 ou 816, à Flavigny, l'autre 
à Munich (246, du ix° siècle) ; un troisième, qui appar- 
tenait autrefois à Saint-Maximin de Trêves, fut copié 
pour les Bollandistes, et s'est perdu depuis : il contenait 
une continuation, en forme d'annales, jusqu'à Tannée 
811. Le manuscrit de Munich représente, non pas le 
texte primitif de la chronique, mais un remaniement 
exécuté par l'auteur lui-môme ; les emprunts au Liber 
pontificalis y sont beaucoup plus étendus que dans 
le manuscrit de Leyde. J'ai constaté, par les citations 
que M. Waitz fait de celte chronique, encore iné- 
dite, que l'auteur avait eu entre les mains, non pas un 
Liber pontificalis complet, mais l'abrégé K, terminé au 



L'abrégé co 
nonienenBour- 



pape Conon ! . On peut en juger par le tableau suivant : 
Chronique Abrégé K 



(Ms. de Munich) 

Huius temporibus Valenti- 
nianus Augustus ornavit basili- 
cas beati Pétri et Pauli ex auro 
argentoque plurimum, et in 
Constantiniana basilica fecit 
fastigium argenteura, quod a 
barbaris sublatum fuerat, et 
in alias quamplures basilicas 
multa dona optulit Valenti- 
nianus Augustus. 



Vie de Xtjstus 111 

Huius temporibus Valenti- 
nianus Augustus ornavit ba- 
silicas beati Pétri apostoli ex 
auro argentoque plurimum, et 
in Constantiniana basilica fecit 
fastigium argenteum, quod a 
barbaris sublatum fuerat, et 
in alias quamplures basilicas 
romanas multa dona obtulit 
Valentinianus Augustus *. 

Vie de Léon I* T 

ambulavit ad regem Chuno- 
rum Atlilam et lîberavit totam 
Italiam \ 

Hic ministeria Romane eccle- 
siae post bellum Vaudalicum 
renovavit *. 

Vie de Vitalien 

[Constantinus imp.] habita- 
vit in civitate Syracusana, talis- 
çue'adflictionesposuitpopulo 6 
vel possessoribusprovinciarum 
Calabriae, Siciliae,Africe Tel 
Sardiniae per diagrafa seu ca- 
pita atque nautigatione per 
annosplurimos,quales aliquan- 
do T numquam fuerunt. 

Vie d'Adéodat 

Sed et ère quod ibidem a aère vero qui ibidem a Roma 
Roma navigatu m fuerat.... navigatum fuerat... 8 

1. Dans les Annales Maximiniani {Compte-rendus des séances de 
la commission royale d'histoire, t. VIII, Bruxelles, 1844, p. 171-176 ) 
il y a aussi des emprunts au Liber pontificalis, vies de Zacharie et 
d'Etienne II, mais évidemment d'après un manuscrit complet. 

2. L'abrégé K résume en ces termes une longue énumération 
des églises fondées par l'empereur Valentiuien III, avec indication 
des dons en mobilier sacré. 

3. P : ambulavit ad regem Chunorum, nomine Attilam, et libé- 
ra vit totam Italiam a periculo hostium. 

4. P : Hic renovavit post cladem Wandalicam omnia ministeria 
sacrata argentea per omnes titulos, etc. 

5. P : et taies. 

6. P : populo seu habitatoribus vel possessoribus. 

7. P : a seculo. 

8. P : vel aère qui ibidem a civitate Romana navigatum fue- 
rat... 



ambulavit ad regem Chuno- 
rum Attilam et liberavit totam 
Italiam. 

Post quod bellum beatus Léo 
papa ministeria Romane eccle- 
siae renovavit. 

(Mss. de Munich et de Leyde) 

[Constantinus imp.] habita- 
vit in civitate Seracusana, ta- 
lesque afilicciones populo po- 
suit vel possessoribus provin- 
ciarum Calabrie, Sicilie, Africe 
vel Sardinie per diagrafa seu 
capita atque nauticatione per 
aliquos annos, quales num- 
quam aliquando fuerunt. 



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LA PREMIÈRE ÉDITION 

Vie d'Agathon 



Ea vero hora tante tele ara- 
neorum nigrissime.... 



Ea vero hora x tante tele ara- 
niarum nigrissimi.... 



M. Waitz n'ayant pas cité d'autres emprunts faits au 
Liber pontificalis par ]e chroniqueur en question, je 
suis obligé de borner ma comparaison aux passages 
ci-dessus. Elle est du reste assez concluante. De plus, 



il est à remarquer que ni ce chroniqueur, ni le com- 
pilateur de la chronique de Moissac x qui dépend de 
lui, ne paraissent avoir tiré parti des vies des papes du 
commencement du huitième siècle 2 , ce qui s'explique- 
rait difficilement s'ils avaient eu entre les mains les ma- 
nuscrits complets, généralement terminés à Etienne II 
(f 737), qui se répandirent de bonne heure en France 
au temps de Charlemagne. 



III. 



LE LIBER PONTIFICALIS PRIMITIF. 



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Accord des 14. — Après avoir décrit l'extérieur de nos abrégés 
cont X r/ie r texte et reconstitué, autant que possible, leur histoire litté- 
compiet (F et • nous a |j ons étudier les rapports de leur texte avec 

K contre f). ' * l 

celui des manuscrits complets. 
" L'abrégé F présente une particularité très propre à 
faciliter une telle étude : le texte sur lequel il a été fait 
n'y est point remanié ou résumé en termes nouveaux, 
sortis de la plume de l'abréviateur lui-même. Le rac- 
courcissement a été obtenu par des suppressions, non 
par des condensations; il s'est fait, pour ainsi dire, à 
coups de ciseaux ; c'est à peine si l'on trouve, par ci par 
là, quelques formules de raccord, quelques mots ajoutés 
ou changés par une bévue de l'abréviateur. En dehors 
de ces cas exceptionnels, tout mot qui se trouve dans l'a- 
brégé peut être considéré comme ayant figuré dans le 
texte complet d'où il dérive. Au commencement, les 
coupures sont peu nombreuses, parce que les notices 
sont déjà fort courtes. Arrivé au iv e siècle, l'abrévia- 
teur opère beaucoup plus en grand. D'abord il supprime 
systématiquement les récits de fondations d'églises et 
les énumérations de dons en mobilier sacré ou en fonds 
de terre, qui tiennent une si grande place dans les vies 
de Silvestre, de Damase, d'Innocent, de Xystus III, 
d'Hilaire, de Symmaque, etc.; en ce genre il ne reste 
que quelques vestiges du texte supprimé. Même en 
dehors de ces détails, que la plupart des abrégés omet- 
tent, il réduit considérablement les notices du iv e et du 
V e siècle. En revanche, de longs récits, dans les vies de 
Symmaque, d'Hormisdas et de Jean I or , y sont au moins 
aussi étendus que dans le texte ordinaire. Il y a même, 

i. P : Ea hora, etc. 

Liber pontificalis. 



dans la vie d'Hormisdas, un passage de plusieurs li- 
gnes, qui comble une lacune des manuscrits complets. 

Si l'on compare maintenant le texte de ces manus- 
crits complets avec ce qui nous reste de celui qui a 
passé sous les ciseaux de l'abréviateur félicien, on re- 
marque des différences très nombreuses et très graves, 
des différences telles qu'il est impossible de les mettre 
au compte des vicissitudes de la transcription ou des 
caprices d'un abréviateur. L'abrégé F témoigne d'une 
recension qui ne s'est conservée dans aucun manuscrit 
complet. 

Il en est de même de l'abrégé K, mais seulement de 
saint Pierre à Félix IV (f 530); au delà de ce pape, son 
texte n'est pas, quoique abrégé, sensiblement diffé- 
rent de celui des autres manuscrits. De saint Pierre à 
Félix IV, au contraire, il présente, si on le compare à 
ces manuscrits, des différences considérables; et ses 
leçons, chaque fois que la comparaison est possible, se 
retrouvent dans l'abrégé F. Je dis toutes les fois que la 
comparaison est possible, car il arrive souvent que les 

1. On trouve, dans la chronique dite de Moissac, un passage de 
la notice de Vitalien qui est conçu exactement dans les mêmes 
termes que celui qui est entré dans la chronique dont nous nous 
occupons en ce moment (Mon. Germ. Scr., t. L p. 287). Mais c'est 
parce que notre chronique est une des sources de celle de Moissac. 
La chronique de Moissac contient, outre ce passage, beaucoup d'au- 
tres choses dérivées du Liber pontificalis, mais tout aussi indirecte- 
ment, par l'intermédiaire deBède. J'ai vérifié cela sur le ms. de la 
Bibliothèque nationale d'après lequel elle a été imprimée (n° 4886, 
xu e siècle). Le ms. 594i, qui contient une compilation historique 
apparentée à celle de Moissac (Monod, Revue critique, 1873, t. II, 
p. 262), ne dépend du Liber pontificalis, même par intermédiaire, 
que de Zacharie à Léon III [Mon. Germ. t., c, p. 288-313). 

2. Pour la chronique de Moissac, ceci ne peut être vérifié que 
jusqu'à l'année 716, car entre 716 et 777 il y a une lacune dans le 
manuscrit qui nous a conservé ce document. 

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une combinai- 
son de F et de P. 



deux abrégés écartent l'un une phrase, l'autre une 
autre, ou tous les deux la même; de plus, l'abrêvia- 
teur K ne se borne pas à supprimer; il résume souvent, 
et le texte sur lequel il opère n'est pas toujours facile à 
distinguer au travers de son résumé. Malgré ces circon- 
stances défavorables, la comparaison peut se faire sur 
une étendue assez large. Elle conduit toujours au 
même résultat : K toujours avec F contre P. 
K n'est pas 15. — On pourrait expliquer ce fait en disant que K 
représente une combinaison de F et de P ; que, s'il est 
d'accord avec F, c'est que son auteur a eu cet abrégé 
sous les yeux et que, tout en le complétant ça et là par 
le texte P, il l'a toujours suivi dans les parties communes 
à F et à P. A cela je répondrai d'abord que ce procédé 
est fort invraisemblable. Voilà un homme qui veut 
avoir un abrégé du Liber pontificalis ; il a sous les yeux 
l'abrégé fôlicien et le livre pontifical complet. Le pro- 
cédé le plus naturel est, semble-t-il, de s'en tenir à l'a- 
brégé fôlicien, jusqu'à l'endroit où il s'arrête, et de ne 
pas se donner la peine de refaire un travail déjà tout 
fait ; un procédé assez naturel aussi, quoique moins ex- 
péditif, ce serait de prendre le Liber pontificalis et de 
l'abréger d'un bout à l'autre. Au lieu de cela, dans le 
système que je combats, notre auteur transcrirait, mais 
en y faisant des coupures, l'abrégé félicien, et compli- 
querait cet abrégé d'abrégé en y introduisant des frag- 
ments, abrégés aussi, du Liber pontificalis. A moins 
d'avoir un culte spécial pour les hypothèses peu natu- 
relles, on se décidera difficilement pour celle-ci. En se- 
cond lieu, il y a dans l'abrégé K des passages dont elle 
ne rend pas compte. Ainsi les mots suivants de la no- 
tice de Symmaque : Âmpliavit clero et donum presby- 
terii triplicavit et pauperibus vestes et alimoniam tri- 
plicavit; ou encore, dans la notice de Félix IV, la 
mention de son ordination ex iusso Theodorici régis. 
Ce sont là des détails que l'on chercherait vainement 
dans F ou dans P, et qui ne sont pas tels qu'on ait pu 
les retrouver facilement à la fin du vu siècle. 

16. — Cette hypothèse écartée, il ne reste que la so- 
lution suivante. Les manuscrits complets du Liber pon- 
tificalis ne nous l'ont point conservé dans sa forme pri- 
mitive, mais dans unremaniement dont la date et l'inten- 
sité demeurent à fixer; ce remaniement ne se fait plus 
sentir au delà de Félix IV. Il y a eu une recension an- 
térieure, terminée à Félix IV, sur laquelle ont été faits 
séparément les deux abrégés F et K. Dans le manus- 



F et K dérivent 
d'une même ré- 
daction, anté- 
rieure à P. 



crit qui a servi à l'abréviateur F, la série des notices 
s'arrêtait à Félix IV; dans celui de l'abréviateur K elle 
avait reçu une continuation qui s'étendait jusqu'à Conon 
("J- 687) et même jusqu'à Etienne II (*{*757), mais sans 
que les notices précédentes eussent été retouchées. 

Ce système ne soulève, je crois, aucune objection 
de principe ; il peut s'autoriser de l'analogie que fournit 
l'histoire des actes des martyrs romains avec lesquels le 
livre pontifical a plus d'un rapport. Les Gesta marty- 
rum, pendant littéraire des Gcsta pontificum, ont été 
sans cesse remaniés, complétés, embellis, corrigés, 
raccourcis, suivant diverses exigences que je n'ai pas à 
étudier ici ! ; le livre pontifical nous a conservé des 
fragments importants de ces documents dans des re- 
censions différentes de celles qui sont venues jusqu'à 
nous par les passionnaires. Du reste, si l'on compare 
les manuscrits du livre pontifical lui-même, j'entends 
les manuscrits les plus anciens, copiés au viu e et au 
ix e siècle, il est facile de constater que les notices des 
papes, depuis Jean VI jusqu'à Paul I er (701-767), y ont 
passé par diverses recensions, presque contemporaines 
les unes des autres, qui nous sont parvenues intégra- 
lement. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'un phé- 
nomène littéraire qui s'est produit au vin* siècle, à 
l'égard du livre pontifical, ait pu se produire à l'égard 
du même livre, dans le siècle qui a vu son apparition *. 

On pourra comparer facilement les deux recensions, 
ou, comme je dirai désormais, les deux éditions du 
livre pontifical, en jetant les yeux sur le texte imprimé 
en trois colonnes, p. 48-107. Dans les deux premières 
colonnes je reproduis intégralement les deux abrégés 
F et K ; dans la troisième colonne, c'est-à-dire dans la 
page de droite, je donne une restitution approximative 
du texte qui a servi de base à ces deux abrégés, en y 
joignant les variantes du texte complet, pris dans son 
ensemble et coté P. Cette disposition me dispense de 
relever ici tous les endroits où F et K s'accordent contre 
P et témoignent d'une recension différente. Mais je ne 
me suis pas borné à présenter cette recension comme 
différente; j'ai dit qu'elle était antérieure à l'autre. 

1. De Rossi, Bull. 1882, p. 162. 

2. Si l'on désirait dautres exemples, on pourrait se rappeler le» 
diverses recensions de la chronique de Prosperdont il a été ques- 
tion plus haut, p. un, ou lire ce que M. B. Krusch a exposé dans 
le Nettes Archiv, t. VII, p. 421 et suiv., sur les remaniements suc- 
cessifs dont la compilation dite de Frédégaire a été l'objet; cf. 
dans le môme recueil, t. V, p.' 488, les observations de M. G. Waitz 
sur les retouches de la chronique arrêtée à l'année 741, etc. 



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Comparaison 
avec les sour- 
ces du texte : 



a) le catalo- 
gue libérien, 



Comme l'antériorité ne résulte pas nécessairement de 
la diversité, il est nécessaire de la mettre en évidence 
par une démonstration spéciale. C'est ce que je vais 
faire maintenant. 

17. — IJ y a d'abord, dans la chronologie des textes, une 
présomption en faveur de celui dont F est un abrégé : 
c'est en effet celui qui a les plus anciens témoins. Sans 
doute, parmi les manuscrits du Liber pontificalis com- 
plet, il y en a qui remontent au vin" siècle et même au 
vn e , tandis que ceux de l'abrégé félicien ne sont que du 
ix° siècle ; mais cet abrégé existait avant la fin du 
vi e siècle ; cela a été démontré plus haut. Je ne veux pas 
cependant insister outre mesure sur cette attestation 
extrinsèque, car j'ai produit au chapitre précédent des 
arguments d'où il ressort que le texte primitif a été 
continué vers l'année 539, et qu'ainsi des manuscrits 
prolongés, peut-être déjàremaniôs, ont été en circulation 
assez longtemps avant le moment où l'abrégé félicien 
fut mis à contribution par Grégoire de Tours «t par le 
compilateur de la collection de Saint-Maur. 

Pour discerner le rapport de date entre nos deux 
textes, ce qu'il y a de plus sûr, c'est de les étudier en 
eux-mêmes. Je vais donc relever et comparer leurs va- 
riantes les plus significatives, en m' efforçant de mon- 
trer que le texte FK (= -) est plus voisin que le texte P 
des sources où ils ont été puisés l'un et l'autre, que le 
texte P contient des gloses explicatives et qu'il présente 
des traces indubitables de remaniements. Je terminerai 
en étudiant l'attitude des deux rédactions dans une 
question spéciale, la question du comput pascal, vive- 
ment agitée en Italie et à Rome, au temps où le Liber 
pontificalis fut publié. 

C'est seulement dans un petit nombre de cas que l'on 
peut comparer les deux textes à un document qui soit 
la source du plus ancien d'entre eux *. Cependant cela 
n'est pas tout à fait impossible. Commençons par le 
catalogue libérien (L). 

F et K s'accordent à placer Anicet avant Pie, comme 
le catalogue libérien ; P n'a pas cette particularité, sauf 
quelques manuscrits retouchés. — Dans la notice deClet, 
le catalogue libérien porte : Fuit temporibus Vespasiani 
et Titi et initio Domitiani, a consulatu etc. ; dans les deux 
abrégés, on trouve : Fuit autem temporibus Vespasiani 
et Jiti a Domiciani {Domiciano K), consulatu.,; dans P : 

i. Sur les sources littéraires du livre pontifical, voirie chapitre 
suivant, surtout le § préliminaire et les §§ iv, v et vi. 



Fuit autem temporibus Vespasiani et Titi, a consulatu. . . 
Les motse/ initio Domitiani sont en partie conservés dans 
la mauvaise leçon a Domitiani des deux abrégés ; ils ont 
disparu dans le texte P. — Il en est de même des mots 
f rater ipsius x joints au nom d'Hermas (F seulement) 
dans la notice de Pie; — Les leçons Aureliani (P) pour 
Aureliani III (K; Aureliani II L), dans la notice de 
Félix, Diocletiano IIII (P) pour Diocletiano VI (LFK), 
dans celle de Gaius, Maxentio (P) pour Maximini (FK, 
Maximiano L) dans la notice de Miltiade, indiquent 
aussi une meilleure conservation du texte dans l'ori- 
ginal sur lequel nos abréviateurs ont opéré. Quelques 
variantes sont de sens contraire ou différent : Rufino 
(FK) pour Rufo (LP) dans la notice de Lin, Camerino 
(FK) pour Prisco (LP) dans celle d'Hygin, Gravione 
(KP) pour Glabrione (LF) dans celle de Victor, députait 
(FK)pour deportati (LP) dans celle de Pontien, Fecundo 
(FK) pour Facundo (LP) dahs celle de Marc, et (FK) pour 
a consulatu dans celle de Jules. Elles sont relative- 
ment peu importantes * et s'expliquent par la diver- 
sité des exemplaires du Libsr pontificalis primitif qui 
ont été mis en œuvre par F, K et P. On n'en pourrait 
dire autant des variantes relevées dans les notices de 
Clet et de Pie. En partant des textes complets, actuel- 
lement connus, du Liber pontificalis, un abréviateur 
n'aurait guère pu se rapprocher ainsi du catalogue libé- 
rien. 

Le début de la notice de saint Pierre est emprunté au 
De viris de saint Jérôme. Il est fidèlement reproduit 
par F et par K; dans P, au contraire, l'ordre des mots 
est gravement altéré : 



S. Jérôme 

Simou Petrus, fi- 
HusIohannis,provin- 
ciae Galileae, e vico 
Bethsaida, frater An- 
dreae apostoli et 
princeps apostolo- 
rum. 



F K 

Beatus Petrus, An- 
tioclienus , filius Io- 
hannis , provinciae 
Galileae, vico Beth- 
saida, frater Andreae 
et princeps apostolo- 



1. La raison de cette suppression est indiquée dans le com- 
mentaire de ce passage. 

2. La variante a consulatu s'explique facilement par la fixité des 
formules: un copiste a fort bien pu la rétablir sans le secours d'un 
autre original que celui que supposent F et K. Camerino pour 
Prisco, faute plus grave en apparence, est simplement la répétition 
du nom Camerini qui figure a la ligne précédente. Je reviendrai 
plus loin sur ces variantes. 



b) le De vins 
de S. Jérôme, 



Beatus Petrus, a- 
postolus et princeps 
apostolorum, Antio- 
chenus, filius Iohan- 
nls, provinciae Galli- 
leae, vico Bethsaida, 
frater Andreae. 



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LA PREMIÈRE ÉDITION. 



c) les apocry- 
phes symma- 
chiens. 



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Je n'étendrai pas ces rapprochements aux actes des 
martyrs, car, bien que plusieurs de ces documents aient 
été mis à contribution pour le Liber pontificalis, nous 
n'en avons pas de textes assez arrêtés pour l'usage que 
j'en voudrais faire. Quant aux apocryphes symmachiens, 
bien qu'assez mal publiés jusqu'à présent, ils peuvent 
fournir quelques indications utiles. Ainsi, dans la notice 
de Silvestre, une des conditions indiquées pour l'ordi- 
nation, c'est que le candidat réunisse tous les suffrages 
du clergé, d'après P, du clergé et des fidèles, d'après 
F et K. Or le décret où se rencontre cette prescription 
est emprunté au Constitutiim Silvestri, can. 5, où il 
est dit expressément : ab omni ecclesia cligatur corne- 
cr andus episcopus, nullo de membris ecclesiae interce- 
dente et omni ecclesia conveniente. Le système suivi par 
FK est évidemment plus conforme que celui de P à la 
teneur de ce canon. — Dans la notice de Xystus III il 
est question d'un certain Bas'sus, qui, pour avoir calom- 
nié le pape, fut excommunié par un concile. La rédac- 
tion P ajoute qu'on ne lui refusa pas la communion à 
sa dernière heure, et que le pape Xystus lui donna la 
sépulture de ses propres mains. Ces derniers détails 
n'ont laissé aucune trace dans les abrégés F et K; ils 
sont d'ailleurs inconciliables avec le texte des Gesta de 
Xysti purgatione auquel toute cette histoire est em- 
pruntée. Dans les Gesta, Bassus meurt excommunié; le 
pape, bien loin de lui donner la sépulture ecclésiasti- 
que, est censé lui avoir refusé l'absolution à l'article de 
la mort. 

Dans la notice d'Eusèbe, on trouve un synchronisme 
qui ne provient pas du catalogue libérien : Fuit tempo- 
ribus Constantini (FK), Fuit temporibus Constantis (P). 
La différence paraît, au premier abord, n'être qu'une 
simple variante paléographique. En y regardant de plus 
près, on voit que ce synchronisme provient du même 
texte légendaire qui a fourni les deux lignes suivantes, 
le récit de l'invention de la croix et du baptême du 
juif Cyriaque. Dans cette légende il est question de la 
conversion de l'empereur Constantin et de son baptême, 
célébré par Eusèbe, ôvêque de Rome. Comme je le 
montrerai plus loin, l'auteur du Liber pontificaUs, tout 
en acceptant l'ensemble du récit, a cru devoir écarter le 
baptême de Constantin par Eusèbe ; mais il n'avait au- 
cune raison de sacrifier le synchronisme de ces deux 
personnages. Constantis , dans le texte P, a donc toute 
l'apparence d'une correction. Dans les Gesta Liberii on 



distingue aussi, mais d'une autre façon, entre Constan- 
tin, baptisé par Silvestre, et un Constant, baptisé par 
Eusèbe. Il est vrai que cet Eusèbe n'est autre qu'Eu- 
sèbe de Nicomédie ; mais c'est aussi ce personnage qui 
est transformé, dans la légende de Cyriaque, en un 
évoque de Rome. Les deux dédoublements présentent 
une analogie évidente. Il est même possible que ce soit 
celui des Gesta Liberii qui ait inspiré la correction 
Constantis. 

18. — En plusieurs endroits, le texte de P contient 
des gloses explicatives qui ne se rencontrent ni dans F 
ni dans K. Ainsi, dans la notice d'Anaclet : Hic mémo- 
riam b. Pétri construxit et co?iposuit, dum presbiter 
factus fuisset a b. Petro, [seu alia locà] ! ubi episcopi 
reconderentur [sepulturae] , ubi tamen et ipse sepuitus 
est [iuxta corpus b. Pétri] Jll kaL iuL — Alexan- 
dre : Bic passionem Domini miscuit in predicatione 
sacerdotum [quando missae celebrantur], — Téles- 
phore : Hic constituit ut. . . natalem Domini noctu mis- 
sas celebrarentur ; [nam omni tempore ante horae ter- 
tiae aursum nullus praesumeret missas celebrare, qua 
hora Dominus noster ascendit crucem]. — Anicet : 
Bic constituit ut clerus comam non nutriret [secundum 
praeceptum apostoit]. — Silvestre : Bic constituit... 
privilegium episcopis ut baptizatum consignent pro- 
pter haereticam suasionem. [Bic et hoc constituit ut 
baptizatum liniret presbiter chrisma levatum de aqua, 
propter occasionem transitus mortis.] — On peut com- 
parer aussi, dans les deux textes, les décrets de Xys- 
tus I er sur les litterae formatae, de Sirice sur le fer- 
mentum ; on verra que la leçon de P n'est qu'un dé- 
veloppement de celle de F et de K. 

19. — En d'autres endroits le texte primitif n'est 
pas seulement complété, mais remanié suivant des 
idées ou des données nouvelles, ou simplement par une 
maladresse évidente. 

L'ordre des premiers papes, dans le Liber pontificalis, 
est établi d'après cette idée que Lin et Clet ont exercé 
leurs fonctions du vivant même de saint Pierre et que 
saint Clément est le véritable successeur de l'apôtre. Ce 
système est formellement exprimé dans plusieurs phrases 
des notices de Pierre et de Clément, qui manquent, il est 
vrai, aux deux abrégés et à certains manuscrits de P. 
Mais, en dehors de ces phrases explicites, on voit, par 

i. Je mets entre crochets les mots que le texte P ajoute à celui 
des abrégés. 



Gloses explia 
tives dan* 1 



Remaniement* 
de P. 



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LA PREMIÈRE ÉDITION. 



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les abrégés comme par les autres textes, que Lin et Clet 
n'ont été, aux yeux de Fauteur, que de simples vicaires 
de saint Pierre. Leurs actes sont indiqués par la for- 
mule Hic ex praecepto beati Pétri constituit , fecit. . , 
qui ne se retrouve nulle part ailleurs. Cela étant, les 
deux pontificats de Lin et de Clet ayant été contempo- 
rains de celui de saint Pierre , Clément ayant été ins- 
tallé par l'apôtre lui-même pour lui succéder après sa 
mort, le siège ne peut avoir été vacant avant le décès 
de Clément. Et en effet, on ne trouve la vacance du 
siège marquée dans les abrégés, ni après saint Pierre, 
ni après Lin, ni après Clet. Dans P, au contraire, on 
l'indique après Clet. — De môme P (sauf quelques 
mss.) indique dans la notice de Lin des ordinations; 
ceci paraît incompatible avec le système primitif 1 . — 
Dans cette môme notice de Lin, la date obituaire est 
indiquée dans P par la formule sub die, étrangère à 
l'usage constant de F, de K et de P lui-même, où elle 
ne reparaît qu'à la notice de Jean I er (523-526). 

Le martyre d'Anicet est inconnu à F et a K ; dans P, 
au contraire, on dit de ce pape : Qui etiam obiit mar- 
tyr. La preuve qu'il y a ici une retouche, c'est que cette 
expression diffère de la formule ordinaire Martyrio 
coronatur et qu'elle se présente à une place insolite. 
Un fait identique s'observe dans la notice d'Euty- 
chien. — De môme, le pape Gaius, qui est un simple 
confesseur dans F et dans K, devient un martyr 
dans P : 

F K P 

Hic fugiens persecutione Hic fugiens persecutionem 
Diocleliani in criptis habitans Diocletianiincriptishabitando 
confesser quievit. martyrio coronatur. 

Ànicet et Soter sont enterrés par F et par K iuxta 
corpus b. Pétri, au Vatican : P les transporte in cymi- 
terio Callisti, via Appia. Or, sauf les exceptions spé- 
ciales de Clément et d'Alexandre, tous les papes des 
deux premiers siècles sont dits enterrés à Saint-Pierre; 
le cimetière de Calliste n'existait pas "encore sous ce 
nom au temps d'Anicet et de Soter; il n'y a aucune 
apparence que ces papes y aient été déposés ou trans- 
férés ; deux documents différents * nous ont conservé la 

i. Voir le commentaire à cet endroit. 

2. Le martyrologe [hiéronymien (9 août) et le recueil épigraphi- 
que du vn e siècle auquel M. de Rossi a donné le nom de Sylloge 
Turonensis (Inscr. christ., t. II, p. 66). 



liste des papes enterrés au cimetière de Calliste; ni 
l'un ni l'autre ne parle d'Anicet ou de Soter; aussi 
M. de Rossi, en restituant l'inscription commémora- 
tive de Xystus III d'où dérivent ces deux documents, 
s'est-il abstenu d'y marquer les noms de ces deux 
papes \ La leçon iuxta corpus b. Pétri a donc tous les 
titres possibles à être considérée comme la leçon pri- 
mitive. — Dans la notice du pape Eleuthère on trouve 
un décret contre la réprobation (manichéenne) de cer- 
tains aliments ; K annonce ce décret par la formule 
constituit, qui se découvre aussi derrière le remanie- 
ment contentât de l'abrégé F; on lit iterum firmavit 
dans P. C'est encore là une retouche, inspirée par le 
désir de reporter plus haut qu'Eleuthère la condamna- 
tion de ces abstinences. Dans la notice de Silvestre, le 
concile de Nicôe est dit réuni cum eius consensu dans 
F et dans K, cum eius praeceptum dans P; le renforce- 
ment est sensible et facile à expliquer; mais comment 
concevoir l'atténuation de praeceptum en consensu? — 
La môme préoccupation se révèle à propos de la con- 
vocation du concile de Chalcédoine : 



Hic invenit duas hereses, Eu- 
thicen et Nestorium ; per ro- 
gato Marciani Aug. orthodoxi 
principis, exhuius preceptum, 
factum est concilium.... 



Hic invenit duas hereses, Eu- 
lychiana et Nestoriana. Hic or- 
dinavit praecepta sua auctori- 
tate et raisit ad Marcianum 
aug. orthodôxum principem 
catholicum, et facta conlatio- 
ne cum eodem principe,collecti 
sunt episcopi et factum est con- 
cilium... 



Dans la rédaction P, l'initiative de l'empereur a dis- 
paru. — On peut encore comparer sur ce point les va- 
riantes de la notice de Félix III ; le pape envoie un 
defensor à Constantinople ex constituto synodi sedis 
suae, d'après F; cum consilio sedis suae, d'après 
P. Quelques lignes plus bas, la mission des évoques 
Mesenus et Vitalis est attribuée par F au pape assisté 
d'un concile, par P au pape seul. — Citons encore la fa- 
çon différente dont on mentionne une lettre du pape 
Sirice : 

F K P 

Hic constitutum fecit de Hic constitutum fecit de 

1. Roma, sott.yX. II, p. 33-48. 



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LA PREMIÈRE ÉDITION. 



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ecclesia et direxit per provin- omnem ecclesiam vel contra 
cias. oranes hereses et exparsit per 

universum m un du m ut ia om- 
nem ecclesiae archibo tenean- 
tur ob oppugnationem contra 
omnes hereses. 

On peut remarquer en passant que les deux détails 
contra omnes hereses etper universum mundum sont tout 
àfait inexacts. — Dans la notice de Boniface I er , l'histoire 
de la compétition d'Eulalius est racontée en quelques 
mots par les abrégés F et K, très longuement par le ré- 
dacteur P. Les deux récits sont d'ailleurs indépendants 
l'un de l'autre ; le premier fait attribuer à Eulalius 
évincé l'évêché de Nepi, l'autre le fait reléguer en Cam- 
panie, sans mention d'un évêché quelconque ; d'après 
le premier, l'affaire est jugée par un concile, d'après le 
second, elle est terminée par l'autorité impériale. Sur ce 
point, comme sur l'ensemble de sa narration, P est assez 
conforme à l'histoire réelle ; la tradition qu'il suit est 
relativement bien conservée. Cependant il est certain 
qu'un concile fut réuni à Ravenne à propos de cette 
affaire et qu'il devait s'en tenir un second à Spolète, au 
moment où elle s'arrangea en quelque sorte d'elle- 
même. De plus, dans l'état de nos connaissances, il est 
impossible de savoir ce que devint Eulalius, s'il fut 
réellement élevé sur le siège de Kepi ou relégué en 
Campanie. D'autre part, le rédacteur P a pu se pro- 
curer des renseignements plus circonstanciés et même 
plus exacts sur un fait qui excitait à un si haut degré 
l'intérêt public au moment où le Liber pontificalis fut 
publié. Un détail, en apparence insignifiant, porte à 
croire que son récit ne remonte pas au delà de l'année 
530 et de l'avènement du pape Boniface II. Il mentionne 
les lieux où furent ordonnés Eulalius et Boniface : Eu- 
lalius vero ordinaturin basilica Constantiniana, Bonifa- 
tius autem in basilica Iulii. Eulalius en effet fut ordon- 
né dans la basilique Gonstantinienne, mais Boniface I er 
le fut dans celle de Marcel ; nous avons sur ce point le 
témoignage oculaire du préfet de Rome, Symmaque 1 . 
La cause de l'erreur se découvre en rapprochant la 
phrase suivante, qui figure en tête de la notice de Bo- 
niface II : Qui Dioscorus ordinatur in basilica Cons- 
tantiniana, Bonifatius vero in basilica lulii. La notice 
de Boniface II étant l'œuvre d'un contemporain, on 
doit considérer son témoignage comme certain et l'on 

1. Baronius, ad ann. 418, g 80. 



est fondé à en reconnaître l'écho dans celle de Boni- 
face I er , rédaction P. 

A mesure que l'on approche de la fin, c'est-à-dire de 
la vie de Félix IV, la différence des textes FK et P s'ac- 
centue de plus en plus et l'antériorité du premier se 
révèle avec plus d'évidence. Dans celui-ci la notice de 
Symmaque commence par un éloge enthousiaste de 
ce pontife : Hic amavit clerum et pauperes; bonus, 
prudens,humanus,gratiosus. A la fin, il est question (K) 
de sa générosité envers le clergé et les prêtres : am- 
pliavit clero et donum presbiterii triplicavit et paupe- 
ribus vestes et alimoniam triplicavit. Tout cela manque 
à la rédaction P,et, il faut bien l'avouer, cette omission 
n'est pas en faveur de sa priorité. — Dans la notice 
d'Hormisdas, le général Vitalien est appelé magister 
militum dans FK et consul dans P, à propos d'événe- 
ments du printemps de 519 ; or Vitalien ne fut consul 
qu'en 520. — Mais, ce qui est plus grave, c'est que l'a- 
brégé F (K est ici très court, mais on voit qu'il suppose 
en somme le même texte que F) contient ici un long pas- 
sage qui comble une lacune du texte P. — Dans la no- 
tice de Jean I er , F témoigne d'une considération spéciale 
pour FI. Theodorus, l'un des sénateurs qui accompa- 
gnent le pape à Constantinople ; il l'appelle praecedens 
omnium dignitatum splendorem. Ces mots, écrits évi- 
demment du vivant de ce personnage, manquent a la 
rédaction P. L'issue de la négociation est diversement 
indiquée dans les deux textes : F dit simplement que 
l'empereur se rendit aux désirs exprimés par les am- 
bassadeurs : Cui vero simul et senatoribus tantis... 
omnem concessit petitionem ; propter sanguinem Ro- 
manorum reddidit haereticis ecclesias. P a cru bon de 
passer rapidement sur cette histoire extraordinaire d'un 
pape qui demande et obtient que l'on rende leurs 
églises aux hérétiques. Il se borne à dire que papa 
Iohannes vel senalores viri religiosi omnia meruerunt 
et liberata est Italia arege Theodorico heretico. — Le 
même scrupule à l'endroit d'un fait vrai, mais dont le 
souvenir importune, se révèle dans la notice de 
Félix IV : 



F K P 

Qui etiam ordinatus est ex Qui ctiam ordinatus est cura 

iusso Theoderici régis et obiit quietem etvixit usque ad tem- 

tempore Athalarici régis, sub pora Athalarici. 
die III1 id. octob. 



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LA PREMIERS ÉDITION. 



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Le cum qnietem est une réticence habile et une re- 
touche évidente. Il en est de même de la formule vixit 
usgue ad tempora Athalarici ; mais ici l'habileté est en 
défaut, car Félix IV fut ordonné le 12 juillet 526 et 
Athalaric succéda à Théodoric le 30 août de la même 
année ; l'expression obiit tempore est beaucoup plus 
naturelle, surtout chez un contemporain. 
40 20. — Je terminerai cette comparaison en étudiant 

ulde re da C ns d 1a un texte ou il est question du comput pascal ; on sait 
S| stion pas " < I ue I e comput pascal fut le sujet de controverses fort vi- 
ves, à Rome et en Italie, dans le courant du vi° siècle. Au 
temps de Symmaque, il y avait deux cycles en présence, 
celui de 84 ans, réformé en 447, sous le pape Léon, et celui 
de Victorius d'Aquitaine, présenté au même pape, en 
457. Dans celui-ci, de larges concessions avaient été 
faites au comput alexandrin, avec lequel les calculs 
romains se trouvaient sans cesse en désaccord. Cepen- 
dant il restait encore quelque chose à faire pour éta- 
blir une harmonie parfaite entre les pâques romaines 
et celles d'Alexandrie. Ce fut l'œuvre de Denys le Petit, 
qui publia en 525 son fameux cycle pascal, destiné à 
devenir la base du ccmput et de la chronologie dans 
tout l'Occident. 

En 501, année où les computs différaient gravement, 
le pape Symmaque choisit la solution donnée par le 
vieux cycle romain et célébra la Pâque le 25 mars, 
tandis que les Orientaux la renvoyèrent au 22 avril. 
Cette décision lui valut des difficultés 1 , dans lesquelles 
il fut soutenu par l'auteur anonyme du Conslittitum 
Si Ives t?*i et de plusieurs documents analogues.' L'au- 
teur du Liber pontificalis, tout en épousant par ailleurs 
la querella de Symmaque, ne le suit pas sur ce ter- 
rain. Pour lui les calculs alexandrins sont les meilleurs; 
et il les fait patronner par le pape Victor, avec un ana- 
chronisme de deux siècles. A ce propos nos deux ré- 
dactions présentent des variantes notables : 



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Et fecit conciliura et inter- Hic fecit constitutum ad in- 
rogatio facta est de Pascha vel terrogationem sacerdotum de 
de die prima, cum Theopkilo circule» Paschae ut (vel?) domi- 



i. Fragment laurentien, p. 44 du présent volume. A la fin d'une 
lettre adressée, le 29 septembre 500, à l'évoque d'Arles Aeonius, 
Symmaque indique la pâque de l'année suivante comme fixée au 
25 mars (Jafle 754, Thiel, t. I, p. 655; cf. Krusch, Neues Archiv, 
t. IX, p. 105). 



episcopo Alexandriae, de luna. 



nico Paschae, cum presbiteris 
et episcopis factam conlatio- 
nem et accersito Theopbilo e- 
piscopo Alexandriae, facta con- 
gregatione, ut a XIII1 luna pri- 
mi mensis usque ad XXF diem 
dominicum custodiatur sanc- 
tum Pascha. 



Que la rédaction P suive Denys le Petit, c'est ce qui 
est tout à fait clair. Elle reproduit exactement ses deux 
termes lunaires *, XIIII (au soir, ou plutôt XV) et XXI. 
Voici du reste le passage de sa préface qui correspond 
à notre texte : Aucloritate divina claruit primo mense, 
XIIII die ad vesperum usque ad XXI, festivitatem 
paschalem debere celebrari '•'. Les termes lunaires ro- 
mains étaient XVI (XV ad vesperum) et XXII ; Victo- 
rius, tout en acceptant le cycle de 19 ans comme pré- 
férable pour calculer l'âge de la lune, n'avait pas osé 
toucher à ces déterminations traditionnelles. 

Il est donc évident que le texte de P ne peut être 
antérieur à Denys et à la publication de son cycle, 
c'est-à-dire à l'année 525. Toute la question, en ce mo- 
ment, est de savoir s'il y a quelque raison d'y voir un 
remaniement du texte FK, ou si celui-ci peut être con- * 
sidéré comme dérivant du sien. D'abord il a extérieu- 
rement l'apparence d'une retouche : au lieu que , dans 
FK, le décret sur la Pâque se place à la suite des autres 
décrets de Victor, dans P il figure entre les ordinations 
et la sépulture, c'est-à-dire qu'il dérange l'ordonnance 
régulière de la finale. En second lieu, bien que le texte 
FK soit fort concis, il paraît s'inspirer du système de 
Victorius et non de celui de Denys. Victorius, en effet, 
dans sa lettre dédicatoire à l'archidiacre Hilaire 3 , fait 
grand état de Théophile d'Alexandrie et s'occupe 
spécialement du premier jour de la lune, c'est-à-dire 
du jour de mars ou d'avril où la nouvelle lune doit 
tomber pour être acceptée comme lune pascale. La 
mention de Théophile n'est pas un trait particulier, 
car ce personnage était, grâce à sa table pascale de cent 
ans et à sa lettre à Théodose, une autorité souvent in- 
voquée dans les controverses qui nous occupent. Cepen- 

i. On entend par termes lunaires de la Pâque, les deux jours du 
mois lunaire entre lesquels peut tomber la fête. Dans tous les sys- 
tèmes il y a sept jours consécutifs, entre lesquels s'opère le roule- 
ment de l'échéance festale. Les termes lunaires de chaque système 
sont le premier et le dernier de ces sept jours. 

2. Migne, P. L. t t. LXVII. p. 489. 

3. Aegid. Buchêrii, In Victorii Aquitani canonem, Anvers 1633. 



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dant il est bon de remarquer que Denys parle peu de 
Théophile ! et qu'il met au premier rang de ses argu- 
ments, non pas le sentiment de ce personnage, mais une 
décision du concile de Nicée *. Quant à la prima luna 
[dies prima), c'est la grande affaire de Victorîus. Il ex- 
plique longuement que les Latins regardent comme 
pascales toutes les lunes qui commencent le 5 mars et 
les jours suivants jusqu'au 3 avril inclusivement, tandis 
que Théophile et les Grecs ne les acceptent qu'à partir 
du 8 mars et vont jusqu'au 5 avril. C'est à concilier ces 
deux systèmes qu'il emploie ses calculs ; il y parvient 
par divers raisonnements dans lesquels je n'ai pas besoin 
d'entrer. Quant aux termes lunaires, c'est-à-dire à la 
question de savoir si le dimanche de Pâques peut tomber 
du 15 au 21 de la lune ou du 16 au 22, il ne prend 
aucun parti et se borne à marquer les pâques différentes 
obtenues dans les deux systèmes, quand ils donnent 
des solutions diverses. En somme, le comput de Vic- 
torius, qui est certainement écarté dans la rédaction P, 
se concilie très bien avec la rédaction FK et semble 
même y être visé. 

Ceci n'est pas sans doute un signe indiscutable d'an- 
tériorité, car le comput victorien continua d'avoir des 
adhérents, môme en Italie, pendant le sixième siècle ; 
mais Denys lui fit de bonne heure une rude concurrence 8 . 
Nous verrons d'ailleurs que ce dernier personnage 
jouissait d'une considération spéciale auprès de l'au- 
teur du Liber pontificalis. Ses idées sur le calcul pascal 
n'eurent aucune résistance à vaincre pour entrer dans 
cette compilation. 

La conser- 21.' — De tous ces faits il résulte clairement, à mon 
dans" les cioîix avis, que le texte P représente une révision systémati- 
abrorjes. q Ue ^ ce j u j gur j e q Ue | on i $fâ f a j ts j es abrégés F et K, 

et que c'est à ceux-ci que nous devons demander la ré- 

1. C'est à la table pascale de saint Cyrille d'Alexandrie, et non 
à celle de Théophile, que Denys a rattaché la sienne. Il nomme 
Théophile à deux reprises dans la préface de son cycle, mais il 
n'en parle pas dans sa lettre au primicier Boniface. 

2. Cette décision n'a jamais existé ; c'est Denys qui l'a déduite, 
par une exégèse Imbile, de la lettre de Proterius d'Alexandrie au 
pape saint Léon sur la question pascale (Krusch, 1. c. p. 107). 

3. Voir la lettre de Denys à Bonifatius et Bonus (Migne, P. L., 
t. LXVII, p. 517 B), où les mots qui lunam aliter quam veritas ha- 
bet computant s'adressent à victorius. M. B. Krusch a publié, 
1. c, p. 109, le rapport du primicier Bonifatius au pape Jean I", 
à la suite de la consultation qu'il avait demandée à Denys pour 
la Pâque de 526. On y voit que ce haut fonctionnaire ecclésiasti- 
que accepte, non seulement les calculs de Denys, mais môme l'ar- 
gument du concile de Nicée. 



daction vraiment primitive et originale du Liber pontifi- 
calis. Malheureusement ilsnel'ontpas conservée tout en- 
tière ; de plus, il est impossible qu'ils ne l'aient pas un 
peu modifiée en l'abrégeant. Il importe de se rendre 
compte de l'étendue de ces modifications. J'ai déjà dit 
qu'elles étaient considérables dans l'abrégé K, peu 
importantes dans l'abrégé F. Le moment est venu d'é- 
tudier ce point avec quelque précision, et de rendre rai- 
son de certaines particularités de rapports entre les 
trois textes F, K et P, qui ne trouvent pas une explica- 
tion suffisante dans la différence entre la première édi- 
tion (*) et la seconde (P). 

22. — • J'ai dit que F ne résume jamais et que, sauf de P î4" cl ^jl 
des cas très rares, tous les mots que l'on y trouve ont lîcien. 
fait partie, et cela dans le même ordre, du texte d'où 
cet abrégé dérive. Cependant il y a quelques endroits 
où l'abréviateur a changé' ou ajouté quelque chose. 

Nous pouvons, je crois, négliger ici des variantes 
comme exilio detrudetur au lieu de exilio depatatur ou 
deportatur (p. 82, 1. 11) ; purificatur pour purgatur (p. 
84, 1. 24) ; hic fecit pour hic constituit (p. 88, 1. 5), etc., 
qui ne sont autre chose que des substitutions de syno- 
nymes. D'ailleurs les retouches de ce genre sont fort ra- 
res. — Quelquefois un mot est ajouté, dans la suite d'un 
récit, pour suppléera un détail omis plus haut. Ainsi, dans 
la vie de Cornélius , decollatus est <adtemplum Martis> ; 
K et P ne mentionnent pas ici le temple de Mars, parce 
qu'ils l'ont mentionné plus haut, dans une partie du 
récit que l'abréviateur F a fait disparaître. Dans la vie 
de Libère, l'interpolation de cimiterio sanctae Agne 
<ubi sedebat> s'explique de la même façon, l'abrévia- 
teur ayant coupé, un peu auparavant, la phrase où il 
est question du séjour de Libère à Sainte -Agnès. — 
Dans la lettre du pape Damase (p. 48, 1. 7), le mot 
pacis est également une intrusion. Il me semble qu'il 
doit être corrigé en paucis : nobis per ordinem <pau- 
cis> enarrare digneris. L'abréviateur aura pensé, soit à 
la brièveté des notices, soit à la nature de la transfor- 
mation qu'elles subissaient de son fait. Peut-être les 
mots inpace y dans la notice d'Evariste (p. 54, 1. 8) 
ont-ils été ajoutés par lui. Voici des écarts plus impor- 
tants. Le premier se rencontre dans la notice du pape 
Eleuthère (p. 60) : 

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Et hoc contenuît Et constituit ut Et hoc iterum fir- 



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ut nullu3 repudiare- lus cassules répudia- mavit ut nulla esca 

turachrisiianis,ma- retur a christianis, <usualcsE>achri- 

xime fidelibus, que maxime fidelibus, stianisrepudiaretur, 

Deus creavit, qui quod Deus creavit, maxime fidelibus, 

tamen rationabilés que tamen rationes quod Deus creavit, 

sunt. sunt. quae tamen rationa- 

lis et humana est. 

Les mots iterum firmavit et et humana est, dans P, 
appartiennent au remaniement. Entre les quatre leçons 
nidlus, nullus cassules, nulla esca usuales et nulla esca, 
il n'a, je crois, que des différences paléographiques. Les 
manuscrits E, du groupe P, ont été certainement revus 
sur un manuscrit soit complet, soit abrégé, de r. ; bien 
des passages le montrent. Dans le cas présent, ils peu- 
vent servir à rétablir la leçon originale nulla esca usua- 
lis. Mais ce qui reste inexpliqué, c'est le contenuitàe F. 
On en trouvera la raison en jetant les yeux sur ce qui 
précède : Hic accepit epistula a Lucio, Brittanio rege, 
ut christianus efficeretur per eius mandatum ; et hoc 
contentât etc. L'abréviateur a très mal a propos con- 
fondu le décret du pape Eleuthère avec le contenu de la 
lettre du roi breton. 

La notice du pape Victor présente deux ou trois faits 
analogues : 



Constituit ut ne- 
cessitate faciente ubi 
inventus fuisset, sive 
in flumine, sive in 
mari, si ve in fontem 
aut in stagnum, tan- 
tum ebristiano con- 
fessione declarata 
credulilates(creduli- 
tas a b) effecerit inte- 
ger christianus, qui- 
cumque bominum 
ex gontile veniens 
utbaptizaretur. 



K 

Constituit ut ne- 
cessitate faciente hu- 
bi inventum fuisset, 
sive in ilumine, sive 
inmari,sive infonte, 
tantum ebristianone 
declarata credulita- 
tem, quaecumque 
bominum ex gentile 
veniens baptizetur. 



Constituit ut ne- 
cessitate faciente ut 
ubiinventus fuisset, 
sive in flumine, sive 
in mari, sive in fon- 
tibus, tantum ebris- 
tiano confessione 
credulitatis clarifi- 
cata, quicumque bo- 
minum ex gentile 
veniens ut baptiza- 
retur. 



Sauf la disparition presque totale du mot confessione 
et celle de ut avant baptizetur, sauf encore le change- 
ment de declarata credulitatem {credulitatis) en creduli- 
tatis clarificata, qui rentre dans les divergences des deux 
rédactions - et P, K est d'accord avec P ; mais ils n'ont 
ni l'un ni l'autre les mots soulignés dans F. Leur si- 
lence est le seul argument que Ton puisse faire valoir 
contre les mots aut in stagnum, qui ne dérangent 
Liber pontificaus. 



point l'ordre de la phrase et continuent assez naturelle- 
ment Ténumération précédente. Il n'en est pas de même 
des mots effecerit integer christianus, qui interrompent 
le sens f et sont une interpolation évidente. 

C'est encore à l'abréviateur F que doit remonter la 
responsabilité d'une autre variante dans la môme no- 
tice. Après avoir dit que Victor ordonna de célébrer la 
Pâque le dimanche, l'abrégé félicien ajoute : sicut Plus; 
K et P portent : sicut Eleuther. Au premier abord 
il semble que ce soit F qui ait raison et que K et P re- 
présentent une corruption du texte. En effet, on trouve 
plus haut, dans la vie de Pius, que le livre du Pasteur, 
écrit par Hermès, frère du pape, sous la dictée d'un 
ange, contenait l'ordre de célébrer la Pâque le diman- 
che ; tandis que la notice du pape Eleuthère n'offre pas 
la moindre allusion à un règlement pascal. Cependant, 
je ferai remarquer que, dans les changements de ce 
genre qui sont volontaires et réfléchis, on ne va guère 
du plus naturel au moins naturel. Si on retouche un texte, 
c'est pour l'améliorer et non pour le détériorer. Si l'o- 
riginal avait eu la leçon sicut Pius, qui est logique, on 
ne voit pas pourquoi on eût supprimé cette leçon pour 
y introduire sicut Eleuther qui ne se justifie pas par 
le contexte. Si au contraire, il y avait à l'origine sicut 
Eleuther, leçon obscure, on s'explique très bien que 
cette leçon ait été écartée pour faire place à sicut Pius. 
Du reste, outre l'abrégé félicien, d'autres abrégés ont 
aussi la leçon sicut Pius : ainsi le Palatinus 39 et le 
Vaticanus 341, deux textes qui n'ont certainement rien 
à voir ni avec w ni avec F ; mais leur brièveté favorisait la 
comparaison de la notice de Pius avec celles d'Eleuthère 
et de Victor. 

23. — De môme, l'abrégé K a, môme en dehors d e P ffigfco? 
des formules de résumé, certaines particularités qui nonicn - 
lui sont propres. 

Ainsi, dans la notice de Pontien, il fait enterrer ce 
pape in cimiterio Catacumbas. F et P sont d'accord 
pour indiquer le cimetière de Calliste, conformément à 
la Depositio martyr um de Filocalus et à tous les autres 
documents. C'est K qui a tort. L'erreur 2 n'a pu être 



1. Cette phrase, assez obscure, signifie que, dans le cas de néces- 
sité, un païen converti pourra être baptisé n'importe où, pourvu 
qu'il ait fait à un chrétien sa profession de foi; le texte félicien 
transforme en accusatif l'ablatif absolu confessione declarata, et le 
complète par le verbe effecerit. Quant aux mots integer christianus 
ils me semblent n'être qu'une glose à christiano. 

2. Cette erreur est difficile à expliquer : aucune tradition en effet 



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Manuscrits du 
la première édi- 
tion. 



dans le texte w, pas plus qu'elle n'est dans le texte P. 

Une particularité très importante de l'abrégé K, c'est 
le remaniement des chiffres d'années, mois et jouis 
attribués à chaque pontificat. Comme j'aurai occasion 
d'y revenir au chapitre suivant, je me borne ici a la 
signaler. 

24. — Outre ces différences qui trahissent, soit dans 
F, soit dans K, quoique à des degrés bien divers, une 
certaine intervention personnelle de l'abréviateur, il y 
en a d'autres qui sont purement paléographiques et 
proviennent de la diversité des manuscrits employés par 
les auteurs des abrégés. Il serait a priori invraisembla- 
ble qu'un même manuscrit eût servi aux deux abrévia- 
teurs F et K, et que ce manuscrit eût été précisément 
celui sur lequel on exécuta le remaniement P. Je crois 
qu'il y a lieu de distinguer trois ou même quatre ma- 
nuscrits, tous perdus, de la rédaction primitive- : deux 
ont été abrégés pour former les rédactions F et K ; un 
troisième a servi de base à la seconde édition P ; enfin 
un quatrième a pu être mis à contribution pour le groupe 
E, qui, comme on le verra, représente, quoique à un 
faible degré, une combinaison des deux textes w et P. 

Voici des exemples, relatifs aux trois autres manus- 
crits ; c'est encore la notice de Victor qui va nous les 
fournir : 



Fuit temporibus Fuit temporibus Ce- Fuit autera tem- 

Caesaris consolatu saris augusti a Com- poribus Cesaris au- 

Comraodi secundo modi duo et Gra- gusti a .Commodi 

et Glabrione usque vione usque ad... secundi et Gravione 

ad.... usque ad... 

Dans ces trois textes, le nom Cesaris, avec ses varian- 
tes, est évidemment une faute primitive et commune, 
dont nous n'avons pas à nous occuper en ce moment*; 
il n'y a pas lieu non plus de s'arrêter aux mots se- 
cundo, duo, secundi, après Commodi ; ce sont des tra- 



ne rattache le souvenir du pape Pontien au cimetière ad Cata- 
cumbas. Cependant le Liber pontificalis rapporte que ce fut le pape 
Fabien qui lui donna la sépulture ; Fabien était, comme Pontien, 
enterré dans le cimetière de Galliste, mais son anniversaire tom- 
bait le môme jour (20 janvier) que celui du célèbre martyr Sébas- 
tien, dont le tombeau se trouvait ad Catacumbas. C'est peut-être 
& cette circonstance que se rattache la confusion commise par l'a- 
bréviateur K. Saint Sébastien était très populaire au vu» siècle. 

i. Le catalogue libérien présente ici une lacune dans les manus- 
crits philocaliens. Les dates consulaires te Victor doivent y être 
restituées d'après le Liber pontificalis. 



ductions diverses du signe numéral //. Mais Gravione, 
incorrection commune à K et a P, ne se trouve pas dans 
F, qui a conservé la vraie orthographe Glabrione. Comme 
il n'est pas possible que l'abréviateur F ait tiré Gla- 
brione de Gravione, il faut admettre que son manuscrit 
de ~ portait Glabrione et que, sur ce point, ce manus- 
crit avait conservé plus fidèlement le texte original. — 
On arrive à la même conclusion en étudiant la variante 
augusti a, qui, dans K et dans P, correspond au consu- 
latu, de F. Disons d'abord que consulatu doit être com- 
plété ; il y avait a consulatu, soit dans le texte primitif de 
l'abrégé F, soit dans le manuscrit de - sur lequel il a 
été fait ; ceci est imposé par l'identité des formules 
consulaires dans toutes les notices. La leçon a consulatu 
Commodi //est donc la leçon primitive, qui, légèrement 
défigurée dans F par la suppression de a, a donné, dans 
K et dans P, l'étrange variante Aurjusti. Voici, je 
crois, comment on y est arrivé. Supposez que l'on ait 
le groupe CESARISACONS, ou CESARISACÔS; il 
n'est pas bien difficile d'en tirer CESARISAGOSetde 
voir dans AGOS une abrévation d'AGOSTI = Augusti; 
Cacsaris Augusti est une formule connue ! et dont l'at- 
traction aura facilement fait dévier un copiste. 

Voilà donc deux cas où nous trouvons F dans une 
tradition paléographique différente de K P et plus con- 
forme au texte primitif. Il y a d'autres cas où les deux 
abrégés s'accordent sur une faute dont P est exempt ; 
c'est alors dans P qu'il faut chercher la leçon de -. J'ai 
cité quelques exemples de ce groupement, dans les 
passages que le livre pontifical emprunte au catalogue 
libérien. Ces fautes communes à F et à K supposent 
que ces abrégés, on plutôt les manuscrits de ~ d'où ils 
dérivent, ont un ancêtre commun, duquel ne descend 
pas le manuscrit de r. dont s'est servi le second éditeur 
P. D'autre part les fautes qui groupent K et P contre F 
supposent une autre généalogie ; il faudrait, pour les 
expliquer, que -K et -P eussent un ancêtre commun, 
étranger à -F. Ces deux généalogies s'excluent, à moins 
que Ton n'admette, dans une mesure très faible, il est 
vrai, une certaine combinaison de textes, ou quelques 
corrections introduites après coup. Or cela estloin d'être 
invraisemblable, surtout en ce qui regarde un livre 
comme le Liber ponti/icalis, qui a été l'objet de tant 
de retouches et de continuations. J'aurai plus tard occa- 
sion d'étudier des manuscrits où plusieurs textes se 

1. Luc. ii, 1. 



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Restitution 
Je la première 
-dit ion. 



trouvent ainsi combinés, et j'en signalerai d'autres qui 
ont fait souche avant et après avoir subi des corrections. 
Rien n'empêche de croire qu'il en ait été de môme au 
temps où il circulait des manuscrits complets de la pre- 
mière édition ; alors plusieurs fautes de ~K auront pu 
entrer dans ^P, ou réciproquement. 

La difficulté qui m'arrête ici, et que je suis obligé de 
résoudre par cette hypothèse, n'existerait pas si je pou- 
vais considérer l'abrégé K comme une combinaison de 
l'abrégé F et du texte P. Alors les variantes fautives 
communes à K et à P s'expliqueraient par les emprunts 
de l'abrôviateur K au texte P. Mais comment croire 
que, si l'abréviateur K avait eu sous les yeux a la fois 
l'abrégé F et le texte complet, il eût constamment né- 
gligé le texte complet pour suivre l'abrégé F, en tant 
de passages où les deux rédactions diffèrent tellement, 
non pas sur quelque détail d'orthographe, mais sur le 
sens et en choses de conséquence ? 

Ici, jeprie le lecteur de parcourir les pages impaires de 
ce volume, de la page SI à la page 107, où les passages 
en question sont imprimés en., caractères romains espa- 
cés; un coup d'œil, môme très rapide, lui suffira pour 
voir en quel nombre et de quelle importance sont les 
variantes dont il s'agit. Du reste, il en a déjà une idée 
par celles que j'ai disculées tout à l'heure en traitant 
du rapport chronologique des deux éditions. On peut 
signaler en particulier ce qui regarde la qualité de mar- 
tyr attribuée aux papes Anicet, Eutychien et Gaius dans 
le texte complet, mais passée sous silence ou même 
écartée dans l'abrégé F. Est-il naturel que, sur un 
point comme celui-ci, l'abrégé ait été suivi plutôt que 
le texte complet? Je pourrais faire valoir la même in- 
vraisemblance pour un bon nombre des passages rele- 
vés p. LX1-LXI11. 

Ainsi, les variantes orthographiques où K et P sont 
groupés contre F ne sauraient fournir un argument sé- 
rieux contre le système que je propose sur les rapports 
de ces trois textes. Ces variantes sont peu nombreuses 
et facilement explicables. Il n'en est pas de môme, à 
beaucoup près, des difficultés, ou pour mieux dire des 
impossibilités, auxquelles on se heurterait en cherchant 
dans l'abrégé K une combinaison de F et de P. 

2o. — De ce qui vient d'être dit, il résulte que l'on 
doit considérer F, K et P, comme représentant chacun à 
sa manière la première édition w, terminée à Félix IV : 
F et K en sont deux abrégés, exécutés, indépendam- 



ment l'un de l'autre, le premier sur un manuscrit qui 
n'allait pas au delà de Félix IV, le second sur un ma- 
nuscrit prolongé beaucoup plus loin, mais sans que la 
partie antérieure à Félix IV eût été retouchée; dans le 
texte P, au contraire, la rédaction primitive a été mo- 
difiée par un grand nombre de retouches et môme d'in- 
terpolations. Essayer, avec des documents si incom- 
plets, de reconstituer la teneur entière de la première 
édition, ce serait tenter l'impossible. Tout ce que l'on 
peut faire, c'est de prendre dans les deux abrégés les 
lambeaux du texte primitif qui s'y sont conservés et de 
les réunir dans une même rédaction, en s'aidant çà et 
là des moyens de contrôle que fournissent les manus- 
crits de la seconde édition. Je me suis décidé à entre- 
prendre cette restitution partielle, moins à cause de 
l'intérêt qu'elle peut avoir en elle-même qu'en raison 
des facilités qu'elle offre pour comparer rapidement et 
avec précision les divers textes du Liber pontificalis. 

On trouvera cette rédaction hypothétique disposée 
notice par notice en regard des deux abrégés F et K, 
avec l'indication des différences par rapport à la se- 
conde édition. En général, je m'en suis tenu, pour 
cette restitution, au texte des deux abrégés, respectant 
jusqu'à leur orthographe, bien que, sur ce point, les 
nombreux manuscrits de P, parmi lesquels il y en a de 
très anciens, permettent d'atteindre une approximation 
beaucoup plus grande. Quelques suppléments, surtout 
dans les formules qui reparaissent à chaque notice, ont 
été introduits, soit d'après P, soit d'après le catalogue 
libérien ; mais je les ai distingués de telle sorte qu'on 
ne peut les confondre avec ce qui provient directement 
des abrégés. 

Quant à ceux-ci, leur texte a été établi sur leurs ma- 
nuscrits respectifs, dont les moindres détails figurent 
soit dans le texte lui-môme, soit dans les variantes. 
Pour l'abrégé F, j'ai donné aux leçons du manuscrit de 
Berne une importance égale à celle des deux autres 
réunis, car ceux-ci dérivent évidemment d'un original 
commun très rapproché. En matière d'orthographe, la 
leçon la plus correcte n'a été admise dans le texte que 
quand elle est au moins aussi autorisée que l'autre : 
le temps où ces abrégés ont été faits et le peu de soin 
que l'on a apporté à leur exécution interdisent ici toute 
modification dans le sens des règles de la grammaire 
et de l'orthographe. En cas de doute, les probabilités 
seraient plutôt en faveur de la barbarie. 



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CHAPITRE QUATRIÈME 



LES SOURCES 



Coup d œil 
général sur les 
sources du 
L. P. 



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i. — J'ai établi, dans le chapitre deuxième, que le 
Liber pontificalis a dû être écrit peu après Tannée 514, 
sous le pape Hormisdas, et continué, probablement de 
la môme main, jusqu'à la mort de Félix IV (530). Pour 
la période comprise entre 496 environ et 530, l'auteur 
peut être considéré comme un témoin immédiat des 
choses qu'il raconte ; sauf quelques détails précis sur le 
poids des pièces d'orfèvrerie données aux églises, tout ce 
que contiennent les notices d'Anastase II, de Symma- 
que, d'Hormisdas, de Jean 1 er et de Félix IV a pu être 
écrit de souvenir, sans qu'il fût nécessaire de recourir 
à des documents ou à la tradition orale. Celle-ci a dû 
être consultée déjà pour les notices de Simplicius, de 
Félix III et de Gélase. Elle a fourni beaucoup aux noti- 
ces qui précèdent celle de Simplicius; mais, pour cette 
partie, c'est-à-dire pour tout le Liber pontificalis depuis 
saint Pierre jusqu'à Hilaire(-{*468), la tradition orale est 
loin d'être la source unique de notre texte : l'auteur 
s'est servi de divers documents écrits, dont quelques- 
uns se retrouvent aisément; il a de plus, en certains 
endroits, suppléé de son propre fonds auxrenseignements 
qui lui manquaient. Le jugement que l'on devra porter 
sur l'autorité de son œuvre dépend évidemment de ce- 
lui que l'on portera d'abord sur les sources où il a puisé, 
ainsi que sur l'intelligence et la sincérité avec lesquelles 
il s'en est servi. 



Discerner les documents écrits qui ont été mis à 
contribution pour le Liber pontificalis est une tâche 
relativement facile, au moins tant qu'il s'agit de ceux 
de ces documents qui nous sont parvenus sous leur 
forme propre. Mais ceux-ci sont en petit nombre : le 
catalogue libérien, les catalogues du cinquième siècle 
et du sixième, le De vins de saint Jérôme, la lettre 
apocryphe de Clément à Jacques, quelques récits hagio- 
graphiques, une collection d'écrits pseudépigraphes, 
rédigés au temps du schisme de Laurent (501-506). 
D'autres pièces, les unes authentiques et provenant des 
bureaux de l'administration pontificale, les autres d'o- 
rigine inconnue et d'apparence moins sérieuse, ont dis- 
paru et ne nous sont connues que par l'usage qu'en fait 
le Liber pontificalis. Il serait imposible d'en dresser la 
liste et de vérifier la façon dont on les a employées. 
L'obscurité est plus grande encore quand on passe des 
sources écrites aux sources purement traditionnelles ou 
conjecturales. Il est même souvent très difficile de dé- 
cider où finit la tradition et où commence le supplé- 
ment hypothétique. En bien des cas il y a lieu de sus- 
pendre son jugement et de laisser le problème sans 
solution ! . 

i. On a déjà pu voir par la disposition des textes, p. 2-9, quel est 
le rapport du Liber pontificalis et du catalogue libérien. Je signa- 
lerai les détails dans le commentaire des notices. Il en sera de 



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NOMS ET ORDRE CHRONOLOGIQUE DES PAPES. 



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Méthode 

pour l'étude des 

sources. 



2. — Cependant il y a un procédé qui permet, sinon 
de rendre raison de toutes les indications du Liber pon- 
tificalis, au moins de se former une idée générale de la 
manière dont il a été composé et de fixer, sur certains 
points principaux, la mesure de confiance à laquelle il 
a droit. Ce procédé consiste à rapprocher en groupes 
distincts et à comparer les indications de même ordre 
que contiennent assez régulièrement toutes ses notices. 
On obtient ainsi un certain nombre de séries parallèles 
qui s'éclairent les unes les autres, en même temps que, 
dans chacune d'elles, les termes certains et vérifiables 
permettent de juger de ceux pour lesquels le contrôle 
est impossible. Je vais appliquer cette méthode, en sui- 
vant dans chaque série, autant que possible, Tordre 
chronologique, et, dans la distribution des séries, Tor- 
dre même de la rédaction des notices. J'ai déjà dit que 
ces notices sont rédigées sur un même plan, qu'elles 



commencent toujours par le nom du pape, sa nationa- 
lité, le nom de son père, etc., et finissent invariablement 
par le lieu et la date de sa sépulture, avec la durée de 
la vacance après sa mort. En m'attachant à cet ordre, 
je distribue en dix séries les indications du Liber pon- 
tificalis : 

1° Les noms et Tordre chronologique des papes ; 

2° La patrie et la famille; 

3° La durée du pontificat ; 

4° La qualité de martyr et les emprunts aux Gesta 
martyrum ; 

5° Les autres détails historiques ; 

6° Les décrets disciplinaires ; 

7° Les fondations et dotations d'églises ; 

8° Les ordinations ; 

9° La sépulture, lieu et date : 
10° La vacance du siège. 



§ I e ' 



LES NOMS ET L ORDRE CHRONOLOGIQUE DES PAPES. 



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Divergences 3 * — ^a P rermerô chose à faire, pour notre auteur, 
i es f, at ?, lo sjj es était de déterminer quels personnages avaient droit de 
•apes. figurer au rang des papes et dans quel ordre ils s'é- 

taient succédé. 

Deux listes étaient plus particulièrement à sa portée : 
celle du catalogue libérien et celle des catalogues cou- 
rants, dont nous avons étudié ci-dessus divers exem- 
plaires, et dont la rédaction, pour la partie ancienne, 
paraît avoir été arrêtée vers le milieu du cinquième 
siècle. Entre ces deux listes il y avait plusieurs diffé- 
rences : 1° Clet et Anaclet sont distingués dans la pre- 
mière, confondus dans la seconde ; 2° Clément est placé 
avant Clet et Anaclet dans le catalogue libérien, après 
Clet indivis dans la liste du cinquième siècle ; 3° Anicet 
est avant Pie dans le catalogue libérien, après Pie, dans 
la liste du cinquième siècle ; 4° cette liste omet Marcel- 
lin, qui figure dans le catalogue libérien. Sur tous ces 
points notre auteur a donné tort à la tradition re- 
présentée par le catalogue du cinquième siècle et 
préféré celle du catalogue libérien. Cela était assez na- 
turel , puisqu'il prenait ce document pour base de sa 

même pour le3 autres documents écrits, dont les plu3 importants, 
du reste, seront étudiés dans le présent chapitre. 



propre rédaction. Cependant il n'a pas cru devoir le 
suivre sans contrôle, et il Ta abandonné en ce qui re- 
garde Tordre des papes Clet et Clément. 

Outre ces quatre difficultés résultant de la discordance 
des listes, il s'en posait une autre, relativement à 
Félix II, qui en est en dehors des limites du catalogue 
libérien. Cela fait donc cinq cas à étudier. Pour chacun 
d'eux je vais rendre compte des raisons qui ont déter- 
miné l'auteur du Liber pontificalis à adopter une solu- 
tion plutôt qu'une autre; je signalerai en même temps 
l'appui que son système trouvait ou ne trouvait pas dans 
la tradition antérieure à lui et surtout dans la tradition 
locale de Rome. 

1° Clet et Anaclet. 

4. — On ne peut citer avec certitude, en faveur de la 
distinction de Clet et d'Anadet, que deux documents 
antérieurs au sixième siècle, le catalogue libérien et le 
poème contre Marcion l . Encore le poème contre Mar- 
cion paraît-il être ici dans la dépendance du catalogue li- 

i. Tillemont, Hist. eccl., t. II, p. 555; Gh. do Smedt, Dissert.., 
t. I, p. 300. 



Le dédouble- 
ment de Clet et 
d'Anaclet. 



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bôrien, de sorte que toute la tradition littéraire se ramène 
a celui-ci. En dehors delà tradition littéraire proprement 
dite, la tradition liturgique nous présente deux témoi- 
gnages susceptibles d'entrer en ligne de compte : le 
canon de la messe romaine et le martyrologe hiérony- 
mien.Dans le premier, les noms des papes sont rangés 
ainsi : Lini, Cleli, démentis, Xysti, Cornelii. La liste, 
on le voit, est réduite à quelques noms. Entre les deux 
derniers il y a vraisemblablement interversion chrono- 
logique, car il est très probable que le Xystus mentionné 
ici est le célèbre martyr de l'année 258, troisième succes- 
seur de Cornélius. Les trois premiers paraissent rangés 
dans l'ordre chronologique. Comme la série qu'ils for- 
ment s'arrête à Clément, on peut se demander si cette 
énumération est compatible avec l'idée d'une distinc- 
tion entre Clet et Anaclet. Cela est bien peu proba- 
ble. Il faudrait alors que Clément eût été intercalé 
entre Clet et Anaclet, comme dans le Liber pontificalis ; 
or, ce que je dirai tout à l'heure de cette intercalation 
porle à croire qu'elle est spéciale au Liber pontificalis. 
En tout cas, il n'est pas absolument certain que cette 
partie du canon de la messe n'ait subi aucune retouche 
depuis le commencement du vi° siècle. Les plus anciens 
manuscrits qui contiennent le canon romain * sont du 
vn e siècle; c'est surtout dans ces listes de noms, substi- 
tuées aux anciens diptyques, que les retouches ont dû 
se produire \ 

Le martyrologe hiéronymien contient 3 , au 23 et au 
31 décembre, deux fragments de listes pontificales, en 
mauvais état, où se trouvent cependant les noms d'un 
grand nombre de papes antérieurs à Silvestre, sans 
qu'il y en ait un seul des papes postérieurs. Le dernier 
nom certain est celui d'Eutychien ; il manque ceux de 
Clément, Alexandre, Télesphore, Pie, Soter, Antéros,Lu- 
cius, Denys. Le catalogue commençait par saint Pierre, 
Pétri apostoli; il contenait les noms Im?, Cliti, Anin- 
clili. On peut donc le considérer comme un témoin en 
faveur du dédoublement de Clet et d'Anaclet. L'état de 



1. Ces manuscrits sont :1e sacramentaire de l'alibayo de Saint- 
Denys, dit sacramentaire gélasien (Vatic. Reg., 316; v. L. Delisle, 
blblioth. de l'École des chartes, année 1876, p. 475), et lo sacramen- 
taire gallican de Bobbio (Parisin., 13246; Notice des objets exposés, 
1881, départ, des mss. t p. 22). 

2. L'auteur de la passio Alexandri, qui identifie le martyr Alexan- 
dre avec le pape du môme nom, lui donne le cinquième rang dans 
la série pontificale; il est donc contraire au dédoublement (Acta 
SS. maii, t. I, p. 371). 

3. Cf. de Rossi, lioma sott., t. I, p. 114. 



conservation de ce catalogue n'est malheureusement 
pas tel que l'on puisse en déterminer les limites d'une 
manière certaine et, par conséquent, en définir la date. 
Cependant il est assez vraisemblable qu'il remonte au 
commencement du quatrième siècle et qu'il témoigne 
en somme de la même tradition que le catalogue libé- 
rien, tout en étant indépendant de celui-ci. Reste à sa- 
voir si celte tradition était beaucoup plus ancienne 
que le temps auquel elle se manifeste, si, en particu- 
lier, elle était consignée dans le catalogue do saint Hip- 
polyte. Ici les documents nous abandonnent et l'on ne 
peut que risquer des conjectures. Constatons pourtant : 
1° que la tradition contraire au dédoublement a été 
suivie par saint I renée, par l'auteur romain du traité 
contre Artémon, au commencement du m siècle, et 
par les rédacteurs des différents catalogues qui sont ve- 
nus à la connaissance d'Eusèbe ; cela lui constitue des 
titres bien antérieurs à ceux que l'on peut faire valoir 
pour le dédoublement ; 2° que la tradition du dédouble- 
ment ne paraît pas avoir joui au quatrième siècle d'une 
grande autorité, puisque personne ne l'a suivie, ni en 
Afrique, ni en Orient : saint Optât et saint Augustin 
s'en écartent, bien que leurs catalogues présentent, 
dans l'interversion fautive d'Anicet et de Pie, une re- 
marquable coïncidence avec le catalogue libérien ; saint 
Epiphane et saint Jérôme s'en écartent aussi ; à Rome 
môme, elle n'est pas assez puissante pour s'imposer aux 
rédacteurs des catalogues du cinquième et du sixième 
siècle. Dans ces conditions, il serait imprudent de la 
présenter comme une tradition primitive et officielle 
de l'église romaine. 

Autre chose est la diversité des personnes, autre 
chose la diversité des noms. Celle-ci est beaucoup mieux 
documentée que la première. Outre les témoignages 
favorables au dédoublement, nous pouvons citer, comme 
substituant le nom de Clet à celui d'Anaclet, le canon 
de la messe, saint Epiphane, saint Jérôme, Rufin *, la 
plupart des catalogues, du cinquième au septième siècle. 
Le nom de Clet était donc assez répandu comme va- 
riante de celui d'Anaclet ; il est probable que c'est 
précisément à cette variante que le dédoublement 
d'Anaclet doit son origine. 



1. Epiph. Haer., xxvn, 6; — Hieron. Citron.; De viris, 15 : il faut 
remarquer que saint Jérôme emploie tantôt l'un des deux noms, 
tantôt l'autre; — Rufin, Praef. ad liecognit. Clem. (Migue, Patr.gr., 
t. I, p. 1207). 



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NOMS ET ORDRE CHRONOLOGIQUE DES PAPES. 



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(élément placé 

entre Clet et 

Anaclet. 



l»«s deux 
traditions sur 
la .«succession 
«le S. Pierre. 



Premier 
système de 
conciliation : 
Constitutions 
apostoliques. 



2° La place de saint Clément. 

5. — En plaçant Clément entre Clet et Anaclet, notre 
auteur a combiné non pas deux, mais trois traditions 
différentes. 

La plus ancienne, représentée par saint Irénée 
et par les catalogues d'Eusèbe, place Clément après Lin 
et Anaclet ; elle est suivie par saint Jérôme, dans sa 
Chronique et dans son De viris (c. 15); c'est elle aussi 
qui est exprimée dans les catalogues romains depuis le 
cinquième siècle. Mais saint Jérôme en connaissait 1 une 
autre, d'après laquelle Clément aurait été le successeur 
immédiat de l'apôtre Pierre. Cette tradition a des do- 
cuments qui ne sont guère moins anciens que ceux de la 
précédente. C'est sur elle que repose tout le roman 
pseudo-clémentin des pérégrinations de saint Pierre en 
Syrie, et en particulier l'épîtro apocryphe de Clément 
à Jacques, qui lui sert de préambule. L'installation de 
Clément par saint Pierre comme son successeur y est 
longuement racontée. Ce texte paraît être du second siè- 
cle, au moins dans sa forme primitive. Du reste, 
l'idée que saint Clément a été le premier successeur 
de saint Pierre s'est formée assez naturellement : on 
savait qu'il avait vécu avec les apôtres * ; ses prédéces- 
seurs immédiats n'ayant pas eu de célébrité, aucun 
souvenir ne s'interposait entre le sien et celui de saint 
Pierre. Tertullien reproduit le système des Clémen- 
tines, dans un passage de son traité des Prescriptions : 
sicut Smymaeontm ecclesia Polycarpum a Iohanne 
conlocatum refert, sicut Romanorum Clementem a 
Petro ordinatum edit \ 

On s'occupa de bonne heure de concilier ces deux 
traditions et l'on y arriva par des raisonnements diffé- 
rents. L'auteur des Constitutions apostoliques * fait suc- 
céder Clément à Lin ; saint Paul est censé avoir or- 
donné Lin, après la mort duquel saint Pierre ordonne 
Clément. Chose singulière, de même que la tradition 

i. De viris, 1. c. : « Glemens... quartus postPetrum Romae episco- 
pus, siquidem secundus Linus fuit, tertius Anacletus, tametsi ple- 
rique Latinorum secundum post Petrum apostolum putent fuisse 
Clementem ». Cf. in /s., 52; adv. lovinianum, 12. 

2. Iren. Haer. t III 3; cf. Philip., IV 3 ; le Clément dont il est 
question dans cette épttre fut identifié de bonne heure avec le pape 
son homonyme (Origône, in Ioan. t i, 29). 

3. Praescr., 32. 

4. Aîvoç jxèv 6 KXiuÇîa; icpwTOç iirô IlaûXou, KXf.u-rçç 8è \mi tôv Afvou 
0iv*cov ûtc' <|xo0 nétpo'j 5eû«poç xe-/e'.pOTÔvT,Tai (Const. ap., tu, 46). 



du roman clémentin, originaire de Syrie, avait rallié de 
bonne heure le latin Tertullien, de môme aussi la com- 
binaison des Constitutions apostoliques semble avoir eu 
cours en Occident, dès le commencement du quatrième 
siècle. Elle est en effet adoptée par l'auteur du catalogue 
libérien et par celui de la liste africaine de saint Optât 
et de saint Augustin. On trouve, dans ces deux docu- 
ments, l'ordre Pierre, Lin, Clément. 

Ainsi est né le second des systèmes ! avec lesquels 
l'auteur du Liber pontificalis a eu à compter, celui du ca- 
talogue libérien. Mais il y en a un troisième, sorti aussi 
d'une combinaison entre les deux traditions primiti- 
ves, Pierre, Lin, Anaclet (Clet), Clément, et Pierre, 
Clément. 

C'est saint Ëpiphane qui l'a imaginée le premier. 
Dans le ch. xxvu, 6 do son Panarium, écrit vers l'an- 
née 37o, il ne fait aucune allusion aux Clémentines; 
mais, partant de l'idée que Clément est nommé dans 
l'épttre aux Romains 9 , il se demande comment un per- 
sonnage contemporain des apôtres peut n'avoir été que 
leur second successeur. Une hypothèse s'offre à son es- 
prit : Clément aura pu être ordonné par saint Pierre et 
refuser d'exercer l'épiscopat après la mort de l'apôtre. 
Épiphane croit découvrir, dans un conseil que Clément 
donne à certains membres de l'église de Corinthe, une 
allusion à sa situation personnelle : prétexte de discor- 
des, il se serait retiré volontairement 3 . Quant au motif 
pour lequel saint Pierre l'aurait ordonné, ce pouvait 
être la nécessité de pourvoir au gouvernement de l'é- 
glise de Rome pendant les fréquentes absences des 
apôtres. Cette dernière idée est une pure conjecture 
de saint Ëpiphane et il a soin d'en avertir : « Je conjec- 
ture, dit-il, je ne définis pas ». D'ailleurs il n'est nulle- 
ment convaincu que cette conjecture soit nécessaire et 
il dit qu'il ne sait pas môme au juste si Clément a été 
ordonné par saint Pierre ou par Clet, son second suc- 
cesseur. 



1. Le premier est celui du catalogue du v* siècle; il reproduit 
purement et simplement la tradition de saint Irénée. 

2. Ce qui est une distraction do sa part, car aucun Clément n'est 
nommé dans l'épîtro aux Romains; ce nom ne so trouve que dans 
l'épltre aux Philippiens. 

3. Aiysi yip év u.tx twv frctnoXûv aÛTOÛ' « 'Ava^pw, dhwiju, «ûara- 
8«îtu> 6 Xaôç toû 8«ou », ti?1 toûto ffuji6ouX«uuv eOpofwv yip fv tiuiv 
ûirojxv^jiaTiqxoîi; toûto fputpivov. Saint Épiphane ne paraît pas avoir 
vu le texte môme (/ C/ero., 54) d'où dérive sa citation, mais quel- 
que recueil d'extraits {PP.Apost., éd. v. Gebhardt et Harnack, t.I, 
p. xxxvi). 



Second sys- 
tème de conci- 
liation : S. Epi- 
phane. 



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L'idée d'un vicariat épiscopal exercé du vivant de 
saint Pierre parut heureuse à Rufin ; il se l'appropria et 
la fit prospérer. 
Ruûn. Avant de traduire les Récognitions clémentines, Rufin 
avait publié une version de la lettre apocryphe de Clé- 
ment à Jacques. Dans cette lettre, Clément rapporte fort 
au long comment, au moment de mourir, l'apôtre Pierre 
le choisit et l'ordonna pour être son successeur; de Lin 
et de Clet il n'est pas dit un mot. Les ébionites syriens 
du second siècle, qui fabriquèrent ce document, consi- 
déraient Clément comme le successeur de l'apôtre Pierre 
et le premier évoque de Rome. En lisant la pièce apo- 
cryphe dans la traduction de Rufin, les Romains, à qui 
on la présentait comme authentique, ne manquèrent pas 
de se demander comment elle pouvait se concilier avec 
la tradition qui plaçait Lin et Clet entre saint Pierre et 
saint Clément. Rufin répondit à cette difficulté dans sa 
préface à la version des Récognitions; Quidam enim 
requirunt quomodo^ cum Linus et Cletus in urbe Borna 
anle Clementem hune fuerint episcopi, ipse Clemens 
ad Iacobum scribens, sibi dicat a Petro docendi cathe- 
dram traditam. Cuius rei hanc accepimus esse ratio- 
nem, quod Linus et Cletus fuerunt quidern ante Cle- 
mentem episcopi in urbe Roma, sed superstite Petro ; 
videlicet ut illi episcopatus curam gérèrent, ipse vero 
apostolatus impleret officium... Et hoc modo utr uni- 
que verum videbitur, ut et illi ante Clementem nxtme- 
rentur episcopi, et Clemens tamen post obitum Pétri 
docendi susceperit sedem. 

En adoptant la conjecture de saint Épiphane, Rufin lui 
fait subir de notables perfectionnements. D'abord il la 
transforme en tradition {accepimus) ; de plus, il fait de 
Clément le successeur de saint Pierre, tandis qu'Épi- 
phane dit seulement que Clément a pu être ordonneras 
l'apôtre et cependant avoir été le successeur de Clet. 
Enfin c'est a Lin et à Clet qu'il a dévolu l'épiscopat vica- 
rial auquel Épiphane avait pensé pour Clémentlui-même. 
Mais Épiphane n'avait pas, comme Rufin, introduit dans 
la question l'ôpttre apocryphe de Clément à Jacques ; 
c'est la nécessité de concilier celle-ci avec la tradition 
romaine et à peu près universelle 1 , qui a conduit Rufin 
à présenter les choses comme il l'a fait. 

Son système fut suivi par l'auteur du livre pontifical 
et il parvint ainsi à une grande fortune. 

1. H est à remarquer que Rufin ne s'inquiète nullement du 
système représenté par le catalogue libérien. 



Que la seconde édition du Liber pontificalis dépende 
de Rufin, c'est ce qu'il n'est pas permis de mettre en 
doute, puisqu'on y trouve citée, dans la vie de Clément, 
l'épître de ce pape à saint Jacques et que la préface de 
Rufin aux Récognitions y a été mise à contribution pour 
la notice de saint Pierre. Mais ces passages manquent 
dans les deux abrégés qui nous ont conservé ce que nous 
avons de la première édition et il est possible qu'ils y 
manquent parce que la première édition ne les conte- 
nait pas. Cependant, même dans la première édition, il 
est facile de trouver des traces du système de Rufin. 
D'abord l'ordre des premiers papes y est, comme dans 
la seconde, Lin, Clet, Clément, Anaclet. Tout en copiant 
le catalogue libérien, l'auteur a déplacé Clément pour 
le mettre après Clet. Ce changement n'a pas été fait 
adroitement; car les dates consulaires et le synchronisme 
des empereurs, qui, dans le catalogue libérien, avaient 
été calculés en suivant l'ordre Lin, Clément, Clet, se sont 
trouvés intervertis. De cette manière, Galba vient après 
Domitien, les consuls de 68 et de 76 après ceux de 77 
et de 83. Ce changement opéré, l'auteur a disposé ses 
formules de manière à présenter Lin et Clet comme des 
évêques coadjuteurs, subordonnés à saint Pierre, et 
Clément comme le premier successeur de l'apôtre. Ainsi, 
le décret qu'il attribue à Lin et les ordinations qu'il fait 
faire à Clet sont présentés comme des actes de saint 
Pierre : Hic ex praecepto beati Pétri constituit... Hic 
ex praecepto beati Pétri ordinavit. Ce langage ne se 
trouve ainsi employé que dans les notices de Lin et de 
Clet 1 ; les autres papes agissent toujours en leur nom et 
d'après leur propre initiative. De plus, la vacance du 
siège, toujours marquée à la fin des notices : Et cessavit 
episcopatus dies... n'est pas indiquée dans les trois pre- 
mières, celles de saint Pierre, de Lin et de Clet. En effet, 
du moment où Lin et Clet ont été ordonnés et ont cessé 
leurs fonctions du vivant de l'apôtre S du moment où 
celui-ci a ordonné lui-même et installé Clément comme 

i. La formule ex praecepto beati Pétri se rencontre encore dans 
la notice de Clément, mais pour exprimer son instaUation comme 
pape, faite par l'apôtre avant de mourir. Cette circonstance est 
tout à fait propre à faire ressortir le sens que j'indique ici. Dans 
le catalogue du manuscrit de Cologne, on trouve une autre ex- 
pression du système de Rufin, mais sans tontation Jde combi- 
naison avec celui du catalogue libérien. Après les noms de Lin 
et d' Anaclet, vient une note ainsi conçue : Isti vivente dont. Petro 
sederunt. 

2. Ceci n'est guère conforme aux dates consulaires que contien- 
nent leurs notices ; mais nous savons déjà que l'auteur s'embar- 
rasse peu de ces dates quand elles le gênent. 



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du L. P. 



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son successeur, il ne peut y avoir de vacance avant la 
mort de Clément 1 . 

Ainsi, l'ordre suivi par le livre pontifical pour la série 
des premiers papes résulte d'une combinaison entre le 
catalogue libérien et le système présenté par Rufin pour 
concilier les Clémentines avec l'antique tradition qui fai- 
sait de Lin et de Clet les deux premiers successeurs de 
saint Pierre. 

3° Pie et Anicet. 

G. — Dans le catalogue libérien le pape Anicet est 
placé avant Pie. C'est la une grosse faute, car nous sa- 
vons par Hégésippe et par saint Irénée, contemporains 
de ces papes, que Tordre véritable est Pie, Anicet. Mais 
c'est une faute ancienne. Indépendamment du catalogue 
libérien, elle se trouve aussi dans ceux de saint Optât et 
de saint Augustin. L'auteur du poème contre Marcion en 
est exempt ; placé en présence de deux traditions, il a 
eu le bon esprit de suivre celle de saint Irénée. On peut 
en dire autant de tous les catalogues, latins, grecs ou 
orientaux, du v e et du vi 6 siècle. Le Liber pontiftealis, 
dans sa première édition, resta fidèle au catalogue libé- 
rien : les abrégés fôlicien et cononien s'accordent à 
placer Anicet avant Pie. À la seconde édition, Terreur 
fut corrigée; cependant quelques manuscrits, où les 
chiffres qui expriment la durée du siège furent plus 
tard retouchés d'après le catalogue libérien, revinrent 
aussi à la tradition de ce document sur l'interversion 
des deux papes. 

Quelle est l'origine première de cette faute? Il est 
impossible de lui trouver une intention harmonistique 
ou apologétique quelconque. La seule hypothèse raison- 
nable est celle d'un accident de transcription dans quelque 
catalogue du m e siècle, peut-être dans celui d'Hippolyte, 
quoique le temps d'Hippolyte soit encore bien voisin de 
celui d'Anicet. L'erreur, en tout cas, est assez ancienne 
pour avoir influé sur le catalogue libérien, dès Tan- 
née 336 *,et sur l'original des listes africaines. Le second 
éditeur du livre pontifical Ta corrigée, sans doute en 
s'aidant des catalogues du v e siècle. 

i. L'auteur de la seconde édition a maladroitoment dérangé cette 
ordonnance en marquant -une vacance entre Clet et Clément. 
Voir ci-dessus, p. lu. 

2. La suite des dates consulaires, dans ce document, suppose 
l'ordre Anicet Pie dans la liste à laquelle ces dates ont été adap- 
tées. 

LlBEH POMTIFICALIS. 



4° Marcellin et Marcel. 

7. — C'est encore en conformité avec le catalogue 
libérien que le Liber pontiftealis distingue Marcellin 
et Marcel. En ceci il rencontre juste, car il n'est pas 
douteux que ces deux papes ne doivent être distingués 
l'un de l'autre. Les listes africaines sont ici probablement 
d'accord avec le catalogue libérien 1 . Eusèbe ne parle, il 
est vrai, que de Marcellin: mais c'est parce qu'il arrête 
au commencement de la persécution de Dioclétien son 
énumération des papes et, en général, des évoques de 
grands sièges. Saint Jérôme omet Marcel, mais par suite 
d'un raccord imparfait entre 'la chronique d'Eusèbe et 
la continuation qu'il lui ajoute. Une omission moins ex- 
plicable, c'est celle, non pas de Marcel, mais de Marcel- 
lin, dans les catalogues romains du v° et du vi e siècle. 

Cette omission, en effet, n'est guère attribuable à un 
simple accident paléograpliique, causé par la ressem- 
blance de deux noms placés l'un après l'autre dans la liste 
des papes. Il y a d'autres documents qui omettent Mar- 
cellin, sans que Ton puisse arguer d'un accident de 
ce genre. Le martyrologe hiôronymien ne le mentionne 
pas ; il ne figure pas non plus dans les tables de dépositions 
des évoques et des martyrs de Rome rédigées en 336, 
c'est-à-dire 32 ans seulement après la mort de Marcellin, 
et complétées 18 ans plus tard, en 354. Les anniversai- 
res des papes sont rangés dans ces tables suivant Tordre 
du calendrier; depuis Lucius jusqu'à Silvestre et à Jules, 
c'est-à-dire jusqu'au temps où se sont arrêtées les deux 
rédactions successives, aucun n'y manque, sinon Mar- 
cellin. Il est en effet indubitable que le nom Marccllini^ 
marqué dans les manuscrits de la Depositio episcoporum 
au XVII kal.feb., n'est qu'une corruption de Marcelli. 
Cette date obituaire est attribuée au pape Marcel dans 
sa passion *, remarquablement précise au point de vue 
des dates, et dans tous les documents liturgiques. Elle 
est inconciliable avec les données du catalogue libérien 
sur la date de l'ordination de Marcellin et la durée de 
son épiscopat. Enfin le martyrologe hiéronymien corrige 
ici la Depositio : il porte, au 16 janvier, Marcelli et non 
Marccllini. L'omission est donc certaine et voulue. 

1. Cf. Aug M Brève Coll., 34. Il restera cependant sur ce point 
quelque incertitude, tant qu'on n'aura pas d'édition vraiment cri- 
tique des œuvres de saint Optât et de saint Augustin (v. ci-dessus, 
p. x). 

2. Acla SS. ijn., t. II, p. 12. 

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Omission de 
Marcellin dans 
le catalogue du 
v« siècle. 



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Comment l'expliquer? Pétilien, évoque donatiste de 
Constantine, affirmait, dans des livres publiés vers 400 
et 410, que Marcellin et ses prêtres, Miltiade, Mar- 
cel, Silvestre, avaient, pendant la persécution, livré 
les Écritures et offert de l'encens aux faux dieux 1 . 
Il est vrai qu'il ne citait aucune preuve de son asser- 
tion, et s'en référait apparemment à la notoriété publi- 
que, ou plutôt à ce qu'on prenait pour tel dans les 
cercles donatistes. Augustin, dans ses réfutations 8 , ne 
lui ^oppose qu'une simple négation. A la grande con- 
férence de Carthage, en 411, les Donatistes produisi- 
rent des procès-verbaux de la saisie des églises de 
Rome, en 303, où se trouvaient mentionnés des faits 
de tradition, en particulier de la part de deux diacres 
expressément désignés 3 . Les diacres étant les ministres 
de l'évêque, on a pu rapporter à Marcellin les fautes 
de conduite de ses agents, conclure de la chute des dia- 
cres à celle du pape. Ceci cependant ne suffit pas à 
expliquer l'assertion de Pétilien, car les diacres Stra- 
ton et Cassius, mentionnés dans ces procès-verbaux, 
sont des personnes différentes de celles que cite l'é- 
voque de Constantine. On peut donc conclure qu'il 
circulait en Afrique, au iv e siècle, des histoires 
défavorables à Marcellin. Ce fait, rapproché du silence 
que les calendriers romains gardent alors sur ce 
personnage, donne à penser que sa mémoire pourrait 
bien avoir été plus ou moins obscurcie dans sa propre 
église. Mais il y a quelque chose de plus. Deux récits ro- 
mains, l'un de la fin du v e siècle, l'autre du commence- 
ment du vi e , reposent sur la môme donnée que l'as- 
sertion de Pétilien. Le premier est une passio Marcel- 
Uni, maintenant perdue, mais qui a été mise à contri- 
bution pour la vie de ce pape dans le Liber po?itifica- 
lis * ; le second est le pseudoconcile de Sinuesse. Ce der- 
nier appartient à un groupe de pièces fausses rédigées 
en 501 ou peu après, pendant la querelle entre Sym- 
maque et Laurent. On y voit que Marcellin, après sa 
chute, avait été touché de repentir, et qu'il s'était pré- 
senté devant un concile nombreux, lequel n'avait pas 
voulu le juger, parce que prima sedes a nemine iudi- 

1. Aug. Contra Htf. Pctiliani, II, 202; De unico baptismo, 27. 

2. Contra titt. Petiliani, II, 208; De un. bapt. t 27. 

3. Coll. Carthag., III, 489 et suiv. (Hard., 1. 1, p. 1140); Augus- 
tin, Brev. coll., 34. 

4. Je date ce document de la fin du v* siècle, à cause des em- 
prunts du Liber pontificalis et aussi par analogie avec les autres 
textes de ce genre. 



calur. On peut conclure de cette histoire que, parmi 
les personnes dévouées au pape légitime Symmaque, 
il s'en trouvait qui croyaient à la chute de Marcellin. Sa 
faiblesse et son repentir formaient un thème à déve- 
loppements canoniques ; c'étaient des faits admis, des- 
quels on déduisait des règles à suivre dans des cas ana- 
logues. Le récit conservé par le Liber pontificalis est 
différent et sans doute antérieur ; il ne contient essen- 
tiellement que les deux faits de la chute et de la répa- 
ration, mais de la réparation par le martyre et non par 
une démonstration devant un concile. 

Ainsi l'opinion romaine, au v e et au vi e siècle, ' au 
moins dans certains cercles, était que le pape Marcellin 
avait offert de l'encens aux idoles pendant la persécu- 
tion; on ajoutait, il est vrai, que cette faute avait été 
immédiatement réparée, et de la façon la plus éclatante. 
Marcellin était compté parmi les martyrs, bien que son 
anniversaire n'eût point les honneurs d'une commémo- 
ration solennelle. La façon dont son tombeau est décrit 
dans le Liber pontificalis suffirait toute seule à montrer 
qu'il était visité et honoré ; il est du reste mentionné 
dans Y Epi tome de locis ss. martyrum ! , guide des pè- 
lerins aux sanctuaires de Rome pendant le vu siècle. 

Cependant cette donnée de la réparation se présente 
à nous avec des témoignages plus tardifs que ceux de 
la chute. De même que Marcellin était censé avoir été 
successivement apostat et martyr, son souvenir fut suc- 
cessivement oublié ou flétri, puis honoré. Du moment 
où les calendriers liturgiques du iv e et du v e siècle 
omettaient son nom, du moment où l'on y rattachait 
des histoires compromettantes, il n'est pas étonnant 
qu'au v e siècle le rédacteur d'un catalogue pontifical 
ait cru pouvoir le rayer de la liste des papes. Je n'ai 
pas à étudier les détails de cette histoire, ni même à 
me prononcer sur sa réalité 9 : il me suffit d'avoir in- 
diqué les vicissitudes d'opinion qui peuvent servir à 
expliquer la disparition de Marcellin dans certains do- 
cuments qui ont servi à la composition du Liber ponti- 
ficalis et sa réapparition dans celui-ci. 

5° Félix IL 

8. — À n'en juger que par les documents du iv e siè- Félix n h 
cle, Félix II n'avait aucun titre à figurer au rang des 5 ri| au n01 ^ 

1 . o o d ea p a p es ] c - 

1. De Rossi, Roma soit., t. 1, p. 176, col. iv. times. 

2. Eusèbe, H. E., VII, 32, 1, dit de Marcellin, 8v xal aixôv 6 6io>- 
Ypiôç xaxeOor.œe, expression obscure, que Théodoret {H. E., I, 2) a 
précisée par les mots tôv èv fouy^ 8^^p^ aVT3t ' 



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NOMS ET ORDRE CHRONOLOGIQUE DES PAPES. 



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papes légitimes. Saint Athanase, l'auteur de la préface 
au Libellus precum, saint Jérôme, en un mot tous les 
auteurs contemporains, en parlent comme d'un évêque 
intrus, imposé par lepouvoir.soutenu quelque temps par 
une partie du clergé, mais chassé honteusement aussi- 
tôt que le pape légitime, Libère, fut revenu d'exil. Le 
chroniqueur Prosper et les historiens ecclésiastiques du 
v e siècle nelejugentpas autrement. Cependant son nom 
figure dans presque tous les catalogues du v e et du vi e 
siècle, ce qui suppose que l'auteur du Liber pontificalis 
le trouva dans celui dont il se servit *. Ces catalogues, il 
est vrai, ont conservé quelque trace d'hésitation. Celui 
de Laon omet tout à fait Félix; il en est de même de 
celui d'Eutychius d'Alexandrie ; la plupart des catalo- 
gues latins se bornent à enregistrer son nom, sans in- 
diquer la durée de son épiscopat ; d'autres lui marquent 
un an; c'est le système suivi par les catalogues grecs. 

Le Liber pontificalis et les Gesta Eusebii presbyte ri, 
légende composée à Rome par un auteur qui a pris le 
pseudonyme d'Orose, contiennent une véritable réha- 
bilitation de Félix II, au détriment de la mémoire de 
Libère. On peut douter, il est vrai, que la notice de 
Félix II, dans le Liber pontificalis ait été écrite en 
même temps que les autres. Plusieurs indices, sur les- 
quels je xeviendrai plus loin, portent à soupçonner 
qu'elle a été introduite après coup, à une époque très 
rapprochée de la première rédaction. Cette interpola- 
tion pourrait bien être au nombre des changements 
opérés lors de la continuation du Liber pontificalis de- 
puis Hormisdas jusqu'à Félix IV. Quoiqu'il en soit, la 
notice de Libère, qui est certainement de première 
main, prouve à elle seule que notre auteur considérait 
Félix comme un pape légitime. 

Il n'est pas sûr que cette tentative soit de beaucoup 
antérieure au Liber pontificalis ; elle témoigne, en tous 
cas, du revirement qui s'opéra, vers le commence- 
ment du vi e siècle au plus tard, en faveur de Félix. Je 
chercherai plus loin à expliquer, dans une certaine 
mesure, comment ce revirement a pu se produire. En 
ce moment il suffit de constater qu'il est au moins con- 

1. La situation de Félix II n'est pas tout à fait la même que 
celle des autres antipapes, Ursinus, Eulalius, Laurent. Non seu- 
lement il exerça de fait les fonctions épiscopales dans l'église de 
Rome, mais il fut reconnu et soutenu par le gouvernement. C'est 
une nuance à noter; elle n'est cependant pas suffisante pour expli- 
quer la faveur spéciale que Ton a faite à Félix II en l'introduisant 
dans la liste des papes; cette faveur se rattache à une véritable 
réhabilitation de ce personnage, comme on le verra plus loin. 



temporain du Liber pontificalis et que ce n'est pas par. 
pure fantaisie que l'auteur de celui-ci a donné place à 
Félix II dans la série des papes. 

6° Pontien et Antéros. 

9. — Il me reste une dernière question à examiner; 
c'est celle de l'interversion de Pontien et d' Antéros, non 
pas, il est vrai, dans le Liber pontificalis lui-même, 
mais dans quelques-uns des manuscrits qui nous ont 
conservé ses diverses recensions. 

Pontien est placé avant Antéros par le catalogue libé- 
rien, qui donne même des détails fort précis sur son 
exil, sa démission et l'ordination d' Antéros. Ces détails 
sont empruntés au continuateur de la chronique d'Hip- 
polyte ; ils méritent une confiance absolue. Il n'y a, ni 
dans Eusèbe, ni dans saint Jérôme, ni dans la liste afri- 
caine, ni dans aucun catalogue latin, grec ou oriental, 
aucune hésitation sur l'ordre des deux papes. Cepen- 
dant l'abrégé félicien et quelques manuscrits du livre 
pontifical placent Antéros avant Pontien. Cette variante 
n'est pas restée inconnue aux chronographes byzantins : 
Georges Syncelle a pris sur lui de corriger le catalogue 
des papes qu'il avait sous les yeux et de placer Antéros 
avant Pontien; mais il note la variante de ce catalogue, 
en faisant observer que tivs; Ilovriav^v rcpô toj 'Avté- 
f(ùTo; <px<riv £-1*7X0-71 la». Tp;i.Yj;. 

L'origine de cette inversion est facile à découvrir. Elle 
provient du texte même du livre pontifical, dans la vie 
de Pontien. On lit, dans la première édition, après l'in- 
dication de la mort de ce pape : quem bcatus Fabianus 
adduxit navigio et sepelivit in cimiterio Calisti, via 
Appia. Fabien n'est pas le successeur immédiat de Pon- 
tien, mais cette note a porté à croire qu'il l'était; et 
l'erreur était d'autant plus facile que la notice d'Antéros 
donnait à ce pape, qui n'a siégé que quarante jours, un 
pontificat de douze ans. L'abrôviateur félicien est parti 
de cette idée pour modifier l'ordre des notices qui, dans 
la première édition, était conforme au catalogue libé- 
rien. En faisant ce changement il a eu soin d'effacer les 
mots et in locum eius [Pontiani] ordinatus est Antéros, 
qui justifient si clairement l'ordre primitif. L'abrôvia- 
teur cononien est resté fidèle à cet ordre et la seconde 
édition aussi, sauf quelques manuscrits retouchés, 

1. V. plus haut, p. xii, note 3. 



Antéros avant 
Pontien dans 
certains mes, du 
L. P. 



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SOURCES. 



le Bernensis 408, le Parisinus 5140, et la recension 
mixte du Vaticanus 3764 et des manuscrits de Modène, 
apparentée à celle du Bernensis. Il est vraiment 
étrange que ces manuscrits, tout en plaçant Pontien 
après Antéros, aient laissé subsister dans sa notice le 
passage et in locum ehts ordinatus est Ant héros '. L'au- 
teur de la recension BGD, à laquelle se rattache le Ber- 
nensis, a été plus avisé. Tout en maintenant l'ordre réel 



Pontien, Antéros, il a eu soin de supprimer la note rela- 
tive à la sépulture de Pontien, d'où provenait toute la 
difficulté. De cette manière, Fabien n'étant plus nommé 
à propos de l'enterrement de Pontien, on ne pouvait 
plus être tenté de le prendre pour son successeur im- 
médiat. Les manuscrits A nous ont seuls conservé 
à la fois l'ordre naturel et la rédaction primitive de la 
seconde édition, conforme sur ce point à la première. 



§ ii. 



LA PATRIE ET LA FAMILLK DES PAPES. 



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Indications du 
L. P. sur la pa- 
trie et le père 

deebaquepape. 



10. — Les notices du Liber pontificalis commencent 
invariablement par l'indication du pays d'origine de 
chaque pape, suivie, sauf de rares exceptions, du nom 
de son père. Cette disposition paraît imitée du De viris 
de saint Jérôme, où, sinon le père, au moins la patrie 
ou la ville épiscopale de chaque écrivain ecclésiastique 
se trouve notée assez souvent '. Les indications rela- 
tives à sain t Pierre, filins Iohannis, provinciae Gallileae, 
vico Bethsaida, etc., sont même empruntées littéra- 
lement a sa notice dans le De viris 3 . Depuis saint 
Pierre, le contrôle nous manque entièrement jusqu'à 
Félix III, c'est-à-dire jusqu'en un temps très voisin de 
la rédaction du livre pontifical. Félix III y est dit nalione 
Romanns, ex pâtre Felice presbitero^de titulo Fasciolae ; 
ces détails sont confirmés par les inscriptions et par ce 
que nous savons des ancêtres de saint Grégoire le 
Grand, qui descendait en ligne directe de Félix III*. 
Cette vérification permet de croire que, à partir de Fé- 
lix III au moins, les renseignements du Liber pontifica- 
lis sur la famille des papes n'ont pas été donnés à la 
légère et qu'ils méritent confiance. Ils sont, du reste, 
de nature à être facilement recueillis par un contempo- 
rain. Pour les papes des siècles précédents, la tradition 
orale ne peut plus être invoquée et il est dificile d'indi- 
quer, d'une manière générale, à quelle catégorie de do- 

i. Le Parisinus 5140 fait exception: on n'y trouve pas la men- 
tion de l'ordination d' Antéros. 

2. Barnabas Cyprius,... Philo Iudaeus, natione Alexandrinus,... 
Iustinus Tiberiensis, de provincia Galilaea,... Melitus Asianus, Sar- 
densis episcopus,... Rhodon, génère Asianus,... Beryllus Arabs,... 
Cyprianus Afer,... Eustathius, génère Pamphylius, Sidetes,... Eu- 
sebius, natione Sardus,... Fortunatianus, natione Afer, etc.J 

3. Voir ci-dessus, p. lu. 

4. De Rossi, Inscr. christ., t. I, p. 312. 



cumenfs on aurait pu recourir pour y suppléer. Exa- 
minons les choses de plus près. 

II. — Voici comment les papes, depuis saint Lin jus- 
qu'à Félix IV, se répartissent par nationalités. 

Romains (natione Romanus) : 

Clet, de régi o ne vico Patrici, 
» Clément, de regione Celiomonte, 
Alexandre, de regione Caput tauri> 
Xystus I er , de regione Via lata, 
Zéphyrin, 

Calliste, de regione Urbe Bavoinatiwn , 
Urbain, 
Pontien, 
Fabien, 
Cornélius, 
Lucius, 
Etienne, 
Félix, 

Marcellinus, 

Marcellus, de regione Via lata (2 e éd. seulement), 
Silvestre, 
Marc, 
Jules, 
Libère, 
Félix II, 
Sirice, 
Anastase, 
Boniface, 
Xystus III, 
Félix III, 
Anastase II. 4e regione V Caput tauri. 



Nationalii- 
des pap€S,d'a- 
près le L. P. 



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LA PATRIE ET LA FAMILLE DES PAPES. 



Italiens : 



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Lin, natione I talus, regionis Tusciae, 

Pie, natione I talus, de civitate Aquileia, 

Soter, natione Campanus, de civitate Fundis, 

Eutychien, natione Tuscus, de civitate Lima, 

Innocent, natione Albanensis, 

Cêlestin, natione Campanus, 

Léon, natione Tuscus, 

Simplicius, natione Tiburtinus, 

Hormisdas, natione Campanus, de civitate Frisinone, 

Jean, natione Tuscus, 

Félix IV, natione Samnius. 

Sardes : 

Hilaire, natione Sardus, 
Symmaque, natione Sardus. 

Espagnol : 
Damase, natione Spanus. 

Dalmate : 
Gaius, natione Dalmata. 

Africains : 

Victor, natione A fer, 
Miltiade, natione A fer, 
Gélase, natione A fer. 

Grecs {natione Grecus) 

Anaclet, de A thenis, 

Evariste, Antiochenus, 

Télesphore, 

Hygin, de A thenis, 

Eleuthère, de civitate Nicopoli, 

Antôros, 

Xystus II, 

Eusèbe, 

Zosime. 

Syrien : 
Anicet, natione Syrus, de vico Amisa, 

Nationalité inconnue : 
Deny s , eu jus genealogia (m) repperire non potuim us . 

Ce tableau permet de constater un fait remarquable, 
c'est que, jusqu'à Eleuthère inclusivement, sauf l'ex- 
ception de Télesphore, il est de règle qu'après avoir 



indiqué la nationalité d'une façon générale, natione 
Romanus, Grecus, Syrus, Italus, Tuscus, Campanus, 
on précise davantage, en indiquant le quartier de Rome, 
ou, pour les autres pays, la ville d'où le pape est 
originaire. Après Eleuthère, ce détail n'est plus >a*-» î> ' 

donné que pour Calliste, Eutychien, Marcel (deu- 
xième édition), Anastase II et Hormisdas. Les loca- 
lités indiquées sont toutes fort connues ; il en est de 
même des quartiers de Rome, qu'il ne faut pas, cepen- 
dant, confondre avec les quatorze régions civiles ou les 
sept régions ecclésiastiques. 
13. — Que penser de la provenance de ces indications ? Origine de 

r r ces renseigne- 

On peut d'abord répondre que notre auteur donne à enten- ments. 

dre qu'il les a trouvées quelque part, dans un document 
écrit, bien entendu. Il a soin, en effet, de noter les cas 
où ses autorités ordinaires lui font défaut. Ainsi, pour 
Denys, dont il n'indique ni le père ni la patrie, il dit : 
cuius genealogiam repperire non potuimus; il se sert 
d'une formule semblable, cuius genealogiam non i?i- 
veni, à propos d'Hygin, dont il connaît la patrie, mais 
non pas le père. Jusqu'où allait ce document écrit ? 
quand avait-il été rédigé? C'est ce qu'on ne saurait dire. 
En deux ou trois cas seulement on peut comparer ses 
indications avec des textes, non pas authentiques sans 
doute, mais antérieurs au Liber pontificalis et qui ont 
été sous les yeux de son auteur. Ainsi, dans les Récogni- 
tions Clémentines, on voit que Clément était de Rome 
et que son père s'appelait Faustin ou Faustinien, ce 
qui concorde bien avec le Clemens natione Romanus... 
ex pâtre Faustino de notre biographe. Dans la passio 
Susannae on voit que le pape Gaius était parent de l'em- 
pereur Dioclétien, comme le dit sa notice : ex génère 
Diocletiani imperatoris, d'où l'on a pu conclure qu'il 
était, comme cet empereur, originaire de Dalmatie. Ces 
deux cas nous montrent le livre pontifical d'accord avec 
des textes antérieurs auxquels il a fait certainement 
d'autres emprunts. Au contraire, dans la notice de 
Xystus I er , il paraît n'avoir pas vu que la passio A lexan- 
dri, mise d'ailleurs à contribution par lui, fait de ce 
pape un étranger, un oriental : il le donne comme un 
romain du quartier de la Via Lata '. 



i. Il faut remarquer aussi qu'il n'y a aucun pape natione Gaîlits. 
La Gaule et la Bretagne sont les seules régions de l'empire d'occi- 
dent qui, à s'en tenir aux renseignements de notre auteur, n'aient 
donné aucun titulaire au siège apostolique, dans les premiers 
siècles de l'Église. 



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SOURCES. 



En ce qui regarde les indications de quartier, pour les 
papes romains d'origine, quelques-unes sont en rapport 
avec la localisation de leur souvenir dans certaines 
églises ; c'est le cas pour Clément, Calliste et Marcel. 
Pour d'autres, la raison du choix nous échappe entière- 
ment. 

Quelquefois on marque la profession du pape avant 
son épiscopat: Télesphore a été anachorète, Hygin et 
Xystus II philosophes, Denys moine, Eusèbe médecin. 
Pour Xystus II, le renseignement provient sans doute 
de Ruûn, qui avait traduit et répandu sous le nom de 
ce pape les Sentences du philosophe pythagoricien Sex- 



tius ; il n'est pas absolument impossible qu'il y ait 
quelque confusion analogue dans le titre de philosophe 
donné à Hygin *. 

Ainsi, d'une part, l'auteur du Liber pontificalis sem- 
ble nous présenter comme tirés de documents anté- 
rieurs à lui les renseignements qu'il donne sur la pa- 
trie et la famille des papes, ou sur leur profession avant 
leur élévation à l'épiscopat ; d'autre part, les vérifica- 
tions de provenance qu'il est possible de faire en quel- 
ques cas trop rares sont de nature à jeter des doutes 
sur la valeur de ces indications, pour les trois ou quatre 
premiers siècles de la série pontificale. 



§ m. 



LA DUREE DU PONTIFICAT. 






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p 14. — Nous avons vu plus haut que, pour les noms et 
néglige ici le Tordre de succession des papes, notre auteur avait suivi 

catalogue li- . , 

bérien pour le catalogue libérien de préférence au catalogue du cin- 
du v siôcie. quième siècle, toutes les fois que les deux traditions 
se trouvaient en désaccord. Ce choix s'imposait à lui, 
puisqu'il prenait le catalogue libérien pour cadre de sa 
propre compilation. Il ne l'a cependant pas suivi rigou- 
reusement dans tous les détails : j'ai déjà signalé la li- 
berté qu'il a prise de déplacer le pape CJément du troi- 
sième rang au quatrième, en dépit des dates consu- 
laires; nous rencontrerons plus tard d'autres correc- 
tions partielles du même genre. Mais où il s'est écarté 
systématiquement et résolument de son modèle, c'est 
dans les chiffres d'années, mois et jours qui expriment 
la durée de chaque pontificat. Ici il a constamment 
donné raison au catalogue du v e siècle ; c'est à peine 
s'il s'est servi du catalogue libérien pour combler çà et 
là quelques lacunes de l'autre document. 

Afin de mettre son procédé en évidence, je vais 
réunir dans un tableau les chiffres du catalogue libé- 
rien *, ceux du catalogue du V e siècle et ceux du Liber 

1. Ces chiffres sont naturellement empruntés aux seuls manus- 
crits philocaliens; quand il y a désaccord entre eux et ceux qui 
résultent des données fournies par le catalogue libérien lui-môme, 
ces derniers sont placés au-dessous des autres. Sur cette diver- 
gence, t. plus haut, p. vm, note 1. — Au delà des limites du cata- 
logue libérien, je reproduis les chiffres de la chronique de Prosper, 
puis ceux du fragment laurentien (ci-dessus, p. xm ; texte, p. 46). 
—J'ai cru devoir prolonger ce tableau jusqu'à saint Grégoire (f 604), 
plusieurs de nos catalogues s'étendant jusqu'à ce pape. 



pontificalis. Ces derniers sont, en général, identiques 
dans tous les manuscrits; cependant certains d'entre 
eux témoignent de révisions systématiques; aussi ai-je 
cru devoir signaler dans des colonnes spéciales la leçon 
de l'abrégé cononien et celle d'un groupe de manus- 
crits dont il a déjà été question, à propos des inscrip- 
tions de la galerie pontificale de Saint-Paul. À côté de 
la leçon de ces manuscrits, on trouvera le texte môme 
des inscriptions de Saint-Paul, selon les diverses lec- 
tures qui en ont été faites au xvn e et au xviii* siècle. Je 
reviendrai bientôt sur cette révision des chiffres du 
Liber pontificalis. En ce moment je veux préciser les 
rapports des chiffres du texte original avec ceux des 
catalogues latins du v e et du vi* siècle. 

lo. — Ceux-ci, autant qu'il m'a été donné de les re- ^ Les deux: 
cueillir, sont au nombre de neuf; il n'est pas besoin de fogïïfdu V! 
les comparer longtemps les uns avec les autres pour cle * 
s'apercevoir que, tout en conservant la môme ré- 
daction pour l'ensemble, ils diffèrent souvent dans 
le détail. Sur ce point, les manuscrits du Liber ponti- 
ficalis présentent beaucoup plus d'uniformité ; et cela 
se conçoit. Dans le Liber pontificalis, en effet, les chif- 
fres ne sont pas groupés en tableau, rapprochés, 
exposés à être confondus ou transposés d'une ligne à 
l'autre ; ils se présentent enchâssés, trois par trois, 
dans le texte narratif do chaque notice. Ce texte les 

1. Teuffel, Geschichte der Rômischen Literatur, 3" éd., p. 569, 583, 
801, 1027. 



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DURÉE DU PONTIFICAT. 



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isole les uns des autres et les garantit ainsi contre les 
erreurs des copistes. Dans les catalogues, au contraire, 
il serait miraculeux qu'ils n'eussent pas subi de graves 
accidents à chaque transcription. Il faut donc s'attendre 
à beaucoup de leçons aberrantes, et il y en a en effet 
un grand nombre, qui peuvent et doivent être négli- 
gées dans la restitution du texte. Cependant il y a des 
variantes qui se reproduisent constamment dans les 
mômes manuscrits et déterminent ainsi des groupes 
dans lesquels on ne peut méconnaître des traditions un 
peu différentes. 

Les cinq premiers catalogues, ceuxd'Arras, deCorbiel, 
de Chieti, de Reims et de Laon sont très souvent d'accord 
contre les trois ou quatre autres ; et, chose remarqua- 
ble, toutes les fois que la divergence se manifeste, on 
est sûr de trouver le Liber pontificalis du côté du second 
groupe de catalogues. Cette circonstance est propre à 
leur donner plus d'autorité qu'ils n'en auraient par eux- 
mêmes : la plupart d'entre eux, en effet, ne nous sont 
parvenus que dans des rédactions prolongées jusqu'à 
saint Grégoire (*J-604) ou môme bien au delà, tandis que 
les premiers ne dépassent guère l'année 523 ; mais, du 
moment où les chiffres du second groupe sont entrés 
dans le Liber pontificalis, il faut bien admettre qu'ils 
existaient au commencement du vi° siècle et leur recon- 
naître une valeur égale à celles que nous fournissent les 
très anciens catalogues d'Arras, de Corbie I, de Chieti, 
etc. J'ai donc cru devoir représenter dans mon tableau 
les leçons des deux groupes, toutes les fois que la diver- 
gence se discerne avec quelque netteté, c'est-à-dire : 
i° quand les quatre catalogues de Cologne, d'Albi, de 
Frôdégaire et de Corbie II, s'accordent tous ou dans la 
proportion de trois sur quatre contre les cinq autres ; 
2° quand deux de ces catalogues présentent une leçon 
différente de celle du premier groupe, mais conforme à 
celle du Liber pontificalis. Les leçons du second groupe 
sont disposées au-dessous des autres. 

Ces variantes, du reste, ne sont pas très nombreuses ; 
la dernière qui ait quelque importance affecte les chif- 
fres du pape Zosime (-f- 418) : pour tout le reste du 
v e siècle, les deux traditions sont sensiblement d'accord 
entre elles et avec la réalité chronologique. Ici on vou- 
dra peut-ôtre savoir quelle est la plus exacte pour la 
période précédente, c'est-à-dire pour les quatre pre- 
miers siècles et le commencement du v e . Bien que cette 
question soit en dehors du sujet qui m'occupe en ce 



moment, je puis dire que le premier groupe, Arras, 
Corbie I, etc., est d'abord plus éloigné que le second 
des sources de leur texte, c'est-à-dire de saint Jérôme 
et du catalogue libérien, et que cette relation persiste 
jusque vers le milieu du m c siècle ; à partir de là, c'est 
toujours le premier groupe qui a raison contre le se- 
cond, sauf une exception grave, celle de Zosime. Le ca- 
talogue de Cologne présente ici une particularité cu- 
rieuse : au commencement, il suit la tradition du se- 
cond groupe; mais, depuis le milieu du m siècle, il 
passe dans les rangs du premier ; de cette façon il est 
presque toujours du côté de la tradition la plus exacte '. 
16. — J'ai dit plus haut que le Liber pontificalis, 
fidèle en général aux chiffres de ces catalogues, revient Le Al L m p ies ^; 
cependant quelquefois à la chronologie du catalogue vient au catal °- 

... . , , . gue libérien. 

libérien. Cela se produit surtout dans les cas où le 
catalogue du v e siècle n'est pas d'accord avec le cata- 
logue libérien sur le nombre ou l'ordre des papes. 

Ainsi, Anaclet (ou Clet) est omis dans ce catalogue du 
v e siècle il a fallu prendre ses chiffres ailleurs. Le cata- 
logue libérien donne a. XII m. X d. III; ces chiffres 
sont répétés s dans les deux abrégés fôlicien et cono- 
nien, ce qui permet de croire qu'il en était de môme 
dans la première édition ; la seconde les a remplacés 
par ceux de Clément, a. VIII I m. II d. X. 

Une perturbation analogue s'observe à la hauteur de 
Marcellin et de Marcel, deux papes dont un est toujours 
omis dans le catalogue du v e siècle. Marcellin a, dans le Li- 
ber pontificalis, les chiffres que ce catalogue donne à 
Marcel, a. VIIII m. //// d, XVI. Quant à Marcel, on 
lui a donné, en les modifiant un peu, les chiffres du 
catalogue libérien : a. V m. VII d. XXI (P), a. I m. 
VI d. XX (L) ; en posant l'équivalence V=II, on voit 
que les premiers chiffres représentent les seconds aug- 
mentés chacun d'une unité. La difficulté est plus com- 
plexe pour Miltiade : les catalogues s'accordent à don- 
ner la leçon a. IIII, sans mois ni jours ; les manuscrits 
du Liber pontificalis, qui ne sont pas d'accord à cet 
endroit, semblent avoir complété cette leçon d'après 
celle du catalogue libérien, a. III m. VI d. VIII 3 , 

1. Dans l'impression de ce catalogue, une ligne a été omise. Ré- 
tablir entre Jean III et Pelage II (p. 25, quatre lignes avantlatin) 
les mots : Dom. Benediclus sed. ann. IIII m. I d. XXVII. 

2. Sauf la variante d. VII de l'abrégé cononien. 

3. La leçon a. IIII paraît être une variante marginale; on la re- 
trouve, dans l'abrégé félicien, à la notice de Marcellus. Quant à la 
notice de Miltiade, les mss. F et A ont la leçon libérienne, les mss. 
8GD la leçon des catalogues. 



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Original from 
UHIVERSITYOF MICHIGAN 



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SOURCES. 



NOMS 
DES PAPES 



1 
CATALOGUE LIBÉRIEN 



11 
CATALOGUE DU V* SIÈCLE 





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AîSACLETUS 



EvARlSTUS 



Alexander 



Xystus 



Telesphorus 



Hyginus 



Anicetus 



Pius 



SOTER 



Eleutherius 



Victor 



Zephyrunus 



111 



LIBER PONTIFICALIS 



a. XXV m. I d. YI1I1 a. XXV m. II d. III a. XXV m. II d. III 
a, XXVI ! 

la. XII m. IIII d. XII a. XI m. III d. XII a. XI m. III d. XII 



a. VI m. II d. X a. XII m. 1 d. II (?) a. XII m. I d. XI 

a. VII 

a. VIIII m. XI d. XII a. VIIII m. I d. X la. VIIII m. II. d. X 

m. II 



a. XII m. X d. III 

a. XIII m. VII d. II ! a. VIIII m. X d. II a. VIIII m. X d. II 



a. XII m. X d. III (r) 
a. VIIII m. II d. X (p) 



a. VII m. II d. I 
a. VIII 



a. XII m. VII d. II 
a. X 



a. X m. III d. XXI a . X m. II d. I 



a. X m. VII d. II 



a. X m. II d. 1 



a. XI m. III d. III 
a. XII m. III d. VI 



a. IIII 

a. XX m. IIII d. XXI 
a. XVI 



a. VIIII 



m. III d. II 



a. XV 



a. VIIII m. II d. X 
a. XII 



a. XX 



a. XI m. I d. XXI a. XI m. III d. XXI 

m. III , 

a. IIII m. III d. I a. IIII m. III d. IIII 

d. IIII ■ 

a. XI m. IIII d. III a. XI m. IIII d. III 



a. XVIIII m. » d. XI | a. XVIIIIm. IIII d. III 
m. IIII d. 111 



a. VIIII m. II d. XXI 
m. VI 

a. XV m. III d. II 



a. XV m. III d. X 
a. X m. II 

a. XVIII m. VI d. X 
a. VIII m. VII 



a. VIIII m. VI d. XXI 

a. XV m. III d. II 

a. X m. Il d. X 

a. VIII m. VII d. X 



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DURÉE DU PONTIFICAT. 





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IV 

ABRÉGÉ CONONIEN 

a. XXV m. II d. III 



a. XII ni. III d. XII 



a. VII m. I d. XX 



a. XI m. » d. X 



a. XII m. X d. VII 



a. XIII m. VII d. II 



a. XII m. VII d. II 



a. X m. II d. 1 



a. XI m. II d. XXII 



a. X m. III d. VII 



a. VII1I m. III d. » 



a. XV m. 1III d. XXI 



a. VIII m. II d. XXI a. VIIII m. III d. XXI 



V 

UÉVIS10N 

a. XXV m. I d. VIII 



a. XV m. III d. XII 

a. XII m. I d. XI 

a. VIIII m. II d. X 

a. XII m. X d. Vil 

a. VIIII m. II d. X (e) 

a. XIII m. VII d. II 

a. X m. VII d. II 

a, X m. III d. XXI 

a. XI m. III d. XXII 

a. III1 m. III d. VIII 

a. VIII m. III d. III 

a. XI m. IIII d. XXI 



VI 



a. XV m. III d. II 



a. XV m. VI d. V 



a. XV m. III d. X a. X m. II d. X 

I 
a. XVill m. III d. X a. XVII m. II d. X 

Liber postif:calis. 



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PEINTURES DE SAINT-PAUL 

a. XXV m. II d. VIII 

a. ? m. III d. XII 

a. XII m. ? d. XI 

a. VilII m. II d. X 

a. XII m. X d. VII 

a. ? m. VII d. II 

a. X m. VII d. III 

a. ? m. III d. XXI 



LXXXI 

VARIANTES AFFÉRENTES 
AUX COLONNES V ET VI 

Révision. — d. VU A 66 . 
Peintures. — d. VIII Cod. 

Barberinu* : VII Biun- 

chiniy Marangoni. 
Rt'o.— a. XI A 8 : a. XII A< 
Peint. — a. XI Ma.:f Barb. 
BL — d. XI Barb. 

Peint.— a.?m.?d.?Bar6.Bi. 



Réo. — a. XI A 50 
Peint. — d. V Barb. 



Réc. — m. VI C* E 
Peint. — a. X... Barb. Bi. : 

a. IX Ma. — m. VI Barb. 

— d.*? Barb. Bi. 
Rév. - a. VIII E 
Peint. — a.? Barb. — m. 

VIII Barb. : m. ? Bi. — 

d. ? Barb. 
Peint. — d. VIIII Ma. : a.? 

Barb. Bi. — m.? BL 



a. IIII m. III d. VIII 



a. VIII m. III d. III 



a. XI m. IIII d. XXI 



a. VIIII m. III d. XXI 



a. XI m. II d. XXII Peint. - d. XXI Bi. Ma. 

fi ( »e.-a.XE-d. VII A 86 
Peint. — a. 111 Bi. 

Rév. - a. VIIII C 3 * E 
Peint. — Cette inscription 
et la suivante manquent 
dansBarfc.— a.?B/.— d?Bi. 

Rér. — d. III A*« 
Peint. — ni. ? Bi. — d. 
XX Ma.:t Bi. 

Rév. — d. XXI om. C* 

Peint. — Illisibles pour BL '. 
Ma. donne les chiffres que 
Bi. tire de la série de Ni- 
colas III.— a.? m. IIII d. XXI 
Barb. 



a. XV m. IIII d. V 



a. X m. II d. X 



a. XVII m. Il d. X 



Peint. — a? Barb. Bi — 
m.? Barb. 

! 

! Peint.— a. 1 * Barb. Ma.— m.? 

d. ?Bt. — La série de Ni- 
I colas 111 est conforme 
; au texte. 
Réo. — a. XVI A" —m. Il 

om. O. 

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Original from 
UNIVERSITYOF MICHIGAN 



LXXXII 



SOURCES. 





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NOMS 

des papes 
Gallistus 

Urbanus 

PoNTIAUUS 
AnTEROS 

Fabiapws 

Cornélius 

Lugius 

Stephanus 

Xystos II 

Dionysius 

Félix 

eutychianus 

Gaius 

Marcellinus 

Margbllus 

eusebius 



CATALOGUE LIBÉRIEN 

a. V m. II d. X 
a. VIII ,m. XI d. XII 



a. 



V m. 


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a. III m. VIII d. X 
a. IIII m. II d. XXI 
a. II m. XI d. VI 



a. VIII 


m. II 


d. IIII 


a. X 


m. V 




a. V 


m. XI 


d. XXV 



a. VIII m. XI d. III 



a. XII m. IIII d. VII 



a. VIII m. III d. XXV 



a. I 



m. VI d. XX 



m. IIII d. XVI 
d. » 



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II 
CATALOGUE DU V 6 SIÈCLE 

a. V m. X d. X 
m. II 



a. VIIII m. I d. II 

a. IIII m. X d. Xil 

a. VII m. X d. XXII 

a. VIIII m. V d. H 

a. » m. 1 d.XVIIII 

a. XII d. XII 

a. XIIII m. II d. X 

m. I d. XI 

a. II m. III d. X 

m. II d. III 

a. IIII m. VIII d. X 

a. III m. III d. III 



a. VI 



a. I 



m. V d. V 
d. II 

m. X d. XXVI 
d. XXIII 



a. VIII m. V d. IIII 
a. VI m. II 

a. IIII m. I d. XXV 
m. III 



a. I 



m. I d. I 



a. XI m. IIII d. XII 



a. I m. IIII d. XVI 
a. VIIII 

a. » m. VI d. III 
a. VI m. » 



III 

LIBER P0NTIFICALIS 

a. VI m. II d. X 



a. IIII m. X d. XII 



a. VIIII m. V d. II 



a. XII m. I d. XII 



a. XIIII m. I d. XI (f) 

m. XI (p) 

a. II m. II d. III 



a. III m. III d. III 



a. VI m. V d. II (f) 
a. VII (p) 

a. I m. X d. XXIII 



a. VI m. II d. IIII 



a. IIII m. III d. XXV 



a. I m. I d. I 



a. XI m. IIII d. XII 



a. VIIII m. IIII d. XVI 



a. V m. VII d.XXI(p) 
a. IIII m. » d. » (f) 

a. VI m. I d. III 



Original from 
UNIVERSITYOF MICHIGAN 



DURÉE DU PONTIFICAT. 



LXXXIII 





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IV 

ABRÉGÉ CONONIEN 

a. V m. XI d. X 



a. VIIII m. I d. II 



a. V m. II d. XXII 



i. xft m. I d. XVIIII 



a. XIII m. I d. X 



II m. III d. X 



a. III m. VIII d. X 



a. VIII m. II d. III 



a. 1 m. X d. XXII 



a. VIII m. V d. IIII 



a. IIII m. I d. XXV 



a. I m. I d. II 



a. XI m. IIII d. VIIII 



a. VIII m. II d. XVI 



a. V m. VII d. XXI 



a. VI m. I d. III 



V 

RÉVISION 

a. V m. II d. X 



a, VIII m. XI d. XII 



a. V m. II d. II 



a. » m. I d. XII 



a. XIII m. I d. X 



a. III m. » d. X 



a. III m. III d. III 



a. IIII m. II d. XV 



a. II m. XI d. VI 



a. II m. III d. VII 



a. II m. X d. XXV? 



a. VIII m. X d. IIII 



a. XI m. IIII d. VIIII 



a. VIII m. II d. XXV 



a. V m. VII d. XXI 



a. II m. I d. XXV 



PEINTURES DE SAINT-PAUL 

a. V m. II d. X 
a. VIII m. XI d. XII 



a. XIII m. I d. X 



a. III m. » d. X 



a. III m. III d. III 



a. IIII m. II d. XV 



a. II m. XI d. VI 



a. II m. III d. VII 



a. II m. X 



a. VIII m. X d. III 



a. XI m. IIII d. VIIII 



a. VIII m. II d. XXV 



a. V m. VII d. XXI 



a. II m. I d. XXV 



VARIANTES AFFÉRENTES 
AUX COLONNES V ET VI 

Réo. — a. VI A M E 



Peint. — m. I d. XI Barb. 
— d. ? Bi. 



Réo. — d. II om. C3* 



Rév. — a. XII E — d. XV 
C* 



Rév. — a. XIIII A56 E — 
m. XI d. XI A M 



Rév. — m. II À" 



Rév. — m. VIII d. X E 
m. III d. III e. 



Rév. — a. VI m. V d. II 
E : a. IIII m. II d. X e 



Rév. — a. I C» - d. XXIII 
E* Vie 



Peint, — m. IL. Bi. 



Rév. - d. V C" : om. C 3 * 
E : d. XXV A" e 

Peint. — a. II m. X Ma. 

seul. 
Peint. — d. II... Bi. 



Peint. — m. III Barb. 



Rév. — d. XX A*« C»« : d. 
XXXV c* 

Peint. — d. XXI Barb. 

Peint. — d. ?Bt. 



Rév. —m. II A M 



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Original from 
UHIVERSITYOF MICHIGAN 



LXXX1V 






NOMS 




I 


DES PAPES 




CATALOGUE LIBÉRIEN 


Mll.TIADES 


a. 


III m. VI d. VIII 


SlLVESTER 


a. 


XXI m. XI d. » 


Marcus 


! 

a. 


m. VIII d. XX 



SOURCES. 



ICLIUS 



LuBERlUS 



Félix II 



Damasus 



II 



CATALOGUE DU V° SIÈCLE 



111 
LIBER PONTIFICALIS 



a. XV m. I d. XI 
m. II d. VI 



a. IIII m. » d. » a. IIII m. VII d.VIII(FA) 

a. IIII m. » d. » (non) 



a. II m. » d. XX a. Il m. VIII d. XX (p) 

m. » d. » (f) 

a. XV m. II d. VII a. XV m. I d. » (f) 

d. » m. II d. VI (p) 

a. VI m. IIII d. VIII ' a. VI m. III d. IIII 
m. III d. IIII 

i a. » m. » d. » | a. III m. » d. » (f) 

; a. I m. III d. II (p) 

a. XVIII m. III d. XI ' a. XVIII m. III d. XI 





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ISkocestius 

Zosimus 

bonifatius 

Caelestisus 

Xystus III 

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HlLARIUS 
SlMPLlCIUS 



PROSPER 



: a. XV m. » d. » a. XV m. » d. » (p) 

d. XXV (f) 



I 



a. III m. » d. XXI | a. III m. » d. XXI 

d. X 



a. III m. » d. X 



a. XV m. II d. XXI a. XV m. II d. XXI a. XV m. I d. XXI (f) 

I m. I m. II (p) 

a. I m.VI II d. VIIII a. VII m. VIIII d. XVIIII . a. I m. III d. XI (p) 

a. I m. III d. XV m. II (f) 

a. III m. VIII d. VI a. III m. VIII d. VI a. III m. VIII d. VI (f) 

d. VII (p) 

a. VII I m. X d. XVII a. VIIII m. X d. XVII a. V1I1 m. X d. XVII 

|a. VIII 

a. VIII m. » d. XVIIII a. VIII m. » d. XVIIII i a. VIII ni. » d. XVIIII 



a. XXI m. I d. XIII , a. XXI m. I d. XIII 



a. VI m. III d. X a. VI m. III d. X 



a. XV m. » d. VII \ a. XV m. I d. VII 

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DURÉE DU PONTIFICAT. 



LXXXV 



IV 

ABRÉGÉ CONONIEN 



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RÉVISION 





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a. IIII m. » d. » ' a. III m. VII d. VII 



a. XXII m. X d. XI a. XXIII m. X d. XI a. XXIII m. X d. XXVII 



VI 

PEINTURES DE SAINT-PAUL 

a. III m. VII d. VII 



a. II m. VIII d. XX I a. II m. VIII d. XX 



a. XV m. II d. VII ' a. XI m. II d. VI 



a. VI m. III d. VIII a. X m. VII d. III 



a. I m. III d. II a. I m. III d. II 



a. XVIII m. III d. XI | a. XVIII m. II d. X 

! 

a. XV m. » d. » I a. XV m. XI d. XXV 



a. III m. » d. XXVII ! a. II m. » d. XXVI 



a. XV m. II d. XXII ! a. XV m. II d. XX 



a. VII m.VIIII d.XXIIII I a. I m. VIII d. XXV 



a. III m. VIII d. VI I a. III m. VIII d. XIII 



a. VIIII m. X d. XVII 1 a. VIII m.» d. VIIII 



a. VIII m. » d.XVIIII la. VIII m. » d. XVIIil 



a. XXI m. I d. XIII ; a. XXI m. I d. XXVII i 



a. VI m. III d. X I a. VI m. III d. X 



a. XV m. I d. VII I a. XV m. » d. VII 



a. II m. VIII d. XXI 



a. XI m. II d. VI 



a. X m. VII d. III 



a. I m. III d. II 



a. XVIII m. II d. X 



a. XV m. XI d. XXV 



a. II m. >> d. XXVI 



a. XV m. II d. XX 



VARIANTES AFFÉRENTES 
AUX COLONNES V ET VI 

Rév. — d. VII C" : VIII 

C 8 E : XXI A* 6 . 
Peint. — d. VI Barb. Ma. : 

VII BU 
Rév. — m. X d. XI om. 

C 8 — d. XII C*E 
Peint. — d. XX Bi. 

Peint. — Marc est omis par 
Barb. 

Rév. — d. VA» 6 : VII CE 
Peint. — Omis par Barb. 

Rév. — m. III d. IIII A 8 ® 
Peint. — m. .. II Bar 6. 



Rév. - m. II E 

Peint. — m. ? d. ? Barb. 



Peint. — Barb. omet les 
quatre derniers papes. 



B<h>.-d.XXVIlC 8 ':XXlIIl 

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Peint. — d. XX... Bi — d. 

XVI Ma. 
Rév. — d. XXI A M 



Rév.— m.VA w C*-d.XVI C 



Rév.— a.VIIIIE— m. »C 8 
m. I C* E : m. X A M C*: 



Rév. — d. XXVI A M E 
XXVIII C« M 



Rév. — d. XVII C» 



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SOURCES. 





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NOMS 
DES PAPBS 

Félix III 
Gelasius 
Anastasius II 
Symmachus 
hormisdas 

ÏOHANNES 

Félix IIII 

BONIFATIUS II 
IOHANNES II 

Agapitus 

SlLVERlUS 
VlGILIUS 

Pelagics 

IOHANNES III 

Benhdictus 

Pblagius II 
Gregorius 



II 



catalogue de Vérone catalogues du vi e siècle 

a. VIII m. XI d. XVII 



a. VIII m. XI d. XVII 
a. IIII m. VIII d. XVIII a. IIII m. VIII d. XVIII 



III 

LIBER PONTIFICALIS 



a. I m. XI d.XXIIII 



a. XV m. VII d. XXVII a. XV m. VII d. XXVII 



! a. VIIII m. » d. XVII a. VIIII m. » d. XVII 



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a. II m.VIIII d. XVI 



a. II m.VIIII d. XVI 



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a. IIII m. II d. XII la. IIII m. II d. XII 



a. II m. » d. XXVI a. II m. » d. XXVI 



a. II m. IIII d. VI a. II m. IIII d. VI 



a. » m. XI d. VIII a. » m. XI d. XVIII 

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a. » m.VIIII d. » ,a. I m. V d. XI 



a. XVIII m. II d. VIIII 



a. XVII m. VI d. XXVI 



a. IIII m. X d. XVIII 



a. XII m. XI d. XXVI 



a. IIII m. I d.XXVIII a. IIII m. I d.XXVIIJ 



a. I m. XI d.XXIIII 
a. XV m. VII d. XXVII 

a. VIIII m. » d. XVII 

a. II m. VIIII d. XVI 

a. IIII m. II d. XIII 

a. II m. » d. XXVI 

a. II m. IIII d. VI 

a. » m. XI d. XVIII 

a. I m. V d. XI 

a. XVII m. VI d. XXVI 

a. XI m. X d. XVIII 

a. XII m. XI d. XXVI 



a. X m. II d. X 



a. XIII m. VI d. X 



a. X m. II d. X 



a. XIII m. VI d. X 



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DURÉE DU PONTIFICAT. 



LXXXVII 





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IV 

ABRÉGÉ CONONIEN 

a. VIII m. XI d. XVII 



a. IIII m. VIII d. » 



i. I m. XI d.XXIIII 



a. XV m. VI d. XXVII 



a. VIIII m. » d. XVII 



a. II m. VII d. XV 



a. IIII m. II d. XIII 



a. II m. » d. XXVI 



a. II m. IIII d. » 



a. » m. XI d. XVIII 



a. I m. V d. XI 



a. XVII m. VI d. XXVI 



a. IIII m. X d. XVIII 



a. XII m. XI d. XXVII 



a. IIII m. I d.XXVIII 



a. X m. II d. X 



a. XIII m. VI d. X 



V 

RÉVISION 

a. VIII m. XI d. XVII 



a. IIII m. VIII d. VIIII 



a. I m. XI d.XXIIII 



a. XV m. VII d. XXVII 



a. VIIII m. » d. XVII 



a. II m.VIIII d. XVI 



a. IIII m. II d. XIII 



a. II m. » d. XXVI 



a. II m. IIII d. VI 



a. » m. XI d. XVIII 



a. I m. V d. XI 



a. XVII m. VI d. XXVI 



a. IIII m. X d. XVIII 



XII m. XI d. XXVII 



a. IIII m. I d.XXVIII 



a. X m. II d. X 



a. XIII m. VI d. X. 



VI 

PEINTURES DE SAINT-PAUL 



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VARIANTES AFFÉRENTES 
A LA COLONNE V 



d. XVIII A 5 « 



m. VIII d. XXII E 



m. VIII d. XC 8 



a. » m. VIIII d. » C" 



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lxxxviii SOURCES. 

Félix II est nommé dans les catalogues; mais sans 
que la durée de son pontificat soit indiquée. On ne sait 
d'où proviennent les chiffres a. I m. III d. II du Liber 
pontificalis *. 

C'est le catalogue libérien qui a fourni le chiffre VIII 
des mois du pape Marc, le catalogue du V e siècle 
n'en indiquant aucun. Une variante particulière à fa se- 
conde édition se rencontre dans la notice de .Fabien, 
m. XI d. XI, pour m. I d. X; elle trouve son explica- 
tion dans une distraction du compilateur, qui, lisant un 
peu plus bas ces chiffres, à propos de l'emprisonnement 
du prêtre Moïse, les a indûment substitués à ceux que 
la première édition attribuait au pape lui-même. 

Sauf ces retouches fort peu nombreuses, les chiffres 
du Liber pontificalis sont absolument identiques avec 
ceux des catalogues et, quand ceux-ci ne sont pas d'ac- 
cord entre eux, avec ceux de la seconde catégorie. 

17. — Venons maintenant aux révisions. Si celle de 
l'abrégé cononien n'a qu'un médiocre intérêt en elle- 
même, il en est autrement de l'autre, à laquelle se 
rattachent les chiffres joints aux portraits des papes 
dans la galerie pontificale de Saint-Paul. Qu'il y ait 
identité absolue entre ces chiffres et ceux de la révision 
dont je parle, c'est ce dont on peut s'assurer en com- 
parant les deux colonnes où je les ai rapprochés. 

Cette révision se rencontre dans un certain nombre 
de manuscrits appartenant à des classes très distinctes. 
Pour tout le reste, ces manuscrits sont conformes à 
ceux de leurs classes respectives ; pour les chiffres 
seulement ils se rapprochent et présentent une phy- 
sionomie spéciale. Ce sont : 1° dans la classe A, les 
deux manuscrits Vaticanus 5269 (A 6 ) et Vindobonen- 
Ws632(A 6 ), étroitement apparentés entre eux; 2° dans la 
classe C, le Bernensis 408 (C 3 ), le Parisinus 5U0 (C 4 ) 
et le Guelferbytanus (C*) ; ce dernier cependant a con- 
servé ça et là les chiffres primitifs ; il a d'ailleurs été 
retouché d'après ceux-ci et il n'est pas toujours facile 
de discerner la leçon originale au travers de la retou- 
che; enfin, 3° tous les manuscrits de la classe E. Aucun 
des nombreux manuscrits de la classe B n'a été atteint 
par cette révision, pas plus que le manuscrit de Luc- 

1. Remarquer le comput isolé de l'abrégé félicien, ann. III, sans 
mois ni jours. Il est conforme à la vérité historique,, si on le prend 
comme indiquant le temps pendant lequel Félix occupa le siège 
de Libère exilé (355 358). Je ne saurais dire si cette leçon provient 
de la première édition ou si c'est un changement introduit par 
l'abréviateur. 



ques (A 1 ) et le Vossianus 60 (C 1 ), tous deux très an- 
ciens. 

La généalogie des manuscrits n'est pas sans fournir 
quelque indication sur l'origine du remaniement. En 
effet, le manuscrit C 3 est très proche parent de C 4 , mais 
seulement pour les vies des papes antérieurs au 
vm e siècle. D'autre part C 2 et C 3 sont très voisins, jus- 
qu'à la vie de Zacharie (f 752) inclusivement. En sup- 
posant que la retouche ait été introduite dans un an- 
cêtre commun à C 1 C 3 et C A , on explique très bien sa 
propagation dans les manuscrits de la recension E, car 
celle-ci est une recension dérivée et mixte, où Ton 
trouve mêlées les leçons de la classe A, celles du 
groupe BC ' et même quelques-unes de la première 
édition. Mais ce qui ne s'explique pas aussi facilement, 
c'est que les manuscrits A 5 et A 6 , qui ne doivent abso- 
lument rien aux deux classes C et E, présentent exac- 
tement les mêmes chiffres que les manuscrits C 1 , C 3 , 
C\ E. Si la transmission de ces chiffres s'était faite par 
un manuscrit du Liber pontificalis, le texte de ce ma- 
nuscrit aurait laissé des traces dans les deux groupes 
A" et CE ; et ceux-ci présenteraient certainement d'au- 
tres particularités communes que les variantes numé- 
riques. Je ne vois donc d'autre solution que d'admettre 
un simple catalogue duquel dépendraient, d'une part 
l'original commun à A 5 et A 6 , d'autre part le manus- 
crit du type C par lequel ce remaniement s'est intro- 
duit dans les classes C et E. 

Comment ce catalogue avait-il été dressé? Il suffit 
de jeter un coup d'œil sur les colonnes I et V du ta- 
bleau pour reconnaître que la plupart des variantes de 
la révision concordent avec les leçons du catalogue 
libérien; on peut dire que celui-ci en a fourni au moins 
les trois quarts. Quant aux autres, elles sont, pour la 
plupart, peu nombreuses et peu importantes; on peut 
les expliquer par des fautes de transcription dans les 
manuscrits du catalogue révisé, ou par quelques diffé- 
rences entre le texte libérien dont on s'est servi et celui 
qui nous est parvenu directement. D'autre part, les 
chiffres que la révision a en commun avec le Liber 
pontificalis proviennent bien de celui-ci et non point 
de catalogues indépendants. On peut s'en assurer en 
considérant, par exemple, les chiffres de Marcel et de 
Marc, où la révision est d'accord avec le Liber pontifi- 

i. Pour le commencement, les deux groupes B et G ne diffèrent 
pas sensiblement. 



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LES PAPES MARTYRS. 



LXXXIX 



Révision de 
l'abrégé K. 



calis sur des particularités tout à fait propres à celui-ci. 
En somme, la révision en question représente une com- 
binaison des chiffres du Liber pontificalis et de ceux du 
catalogue libérien. Elle s'est opérée sur une assez vaste 
échelle : près de la moitié des chiffres du Liber ponti- 
ficalis, pour la partie correspondante au catalogue li- 
bérien, ont été ainsi modifiés. Mais les retouches ne 
se sont pas bornées à cette première partie ; on en 
trouve encore, en assez grand nombre, dans les notices 
des papes de la fin du quatrième siècle et du commen- 
cement du cinquième. Après Zosime (^418) elles de- 
viennent fort rares : il n'y en a plus que quatre, pour 
Boniface, Léon, Simplicius et Gôlase. Au delà de ce 
dernier pape il n'y en a plus du tout. 

18. — Les variantes de l'abrégé cononien dérivent 
aussi, quoique en partie seulement, du catalogue li- 
bérien; c'est cette communauté d'origine qui explique 
comment elles se rencontrent assez souvent avec celles 
de la révision précédente. Outre le catalogue libérien, 
on a mis à contribution un catalogue du même type 
que ceux d'Arras, Corbie I, Reims, Chieti, etc. Ce re- 
maniement est donc un peu plus complexe que l'autre. 
Il se renferme du reste dans les mômes limites, c'est- 
à-dire qu'il ne dépasse guère le pape Zosime. J'ai dit 
plus haut que c'est vers ce point de la série que dis- 



paraissent les divergences entre les catalogues ponti- 
ficaux, et cela pour une bonne raison, c'est qu'ils sont 
désormais tous d'accord avec la réalité chronologique. 

19. — Je puis maintenant ramener à quelques lignes 
assez simples toutes les traditions sur la chronologie des 
papespourles quatre premiers siècles de l'église romaine 
(S 0-4 50 environ). A la fin du v e siècle, ces traditions 
étaient représentées par trois documents : le catalogue 
libérien de l'année 354, et les deux types du catalogue 
établi probablement vers le temps de saint Léon. 

La chronologie du Liber pontificalis n'est que la re- 
production de l'un de ces deux types, sauf quelques 
compléments très rares empruntés au catalogue libé- 
rien. Celle de la révision des manuscrits A 5S C m E, 
conforme aux inscriptions de Saint-Paul, représente 
une combinaison du catalogue libérien et du Liber 
pontificalis. Enfin, celle de l'abrégé cononien nous 
offre les trois traditions mélangées : le Liber pontifi- 
calis y a été corrigé d'après le catalogue libérien et 
en même temps d'après le premier type des catalogues 
du v° siècle. Parmi les sources du catalogue libérien et 
de ceux du v° siècle, les ssules que nous puissions in- 
diquer avec certitude sont la chronique d'Hippolyte et 
les chiffres de l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe, trans- 
mis par la chronique de saint Jérôme. 



Traditions 
romaines sur 
la chronologie 

des papes. 



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§ IV. 

LES PAPES MARTYRS. 



Les papes 

irtyrs, d'après 

le L. P. 



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20. — Dans les livres liturgiques actuels, la qualité 
de martyr est attribuée à tous les papes antérieurs à 
saint Silvestre. Cette classification repose sur une con- 
ception historique, jadis universellement admise, d'a- 
près laquelle la persécution n'aurait cessé que sous le 
pape Silvestre; Constantin lui-môme était censé avoir 
été d'abord un ennemi des chrétiens ; l'ère de la paix 
commençait à sa conversion et à son baptême. 

L'auteur du Liber pontificalis^ bien qu'il ait accepté 
comme vraie la légende de Silvestre, de laquelle tout ce 
système dérive, n'en a pourtant pas tiré des conséquen- 
ces aussi étendues. L'expression martyrio coronatur, 
ou quelque autre équivalente, figure dans un grand 
nombre de notices antérieures à celle de Silvestre \ 

1. Elle se trouve aussi dans la notice de Félix II, mort en 365 ; 
ce cas particulier sera étudié au paragraphe suivant. 
Liber pontificalis. 



mais pas dans toutes: Anaclet, Hygin, Pie, Soter, Eleu 
thère, Zéphyrin, Urbain, Denys, Eusèbe \ Miltiade, 
sont exceptés. Anicet et Eutychien n'ont le titre de 
martyr que dans la seconde édition ; il en est de même 
de Gaius, que la première édition présente comme un 
simple confesseur, et peut-être aussi de Marcel a , son 

1. L'épitaphe consacrée à la mémoire d'Eusèbe par le pape 
Damase est encadrée dans la dédicace DAMASVS EPIS- 
GOPVS FEGIT EVSEBIO EPISGOPO ET MARTYRI. Elle 
atteste qu'Eusèbe mourut en exil, comme les papes Pontien 
et Cornélius, qui étaient rangés parmi les martyrs dans les 
calendriers du iv c siècle. Cet honneur cependant n'avait point 
été accordé à Eusèbe. La raison de cette différence est sans doute 
qu'Eusèbe n'avait pas été exilé en vertu des édita de persécution, 
mais pour des raisons spéciales (v. le commentaire de sa noUce). 

2. Le mot de martyr n'est pas prononcé à propos de Marcel; 
mais la manière dont sa fin est racontée dans la seconde édition 
porte à croire qu'il n'y a ici qu'une omission accidentelle et que 
le biographe le considérait comme un martyr. 

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second successeur. Quant aux autres, ils sont tous don- 
nés comme martyrs. En voici la liste : 



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Clet, 


Antéros, 


Clément, 


Fabien, 


Evariste, 


Cornélius, 


Alexandre, 


Lucius, 


Xystus I er , 


Etienne, 


Télesphore, 


Xystus II, 


Victor, 


Félix, 


Calliste, 


Marcellin. 



La tradition 21 . — La tradition liturgique du iv 6 et du v° siê- 
locale à la fin du % « -, ,...,, . ... 

v siècle c * e donne ^ ieu 1C1 a " es comparaisons intéressantes, 

mais qui ne s'étendent pas à toute la série pontifi- 
cale. Les anniversaires des plus anciens papes, jusque 
vers le milieu du m siècle, ne sont pas marqués 
régulièrement dans les calendriers, sacramentaires 
et autres documents analogues. Avant celui de Fa- 
bien (f 250), on ne trouve guère que ceux de Calliste 
(f 222) et de Pontien (f 235), peut-être ceux de Clé- 
ment et de Zéphyrin (f 217). Cependant, en grou- 
pant autour de la liste des fêtes officiellement célébrées 
les autres documents de l'opinion du v° siècle sur les 
anciens papes, on arrive a un ensemble qui concorde à 
peu près avec les indications du Liber pontificalis. Je 
vais le faire voir par un aperçu rapide. 

Lin, Clet et Clément sont nommés de telle façon 
dans le canon de la messe romaine, qu'on ne peut leur 
refuser le titre de martyr sans s'écarter de l'interpréta- 
tion naturelle de ce texte * : Memoriam vendantes... 
beatorum apostolorum ac martyrum Pétri, Paidi... 
Simonis et Thaddaei, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, 
Cornelii, Cypriani, Laurentii ... En ce qui regarde 
Clément, on sait que Rufin et le pape Zosime lui ont 
donné le titre de martyr ; de plus, notre auteur a eu 
connaissance du texte de sa passion 3 ,qui ne pouvait lui 
laisser aucun doute à ce sujet. 

1. Je ne parle pas ici des martyrologes appelés historiques, 
comme ceux de Bè4e, Florus, Adon, Usuard, Raban, Notker, etc., 
ni même du « petit martyrologe romain », placé par Àdon en tête 
; du sien propre. Tous ces documents sont postérieurs au Liber pon- 

' tificcUis et dépendent de lui. Le martyrologe hiéronymien ne donne, 

en ce qui regarde les papes, aucun détail historique. Du reste, 
pour les papes antérieurs à Libère, il est sensiblement d'accord 
avec les Depositiones philocaliennes (p. 10-12). 

?. D est peu probable que le canon romain ait subi, depuis la fin 
du Y e siècle, un changement important en cet endroit. 
3. Voir ci-dessous, p. xci. 



Il n'y a aucune vérification possible pour le cas d'E- 
variste ; quant à celui d'Alexandre, notre auteur est 
évidemment dans la dépendance d'une passion où ce 
pape est identifié avec un martyr de la voie Nomentane. 
Peut-être a-t-il pris dans le canon l'idée que Xystus I er 
avait été martyr, bien que le Xystus du canon soit plus 
probablement le célèbre pape du m siècle, victime de la 
persécution de Valérien (258). Après Xystus I er etjus- 
qu\Eleuthère inclusivement, il est tout à fait d'accord 
avec saint Irénée qui, comme lui, ne connaît d'autre 
pape martyr, dans cette partie de la série, que le seul 
Télesphore '. 

Au delà d'Eleuthère et avant Fabien, il compte parmi 
les martyrs Calliste et Pontien, conformément à la 
Deposiiio martyrum, et de plus Victor et Antéros, con- 
trairement aux documents contemporains, au moins si 
on veut les interpréter naturellement. En effet, l'auteur 
des Philosophamena, qui est loin d'être défavorable à 
Victor, mentionne (IX, 12) la mort de ce pape sans 
signaler aucune circonstance de martyre ou de confes- 
sion ; quant à Antéros, sa mort est marquée dans la 
continuation de la chronique d'Hippolyte par le mot 
dormit, alors que cette même continuation emploie le 
terme passus est pour le martyre sanglant du pape Fa- 
bien et l'expression cum gloria dormitionem accepit 
pour Cornélius, mort confesseur et en exil. 

Sur les sept papes qui terminent la liste des martyrs 
dans le Liber pontificalis, trois, Fabien, Cornélius et 
Xystus II, l'ont été certainement et figurent comme 
tels dans les documents liturgiques du iv e siècle ; pour 
Félix, il s'est produit une confusion analogue à celle 
que je signalais tout à l'heure à propos d'Alexandre : le 
pape Félix a été identifié avec un martyr homonyme, 
enterré sur la voie Aurôlienne; quant aux trois au- 
tres, Lucius, Etienne et Marcellin, qui ne figurent comme 
martyrs ni dans les tables de dépositions de 336-354, 
ni dans aucun document contemporain , je montre- 
rai bientôt que notre auteur a connu efmis à contribu- 
tion des pièces ou tout au moins des traditions sui- 
vant lesquelles ils auraient versé leur sang pour la 
foi. 

Il ne reste en définitive que trois cas dans lesquels 
le martyrio coronatur de notre biographe ne soit pas 
appuyé, à notre connaissance, soit sur des traditions 

1. Je suis ici la première édition; le martyre d'Anicet, dans la 
seconde, est une retouche des plus évidentes (v. p. lxi). 



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qui suffisent à l'expliquer, soit môme sur la réalité 
historique '. Ce sont les cas d'Evariste, de Victor et 
d'Antéros *. 
Passions 22. — Parmi les papes auxquels le Liber pontificalis 
mtou^du^-p. donne le titre de martyr, il y en a huit ou dix pour 
lesquels il ne paraît dépendre d'aucune passion, au- 
thentique ou légendaire ; ce sont Lin, Clet, Evariste , 
Xystus I* r ,Télesphore, Anicet (2 e édition), Victor, Fabien, 
Félix I er , Eutychien (2 e édition) : dans ce nombre, il 
est bon de le remarquer, figurent deux martyrs certains, 
Fabien etTélesphore. Non seulement nous n'avons point 
de gesta martyrum relatifs à ces dix papes, mais il n'y a 
aucune raison de croire que l'auteur du Liber pontifica- 
lis en aiteonnu qui maintenant aient disparu. Pour d'au- 
tres papes, au contraire, l'auteur a pu consulter des 
passions que nous avons encore ou du moins qui exis- 
taient de son temps. 

Les passions actuellement conservées sont celles de 
saint Clément, de saint Alexandre, de saint Calliste, 
de sainte Cécile (notice d'Urbain), de saint Cornélius, 
de sainte Susanne (notice de Gaius). Des traces de do- 
cuments analogues, mais dont les textes sont perdus, 
se retrouvent dans les notices de Pontien, d'Antéros, de 
Lucius, d'Etienne, de Xystus II, de Marcellin et de Mar- 
cel. Je vais étudier ces emprunts, en suivant l'ordre 
chronologique des notices pontificales. 

23. — 1° Clément. — Le Map-rupiov toS ayfou 
KX7}{/.evTo; ^àra TwtxYj;, publié par Cotelier^Dressel 8 
et, en dernier lieu, par M. Funk 3 , contient un récit qui 
n'a aucun trait commun avec ce que nous savons d'ailleurs 
de l'histoire de saint Clément, si ce n'est le temps où 
il vécut. On y raconte d'abord qu'il convertit un ami 
de l'empereur Nerva , appelé Sisinnius, et beaucoup 
d'autres grands personnages; que le cornes sacrorum 
officiorum, inquiet de ces conversions, excita contre lui 
la populace de Rome et qu'il fut condamné aux mi- 
nes de Cherson par le praefectus Urbi. La seconde 
partie du récit contient l'arrivée du saint a Cherson, où 

1. Il ne faudrait pas trop insister sur la concordance de ses in- 
dications à ce sujet avec celles de saint Irénée, car il est clair qu'il 
n'a point fait usage des écrits d'Irénée, ni directement, ni par l'in- 
termédiaire d'Eusèbe-Rufln. 

2. Encore verra-t on bientôt que la notice d'Antéros parait avoir 
emprunté quelque chose à un récit martyrologique, actuellement 
perdu, où ce pape avait un rôle. 

3. PP. apost., t. I, p. 808; Migne, Patr. gr., t. II, p. 611. 

4. Clementinorum epitomae duae, Leipzig, 1859. 

5. Opéra PP. apost, t. II, p. 28. 



Slartyrium 
S. démentis 



il trouve deux mille chrétiens condamnés aux mines, 
la découverte miraculeuse d'une source, la conversion 
de tout le pays, enfin le supplice de Clément, qui est 
jeté à la mer avec une ancre au cou. La passion se ter- 
mine par deux prodiges : la mer se retire pour permettre . 
au peuple de vénérer les restes du martyr; puis celui-ci 
apparaît à ses disciples et leur dit de laisser son corps 
au fond de la mer, dans le tombeau de marbre où Dieu 
Ta renfermé; ils pourront le visiter tous les ans, car le 
reflux miraculeux se répétera à chaque anniversaire de 
sa mort. 

Ce récit, par l'ensemble de sa rédaction et parla men- 
tion du cornes sacrorum officiorum, trahit un auteur 
du iv e siècle au plus tôt. La donnée quiluisert de base est 
le cuite dont jouissait à Cherson (Sébastopol, en Crimée) 
un martyr du nom de Clément f . Dans la pensée du 
passionnaire, ce saint est la même personne que le 
pape Clément, troisième successeur de saint Pierre. 
L'Occident connut cette histoire d'assez bonne heure et 
elle y parvint à une grande fortune. On sait qu'elle est 
entrée dans les livres de la liturgie romaine ; mais cette 
introduction paraît avoir été tardive : les anciens sacra- 
mentaires, jusqu'au ix e siècle au moins, ne lui ont rien 
emprunté *. En revanche elle est complètement adoptée 
parle Missale Gothicum, sacramentaire gallican conservé 
dans un manuscrit du vn e siècle. Grégoire de Tours lui a 
donné place dans son De Gloria martyrum (c. 35, 36). 
Le Liber pontificalis est beaucoup plus discret ; il se borne 
à y prendre le lieu de la sépulture de saint Clément : 
Qui etiam sepultus est in Grecias, sans môme dési- 
gner expressément la ville de Cherson. Cette dépendance 
est môme si vague que l'on peut se demander si l'au- 
teur avait réellement lu la passion de Clément et s'il 
ne parlait pas tout simplement d'après les idées que ce 
document pouvait avoir répandues autour de lui. 

24. — 2° Alexandre. — L'identité de saint Clément PaSêiQ ss 
4e Rome et du saint Clément de Cherson ne paraît Aiexanan, Eventu 
pas bien prouvée. Quant à l'identité du pape Alexandre et ei Theodulu 
du martyr son homonyme, elle est encore bien plus 
douteuse. Le tombeau de ce dernier a été récemment 
découvert, au septième mille de la voie Nomentane, 
conformément aux indications du Liber pontificalis , 



!. De Rossi, Bull., 1864, p. 5, 6; 1868, p. 18. 

2. Le sacramentaire léonien dépend des Récognitions clémen- 
tines, mais non de la passion (Muratori, Liturg. Rom. vêtus, t. I, 
p. 459 et suiv.). 



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de hpassio Aîexandri ', des martyrologes et des do- 
cuments liturgiques. L'existence du martyr et la célébrité 
de son culte ne font aucune difficulté. L'autel antique qui 
s'élevait sur son tombeau portait une inscription dont le 
commencement manque ... ET ALEXANDRO DELICATVS 
VOTO POSVIT DEDICANTE AEPISGOPO VRS[0] ». 
Deux autres martyrs, Eventius et Théodule, étaient 
honorés au môme endroit et leur fête tombait le même 
jour que celle d'Alexandre. Celui-ci, bien évidemment, 
n'était pas nommé le premier dans l'inscription. Le 
martyrologe hiéronymien, le plus ancien des documents 
de ce genre qui puissent être allégués ici, ne lui donne 
aussi que le second rang : Romae, via Nomentana, mi- 
liario VII, natale sanctorum Iuvenalis*, Eventi, Aîe- 
xandri, Theodoli. De plus, il ne joint pas à son nom le 
qualificatif episcopi, qu'il donne toujours aux papes. Ces 
deux circonstances avaient déjà conduit Fioreniini * 
à douter de l'identité du pape et du martyr. Après la 
découverte de l'inscription, le doute se renforce a un 
tel point que l'on peut, sans témérité, lui substituer 
une négation 5 . 

Cependant la confusion des deux personnages est 
antique. Il est, sans doute, peu probable que l'au- 
teur du Liber pontificalis ait eu sous les yeux exacte- 
ment la même passion que nous avons aujourd'hui. On 
remarque deux différences entre cette passion et le 
récit, pourtant bien court, de la notice d'Alexandre. 
D'après celle-ci, Eventius et Théodule, compagnons 
du martyr, sont l'un prêtre et l'autre diacre ; dans la 
passion, ils sont tous deux prêtres. De même, dans le 
Liber pontificalis, Alexandre a la tête tranchée; dans la 
passion, il succombe à une quantité de piqûres qu'on lui 
fait surtout le corps. Mais le Liber pontificalis s'accorde 
avec la passion, non seulement sur la qualité de pape 
du principal personnage, mais encore sur les noms de 
ses compagnons, sur la date et le lieu du martyre et 

i. Acta SS. maii, t. I, p. 371 et euiv.; Tillemont, Bist. eccl., t. II, 
p. 590. 

2. Âtti del martirio di S. Alessandro, etc. Rome, 1858, pl.I; cf. de 
Rossi, Inscr. chr., t. I, p. vu. Je crois, quant à moi, que les lettres 
VRS sont le commencement du nom d'Ursus, évoque de Nomentum 
sous Innocent I er (Jaffé, 317, Goustant, p. 914); le lieu de la dé- 
couverte est assez rapproché de Nomentum pour avoir fait partie 
du territoire de cette cité. 

3. Juvenalis n'est pas ici à sa place; ce n'est pas un martyr ro- 
main. 

4. Vetust. Occid. écoles, martyrologium, p. 496 b. 

5. Dans les livres liturgiques grégoriens, Alexandre est nommé 
le premier; la fête de ces martyrs ne se trouve ni dans le sacra- 
mentaire léonien ni dans le gélasien. 



de la sépulture. On ne peut donc douter qu'il ne dérive 
au fond de la même tradition et par conséquent que 
cette tradition ne soit antérieure au commencement du 
vi e siècle. 

25. — 3° Calliste. — La passion de saint Calliste 
(ActaSS. octobr., t. VI, p. 430) fait mourir ce pape, avec 
beaucoup d'autres martyrs, sous le règne et par ordre de 
l'empereur Alexandre. La date est exacte, car il y a tout 
lieu de croire que Calliste mourut le 14 octobre 222 et 
Alexandre fut acclamé empereur le 11 mars de la 
même année. Ce jeune prince n'avait que treize ans 
et demi au moment de son élévation à l'empire; 
il est célèbre par sa douceur et par la faveur qu'il 
témoigna aux chrétiens ; il est donc bien difficile de 
lui attribuer toute une série d'exécutions sanglantes 
qui auraient inauguré, avec son règne, une nouvelle 
période de persécution. Aussi Baronius abandonne- 
t-il sur ce point le récit de la passion de Calliste. 
Mais, comme dit Tillemont, la paix dont l'Eglise jouit 
sous Alexandre, n'empêche pas qu'il n'y ait pu avoir 
quelques martyrs sous son règne, « comme il y en a 
eu sous Philippe qui passoit pour chrétien et sous les 
empereurs mesmes qui prenoient le plus hautement la 
protection de l'Eglise, soit parles soulèvements du peu- 
ple, soit par quelques autres accidens... Les actes... 
portent qu'il fut précipité dans un puits, ce qui marque 
mieux la fureur d'un tumulte populaire, qu'un jugement 
rendu, soit par l'empereur, soit par des magistrats lé- 
gitimes '. » 

Les calendriers, martyrologes et livres liturgiques de 
Rome, depuis la première moitié du iv° siècle, s'ac- 
cordent à ranger Calliste parmi les martyrs, à indiquer 
sa fête au 14 octobre et son tombeau dans le cimetière 
de Calépode, appelé aussi de Calliste, au troisième 
mille de la voie Aurélia. D'autre part, son souvenir est 
localisé à l'intérieur de Rome, au pied du Janicule, 
à l'endroit où s'élève la belle église de Sainte-Marie 
in Trastevere. Ces données topographiques, de même 
que la date de l'anniversaire, figurent aussi dans la 
passion, ce qui démontre que celle-ci dérive de tra- 
ditions locales, dont on ne saurait sans doute accepter 
tous les détails, mais qui doivent être prises en consi- 
dération. D'après certains savants *, la tradition du mar- 
tyre de Calliste reposerait uniquement sur le fait de 

1. Hist. eccl., t. III, p. 251. 

2. Lipsius, Chron. der rom. Bischôfe, p. 118. 



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son exil en Sardaigne, dont il est parlé dans les Phi- 
losophumena (IX, 12). Mais cet exil se place longtemps 
avant son épiscopat et ne suffît pas à justifier le titre 
de martyr, reconnu à Calliste officiellement et en de- 
hors de toute influence légendaire. Son second succes- 
seur Pontien (f 236) et le pape Cornélius (f 253), 
qui ne paraissent pas avoir souffert le martyre sanglant, 
ou martyre proprement dit, ont été, il est vrai, rangés 
parmi les martyrs. Mais ils moururent en exil, tandis 
que Calliste revint du sien et fournit ensuite une car- 
rière de trente ans au moins. Un exil d'où Ton reve- 
nait n'était pas, à Rome et. au m siècle, un titre 
suffisant pour être honoré comme martyr. Lucius 
fut exilé, revint, et mourut quelques semaines après 
son retour (4 mars 254) ; cependant son anniversaire 
figure dans la Depositio episcoporum, avec ceux 
des papes qui n'ont pas été martyrs, et non pas 
dans la Depositio martyram, avec ceux de Fabien et 
de Xystus II, de Calliste et de Pontien. La conjecture 
des savants en question n'est donc nullement fondée et 
l'on a tout droit d'accepter, non pas, encore une fois, 
tous les détails de la Passio Callisti, mais les données 
qu'elle contient sur le lieu de sa mort et celui de sa 
sépulture, données confirmées par les documents les 
plus sérieux ; il serait même difficile, pour concilier le 
martyre de Calliste avec la date de ce fait et l'attitude 
d'Alexandre à l'égard des chrétiens, de trouver une 
explication plus satisfaisante que celle qui ressort de 
son genre de supplice, tel que la passion le présente, 
c'est-à-dire l'hypothèse d'une émeute populaire. Cette 
hypothèse est encore confirmée par la proximité entre 
le lieu traditionnel de la mort de Calliste et la voie 
Aurélienne sur laquelle on l'enterra. Il eût été naturel, 
en effet, que son corps fût déposé dans le célèbre cime- 
tière de la voie Appienne auquel son nom est attaché et 
où furent enterrés tous les papes du m siècle, excepté 
lui. Une telle exception suppose des circonstances par- 
ticulières, qui ont empêché ses obsèques de se passer 
régulièrement. Si l'on réfléchit qu'un tel empêchement 
ne s'est pas produit dans le cas des martyrs Fabien et 
Xystus II, exécutés par sentence de juge, il ne reste 
d'imaginable qu'un tumulte local, qui, détournant les 
fidèles de Rome de tenter le passage du Tibre et de 
s'aventurer vers la voie Appienne, les força de s'échap- 
per, avec le corps de leur évêque, par la porte la plus 
voisine du théâtre de sa mort. 



Le Liber ponlificalis est-il tributaire de la passion de 
Calliste, telle que nous l'avons actuellement l ? Le seul 
détail qui porterait à le croire c'est qu'il fait naître Cal- 
liste à Rome, dans la région appelée Urberavennatium, 
lieu plusieurs fois nommé dans la passion 3 . Mais cette 
indication topographique n'est pas particulière à celle-ci, 
car l'expression Urberavennatium servait, dans la lan- 
gue populaire, à désigner la partie du Transtévère située 
au bas du Janicule. Elle s'explique par ce fait que les 
marins de la flotte deRavenne, en détachement à Rome, 
avaient leur quartier dans la regio XIIII trans Tibe- 
rim, celle-là même où se conservait le souvenir de 
Calliste. Le lieu de sépulture de ces marins se trouvait 
sur la voie Aurélienne, comme le cimetière de Calépode, 
mais un peu plus près de Rome, dans la villa Pam- 
phili. C'est là qu'on a découvert un certain nombre de 
leurs monuments funéraires 3 . 

11 est donc possible que le Liber pontificalis dépende 
ici tout simplement de la tradition orale et non point 
de la passion de Calliste. „ . 

c Passio 

26.-4° Urbain. — Il est certain en revanche s. CaedUae. 
que la notice d'Urbain, successeur de Calliste, con- 
tient des choses empruntées à la passion de sainte 
Cécile. Ce document paraît être du v° siècle *; on en a 
tellement parlé ces derniers temps que je n'ai pas be- 
soin de l'analyser. Le pape Urbain y joue un rôle im- 
portant; c'est lui qui instruit et baptise les personnes 
que convertissent, par la parole ou par l'exemple, les 
héros du récit, Cécile, Valérien son mari, et Tiburce 
son beau-frère. Cette situation est indiquée, dans 
le Liber pontificalis, par la phrase suivante : Hic 
sua traditionc multos convertit ad baptismum, 
etiam Valerianiim, sponsum sanctae Cacciliae, et 
multi martyrio coronati sunt per eius doctrinam 5 . 
Urbain est présenté, au commencement de l'histoire, 



1. Elle est résumée au ix° siècle dans tous les martyrologes his- 
toriques, Bède-Florus, Adon, Raban Maur, etc. 

2. C'est là que Calliste célèbre le culte chrétien (Acta SS. 1. c, 
c. 1 et 1) : « Veneruut trans Tiberim in Urbem ad templum Ra- 
» vennatium et audierunt in quodam caenaculo multitudinem chris- 
» tianorum psallentem, inter quos erat CaUistus episcopus cum 
» clero suo... Divulgatumest... quod esset (CaUistus) in domo Pon- 
» tiani iuxta urbem Ravennatium ; misitque occulte trans Tiberim 
o et tenuit eum (Alexander). » 

3. Corp. inscr. lat., t. VI, 31-48 et s'uiv. 

4. De Rossi, Rom. sott., t. II, p. il et 148; le texte dansSurius, 
22 nov. ; cf. Aube, Les persécutio?i$ de l'Église, t. III, p. 353 et suiv. 

5. Première édition : la seconde n'ajoute rien d'important et ne 
fait que délayer le texte. 



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comme ayant déjà confessé la foi à deux reprises : Qui 
iam bis confessor factus inter sepulcra martyrum la- 
titabat. Ce titre de confesseur illustre est rappelé au 
début de la notice : Qui etiam clare (claruit?) confes- 
sor temporibus Diocletiani. Mais ici les divergences 
commencent, car l'indication chronologique contenue 
dans les mots temporibus Diocletiani manque, tant 
dans la passion de sainte Cécile que dans celle d'Ur- 
bain, qui paraît en être un complément ! . Ces mots 
forment un tel anachronisme, que les copistes du 
Liber pontificalis en ont été choqués et se sont in- 
géniés à remanier le texte à cet endroit. Mais la leçon 
qui les contient n'en est pas moins la leçon primitive. 
Il faut dire d'ailleurs qu'elle n'est pas en contradiction 
ouverte avec les passions actuelles de sainte Cécile et 
de saint Urbain, car celles-ci ne mentionnent ni consuls 
ni empereurs \ Il en est autrement des mots quem se- 
pelivit beatus Tiburtias, qui font enterrer le pape Ur- 
bain par le martyr Tiburce; dans la passion, sainte Cé- 
cile survit à Tiburce et elle est elle-même enterrée par 
Urbain. 

De telles différences supposent, ou que l'auteur du 
Liber pontificalis n'avait qu'une connaissance très im- 
parfaite de la passion de sainte Cécile, ou qu'il suivait 
une rédaction différente, sur quelques points, de celle 
que nous possédons. C'est l'influence de cette dernière 
qui aura porté les copistes à supprimer la mention de 
Tiburce et à corriger le synchronisme impérial. 

La sépulture d'Urbain est indiquée, par le Liber pon- 
tificalis comme par la passion, dans le cimetière de 
Prétextât, et non dans le cimetière de Calliste, où fut 
pourtant enterré le véritable pape Urbain. Je dis le vé- 
ritable pape Urbain, car il est certain qu'il doit être 
distingué de l'Urbain de la passion, dont le souvenir 
est localisé auprès de la petite église de Saint-Urbain 
alla Caffarella, dans l'ancien pagus Triopius, et dans 
le cimetière voisin, celui de Prétextât s . Il est probable 
que les récits martyrologiques auxquels son nom se 
trouve mêlé auront passé par des formes diverses. La plus 
vraisemblable, eu égard au témoignage de Tarchéolo- 

i. Acta SS. maii, t- V, p. 477 et suiv. 

2. La note Passa est autein beata virgo M. Aurelii et Commodi 
imperatorum temporibus, qui se lit à la fin de la notice de sainte 
Cécile dans le martyrologe d'Adon (22 nov.), est indépendante du 
texte de la passion de cette sainte; les mss. de celle-ci ne la con- 
tiennent pas ou bien l'ont empruntée à Adon lui-môme. Sur ces 
données chronologiques, v. Aube, op. cit., p. 355, note. 

3. De Rossi, Roma sott., t. II, p. 52-54, 151 et suiv. 



gie, serait celle qui placerait cette histoire au temps 
de Marc-Aurèle et de Commode. Les emprunts du Liber 
pontificalis donnent le second rang à celle où tout se 
passe sous Dioclétien 5 ; quant à la recension commune, 
qui, par une rare exception, ne contient aucun nom 
d'empereur, elle n'a d'autre attache chronologique que 
l'identification du pape Urbain avec le confesseur Ur- 
bain du cimetière de Prétextât; à mon avis, elle repré- 
sente un remaniement "de la précédente, au moins en 
ce qui regarde le. synchronisme des empereurs et la 
succession de certains événements. 

27. — 5° Pontien. — Il ne subsiste aucun document Documtab 
martyrologique indépendant sur les deux papes Pontien pe**»* sari 
et Antéros, qui moururent tous deux au temps où 
l'empereur Maximin persécutait le haut clergé. Le pre- 
mier a son anniversaire marqué dans la Depositio mar- 
tyrum; la petite chronique du ni siècle qui, dans le 
catalogue libérien, commence précisément à Pontien, 
raconte qu'il fut exilé en Sardaigne, in imula nociva. 
Sa mort n'y est pas relatée, mais seulement sa démis- 
sion, discinctus est. L'auteur du Liber pontificalis a ici 
substitué defunctus est à discinctus est et modifié la 
date, qui de //// kal. octob. est devenue Illkal. no- 
vemb.; peut-être ce dernier changement est-il involon- 
taire. 11 n'en est pas de même de l'introduction des 
mots adflictitSj maceratus fustibus, avant defwictus 
est. Ces mots supposent que le rédacteur avait sous les 
yeux ou dans la mémoire quelque récit sur les derniers 
moments du martyr Pontien. La circonstance qu'ils 
expriment n'a rien assurément que de très naturel, 
étant donnée la situation des condamnés aux mines. 
On peut en dire autant du petit récit de la translation 
des restes de Pontien à Rome, par le pape Fabien : 
Quem beatus Fabianus adduxit fiavigio* et sepelivit in 
cymiterio Calisti, via Appia. Le court pontificat d'Àn- 
tôros ne lui permit pas de s'occuper de la sépulture 
de son prédécesseur, mort si loin de Rome ; d'ailleurs 
le règne de Maximin n'était pas un temps où un ôvêque 
pût facilement obtenir le rescrit impérial qui était né- 

1. Remarquer que celte date se trouve aussi dans un passion- 
naire de la basilique de Latran, allégué par Bosio (de Rossi, 1. c, 
p. xxxix) et dans les Menées grecques (22 nov.). 

2. Cum clero per navim, dans la seconde édition. Rapprocher le 
changement Lucina... cum tota familia en Lucina... cum clericis 
que subit le récit de la sépulture du pape Cornélius en passant de 
ses Actes dans le Liber pontificalis. L'auteur de celui-ci paraît at- 
tacher une certaine importance à ce que les clercs assistent aux 
enterrements. 



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cessaire pour transporter un cadavre; enfin rien ne 
prouve que Pontiensoit mort avant Antéros. Fabien, au 
contraire, eut un long pontificat, sous des empereurs 
favorables aux chrétiens, Gordien III et Philippe. Il 
est tout naturel qu'il se soit occupé de ramener à Rome 
le corps de son prédécesseur mort en exil '. Le seul dé- 
tail qui ne soit pas acceptable, parmi ceux que le Liber 
pontificalis ajoute au catalogue libérien, c'est la res- 
ponsabilité d'Alexandre Sévère dans la sentence d'exil 
portée contre Pontien. Cette sentence a été pronon- 
cée en 235, avant la fin de septembre. Mais Alexandre 
mourut le 18 mars, sur les bords du Rhin, où il se 
trouvait depuis un certain temps ; d'ailleurs les chré- 
tiens n'ont point eu à souffrir sous son règne. Il est 
tout naturel de faire rentrer l'exil de Pontien parmi 
les rigueurs de la persécution que Maximin se hâta 
d'inaugurer. L'auteur du Liber pontificalis aura pris le 
nom d'Alexandre dans la formule chronologique fuit 
temporibus Alexandrie du catalogue libérien. Cepen- 
dant il est à la rigueur possible qu'il l'ait trouvée dans 
quelque passion ; les rédacteurs de ces documents ont 
attribué plus d'un martyr au règne et à une prétendue 
persécution d'Alexandre. 

28. — 6° Antéros. — Dans la notice d' Antéros nous 
trouvons la phrase suivante : Hic gestas marhjrum di- 
ligenter a notants exquisivit et in ecclesia recondit 
propter quodam Maximo presbitero * martyr effectus 
est (i re édition), propter quodam Maximino presbitero 
qui martyrio coronatus est (2 e édition.) La nasalisation 
quondam pour quodam se rencontre dans les deux 
abrégés de la première édition et dans la plupart des 
mss. B et C de la seconde; mais la leçon quodam s'ap- 
puie sur les plus anciens manuscrits, ceux de Lucques 
et de Naples ; l'ablatif est ici pour l'accusatif, comme 
cela arrive souvent dans le Liber pontificalis, et c'est 
ainsi que l'ont compris les copistes qui de quodam ou 
de quondam ont fait quendam et qui ont donné aux 
deux noms suivants une terminaison en um. Le sens 
est que le pape s'occupa de recueillir les actes des mar- 
tyrs, à propos d'un prêtre Maxime ou Maximin qui 
était mort pour la foi. Le martyre d'un prêtre, à la fin 

1. De Bossi, Roma sott., t. II, p. 73 et suiv. 

2. En restituant ce texte, p. 65, j'ai suppléé ici le relatif qui, 
d'aprèsla seconde édition. Si cette conjecture n'était pas acceptée, 
il faudrait suspendre le sens après recondit : alors la phrase 
propter quodam... signifierait qu' Antéros lui-môme fut martyrisé 
à cause d'uu prêtre Maxime. Cela est bien peu naturel. 



de 235, n'a rien que de très conforme à ce que nous 
savons de la situation de l'Eglise en ce moment-là. 
Mais l'éditeur mayençais du Liber pontificalis a fait ici 
une conjecture, adoptée après lui par Bianchini, Mura- 
tori et Vignoli, et approuvée par M. de Rossi * : il a lu 
propter quod a Maximo praefecto martyr effectus est 
(ou martxjrio coronatus est). Les arguments de M. de 
Rossi sont au nombre de deux : la facilité de confondre 
les abréviations de praefecto et de presbytero et le fait 
que Pupien Maxime, avant d'être empereur, exerça la 
préfecture de Rome, vers le temps où siégeait Antéros. 
A cela je répondrai que la coïncidence du court ôpiscopat 
d'Antéros avec la magistrature de Pupien Maxime n'est 
ni démontrée, ni vraisemblable 2 ; Antéros n'a siégé que 
quarante jours environ : il faudrait des documents précis 
pour affirmer que c'était pendant la préfecture de 
Maxime. D'un autre côté, le mot praefectus se rencontre 
rarement dans le Liber pontificalis et n'y est point 
abrégé, surtout abrégé en pF.; ce sigle n'est pas celui 
qui sert pour le mot presby ter, c'est toujours prb et ses 
dérivés, jamais ~pF. Je crois donc qu'il n'y a rien à chan- 
ger aux manuscrits, qui d'ailleurs donnent un sens na- 
turel et acceptable. 

Quoi qu'il en soit du reste, qu'il soit ici question du 
martyre d'Antéros ou de celui d'une autre personne, 
d'un préfet Maxime ou d'un prêtre Maxime, il est clair 
que notre auteur nous donne un renseignement marty- 
rologique dont il n'y a trace ni dans le catalogue libé- 
rien ni dans les passionnaires actuellement connus. 
Quelle est la valeur de ce renseignement ? Il est difficile 
de le dire. Si l'on écarte la tradition paléographique, si 
l'on efface du Liber pontificalis la mention du martyr 
Maxime, on obtient un témoignage en faveur du mar- 
tyre du pape Antéros, vraisemblable, eu égard à la date 
de la mort de ce personnage, mais contredit par l'ex- 
pression dormit, par laquelle le catalogue libérien indi- 
que sa mort, et aussi par l'absence de son nom dans la 
Depositio martyrum. Si l'on accepte, sans le corriger, 

1. Borna sott., t. II, p. 180 et suiv. 

2. Borghesi, Œuvres, t. IX, 2« fascicule, n° l.— H serait grande- 
ment invraisemblable que Maximin eût pris pour préfet de Rome, 
en 236, un personnage comme Pupien Maxime, que ses antécé- 
dents et ses mœurs désignèrent au sénat, en 237, quand il s'agit 
de nommer un empereur à la place de Maximin lui-même, déclaré 
déchu et ennemi public. A ce moment, la préfecture était aux 
mains d'un certain Sabinus; on ne sait depuis quand, peut-être 
depuis l'avènement de Maximin (235). Quant à la préfecture de Pu- 
pien Maxime, elle doit être antérieure à ce règne. 



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le texte que les manuscrits nous ont transmis, on se 
trouve embarrassé par la difficulté d'identifier le mar- 
tyr Maxime avec l'un ou l'autre des nombreux martyrs 
romains qui ont porté ce nom, et par l'absence de tout 
récit, môme légendaire, sur un prêtre de ce nom qui 
aurait versé son sang pour la foi en 235 ou 236. Je me 
borne à conclure que l'auteur du Liber pontificalis a 
mis en œuvre des documents ou des traditions sur la 
persécution de Maximin, qui ne nous sont pas parve- 
nus par une autre voie. 

29.-7° Cornélius,— La passion de saint Cornélius et 
de ses compagnons, Cerealis, Sallustia et autres martyrs, 
a été publiée d'après un bon manuscrit du Vatican par 
Schelstrate '. Le savant auteur lui attribue une certaine 
antiquité, mais il ne pense pas qu'elle puisse remonter 
jusqu'au temps de saint Léon (-J- 461) *. Elle ne peut 
pourtant pas être beaucoup moins ancienne, car elle a été 
évidemment mise à contribution par l'auteur du Liber 
pontificalis. Le narrateur est bien informé sur le lieu 
de la sépulture de Cornélius ; sur ce point, les décou- 
vertes modernes ont confirmé son témoignage. Ses in- 
dications topographiques sont fort exactes : il trace bien 
le chemin entre le forum Palladis où, suivant lui, a eu 
lieu la condamnation du saint, et l'endroit de la voie 
Appienne où fut creusé son tombeau ; en allant de l'un 
à l'autre il fallait en effet passer, comme il le marque, 
par dessous Yarcus Stillac, c'est-à-dire la porte Capène 
(madida Capena s ) et par devant le temple de Mars, situé 
un peu plus loin sur la gauche de la voie Appienne*. Il 
connaît les lettres de saint Cyprien, mais un peu en gros. 
Usait, par exemple, que Cyprien écrivit à Cornélius exilé, 
mais il paraît croire que l'évêque de Carthage était lui- 
même emprisonné à ce moment 5 , ce qui n'est pas exact: 

1. Anliquitas ecclesiae illustrata, t. I, Rome, 1692, p. 188. Les 
Bollandistès ne l'ont pas publiée au 14 septembre. 

2. L. c, p. 191. 

3. Juvénal, m, 11 et le scholiaste (ad h. /.), qui rapporte la dési- 
gnation populaire arcus stillans, provenant de ce qu'un aqueduc 
passait par-dessus la porte (Iordan, Topogr. der Stadt Rom., t. II, 
p. 19, 330). 

4. C'est Yaedes Martis des régionnaires (Jordan, t. c, p. 542; cf. 
p. 110-113), mentionné aussi dans les passions de saint Etienne 
pape et de saint Xystus II, son successeur. La situation n'en a pas 
été déterminée exactement, mais les textes permettent d'en fixer 
l'emplacement tout près de la porte Saint-Sébastien, hors les murs 
actuels, à gauche en sortant de Rome, à peu près où le marque 
Ganina (Roma antica, t. VI, pi. xi). 

5. B. Cyprianus episcopus scripsit b. Cornelio cum esset in custodia, 
de Cclerino lectore, quanta pro fide et confessione Christi verba 
(1. verbera) sustinuerit. Le contexte ne permet pas de douter que les 
mots cum essd in custodia ne se rapportent à saint Cyprien; 



Cyprien, en effet, était menacé, mais en liberté ; cela 
résulte de sa lettre elle-même 1 . Notre auteur se souvient 
des atroces tourments endurés à Rome par le jeune 
confesseur Celerinus, dont Cyprien fit plus tard un lec- 
teur de Carthage ; mais il croit que Cyprien en parlait 
dans sa dernière lettre à Cornélius : en réalité cet inté- 
ressant récit se trouve dans d'autres pièces de la collec- 
tion* des lettres de saint Cyprien. La narration du mar- 
tyre sanglant de Cornélius, précédé immédiatement 
d'une comparution devant Dèce, ne tient pas devant le 
témoignage contemporain et absolument sûr du conti- 
nuateur d'Hippolyte : Centumcellis expulsus, ibi cum 
gloria dormitionem accepit. Du reste Cornélius n'a pas 
pu comparaître devant Dèce, qui mourut près de deux 
ans avant lui 3 . 

En acceptant ce récit et en puisant dans le texte du 
passionnaire, l'auteur du Liber pontificalis s'est trouvé 
dans la nécessité de le combiner avec la petite notice 
de Cornélius dans le catalogue libérien et aussi avec 
une narration, de provenance différente, sur la transla- 
tion des reliques de saint Pierre et de saint Paul. 

L'exil à Centumcellae est déjà combiné, dans la pas- 
sion, avec le martyre à Rome ; c'est la correspondance 
entre saint Cyprien et le pape exilé qui sert de prétexte 
à Dèce pour ramener celui-ci devant l'empereur. Le 
Liber pontificalis n'a eu qu'à accepter ce raccord, en 
omettant, bien entendu, les mots ibi cum gloria dormi- 
tionem accepit qui, dans le texte du catalogue libérien, 
suivent la mention de l'exil à Centumcellae. Quant à la 
translation des corps des apôtres, il eût été naturel de 
la placer avant l'exil de Cornélius. Notre auteur a pré- 
féré faire revenir le pape à Rome et le faire retourner, 
secrètement et de nuit, à Centumcellae, une fois la 
translation terminée \ 

30. — 8° Litchis, Etienne, Xystus H. — Nous avons 
vu que Ja passion de Cornélius est antérieure au Liber 
pontificalis et que l'auteur de celui-ci l'a mise à con- 
tribution. Il n'en est pas de môme des autres passions 

c'est du reste ainsi que l'auteur du L. P. a compris, car il dit : 
quam (epistolam) Cyprianus in carcerem scripsit. 

1. Ep. LX. 

2. Ep. xii, xxvii, xxxviu, xxxix. 

3. Dèce périt sur lo bas Danube, en novembre 251. Cornélius fut 
exilé vers la fin de l'année suivante; il mourut probablement en 
juin 253. 

4. Dans la recension BC, où le texte primitif asubi plus d'une re- 
touche, on parait avoir voulu supprimer la mention de ces allées 
et venues. 



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actuellement conservées, qui ont rapport aux papes et 
aux membres du haut clergé de Rome pendant la per- 
sécution de Valérien. Ces documents sont au nombre 
de trois, la passion de saint Etienne, la passion de saint 
Sixte et celle de saint Laurent. Bien que le Liber pon- 
tificalis mentionne le martyre de ces trois personnages, 
il ignore certainement les histoires qui remplissent 
leurs passions. En revanche il connaît d'autres circons- 
tances qui paraissent beaucoup plus croyables, quoique 
tout ce qu'il dit ne soit pas toujours exact. 

La série de ses récits commence à Lucius. C'est sous 
ce pape que Valérien entre en scène comme persécu- 
teur. Il y a déjà ici un anachronisme, car Valérien ne 
s'est pas montré défavorable aux chrétiens avant l'an- 
née 257. Lucius étant mort le 4 mars 254, il n'a eu 
certainement à souffrir aucune violence de la part de ce 
prince. Néanmoins le Liber pontificalis lui fait trancher 
la tête par ordre de Valérien. Il ajoute, détail caracté- 
ristique, que Lucius avait remis, avant de mourir, le soin 
de l'église à son archidiacre Etienne. Un transfert de 
pouvoirs tout à fait semblable se rencontre dans un ré- 
cit que le manuscrit Vaticanus 3764 nous a seul con- 
servé, dans la notice du pape Etienne. C'est évidem- 
ment une interpolation. Toutes les autres recensions se 
bornent à mentionner le martyre de ce pape par la for- 
mule habituelle martyrio coronatur, sans aucun détail. 
Dans le Vaticanus, on commence par reproduire, en 
l'appliquant à Etienne, la mention de l'exil et du rap- 
pel du pape Lucius, dans les termes du catalogue libé- 
rien et de la notice de Lucius. On ajoute que, trente-qua- 
tre jours après, le pape fut arrêté par ordre de Maxi- 
mien, ce qui est un énorme anachronisme, et jeté dans 
une prison ad arcum Stellae, avec neuf prêtres, deux 
évoques et les trois diacres Xystus, Denys et Gaius, dans 
lesquels il aisé de reconnaître les papes du même nom, 
successeurs d'Etienne. Là il remet à l'archidiacre Xys- 
tus le gouvernement de l'église. Ce récit est tout 
à fait parallèle à celui de la notice de Lucius. Il est 
impossible de ne pas en rapprocher la scène si connue 
entre Xystus etl'archidiacre Laurent. Du reste la donnée 
de l'archidiacre succédant au pape défunt et chargé de 
l'intérim des affaires temporelles de l'église est tout ce 
qu'il y a de plus conforme aux usages romains. Il y a 
aussi d'autre exemples de transferts d'histoires d'un 
pape à un autre : ainsi, le récit de la mort d'Etienne, 
dans la passion de celui-ci, paraît avoir été emprunté 
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à une tradition vraie, mais qui avait rapport à Xystus II 
et non pas à Etienne lui-même \ Il n'est pas inutile de 
remarquer que la période de dix ans qui comprend les 
règnes de Dèce et de Valérien avec ceux des empereurs 
intermédiaires, prit de bonne heure l'aspect d'un rè- 
gne unique, dans lequel ces deux empereurs persécu- 
teurs étaient associés, et que la brièveté des pontificats 
de Lucius, Etienne et Xystus II (trois papes en cinq 
ans) était de nature à faciliter la confusion des souve- 
nirs ecclésiastiques et le transfert des événements d'un 
pontificat à un autre. 

Dans la notice de Xystus, sauf l'association du nom 
de Dèce à celui de Valérien, il n'y a pas un seul détail, 
en ce qui regarde les martyrs, qui puisse être taxé 
d'inexactitude. Il y est ditque le pape futexécutéen com- 
pagnie de six diacres, répartis en deux groupes, l'un de 
deux, l'autre de quatre. Les deux premiers, Felicis- 
simus et Agapitus, sont célèbres dans la tradition ro- 
maine; ils étaient enterrés ensemble, au cimetière de 
Prétextât, où Damase leur dédia un éloge en vers. Une 
autre inscription en vers, œuvre du même pape, est 
conservée dans la crypte de Saint-Sixte, au cimetière de 
Calliste ; il y est question de comités Xysti, enterrés là 
auprès de leur évêque : ces martyrs sont faciles à iden- 
tifier avec les quatre diacres qui, d'après une lettre de 
saint Cyprien *, tout à fait contemporaine, furent 
exécutés en même temps que lui et dans le cimetière. Le 
Liber pontificalis donne leurs noms, qui ne sont entrés 
dans aucune légende : ce sont ceux de Januarius, Magnus, 
Vincentius et Stephanus. Quant au martyre de l'archi- 
diacre Laurent, il est enregistré avec sa date, sans autre 
détail que les noms et qualités de ses compagnons de 
martyre, lesous-diacreClaudius,le prêtre Se verus, le lec- 
teur Crescentius et le portier Romanus. Pas plus que 
les quatre diacres de Xystus, ces personnages ne figu- 
rent dans les légendes postérieures, sauf Romanus, 
que la passion de saint Laurent transforme en un sol- 
dat, commis à la garde de l'archidiacre, converti et bap- 
tisé par lui et envoyé aussitôt au supplice. M. de Rossi 
a démontré 3 qu'une autre transformation du même genre 
s'était opérée dans le même document : le martyr Hip- 
polytede la voieTiburtine, que Damase et Prudence rap- 
portent avoir été un prêtre novatien converti au mo- 

1. De Rossi, Roma sott., t. II, p. 80-97. 

2. Ep. LXZX. 

3. BulL, 1882, p. 28-37. 



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ment de son supplice, devient, dans la passion de saint 
Laurent, un officier de la milice palatine. Cette trans- 
formation n'était pas encore acceptée, à la fin du sixième 
siècle, dans les monuments officiels, comme la mosaï- 
que de Saint-Laurent, exécutée sous Pelage II. La pas- 
sion de saint Laurent ou n'existait pas alors, ou, ce qui 
est plus probable, n'avait pas encore assez d'autorité pour 
faire échec à l'ancienne tradition. On voit aussi qu'elle 
n'a eu aucune influence sur le Liber pontificalis. 
Passio s. Smannae. 31 . — 90 Gains. — La passion de sainte Susanne ! re- 
présente cette sainte comme la fille de Gabinius, 
frère utérin du pape Gaius. Gabinius (et môme Gaius a 
certains endroits) est le fils d'un consul cousin de l'em- 
pereur Dioclétien. A part cette circonstance de parenté, 
le rôle du pape, dans l'histoire de Susanne, est assez ef- 
facé ; il en est de môme dans la passion de saint Sébas- 
tien, où il paraît aussi. C'est le rôle ordinaire du pape 
dans les récits de ce genre : il officie ; il instruit et bap- 
tise les gens que les personnages principaux ont conver- 
tis. Une fois ceux-ci morts, il n'est plus question de 
lui. 

Dans l'usage que l'auteur du Liber pontificalis a fait 
de la passion de sainte Susanne, il y a deux temps à 
distinguer. La première édition n'y relève qu'un seul 
détail, c'est que Gaius appartenait à la famille de l'em- 
pereur Dioclétien. Elle raconte ensuite qu'il eut à tra- 
verser la persécution de Dioclétien ; que, pendant ce 
temps-là, il se cacha dans des souterrains, et parvint 
ainsi à échapper à la mort : Hic fugiens perseculione 
Diocletiani in criptis habitans conf essor quievit. La se- 
conde édition modifie cette phrase de manière à y in- 
troduire le martyre de Gaius : Hic fugiens persecutionem 
Diocletiani in criptis habitando, martyrio coronatur 
post annos VIIIL Un peu plus bas, entre les ordinations 
et la sépulture, une phrase évidemment interpolée com- 
plète ce renseignement, tout en en rectifiant la date : 
Qui, post annos XI, cum Gavinio fratre suo propter 
filiam Gavini presbyteri nomine Susanna, martyrio 
coronatur. 

Comment tracer la genèse de ces remaniements suc- 
cessifs? Je rappelle que les passions de sainte Susanne 
et de saint Sébastien ne contiennent rien sur la mort 
du pape Gaius ; il ne parait pas non plus avoir existé 
de passions spéciales de ce pape ni de son frère 
Gabinius. Quant à la tradition, nous constatons que le 

i. Acta SS. Febr. t t. III, p. 62; Aug., t. II, p. 631. 



nom de Gaius figure dans la Depositio episcoporum et 
non point dans la Depositio martyrum, ce qui concorde 
avec les termes confessor quievit de la première édition 
et non point avec le martyrio coronatur de la seconde. 
Gaius n'a point eu à fuir la persécution de Dioclétien, 
qui ne commença que sept ans après sa mort ; mais 
on conçoit qu'après avoir vu, dans la passion de sainte 
Susanne, Gaius mêlé à des scènes de martyre, et cela 
sous Dioclétien, on fût naturellement conduit à le faire 
contemporain de la persécution qui porte le nom de cet 
empereur. Comme, d'autre part, Gaius n'était point 
honoré sous le titre de martyr, il fallait trouver une ex- 
plication de l'indemnité dont il avait joui. Les souter- 
rains de la campagne romaine, arénaires, colombaires, 
cimetières chrétiens, étaient des cachettes tout indi- 
quées; du reste, cette explication a pu être suggérée par 
les monuments eux-mêmes. En effet, le tombeau du 
pape Gaius paraît à M. de Rossi avoir été transporté suc- 
cessivement en divers endroits, dans l'intérieur du grand 
cimetière de Calliste. Ces translations ont eu pour con- 
séquence d'attacher le souvenir de Gaius à plusieurs 
cryptes de cette nécropole si visitée. Et ce n'était pas 
un souvenir ordinaire. Une inscription du quatrième 
siècle mentionne, comme un privilège précieux, l'ac- 
quisition d un ÀRCOSOLIVM IN CALLISTI AT DOM- 
ISum GAIVM l . Quoi qu'il en soit du rapport entre 
ces faits et l'explication qui nous occupe, celle-ci a été 
admise par l'auteur du Liber pontificalis, soit qu'il l'ait 
trouvée en circulation, soit qu'il l'ait lui-même imagi- 
née. 

Le second éditeur élève Gaius au rang des martyrs. 
Il n'est pas prouvé que ce soit sans autorités. Ce qui me 
porte à croire qu'il dépend ici d'un document écrit, c'est 
la date singulière post annos F77//(var. VIII). Quel est 
le point de départ de cet intervalle ? L'avènement de Gaius ? 
Mais le Liber pontificalis, d'accord avec tous les catalo- 
gues et suivant toutes les recensions, le fait siéger onze 
ans et plus ; le catalogue libérien va même jusqu'à douze 
ans. La notice ne mentionne aucun fait qui se relie 
chronologiquement à la mort du pape. Il faut donc que 
ce post annos VI III (on VIII) se rattache à un événe- 
ment non mentionné dans le Liber pontificalis, mais ra- 
conté dans un document que l'auteur de cette phrase 
avait sous les yeux au moment où il écrivait, peut-être 
quelque appendice à la passion de sainte Susanne. 
i. De Rossi, Roma sott., t. III, p. 263 et suiv.; cf. p. iiSetsurr. 



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L'autre phrase : Qui, post annos XI, ... se rattache 
évidemment à cette passion ; elle signale le martyre, 
non seulement de Gaius, mais encore de son frère Ga- 
binius. Je ne puis la considérer que comme une note 
marginale, introduite maladroitement dans le texte. 
Ceci résulte d'abord de la place insolite qu'elle y oc- 
cupe ; puis de ce qu'elle fait double emploi avec la phrase 
Hic fugiens ..., enfin de ce que la substitution de 
annos XI à annos VII II est une correction évidente, 
inspirée par le texte du Liber pontificalis. L'auteur de 
cette note n'a rien compris au post annos VIIII, qui est 
en effet inintelligible tel qu'il figure ici ; il aura ima- 
giné de compter cette durée à partir de l'avènement de 
Gaius, c'est-à-dire de l'évaluer à onze ans, comme elle 
l'est en tête de la notice. C'est assurément une grande 
maladresse que celle du copiste qui a introduit cette 
note dans le texte, sans supprimer la phrase qu'elle 
était destinée à corriger *. 

En somme, la notice de Gaius se rattache à la passion 
de sainte Susanne par la mention de la parenté de ce 
pape avec Dioclétien ; elle s'y rattache encore par la né- 
cessité où l'auteur s'est vu, une fois ce récit admis 
comme vrai, d'expliquer ce que devint le pape Gaius 
pendant la persécution de Dioclétien. 

32. — 10° Marcellin. — En dehors des formules 
ordinaires, la notice de Marcellin est consacrée tout 
entière au récit de l'apostasie et du martyre de ce 
pape. J'ai déjà * exprimé l'idée que tout ce récit du Liber 
pontificalis est emprunté à une passio Marcellini que 
nous avons perdue. En ce qui regarde l'apostasie du 
pape, j'ai essayé de mesurer la valeur des traditions 
diverses qui sont relatives à ce fait. Le reste de la nar- 
ration rentre dans le style ordinaire des passions romai- 
nes. La persécution de Dioclétien est caractérisée d'une 
façon un peu naïve, 17000 chrétiens égorgés en trente 
jours. Le pape, touché de repentir, est envoyé au sup- 
plice en compagnie de trois autres personnes, Clau- 
dius, Quirinus et Antoninus ; leurs corps restent 
exposés pour l'exemple pendant vingt-cinq jours ; le 
prêtre Marcel, le futur successeur de Marcellin, lui 

1. L'interpolation est ancienne, puisqu'elle figure dans tous les 
manuscrits de la seconde édition ; mais on s'est aperçu de bonne 
heure du dérangement qu'elle causait. Dans l'original des mss. A 1 
A 8 A 3 A*, on supprima les mots post annos VIIII. Le ms. O porte 
in criptis habitavit per annos VIIII et supprime martyrio coronatur 
à cet endroit. Il y a d'autres variantes de ce genre dans des 
manuscrits secondaires. 

2. Voir ci-dessus, p. lxxiv. 



donne la sépulture dans un tombeau choisi d'avance 
par le martyr. Ce tombeau est décrit avec soin ; il est 
dans le cimetière de Priscille, sur la voie Salaria, dans 
une chambre souterraine, bien éclairée, encore accessible 
au moment où écrit le passionnaire, tout près du lieu 
où repose saint Crescentio. La crypte {spelunca) de saint 
Crescentio ou Crescentianus est en effet mentionnée 
dans les itinéraires du vu 8 siècle \ et l'un d'eux nomme 
un martyr Marcellin comme enterré dans son voisi- 
nage. Cette sépulture était facile à distinguer de celle 
de Marcel, qui se trouvait au même endroit, mais dans 
la basilique supérieure et non dans les profondeurs du 
souterrain. Au moment où j'écris, des fouilles viennent 
d'être dirigées dans cette région du cimetière de Pris- 
cille ; mais le cubiculum clarum où reposait Marcellin 
n'a pas encore été retrouvé. 

33. — ii° Marcel. — Dans la passion du pape Mar- passio s - Marcelli. 
cel 2 le martyre de ce pape n'est qu'un des épisodes 
d'un long récit martyrologique, dont le véritable 
héros est le diacre Cyriaque. De même que la passion 
de sainte Susanne représente la légende de fondation 
du litulus Susannae, l'histoire du diacre Cyriaque est 
destinée à expliquer l'origine du titulus Cyriaci, 
église située, comme la précédente, auprès des célè- # 
bres thermes de Dioclétien. Comme les événements sont 
censés se passer sous le pape Marcel, on a cru devoir 
y joindre le récit de sa mort et de la fondation de 
l'église qui portait son nom, le titulus Marcelli dans la 
via Lata. Le lien est faible, et il est facile de voir que la 
légende du titulus Marcelli a été d'abord indépendante 
de celle de saint Cyriaque. C'est sous le règne de Maxi- 
mien que se passent les événements de cette histoire ; 
Maximien est le fils de Dioclétien, non pas son [fils 
adoptif, mais son véritable fils. Une riche matrone, ap- 
pelée Lucine, ayant donné ses biens à la communauté 
chrétienne, sa maison est changée en église et consa- 
crée par le pape. Les réunions de culte des chrétiens, 
dans un lieu aussi fréquenté que la via Lata, excitent 
l'attention de l'empereur, qui ordonne de transformer 
l'église en écurie pour les chevaux de la poste impé- 
riale et de leur donner Marcel pour palefrenier. Le mal- 
heureux évoque endure pendant de longues années 
cette situation humiliante et dure ; il finit par mourir 
de misère. 

i. De Rossi, Roma sott., 1. 1, p.176, 117. Cf. Bull., 1880, p. 25, 26. 
2. Acta SS. Januarii, t. II, p. 369. 



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La réorganisation 
de l'Eglise après 
les persécutions. 



11 y a, dans ce récit, beaucoup de choses inacceptables, 
inconciliables avec ce que nous savons sur le temps où 
vécut Marcel, sur la durée de son pontificat, même sur 
la cause et le genre des tribulations qu'il eut à endurer. 
Son épitaphe, rédigée par le pape Damase, montre qu'il 
fut exilé, non pas précisément comme chrétien, mais à 
cause des troubles qui s'élevaient dans son église à 
propos delà pénitence ; elle est muette sur l'histoire de 
l'écurie. D'autre part, il résulte des données fournies 
par le catalogue libérien qu'il vécut sous Maxence, et 
non sous Maximien, et que son pontificat fut de très 
courte durée. 

Le Liber pontificalis, dans sa seconde édition seule- 
ment, a fait de larges emprunts à un texte de la pas- 
sion de Marcel qui n'est pas, autant que celui des Bol- 
landistes, en contradiction avec l'histoire. D'abord c'est 
Maxence, et non pas Maximien, qui y joue le rôle de 
persécuteur. Le pape est arrêté, non pour des réunions 
de culte, mais parce qu'il organisait l'église, eo quod 
ecclesiam ordinaret, détail d'une vraisemblance frap- 
pante, car c'est précisément à Marcel qu'échut la tâche 
de reconstituer les services de l'église romaine, sus- 
pendus ou gravement troublés par la persécution, de- 
* puis l'année 303. Maxence veut lui faire dire qu'il 
n'est pas évoque, ce qui est encore bien conforme à la 
situation historique de Marcel ; car, si l'on ne versait 
plus guère le sang des chrétiens en Occident, depuis 
l'abdication de Dioclétien et de Maximien, les édits 
contre le clergé et contre l'organisation corporative du 
christianisme avaient encore force de loi ; ils ne furent 
retirés qu'en 311 et nous sommes en 308. D'autres cir- 
constances, inconnues à la passion de Marcel, se trou- 
vent dans le Liber pontificalis ; on pourra faire la com- 
paraison en sereportantau texte, au-dessous duquel j'ai 
reproduit le chapitre correspondant de cette passion. 

34. — Pour compléter cette étude sur les renseigne- 
ments martyrologiques du Liber pontificalis, il convient 
de signaler deux indications données, l'une dans la no- 
tice du pape Denys, l'autre dans celle de Marcel. Il est 
dit du premier de ces papes : Hic presbiteris ecclesias 
dédit et cymileria et parrocias diocesis constituit; du 
second : XXV titulos in urbe Roma constituit, quasi 
diocesis propter baptismum et paenitentiam et sepultu- 
ras martyrum. Or Denys et Marcel sont précisément 
les deux papes à qui incomba la mission de réorgani- 



ser l'église romaine à la suite des persécutions de Va- 
lérien et de Dioclétien et après les longues vacances du 
siège qui avaient suivi la mort de leurs prédécesseurs 
Xystus II etMarcellin. Les décrets qu'on leur attribue 
ici rentrent dans la catégorie des mesures qui durent 
être prises en ces deux circonstances; notre auteur est 
peut-être en ceci l'écho d'une tradition précise ; on peut 
dire à tout le moins qu'il a fait preuve d'une certaine 
sagacité, en plaçant ces indications à une date qui leur 
convient si bien. On constate, du reste, assez souvent, 
en étudiant les productions légendaires du v e et du 
vi e siècle , que les souvenirs des deux dernières pé- 
riodes de persécution, celle de Dèce-Valérien (250- 
259) et celle de Dioclétien (303-311), non seulement se 
conservèrent mieux que les autres, mais 'restèrent en 
général distincts, et que l'on ne confondait pas ordinai- 
rement ceux de la première avec ceux de la seconde. 

3o. — En dehors de l'usage, assez restreint, on l'a vu, 
qu'il en fait, l'auteur du Liber pontificalis témoigne de 
son intérêt pour les Gesta martyrum en cherchant à re- 
constituer leur histoire littéraire et à leur concilier l'au- 
torité qui s'attache aux documents officiels authentiques. 
Suivant lui, les notaires ecclésiastiques ont été institués 
exprès pour les recueillir, et cela depuis l'âge apostoli- 
que, depuis l'épiscopat de saint Clément : Hic (Clemens) 
fecit VII regiones et dividit notariis fidelibus ecclesiae, 
qui gestas martyrum sollicite et curiose unusquisque 
per regionem suam diligenter perquireret. Antéros se 
distingue par son zèle à les rechercher et à les conser- 
ver : Hic gestas martyrum diligenter a notariis exqui- 
sivit et in ecclesia recondit. Fabien , son successeur, 
complète l'institution en chargeant sept sous-diacres de 
surveiller le travail des notaires : fecit VII subdiaconos 
qui septem notariis inminerent ut gestas martyrum 
[in integro, 2 e éd.] fideliter colligerent. Les véritables 
fonctions des notaires ecclésiastiques n'étaient pas in- 
connues dejiotre auteur, qui les mentionne, dans la no- 
tice de Jules, c'est-à-dire à une date où il n'y avait plus 
d'actes de martyrs à recueillir. Il semble donc avoir cru 
que les notaires, primitivement institués pour recueillir 
les actes des martyrs, changèrent d'attributions après 
que les persécutions eurent cessé K 

i. Il n'est pas le premier qui ait émis cette idée; l'auteur du 
Constitutum Silvestri fait assister à un concile tenu sous le pape 
Silvestre notarii ecclesiae XIII1 qui gesta diversorum martyrum sus- 



Les notaires 

et la rédactU 

des Gesta 

martyrum. 



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Il est clair que, du moment où l'on a voulu recueillir 
exactement les procès- verbaux de comparution des mar- 
tyrs, il a fallu, ou s'adresser aux greffes des tribunaux, 
ou envoyer des sténographes à l'audience * ; mais autre 
chose est l'emploi d'un notarius dans un cas donné, 
autre chose l'institution d'une fonction hiérarchique, 
comme celle des notaires ecclésiastiques de Rome. Notre 
auteur aura confondu ici les deux acceptions du mot 
notarius. Désireux de faire remonter le plus haut possi- 
ble l'origine d'un corps de fonctionnaires auquel il porte 
un intérêt visible, il s'est cru obligé de leur donner des 
attributions compatibles avec la situation de l'Eglise 
pendant les persécutions, au moins telle qu'il se la figu- 
rait 2 . 

Quoi qu'il en soit du reste, et même en concédant, ce 
que rien ne prouve, que les notaires ecclésiastiques de 
Rome aient exercé, pendant les persécutions, les fonc- 
tions qui leur sont attribuées ici, il est évident que les 
Gesta martyrum que notre auteur a mis à contribution 
et auxquels il témoigne un si grand intérêt sont des 
documents très différents de ce qu'on appelle actes 
authentiques ou sincères. Je ne puis découvrir qu'un 
seul spécimen d'actes romains de cette dernière caté- 
gorie, ce sont les interrogatoires de saint Justin et de 
ses compagnons. Dans d'autres pays, en Afrique sur- 
tout, il s'en est conservé en assez grand nombre. Cela 
tient sans doute à ce que l'autorité ecclésiastique s'en 
est plus occupée en Afrique qu'elle ne l'a fait à Rome. 
Un concile général des églises africaines, tenu à Hip- 
pone, en 393, constate et autorise l'usage de lire les 
passions des martyrs, le jour de leur fête : Liceat etiam 
legi passiones martyrum cum anniversarii dies eorum 
celebrantur 3 . Il n'en était pas de même à Rome. 

cipientes ordine renarrabant fou ordinare narrabant] (Hardouin, 
C'onc, t. I, p. 290). 

i. Voir sur ce sujet, Le Blant, Les Actes des martyrs, p. 5 et 
suiv. (extrait des Mém. deVAcad. des Inscriptions et B. L., t. XXX, 
2° partie). Dans ce savant mémoire où tous les textes qui intéres- 
sent cette question ont été réunis, on n'en trouvera pas un seul 
qui soit relatif à des notes d'audience prises par des chrétiens mô- 
les au public; toutes les fois que l'on rencontre des actes authen- 
tiques, ce sont ceux des greffiers du tribunal et non des procès- 
verbaux dressés par des notaires ecclésiastiques. 

2. Que les fonctions judiciaires des évoques, surtout dans une 
église comme ceUe de Rome, aient été très importantes, dès avant 
Constantin, cela ne fait doute pour personne; de là résulte inévi- 
tablement l'existence d'un service de greffe et de notariat. Cepen- 
dant il est douteux que l'auteur du Liber pontificalis ait eu le sen- 
timent de cette situation historique ; sa chronologie des développe- 
ments du notariat ne parait pas l'indiquer. 

3. Hardouin, Conc, t. 1, p. 886 ; Mansi, t. III, p. 924 (can. 36). 



Une lettre de saint Grégoire le Grand à Eulogius, 
patriarche d'Alexandrie ', en 598, constate, non pas 
précisément qu'on ne lisait pas les passions à l'office, 
mais, ce qui est plus fort, que ces pièces étaient à peu 
près inconnues à Rome, à la fin du vi e siècle. Le décret 
de recipiendis et non recipiendis libris, qui est un do- 
cument romain, et contemporain du Liber pontificalis, 
déclare expressément que la lecture des Gesta martyrum 
était interdite à Rome, dans les réunions de culte : 
Secundum antiquam consuetudinem, singulari cautela, 
in sancta Romana ecclesia non leguntur, quia et eorum 
qui conscripsei % e nomina penitus ignorantur, et ab infi- 
delibus et idiotis superflua aut minus opta quam rei 
ordo fuerit esse putantur *. 

Sans avoir contre les Gesta martyrum les préventions 
dont témoignent ces paroles, l'auteur du Liber ponti- 
ficalis ne dit nulle part qu'ils fussent l'objet d'une lec- 
ture officielle à l'église. C'eût été se mettre en contra- 
diction avec un usage public, facile à constater. 

1. Jaffé, 1517; éd. bénédictine, vm, 29 : Praeter illa enim quaein 
Eusebii libris de gestis sanctorum martyrum continentur, nulla in 
archivo huius ecclesiae vel in Romanae urbis bibliothecis esse cognovi, 
nisi pauca quaedam in unius codicis volumine collecta; nos autem 
paene omnium martyrum, distinctis per dies singulos passionibus 
collecta in uno codice nomina habemus, atque quotidianis diebus in 
eorum veneratione missarum solemnia agimus; non tamen in eodem 
volumine t quis qualiter sit passus, indicatur, sed tantummodo nomen, 
locus et dies passionis ponitur. La dernière partie de la phrase, nos 
autem-ponitur, décrit un martyrologe, et vraisemblablement celui 
qui porte le nom de saint Jérôme. 

2. Thiel, Epp. Rom. pontif., t. I, p. 458. — Il faut sous-entendre 
adiecta ou inserta, ou quelque chose de ce genre. Cette discipline se 
maintint longtemps; on peut môme dire qu'elle se maintient en- 
core, car les leçons de la messe sont empruntées exclusivement à 
l'Écriture sainte. Il n'en était pas de môme en Gaule aux temps 
mérovingiens (Mabillon, De Liturg. gallic, I, v, 7, p. 39) et sans 
doute en Afrique, au temps du concile d'Hippono. Plus tard, quand 
on eut constitué l'office de matines, qui comporte un certain nom- 
bre de lectures, on y donna une place aux homélies des Pères, aux 
vies des saints et aux passions des martyrs. C'est sans doute à 
cette nouvelle coutume que se réfère le pape Hadrien, lorsqu'il écrit 
à Charlemagne, en 794 (Migne, Patr. lat. t t. XCVI1I, p. 1284) : 
Passiones sanctorum martyrum sancti canones censuerunt ut liceat 
eas etiam in ecclesia legi t cum anniversarii dies eorum celebrantur. 
Les « saints canons » mentionnés ici sont ceux de l'église d'Afrique, 
introduits au vi e siècle par Denys le Petit dans son codex canonum t 
qui était encore employé à Borne au temps du pape Hadrien. Nous 
avons, du reste, une preuve directe de l'introduction des passiones 
martyrum dans les lectures de l'office de nuit, dès le vm e siècle au 
moins. A la fin du manuscrit Parisin. 3836, du vm« siècle, en écri- 
ture minuscule, on trouve un Ordo canonis decantandi in ecclesia 
sancti Petri t où, après avoir indiqué la distribution de l'Écriture 
sainte entre les diverses parties de l'année liturgique, on ajoute 
que tractatus (les homélies) prout ordo poscit t passiones {passionis 
cod.) martyrum et vite Patrum catholicorum leguntur. Cet Ordo est 
d'une autre écriture que celle de la collection canonique qui rem- 
plit tout le manuscrit, mais il a été écrit, comme le reste, au 
vm e siècle. 



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§ v. 



RECITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



Récits sur les 
quatre premiers 
papes . 



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1° Saint Pierre, Lin, Glet, Clément. 

36. — Dans la notice de saint Clément, seconde 
édition, se rencontre une citation formelle de l'épUre 
supposée de ce pape à saint Jacques, évêque de Jérusa- 
lem. C'est la seule citation que contienne le Liber pon- 
tificaiis. L'auteur se réfère évidemment à la version 
latine de Rufin. C'est de là qu'il a tiré ce qu'il dit de 
l'ordination de Clément par saint Pierre, aux derniers 
jours de la vie de l'apôtre. 

Il a connu aussi la préface que Rufin mit en tète de 
sa traduction des Récognitions clémentines, sous forme 
d'une lettre à Gaudentius, évoque de Brescià ; on ne 
peut douter, en effet, qu'il n'ait emprunté à cette pièce 
son explication de la façon dont Clément peut être le 
successeur de saint Pierre, tout en n'ayant exercé l'é- 
piscopat qu'après Lin et Clet ! . 

Tous ces détails sur Lin, Clet et Clément se rencon- 
trent dans les deux notices de saint Pierre et de saint 
Clément. La première contient en outre une phrase sur 
Simon le Magicien, ses disputes avec l'apôtre et sa mort 
tragique. Ceci dérive évidemment des Acta Pétri et 
Pauli, récit dont il a existé autrefois diverses rédactions; 
la plus connue, parmi les rédactions latines, est celle 
que Fiorentini 2 publia sous le titre De mirificis rébus 
et actibus beatorum Pétri et Pauli et de magicis arti- 
bus Simonis Magi. Ce texte, qui se donne comme l'œu- 
vre d'un certain Marcellus, disciple de saint Pierre, est 
considéré comme remontant au v° siècle, dans la forme 
que nous lui voyons. 11 y en a une autre rédaction 
plus ancienne dans un manuscrit de la bibliothèque ca- 
pitulairede Verceil. M. Studemund, qui Ta découverte, 
il y a quelques années, ne Ta pas encore publiée au 
moment où s'impriment ces pages. Du reste, comme le 
Liber pontificalis ne parle de cette histoire qu'en 
termes très généraux et très concis, je n'ai pas à re- 
chercher s'il dépend de telle recen?ion plutôt que de 

1. Voy. ci-dessus, p. lxxji. 

2. Vetust, Martyrol., p. 103. 



telle autre. Il est même fort vraisemblable qu'il ne dé- 
pend ici d'aucun livre ; ces récits, au temps où il écri- 
vait, étaient dans toutes les bouches et dans toutes les 
mémoires ; s'ils rencontraient quelque part le doute ou 
la contradiction, ce qui est assez peu probable, ce n'est 
assurément pas dans le milieu où notre auteur écri- 
vait. 

2° Eleuthère et le roi breton Lucius. 

37. — La notice d'Eleuthère contient une phrase à 
laquelle se rattache un vaste développement de lé- 
gendes : Hic accepit epistula a Lucio Brittannio rege 
ut christianus efficeretur per eius mandatum. En re- 
produisant ces mots dans son Histoire ecclésiastique 1 , 
Bède apprit aux Anglo-Saxons et aux Bretons un fait 
dont ils ne paraissent pas avoir eu connaissance au- 
paravant, la conversion de leur pays, au temps du pape 
Eleuthère et de l'empereur Marc-Aurèle, sous les aus- 
pices d'un roi nommé Lucius. VHistoria Britonum du 
pseudo-Nennius (ix e siècle), disserte déjà sur le nom 
celtique (Lever maur) auquel devait correspondre le 
latin Lucius *. 

De nouveaux détails apparaissent au xn e siècle dans 
les compilations historiques locales. Ainsi le Liber Lan- 
davensis, cartulaire de l'église de Landaff, ville du pays 
de Galles, située à peu de distance de Cardiff 3 , marque 

1. Anno ab incarnatione Domini GLVI, M. Antoninus Verus, 
decimus quartus ab Augusto, regnum cum Aur. Gommodo fratre 
suscepit; quorum temporibus cum Eleutherus vir sanctus Romanae 
ecclesiae praeesset, misit ad eum Lucius, Britanniarum rex, episto- 
lam, obsecrans ut per eius mandatum christianus efficeretur ; et 
mox effectum piae postulationis consecutus est ; susceptamque 
fidem Britanni usquo in tempora Diocletiani principis inviolatam 
integramque quieta in paco servabant (Hist. eccl., i, 4; cf. Chron., 
ad ann. 180). 

2. Anno Dom. inc. CLXIV Lucius, Britannicusrex, cum univer- 
sis regulis totius Britanniae baptismum susceperunt, missa lega- 
tione ab imperatoribus Romanorum et a papa Romano Evaristo 
(sic) ; Lucius agnomine Lever-maur, id est magni splendoris, 
propter fidem quae in eius tempore venit (Nennius, Hist. Brit., 
c. 18, dans les Monum. histor. Britann., t. I, p. 60). 

3. Ed. Rees, Llandovery, 1840, p. 67. 



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les noms, Elvanus et Medivinus, des ambassadeurs de 
Lucius, auxquels le pape aurait donné l'initiation sacer- 
dotale et les pouvoirs de missionnaires. Selon Geoffroy 
de Montmouth J , le pape envoya en Bretagne deux per- 
sonnages appelés Faganus et Duvanus. Guillaume de 
Malmesbury * localise l'histoire à Glastonbury, ville du 
comté de Somerset, au sud du golfe de Bristol. D'autres 
traditions la rattachent au pays situé au nord du môme 
golfe, aux alentours de Cardiff 3 . On n'a pas manqué, 
bien entendu, de retrouver la lettre par laquelle le pape 
Eleuthère répondit à la demande du roi Lucius *. 

38. — Il est inutile d'insister sur ces développe- 
ments postérieurs ; revenons au Liber pontificalisj 
source première de toutes ces légendes. Où son auteur 
a-t-il pu trouver un tel renseignement ? En général il 
ne s'inquiète guère des pays éloignés de Rome ; la fon- 
dation des autres églises, leur apostolat primitif, les re- 
lations de leurs premiers missionnaires avec l'église 
romaine et les conséquences de subordination qui peu- 
vent s'y rattacher, sont des choses qui le préoccupent 
fort peu. Chercher ici une intention dogmatique, une 
tentative en faveur de la suprématie de Rome sur les 
églises de Bretagne, c'est égarer son exégèse. Du reste, 
au moment où il écrivait, ces églises, isolées du reste 
de la chrétienté par l'invasion des Anglo-Saxons, ne 
pouvaient guère exciter son intérêt. Aucun document 
ne montre qu'on s'en soit alors occupé à Rome d'une 
façon particulière. 

Que le fait soit invraisemblable, cela saute aux yeux. 
Sous Marc-Aurèle et Commode, la Bretagne, et notam- 
ment les pays désignés par les légendes du xn e siècle, 
était certainement une terre provinciale, dans laquelle 
il ne pouvait y avoir aucun roi proprement dit. A la 
rigueur cependant, il serait concevable que quelque chef 
de clan, dans les montagnes de la Cambrie, où l'auto- 
rité romaine avait peu d'action, se fût donné le titre de 
roi ; mais qu'un roi de ce genre ait eu l'idée d'ouvrir 
des négociations avec un évoque chrétien aussi éloigné 
de lui que le pape Eleuthère, c'est une chose trop in- 
vraisemblable pour être admise sur un témoignage aussi 

i. Hist. Regum Britanniae, iv, 19, dans les Rerum Britannicarum 
Scriptores, Heidelberg, 1587, p. 30-31. 

2. Gesta Regum Anglorum, i, 19, éd. Hardy, Londres, t. I, 
p. 31-32. 

3. Articles Lucius et Eleutherjos dans le Dictionary of Christian 
biography de Smith et Wace. 

4. Jaffô f 60; Goustant, App. t p. 23; Migne, P. G., t. V, p. 1143. 



faible. Gildas, l'historien des Bretons, auteur du vi° siè- 
cle, n'a pas l'ombre d'un souvenir à ce sujet. 

Mais si les rois bretons ou n'existaient pas, ou n'é- 
taient guère apparents au n° siècle, en revanche ils 
étaient assez connus au v a . Gildas en fait souvent 
mention. Dans les derniers temps de la domination 
romaine en Gaule, on avait vu figurer, parmi les défen- 
seurs de l'empire, un corps de Bretons, commandés par 
le roi Riothime ou Riothame l ; battus par Euric, roi des 
Wisigoths, à Déols en Berry, ils s'étaient repliés sur la 
Bourgogne. On ne sait ce qu'ils devinrent. Ces Bretons 
étaient chrétiens; ils avaient des évoques spéciaux, dont 
deux, je crois, sont connus : iMansuetus, qui assista au 
concile deTours, en 461, et Riocatus, ami de Fauste de 
Riez et de Sidoine Apollinaire (v. 472). C'est vers ce temps- 
là que commence l'émigration des Bretons insulaires sur 
les côtes de la presqu'île qui porte maintenant leur nom ; 
comme le corps de Riothame, ces troupes d'émigrés 
avaient à leur tête des évoques et des chefs auxquels 
pourrait convenir le titre de roi, suivant l'acception alors 
en usage. C'est, je pense, à cette organisation, que se rat- 
tachent les faits ou les idées qui on t porté l'auteur duLiôer 
pontificalis à s'occuper des Bretons. Un moine breton, 
le célèbre Pelage, avait vécu à Rome un siècle aupara- 
vant; Fauste de Riez, Breton lui aussi, y vint plusieurs 
fois vers le déclin du v° siècle; sa science, ses vertus, 
le grand âge auquel il parvint, purent lui valoir une 
considération spéciale; les débats auxquels ses écrits 
donnèrent lieu ne furent agités que sous Hormisdas 2 , 
et encore plutôt en dehors de Rome et entre théolo- 
giens proprement dits. On peut rappeler la mission de 
Palladius, que le pape Côlestin envoya convertir les Scots 
(Irlandais) et la commission donnée par le même pape à 
saint Germain d'Auxerre 3 pour aller en Bretagne prêcher 
contre l'hérésie pôlagienne. 

Tout cela peut servir à montrer que les Romains de 
la fin du v° siècle et du commencement du siècle suivant 
n'avaient perdu de vue ni la Bretagne ni les Bretons ; 
mais je m'empresse de reconnaître qu'il n'y a pas là 
une explication suffisante de l'assertion précise, quoi- 
que fausse, de notre auteur sur la lettre du roi Lucius 
au pape Eleuthère. D'où l'a-t-il tirée? C'est ce que, 

1. Jordanes, Getica, xlv, p. 118, éd. Mommsen; Sidoine Apoll. 
ep. m, 9; ix, 9. 

2. Ep. 124 (Thiel, p. 929) de l'année 520. 

3. Prosper, ad ann. 431, 429. 



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Traditions 

dérivées des 

Acta Pétri et 

Pauli. 



dans l'état actuel des documents, je dois me résigner à 
ignorer. 

3°LaTra>slatio> de saint Pierre et de saint Paul. 

39. — D'après la notice de Cornélius, ce pape au- 
rait tiré du lieu appelé ad Catacumhas les corps des 
apôtres Pierre et Paul; le premier aurait été transporté 
au Vatican, dans la sépulture des évoques, inter cor- 
pora sanctorum episcoporum, l'autre sur la voie d'Os- 
tie, chacun d'eux auprès du lieu de son supplice. Avant 
de rechercher d'où vient ce récit et quelle confiance il 
mérite, il est bon de se faire une idée des traditions 
qui nous restent sur la translation des apôtres romains. 

D'après le texte actuel des A cta Pétri et Pauli l , 
des gens venus d'Orient auraient essayé de s'emparer 
des corps des deux apôtres et de les emporter dans leur 
pays. Un tremblement de terre se produisit, signe di- 
vin, qui fit comprendre aux Romains de quel préjudice 
ils étaient menacés. Ils coururent après les ravisseurs, 
les atteignirent à trois milles de la ville, sur la voie 
Appienne, au lieu appelé ad Catacumbas, et reprirent 
les corps sacrés. Ceux-ci furent déposés en cet endroit 
môme, dans une sépulture provisoire, jusqu'à ce que 
l'on eût achevé les tombeaux définitifs du Vatican et de 
la voie d'Ostie. On les y transporta un an et sept mois 
après cet événement. 

Cette petite narration termine l'histoire de la passion 
des apôtres, ou plutôt lui est jointe par manière de sup- 
plément; mais elle n'a avec elle aucun lien chronolo- 
gique; on peut môme remarquer qu'elle ne commence 
qu'après la mention de la mort de Néron. Privé de cette 
attache, Je récit flotte entre diverses époques. C'est 
avec la môme indétermination chronologique que nous 
le rencontrons dans l'inscription que le pape Damase fit 

1. Tivèç 6è eCXaêeTç £v5psç xûv t?,ç àwixQkîfr jxepwv iftëkrpzv ipitiaai 
ti fot^ava xwv iytwv, xai irapajf P? è !A* èyivETO aewjià; {xiyxç èv t^ irdXsi, 
xal voT.aavrcç oî iv rÇ x<$Xet x3to:xo'jvtsç îSpajxov xal auvipraaav aÙTOsiç. 
Oi 8è ivôpti; Içuyov. Tdre Xi6ovxe<; aÙTOÙ; oî Tupabi ?6r,xav aùtoùç èv 
T<5it<i> dtzô jjl&Éwv tpiûv TÎ^ to^uç* xixsî 8ieçiAi)r9r,<Txv Ivucutôv é'va xai 
jxf.vaç éitrà, jas'xP^ ou îxTiaav tôv tôitov Iv to f^ixsX^ov xaxaTiOivat aùtoûç 
(Tischendorf, Acta app. apocrypha, Leipzig, 1851, p. 38). — Sancto- 
rum autem apostolorum Pétri et Pauli corpora dum a Graecis toile- 
rentur in Orientem ferenda, extitit termemotus nimius, et cucurrit 
populus Romanus, et comprehenderunt eos in locum qui dicitur Ca- 
tacumba, via Appia, miliario tertio, et ibi custodita sunt corpora 
anno uno et mensibus septem, quousque fahricareniur loca in quibus 
fuerunt posita corpora eorum (Pseudo-Marcellus, dans Fiorentini, 
Vetust. martyroL, p. 111). 



graver au lieu traditionnel de la sépulture provisoire ! 
et dans une lettre de saint Grégoire le Grand, adressée 
en 594 à l'impératrice Constantine 2 . 

La môme histoire est jointe en appendice à la passion 
syriaque de saint Scharbîl \ mais avec quelques varian- 
tes. D'abord l'événement se passe sous le pape Fabien 
(236-250). A l'occasion d'une famine, le peuple de Rome 
sesoulèveet réclame du préteur l'expulsion des étrangers. 
Ceux-ci, avant de s'exécuter, demandent et obtiennent 
la permission d'emporter leurs morts avec eux. Ils se 
saisissent des corps des apôtres ; les Romains s'y oppo- 
sant, ils leur allèguent que saint Pierre était de Pales- 
tine et saint Paul de Cilicie. Alors un tremblement de 
terre ébranle toute la ville. Les Romains supplient les 
étrangers de rester et de laisser les corps saints ; on les 
reporte à leurs tombeaux, après un an et six mois de sé- 
jour sur la voie Appienne. Les païens et les juifs se con- 
vertissent en masse. — Comparée au récit romain, cette 
versionatoutl'aspectd'un remaniement. Il estclair qu'on 
a voulu arranger les choses de façon à éviter aux Orien- 
taux l'ennui d'ôtre présentés comme voleurs de reli- 
ques \ L'épisode de la rencontre sur la voie Appienne 
a disparu aussi, de môme que tout détail topographi- 
que. En revanche il y a une date, celle du pontificat de 
Fabien. Mais ce document syriaque est tellement fau- 
tif dans ses indications chronologiques qu'il y aurait im- 



1. Hic habitasse prius sanctos cognoscere debes, 
nomma quisque Pétri pariter Paulique requiris. 
Discipulos Oriens misit, quod sponte fatemur. 
Sanguinis ob meritum Christuinque per astra secuti, 
aetherios petiere sinus regnaque pioruui. 

Borna suos potius nierait defendere cives. 
Haec Dama8us vestras référât, nova sidéra, laudes. (De 
Rossi, Imcr. christ., t. II, p. 32.) 

2. Ep. iv, 30; Jaffé 1302 : « Eo tempore quo passi sunt (apostoli) 
ex Oriente fidèles venerunt qui eorum corpora sicut civium suo- 
rum répétèrent. Quae ducta usque ad secundum Urbis iniliarium, 
in loco qui dicitur ad Catacumbas collocata sunt. Sed dum ea 
exinde levare omnis eorum multitudo convenions niteretur, ita eos 
vis tonitrui atque fulguris nimio metu terruit atque dispersit, ut 
talia denuo nullatenus attentare praesumerent. Tune autem exeun- 
tes Romani, eorum corpora, qui hoc ex Domini pietate meruerunt, 
levaverunt, et in locis quibus nunc sunt condita posuerunt. • — 
Ici H n'y a pas de lutte entre les Romains et les Orientaux. Ce 
sont les Orientaux qui ont déposé provisoirement les corps saints 
ad Catacumbas ; les Romains paraissent les avoir aussitôt reportés 
à leurs tombeaux primitifs. 

3. Cureton, Ancient Syriac Documents, p. 61. 

4. Dans le texte latin il est parlé de Grecs; le texte grec ne men- 
tionne que des Orientaux, c'est-à-dire des Syriens; le rédacteur 
syriaque, faute de pouvoir passer à d'autres le rôle désagréable, 
corrige celui-ci de façon à le rendre acceptable pour ses compa- 
triotes. 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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Les trois 

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prudence à prendre sa date en considération. Et pour- 
tant, on la concilierait aisément avec le récit de la notice 
de Cornélius. L'enlèvement aurait eu lieu sous le pape 
Fabien , le retour aux anciens tombeaux sous Corné- 
lius \ 

En dehors de ces narrations auxquelles la précision 
chronologique fait défaut et dont la vraisemblance est 
discutable, il reste cependant des données positives 
qu'il n'est pas permis de mépriser. 

40. — D'abord la crypte ad Catacumbas, point d'at- 
tache topographique de tous les récits un peu circons- 
tanciés. C'est là que Damase fit placer son inscription; 
elle faisait partie d'une décoration que le Liber po?itift- 
calis mentionne dans la vie de ce pape 2 . Ce sanctuaire 
était visité assidûment au vu siècle; il l'est encore au- 
jourd'hui. Dans les itinéraires de ce temps-là il est in- 
diqué comme contenant sepulcra apostolorum Pétri et 
Pauliin quibus XL annosrequiescebant* . Ici nous trou- 
vons, sur la durée duséjourdes corps saints, une indica- 
tion qui ne se rencontre nulle part ailleurs et qui contre- 
dit le témoignage des Acta Pétri et Pauli; quarante ans, 
au lieu d'un an et sept mois* 

41. — Outre le monument il y a la fête, ou plutôt la 
station qui se célébrait ad Catacumbas le 29 juin, 
concurremment avec les deux stations du Vatican et de 
la voie d'Ostie : 

Tantae per urbis ambitum 
stipata tendunt agrnina : 
trinis celebratur viis 
festum sacrorum martyrum *. 

Irinis viis, c'est-à-dire sur la voie Aurélienne (ou 
Triomphale), sur la voie d'Ostie et sur la voie Ap- 
pienne. Ces trois stations sont marquées dans le calen- 
drier romain qui a été inséré avec tant d'autres dans le 
martyrologe hiéronymien : /// kal. iul. Romae, na- 
tale sanctorum apostolorum Pétri et Pauli : Pétri in 
Vaticano, via Aurélia; Pauli ver o in via Ostensi; utrius- 
que in Catacumbas; passi sub Nerone, Basso et Tusco 

1. Il serait cependant impossible defairo cadrer l'intervalle d'un 
an et sept mois, indiquée dans le récit de l'enlèvement avec celui 
qui sépare la mort de Fabien (20 janvier 250), de l'exil de Cor- 
nélius (fin 252} pendant lequel le Liber pontificalis place le retour 
des corps saints à leurs tombeaux primitifs. 

2. Et in Catacumbas [dedicavit platomam] ubi iacuerunt corpora 
sanctorum apostolorum Pétri et Pauli; in quo loco platomam ipsam 
ubi iacuerunt corpora sancta versibus exornavit. 

3. De Rossi, Roma sott., t. I, p. 180. 

4. Hymne attribué à saint Ambroise (Migne, P. L., t. XVII, 
p. 1215, d'après Daniel, Thésaurus hymnologicus. Halle, 1841, n° 71). 

LlBBR PONTIFICALIS. 



consulibus. Je cite ici le manuscrit de Berne *, où le 
texte s'est conservé plus complet que dans les autres. 
D'après ce que nous savons sur la composition du mar- 
tyrologe hiéronymien, en particulier pour ce qui regarde 
les fêtes romaines, on a tout droit de considérer ce texte 
comme un témoignage des usages publics et officiels de 
l'église romaine pendant le iv° siècle. — La Depositio 
martyrum de 336-354 * présente au même jour, 29 juin, 
une rédaction évidemment apparentée à celle-ci : 77/ 
kal. iul. Pétri in Catacumbas et Pauli Ostense Tusco et 
Basso consulibus. La station du Vatican est omise, et celle 
de la voie Appienne est indiquée comme se rapportant à 
saint Pierre seul. 

On peut se demander si cette différence entre les deux 
rédactions correspond à une diversité réelle dans les usa- 
ges liturgiques, ou si elle n'est que le résultat d'un ac- 
cident. Dans le premier cas, il faudrait admettre qu'il 
y a eu d'abord deux stations, celle des Catacombes, pour 
saint Pierre, et celle de la voie d'Ostie, pour saint Paul; 
puis que le corps de saint Pierre ayant été transporté 
des Catacombes au Vatican, on ajouta cette troisième 
station. Au premier état de choses correspondrait le fô- 
rial de 336-354, au second, le calendrier du martyro- 
loge hiéronymien. — Je vais montrer que cette hypo- 
thèse est inadmissible, et que, par conséquent, il faut 
se ranger à l'autre et compléter le fôrial par le marty- 
rologe. 

Prétendre que le corps de saint Pierre était encore 
aux Catacombes en 354 3 , c'est admettre que la basili- 
que du Vatican n'était pas encore livrée au culte. Or cela 
est impossible. Des inscriptions de la basilique, exécu- 
tées au iv° siècle, attribuent sa construction à Cons- 
tantin 4 ; les tuiles qui ont servi à la couvrir sortent d'une 
fabrique spéciale, du temps de Constantin B . Long- 
temps avant l'année 354, le Vatican était, comme il le 
fut pendant tout le moyen âge, le lieu où se rassem- 
blaient les pauvres, sans doute en vue des aumônes que 

1. Sauf deux corrections : dans le ms. de Berne les mots via Au- 
relia sont placés après Romae; je les transporte après Vaticano; un 
peu plus loin il y a utrumque et non utriusque. 

2. Voy. p. 11. 

3. Je dis en 354, bien que la première édition du férial soit de 
l'année 336; mais si un tel changement s'était produit dans Tinter- 
vaUe, on n'aurait pas omis de le marquer à la réédition de 354. 

4. De Rossi, Inscr. christ., t. II, p. 20, 21 ; cf. dans la Revue ar- 
chéologique de janvier 1883 un mémoire de M. A. Frothingham 
sur Une mosaïque constantinienne inconnue, à Saint-Pierre de Rome. 

5. Giampini, De sacris aedificiis a Constantino M. constructis, 
Rome, 1693, p. 30. 

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La date 
de 258. 



leur donnaient les pieux visiteurs *. Lorsque, en 386, les 
empereurs Valentinien II, Théodose et Arcadius don- 
nèrent l'ordre de reconstruire la basilique de Saint-Paul, 
ils en parlèrent comme d'une église antiquitus iam sa- 
cratam * ; la basilique de saint Pierre ne pouvait guère 
être plus jeune. 

De plus, le séjour de saint Pierre seul aux Catacom- 
bes est une donnée contraire à la tradition de la trans- 
lation, quelle qu'en soit l'expression : utriusque in Ca- 
tacumbas, dit le calendrier; nomma Pétri pariter Pau- 
lique, dit l'inscription damasienne ; les Acta Pétri et 
Pauli, le Liber pontificalis dans les notices de Cornélius 
et de Damase, saint Grégoire, la passion deScharbîl, tous 
les documents sont d'accord là-dessus : les corps des 
apôtres ont été apportés ensemble aux Catacombes, ils 
y ont séjourné ensemble, ils en sont partis ensemble. 

Enfin, il ne faut pas croire qu'il y ait entre le férial 
delà collection philocalienne et le calendrier du marty- 
rologe une telle différence de date que le premier puisse 
être facilement considéré comme une première rédac- 
tion, comme une ébauche du second. Des indices que 
je ne puis discuter ici, mais qui seront étudiés prochai- 
nement, autorisent à penser que le plus ancien des 
deux documents n'est pas le plus concis. Ainsi, la leçon 
du férial philocalien n'a pour elle, ni le privilège d'une 
antériorité certaine, ni l'avantage de concorder avec la 
tradition sur les translations simultanées des deux apô- 
tres ; elle est en contradiction avec ce que nous savons 
sur la date de la basilique de Saint-Pierre ; elle doit 
donc être sacrifiée, et nous restons en présence du 
texte du martyrologe. 

42. — Celui-ci nous donne les trois stations; de plus, 
il contient une date (Tasco et Basso co?is.), la date 
consulaire de l'année 258, qui figure aussi dans le 
férial. Mais dans le férial elle suit immédiatement l'in- 
dication de la sépulture de saint Paul, sur la voie d'Ostie, 
tandis que, dans le martyrologe, elle vient après les 

1. Ceci résulte d'um fait rapporté par Ammien Marcellin (xxvn, 
3, 5). Lampadius, qui fut préfet du prétoire en 354, avait, pendant 
sa préture, donné des jeux magnifiques et fait des largesses consi- 
dérables; mais comme la foule voulait lui imposer des donataires 
indignes, accitos a Vaticano quosdam egentes opibus ditaverat ma- 
gnis. Il n'est pas téméraire, je crois, devoir dans ces bons pauvres 
des pauvres chrétiens, attendant l'aumône à la porte du sanctuaire 
de l'apôtre. Quant à la date du fait, elle doit remonter bien au delà 
de l'année 354, car la préture était alors une magistrature de début, 
par laqueUe on inaugurait sa carrière, tandis que la préfecture du 
prétoire était une des plus hautes fonctions de l'empire. 

2. Baronius, ad ann. 386, n° xxxvm. 



mots utriusque in Catacumbas. Il est vrai qu'elle en 
est séparée par les mots passi sub Nerone\ mais ceux-ci 
sont vraisemblablement une interpolation, à moins 
qu'on ne suppose qu'il se soit perdu quelque formule 
comme translati autem, ce qui est fort peu probable. 

A quoi se rapporte cette date? Evidemment pas au 
martyre des apôtres, mais, ou bien à leur translation 
aux Catacombes ou bien à leur départ de cet endroit et 
à leur réintégration dans les monuments du Vatican et 
de la voie d'Ostie. La première hypothèse est de beau- 
coup la plus vraisemblable. Voici pourquoi. 

D'abord l'ordre des mots, dans le texte du martyro- 
loge, qui est le texte le plus complet et le plus autorisé, 
rattache la date à la mention des Catacombes; ainsi 
l'événement que l'on commémorait aux Catacombes, 
pendant le iv° siècle, s'est passé en 258. Or on fête 
l'arrivée de reliques en un endroit; mais il n'est pas 
naturel de célébrer le souvenir de leur départ. C'est 
donc l'arrivée des corps saints aux Catacombes qui 
semble être marquée dans le calendrier sous la date 
Tusco et Basso cons. 

43. — Cette solution a d'ailleurs un grand avantage, 
c'est qu'elle permet de rendre compte de la transla- 
tion. L'année 258 est une année de persécution. L'é- 
dit rendu, dès l'année précédente, contre les chrétiens, 
portait défense de tenir des réunions et d'entrer dans 
les cimetières '.L'étude des dispositions architectoni- 
ques du cimetière de Calliste a permis à MM. de Rossi 
de constater qu'on avait alors pris des mesures pour lui 
donner une issue compliquée et secrète, l'entrée ordi- 
naire ayant été rendue inabordable 2 . Ces observations 
vérifient une supposition qui se présente d'elle-même à 
l'esprit, savoir que les cimetières chrétiens furent sur- 
veillés et gardés par la police tant que dura la persécu- 
tion de Valérien. Or, parmi les sépultures chrétiennes 
de Rome, il n'en était pas de plus connues ni de plus 
visitées que les tombes apostoliques du Vatican et de 
la voie d'Ostie; elles devaient être les premières mena- 
cées de séquestre et exposées ainsi à des dégâts et à 
des profanations déplorables. La prudence commandait 

1. ... fj auvdSouç lîoteîoôou -^ elç ta xaXou{J.eva xotjrrçTTipta eîatévat, pa- 
roles adressées par le préfet d'Egypte à l'évoque d'Alexandrie ; ne 
in aliquibus lotis conciliabula fiant, nec coemeteria ingrediantur t pa- 
roles adressées par le proconsul d'Afrique à l'évêque de Carthage 
(Eus., H. E., vu, 11; Acta Cypr., éd. Hartel, p. ex). 

2. Sur ces travaux et sur des dispositions analogues prises au 
moment de la persécution de Dioclétien, v. Roma sott., t. II, p. 254 
262; p. 45-58 {ad calcem). 



Solution 
de la questic: 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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d'en extraire les reliques des apôtres et de les cacher en 
quelque endroit où la police ne fût pas tentée d'aller 
les chercher, où même les fidèles n'eussent pas autant 
de facilité de se réunir pour les vénérer. 

Le monument des Catacombes satisfait admirable- 
ment à cette condition. Autant qu'on a pu l'étudier, 
car il reste encore beaucoup à faire sur ce sujet l , ce 
monument diffère essentiellement des types de sépul- 
tures chrétiennes que l'on rencontre ordinairement à 
Rome ; il ressemble plutôt aux tombeaux païens ; sa dé- 
coration indique une antiquité relativement très haute, 
une origine de beaucoup antérieure à la persécution de 
Valérien. Il n'est pas relié aux galeries du cimetière 
voisin; les tombes chrétiennes découvertes aux envi- 
rons ne paraissent pas avoir été groupées autour de lui. 
On ne saurait imaginer de meilleurs indices d'une ca- 
chette, d'un lieu choisi pour dépister les recherches de 
la police urbaine et même le zèle intempestif des fidèles. 

En somme, l'étude des lieux, des dates et de la tra- 
dition liturgique conduit à cette hypothèse : pendant la 
persécution de Valérien, en 258, les chefs de l'église 
romaine, craignant pour les tombeaux apostoliques du 
Vatican et de la voie d'Ostie, prirent le parti d'en ex- 
traire les corps qu'ils renfermaient et les transportèrent 
sur la voie Appienne, dans un autre tombeau, choisi de 
façon à servir de cachette. Les saintes reliques y demeu- 
rèrent longtemps , peut-être jusqu'à la paix de l'E- 
glise et au règne de Constantin \ Quand elles eurent 
été réintégrées à ieurs places primitives, le souvenir 
de la sépulture temporaire ne se perdit pas ; il fut l'ob- 
jet d'une commémoration solennelle, qui avait sa place 
dans les fêtes de l'anniversaire du 29 juin, commun 
aux deux apôtres. 

. Quant à l'histoire de la tentative de vol dont se se- 
raient rendus coupables des chrétiens grecs ou orien- 
taux, elle n'est probablement qu'un écho altéré de ces 
événements. Le Liber pontificalis n'y fait aucune allu- 
sion. Son auteur nous dit, dans la notice de Damase, 
que les corps des apôtres ont séjourné aux Catacombes, 

1. M. de Rossi n'en a dit qu'un mot en passant, dans sa Roma 
$ott., t. I, p. 188. Voir la description de Marchi {Monum. délie arti 
crist., Rome, 1844, p. 210 et suiv.), complétée sur certains points 
par V. Schultze (Altchristliche Monumcnte, Vienne, 1880, p. 248 et 
suiv.). 

2. Les quarante ans mentionnés par les itinéraires (v. ci-dessus, 
p. cv) s'expliqueraient ainsi; c'est évidemment un chiffre rond et 
symbolique ; il n'est pas déraisonnable de l'appliquer à l'intervalle 
entre l'année 258 et une date peu postérieure à 313. 



mais il ne nous apprend pas quand et comment ils y 
arrivèrent. Dans la notice de Cornélius il ne rapporte 
que leur réintégration dans leurs anciennes tombes. Sa 
version contient un anachronisme évident ; car, quand 
même on n'accepterait pas la solution que je propose, 
et que l'on considérerait la date Tusco et Basso comme 
marquant le terme du séjour des corps saints sur la voie 
Appienne, cettedate, enregistrée dans les fastes liturgi- 
ques officiels du iv 6 siècle, serait encore inconciliable 
avec l'intervention du pape Cornélius, mort en 253. 

4° L'Invention de la vraie Croix. 

44. — La notice du pape Eusèbe contient la phrase Les légendes 
suivante : Sub huius tempora inventa est crux domini et de suvestre. 
nos tri Iesu Chris ti Vnon. mai., et baptizatus est Iudas 
quiet Quiriacus. La notice de Silvestre parle à diverses 
reprises du baptême conféré par ce pape à l'empereur 
Constantin, qui trouva dans l'eau sainte, non seulement 
le bienfait de la régénération spirituelle, mais encore 
la guérison de la lèpre dont il était affecté. Ces notices 
dépendent ainsi, l'une de la relation apocryphe de l'In- 
vention de la Croix, l'autre de la légende du baptême 
de Constantin, récits fabuleux dont l'origine et l'histoire 
littéraire ont des ressemblances tout à fait singulières. 

Dans le décret pseudogélasien de recipiendis et non 
recipieiidis libris t ils sont mentionnés l'un après l'autre, , 
bien que jugés différemment : Actus beati Silvestri, 
apostolicae sedis praesulis, licet eius qui conscripsit no- 
men ignorelur, a multis tamen in urbe Romana catho- 
licis legi cognovimus, et pro antiquo usu multae hoc 
imitantur ecclesiae. Item scriptura de inventione crucis 
Dominicae et alia scriptura de inventione capitis beati 
Iohannis Baptistae, noveilae quidem relationes sunt t 
et nonnulli eas catholici legunt. Sed cum haec ad ca- 
tholicorum manus advenerint , beati Pauli apostoli 
praecedat sententia : « Omnia probate, quod bonum 
est tenete » . Nous pouvons négliger le récit relatif au 
chef de saint Jean-Baptiste * ; quant aux deux autres, 
on voit que le premier est traité bien plus favorable- 
ment que le second. L'auteur du décret constate indi- 
rectement qu'on ne l'admettait pas, à Rome, aux hon- 

1. Ce récit, qui se rapporte à un fait daté de l'année 453, fut tra- 
duit en latin par Denys le Petit (Migne, P. L., t. LXVII, p. 4H-432) ; 
il n'a aucune analogie avec les deux autres. 



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Récits divers 

sur 
l'Invention de 
la vraie Croix. 



neurs de la lecture publique, mais que beaucoup de 
personnes orthodoxes le lisaient en leur particulier ; il 
ne formule aucune réserve à son égard. Au contraire, 
il est d'avis que, dans le récit de l'Invention de la 
Croix, il y a à prendre et à laisser. 

Les deux légendes, en effet, quelle que soit Jeur res- 
semblance et leur parenté, sont inconciliables en un 
point essentiel, surtout pour des lecteurs romains : 
dans la première, le baptême de Constantin est attribué 
au pape Eusèbe, dans la seconde, à saint Silvestre. 
L'auteur du Liber pontificaiis a appliqué ici, peut-être 
par anticipation, le conseil donné dans le décret géla- 
sien : tout en acceptant les deux légendes, il a choisi 
entre les deux baptêmes, et s'est décidé pour le plus 
célèbre et le moins invraisemblable au point de vue des 
dates. Occupons-nous d'abord de la légende de l'Inven- 
tion de la Croix. Les circonstances de cet événement 
ont été l'objet de plusieurs récits dont voici les trois 
formes principales : 

45. — 1° La Doctrine d'Addaï *, légende des ori- 
gines de l'église d'Edesse, contient un épisode sur 
l'Invention de la Croix ; cet épisode paraît avoir eu pri- 
mitivement une existence indépendante ; il n'a qu'un 
lien assez faible avec la narration où il est enchâssé. 
La vraie Croix y est découverte, non par sainte Hélène 
au iv e siècle, mais par Protonicé, femme de l'empereur 
ou plutôt du vice-empereur Claude, sous le règne de 
Tibère et sous l'épiscopat de saint Jacques ; les saints 
lieux sont indiqués et remis à la princesse par les chefs 
de la communauté juive de Jérusalem ; on y trouve 
les trois croix, entre lesquelles un miracle permet 
de reconnaître celle du Sauveur ; Protonicé fait aus- 
sitôt construire des basiliques sur les emplacements 
sacrés du Calvaire et du Saint Sépulcre. 

2° Dans les dernières années du iv° siècle, de graves 



1. Publiée pour la première fois dans le texte syriaque original, 
avec une traduction anglaise, par G. Philipps (The Doctrine ofAd- 
dai, etc. Londres, 1876), d'après un ms. du vi° siècle, conservé à 
Saint-Pétersbourg; outre ce manuscrit, il en existe d'autres qui 
contiennent des fragments de la môme pièce : British Mus., Add. 
14644, 14654, 12174; Paris. 143. On connaissait déjà la version ar- 
ménienne, traduite en français par le méchitariste Alishan {Lettre 
tfAbgar, etc. Venise, 1868; cf. Didot, Fragm. hist. graec, t. V, 
part, u, p. 319) et le remaniement grec npâEÇtc OaSSafou, publié par 
Tischendorf (Acta app. apocr., Leipzig, 1851, p. 261). Voir sur ces 
légendes, Lipsius, Die Edessenische Abgarsage, Brunswick, 1880, 
p. 67 et suiv., Die apocryphen Apostelgeschichten, t. II, part, u, 
p. 178-200; Th. Zahn, Forschungen zur Geschichte der neutestam. 
Kanons, I, p. 370 et suiv. 



auteurs, saint Àmbroise, saint Paulin de Noie, Sulpice 
Sévère, Rufîn, parlent comme d'un fait connu, de la 
découverte de la vraie Croix par Hélène, mère de Cons- 
tantin. Les historiens grecs Socrate, Sozomène et Théo- 
doret, reproduisent le même récit, à peu près avec les 
mêmes circonstances ! . 

3° Une narration où intervient aussi sainte Hélène, 
mais au milieu de circonstances bien différentes, est con- 
signée dans la légende du juif Judas-Cyriaque ; cette ver* 
sion est mentionnée pour la première fois, mais comme 
invraisemblable, par Sozomène, qui déclare s'en tenir 
pour son compte au récit ordinaire ; elle n'a pas été 
adoptée par les historiens byzantins, Malala, Théophane, 
Hamartolus, Cedrenus. On en a des rédactions dans les 
trois langues latine a , grecque 3 et syriaque *; deux des 
manuscrits syriaques où elle se trouve sont du vi e siècle 
ou même de la fin du siècle précédent ; un autre 5 con- 
tient à la fois la légende de Protonicé et celle d'Hélène, 
combinées à l'aide d'une disparition de la Croix peu 
après sa première découverte. 

46. — En étudiant de près les deux textes de la 
Doctrine d'Addaï et des Actes de Cyriaque il est facile " 
de voir que le premier est le plus ancien et que le se- 
cond n'est qu'une tentative de conciliation entre la tra- 
dition primitive et l'histoire des saints lieux telle qu'on 
la racontait dans le monde gréco-latin depuis la fin du 
iv e siècle. La légende de Protonicé ° est certainement 
édessénienne d'origine ; il en est de même sans doute 
de celle de Judas-Cyriaque ; ceci résulte d'abord de son 

1. Ambr., Semo in obit. Theodosii, c. 46 (Migne, P. L., t. XVI, 
p. 1399); — Rufin, H. E., I, 7, 8; — Paulin, ep. 31 ; — Sulp. Sev., . 
Chron., II, 34 (Sulpice Sévère me parait dépendre de Paulin); — 
Socrate, I, 17; — Sozomène, II, 1; — Theodoret, H. E., I, 18. 

2. Acta SS. maii, t. I, p. 445. 

3. Inédite, mais conservée dans le ms. 866 du Vatican [Acta SS. 
maii, t. I, p. 362). . 

4. Inédite aussi; manuscrits : British Muséum, Add. 14644, du vi« 
siècle et 12174 (xn° siècle), enfin le ms. do Saint-Pétersbourg d'où 
l'on a tiré la doctrine d'Addaï. Celui-ci contient ainsi les deux lé- 
gendes, celle de Protonicé et celle d'Hélène; il en est de môme du 
précédent. 

5. British Mus., Add. 12174. 

6. Cependant il n'est pas impossible que la légende de Protonicé 
soit elle-même dans la dépendance de faits réels, de la découverte 
des Saints Lieux sous Constantin, du culte de la Croix à Jérusa- 
lem, inauguré à tout le moins vers le même temps (Cyrille, Ca- 
tech., îv, 10; x, 9, en parle comme d'une chose ancienne), de la cé- 
lébrité des édifices constantiniens de la ville sainte, enfin du voyage 
d'Hélène elle-même en Palestine. S'il en est ainsi, cette légende ne 
pourrait être antérieure au milieu du iv° siècle environ. Ce n'est 
que depuis la fin du iv<s siècle que les écrivains latins et grecs 
mettent le personnage de sainte Hélène en rapport avec le fait 
précis de la découverte de la vraie Croix. 



Date et patri-: 
de la légende 
de Judas- 
Cyriaque. 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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la légende 

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rapport avec l'autre; en second lieu, le baptême de 
Constantin par Eusèbe, évoque de Rome, est évidem- 
ment une transformation du baptême réel de Constan- 
tin par Eusèbe, évoque de la ville impériale de Nico- 
médie et plus tard de Constantinople, la nouvelle 
Rome ; or, une telle confusion entre les deux Romes ne 
peut être le fait d T un auteur latin ou byzantin. Les plus 
anciens auteurs connus qui aient adopté cette histoire 
sont Moïse de Khorène ' et Jacques de Sarug * ; or, 
celui-ci était un évoque de langue syriaque, celui-là 
un auteur arménien, très familier avec les légendes édes- 
séniennes. Il est vrai que Sozomène doit avoir eu con- 
naissance au moins de certains détails de cette version; 
mais elle n'a guère fait fortune dans le monde grec. 
En dehors des auteurs orientaux que je viens de citer, 
c'est plutôt parmi les latins qu'elle a eu du succès. Les 
plus anciens livres latins où elle ait laissé des traces 
sont le Liber pontificalis et le décret pseudogôlasien à 
Rome ; en Gaule, YBistoria Franc orum de Grégoire de 
Tours 3 . 



5° Constantin et saint Silvestre. 

47. — La légende de Silvestre et de Constantin a, 
dans son histoire littéraire, plus d'une analogie avec 
celle de Judas-Cyriaque. Elle a, comme celle-ci, laissé 
des traces dans les écrits de Moïse de Khorène et de 
Jacques de Sarug en Orient, dans ceux de Grégoire de 
Tours et dans le Liber pontificalis en Occident ; le dé- 
cret pseudogélasien les nomme à la suite l'une de l'au- 
tre ; il semble qu'elles aient cheminé ensemble depuis 
leur origine. Cependant la légende de Judas-Cyriaque 
a eu beaucoup moins de succès que celle de Silvestre ; 
il lui a fallu lutter contre le récit popularisé par saint 
Ambroise, saint Paulin de Noie, Sulpice Sévère, Rufin 
et les trois historiens grecs Socrate, Sozomène et Thôo- 
doret, réunis en faisceau dans l'Histoire tripartite de 
Cassiodore. De plus, le fait qui en est le thème a, en 
définitive, beaucoup moins d'importance que la conver- 
sion de l'empire romain, le triomphe de la religion 

i. Hist. Arm., II, 84, p. 218 de l'édition Whiston, Londres, 1736; 
l'édition Le Vaillant de Florival, Venise , 1. 1, p. 366, supprime la 
mention du juif Judas. 

2. Homélie indiquée par Àssemanï, Bibl. Or., t. I, p. 328 ; cf. 
Lipsius, Abgar-Sage, p. 83, note 2. 

3. I, 34. 



chrétienne sur le judaïsme et le paganisme, symbo- 
lisé par la légende de Constantin et de Silvestre. Celle-ci 
est entrée dans le Liber pontificalis, soit directement, 
soit par l'intermédiaire d'autres documents ; elle a d'ail- 
leurs contribué si puissamment à former les idées des 
hommes du moyen âge sur l'histoire ancienne du chris- 
tianisme, qu'il est nécessaire de s'y arrêter et d'en étu- 
dier les origines avec quelque soin *. Un tel sujet méri- 
terait d'être traité dans un livre spécial ; je n'ai nulle- 
ment la prétention de l'épuiser ici. Il faudrait avant 
tout publier exactement les textes en diverses langues 
où se sont conservées les rédactions successives de la 
vie de Silvestre ; les éditions qui en ont été faites jus- 
qu'ici laissent beaucoup à désirer. C'est d'abord de la 
généalogie de ces réfactions que je vais m 'occuper ; 
j'étudierai ensuite la genèse spéciale de la conception 
historique dont elles nous offrent le développement. 

La vie de saint Silvestre existe en trois langues an- 
ciennes, le syriaque, le grec et le latin. 

48. — En syriaque, il y a deux rédactions différentes. 
La première, publiée par Land *, fait partie d'un recueil 
de diverses pièces historiques, en douze livres, auquel 
l'éditeur a donné le nom à'Historia miscellanea ; le ma- 
nuscrit qui contient ce recueil (British Muséum, Add. 
17202) est du vi° ou du vu siècle. La seconde, encore 
inédite, se trouve dans le manuscrit Add. 12174 de la 
même bibliothèque. Ces deux textes semblent être tra- 
duits du grec, indépendamment l'un de l'autre : la 
rédaction inédite est un peu plus diffuse et plus com- 
plète que l'autre s . 

49. — Il y a au moins trois textes grecs, tous très 
imparfaitement connus. 



1. Les travaux les plus récents sur cette question sont ceux de 
Dôllinger, Die Papstfàbeln des Mittelalters, Munich, 1863, p. 52-61 ; 
Lipsius, DieEdessen. Abgar-Sage, p. 84-86; A. Frothingham, L'O- 
melia di Giacomo di Sarûg, dans les Memorie délia r. Accademia 
dei Lincei, classe di scienze morali, etc., t. VIII (1882). Voir aussi 
mon Étude sur le L. P., p. 165-173, à laquelle j*ai beaucoup ajouté 
ici, sur ce point comme sur bien d'autres. 

2. Anecdota syriaca, t. III, p. 46-16. 

3. Je reproduis ici le jugement de M. A. Frothingham, qui a pu 
étudier ces textes directement et à loisir (/. c, p. 20). H m'est im- 
possible de le contrôler en ce qui regarde le texte du ms. Add. 
12174; quant à celui qui a été publié par M. Land, M. Frothin- 
gham exagère beaucoup en le donnant comme une « version litté- 
rale » de la rédaction grecque. Mon collègue, M. l'abbé Martin, 
et l'un de ses élèves, ont bien voulu m'en traduire quelques 
passages; la comparaison montre que cette rédaction syriaque, 
bien qu'elle dérive du texte grec, n'en est pas une version fidèle, 
mais un remaniement abrégé. 



Textes 
syriaques. 



Textes grecs. 



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Texte latin. 



1° Lipomanus et, après lui, Surius \ publièrent, au 
31 décembre, une vie de saint Silvestre en latin, tra- 
duite, disent-ils, du grec de Métaphraste. Comparé aux 
autres rédactions grecques, ce texte offre l'aspect d'un 
remaniement bien postérieur. N'en ayant vu aucun 
manuscrit dans la langue de Métaphraste, je m'abstiens 
d'en parler plus au long. 

2° Combéfîs publia en 1659 s une vie grecque de saint 
Silvestre, d'après un manuscrit Mazarinaeus qui porte 
maintenant le n° 513 à la bibliothèque nationale. Un 
texte identique pour le fond, mais mieux conservé en 
bien des endroits, se rencontre dans plusieurs manus- 
crits de la même bibliothèque. Il commence par 
une préface où l'on raconte qu'Eusèbe avait composé, 
outre son Histoire ecclésiastique, un vaste recueil des 
actes des saints et des évoques des principaux sièges. 
La vie du bienheureux Silvestre y figurait ; le narra- 
teur ne fait que la traduire « du grec » 3 . Comme 
on ne traduit pas du grec en grec, il est clair que l'au- 
teur de cette préface et du texte qui la suit écrivait 
dans une autre langue. 

3° Ceci résulte encore de l'existence d'un autre texte 
grec, entièrement différent du précédent, quoique ra- 
contant identiquement les mêmes choses et de la même 
façon, phrase par phrase. Ce texte, signalé déjà 
par Combéfis (loc. cit., page 337), a été retrouvé par 
mon jeune ami, M. l'abbé Batiffol, dans certains ma- 
nuscrits de la Bibliothèque nationale 4 . Il ne va pas, il 
est vrai, jusqu'à la fin de la vie : au bout de quelques 
pages il devient identique au précédent ; mais il y en a 
assez pour que l'on puisse y reconnaître une nouvelle 
tentative de traduction. 

50. — En latin, au contraire, la vie de saint Silves- 

1. Viiae SS., t. VI, p. 1113-1187. Le titre de cette version la 
donne comme faite sur une Vie de Métaphraste ; on ne trouve 
aucune vie de saint Silvestre dans l'édition de Métaphraste que 
contient la Patrologie grecque de Migne. — Aucun des manus- 
crits de Paris ne contient le texte grec auquel correspond la ver- 
sion de Surius. 

2. IUusirium Christi martyrum triumphi, Paris, 1659, p. 254 et suiv. 

3. Ceci n'apparaît pas hien dans le texte de Combéfis, assez avarié 
à cet endroit. Voici la leçon du Parisinus 1449 : r E% «cou àpiOfxoû 
toévuv toOtwv tûv é-RL<T%(ta<i>v cUv H^XP 1 x " v ÉautoO XP^ VUV à TcpoppT^Qel; 
Eù<sé6io<; xîj éXXdtSt «roveypdE^axo yXwaTQ, èx to\5tu>v gva Tt^ iieyaXoTKiXewi; 
r Pw[xi}<; xeXeûeiç jieTa«ppijat, TO'jTeativ tôv paxipiov xal àywv 2tX6eTcpov. 

4. Voici en quels termes l'auteur du prologue y présente son 
travail : ... twv tcxpskrÇkuQôxtàv raivrtov ayoi xal twv tSîwv j^pdvwv t* 
xaT0p9w|xaTa IXXT t vixfi yXwuoTj auvéypa^ev (E'jaé6to<;), àiraptô^xtov ôvrwv 
(cod. £irapi8irr|9ivT(i>v aôttâv) ravrwv twv toioûtwv èTz:<j%ÔT:tùv' tôv 8è xr^ç 
Twjxtk iTTioxorov £&6eTcpov lx tt,; éX>>T é vioo<; auyypaofj; {XETaOsîvaî jie 
xeXeûeiç, x. t. X. (Cod. Paris. 1448, f° 1). 



tre a une teneur fixe, identique dans tous les manus- 
crits, sauf, bien entendu, les coupures, abréviations et 
transpositions si communes dans les lectionnaires litur- 
giques. Cette circonstance permet déjà de présumer 
que c'est lui qui est le texte original d'où dérivent 
toutes les rédactions grecques et syriaques. La pré- 
somption se change en certitude quand on étudie la 
narration dans le détail. Jusqu'ici cette étude a été 
assez difficile, la rédaction latine n'ayant été publiée 
que dans le rare ouvrage de Mombritius l . 

M. — La préface est une lettre dédicatoire, dont le 
destinataire n'est pas nommé. Il y est dit que l'historio- 
graphe Euaèbe de Césarée négligea d'insérer dans son 
histoire ecclésiastique un grand nombre de récits qui 
se trouvaient déjà dans ses autres ouvrages. Parmi ceux- 
ci figurait un recueil en vingt livres qui contenait, pour 
presque toutes les provinces de l'empire, les actes des 
martyrs, des confesseurs et des saintes femmes; puis, 
pour les grandes églises apostoliques de Rome, d'Antio- 
che, de Jérusalem, d'Ephèse et d'Alexandrie 8 , les gesta 
episcoporum, depuis saint Pierre jusqu'au temps où vi- 
vait l'historien. Parmi ceux-ci, la vie du pape Silvestre 
a été désignée par le destinataire de la lettre, un évoque 
probablement 3 , pour être traduite du grec en latin. 
C'est donc Eusèbe de Césarée qui est donné comme le 
véritable auteur de cette biographie. 

Après ces préliminaires, le récit commence. Silvestre, 
jeune romain, fils d'une dame appelée Justa, se forme 
à l'école d'un saint prêtre, Cyrinus. Entre autres vertus, 
il pratique l'hospitalité avec le plus grand zèle. Un chré- 
tien, du nom de Timothée, étant venu d'Antioche.à 
Rome, en temps de persécution, Silvestre le reçoit chez 
lui, alors que les « pontifes » eux-mêmes craignaient 
de s'exposer en l'hébergeant. Timothée prêche la foi avec 
ardeur. Il est arrêté parles ordres du préfet Tarquinius, 
condamné à mort et exécuté. Silvestre l'enterre près 

1. Sanctuarium, sive Vitae sanctorum collectae ex codicibus rnss., 
Milan, sans date, vers 1475, t. II, f° 279. Les passages qui man- 
quent au texte de Mombritius ont été publiés par le P. Ch. de 
Smedt, dans les Analecta Bollandiana, t. I, p. 613 et dans son Ca- 
talogus codd. hagiographicorum bïbl. reg. Bruxellensis^ p. 5, 119 
(même collection), d'après des manuscrits de Namur et de Bruxelles. 

2. Cette énumération des cinq grands sièges, avec la particula- 
rité d'Ephèse substituée à Gonstantinople, se retrouve dans une 
préface apocryphe que certaines collections canoniques mettent en 
tète du concile de Nicôe (Hardouin, t. I, p. 309; Mansi, t. II, 
p. 663). M. Maassen (Quellen, t. I, p. 41) pense que ce document a 
dû être fabriqué dans la seconde moitié du v c siècle. 

S. Il est appelé domine sancte ac beatissime pater. 



Analyse 
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Vita Silvettr.. 



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du tombeau de saint Paul, dans le jardin d'une pieuse 
dame appelée Théona '. Cet acte de courage attire sur 
lui l'attention des persécuteurs; il confesse la foi, mais 
il échappe miraculeusement à la mort. Le papeMiltiade 
l'élève au diaconat et à la prêtrise : après sa mort, Sil- 
vestre est porté, malgré lui, au siège pontifical. Ici se 
place une longue description de son enseignement et 
de son gouvernement; puis un second épisode com- 
mence. Euphronius ou Euphrosynus, évoque de Pam- 
phylie, vient à Rome en pèlerinage. Les discours et les 
exemples de ce saint homme sont l'occasion de diver- 
ses modifications dans les usages ecclésiastiques. Sur 
ses conseils, Silvestre adopte pour le haut clergé le vête- 
ment appelé colobium, tunique flottante et sans man- 
ches, que l'on porta après lui sous Marc, Jules et Libère, 
mais qui fut remplacée par la dalmatique, quelques 
personnes s'étant offensées de voir le clergé officier les 
bras nus. Les jours de la semaine, jusque-là désignés 
par des noms de divinités païennes, sont appelés ferla 
secunda, tertia, etc., en dépit de la grammaire qui n'em- 
ploie le mot ferlae qu'au pluriel, comme kalendae et 
thermae. Ce changement est motivé par les textes sa- 
crés qui ordonnent aux saints de se reposer des affaires 
temporelles (Ps. xlv, il; II Tim., h, 4). Les dimanches 
et les jeudis de chaque semaine sont déclarés jours de 
fête, tandis que le mercredi, le vendredi et le samedi 
sont consacrés au jeûne. 

Ces mesures suscitant une vive opposition chez les 
Grecs, Silvestre leur répond d'abord qu'un usage fondé 
sur la tradition des apôtres n'a pas besoin d'être mo- 
tivé par des raisons ; que d'ailleurs le samedi est le jour 
où le Seigneur demeura dans le tombeau, et que ce 
fut pour ses disciples un jour de deuil et de jeûne. En 
vain lui objecte-t-on que cette commémoration peut être 
limitée au samedi de la semaine sainte. S'il en est ainsi, 
dit-il, il faudrait limiter au seul dimanche de Pâques 
la commémoration de la Résurrection, ce qui est con- 
traire à l'esprit de l'Eglise. L'observation du jeudi 
comme jour de fêle et son assimilation au dimanche 
sont justifiées par un raisonnement analogue : le jeudi 



1. Ce Timothée est un personnage réel et un martyr historique. 
Sa fête est marquée dans le férial philocalien, au 22 août (p. 12 du 
présent volume), et dans les annales romaines dont il a été question 
plus haut, p. vu, à l'année 306 : Bis consulibus passus est Thimotheus 
Romae X kl. iul. (Mommsen, Ueber d. Chronographen vom Jahre 354, 
p. 663; cf. Lipsius, Die apocryphen Apostelgeschichten, t. II, part, h, 
p. 392). 



est le jour de l'Ascension, de la consécration du chrême, 
de la réconciliation des pénitents; on doit étendre 
au jeudi de chaque semaine, dans une certaine me- 
sure, la solennité des jeudis solennels de la semaine 
sainte et de l'Ascension. Les Grecs se rendent aux expli- 
cations du pape et abandonnent leurs objections. 

Après ces aperçus sur le gouvernement épiscopal de 
Silvestre, le narrateur annonce qu'il va choisir, parmi 
les merveilles opérées par le saint évêque, un prodige 
tout à fait propre à donner une idée de sa puissance 
comme thaumaturge. Suit l'histoire du dragon. Un dra- 
gon vivait dans une caverne du mont Tarpéïen, à 365 
degrés sous terre ; les mages et les devins le nourris- 
saient de victimes humaines ; de temps en temps il mon- 
tait à la surface du sol et répandait dans l'air des éma- 
nations pestilentielles *. Silvestre, aidé du secours de 
l'apôtre Pierre, parvient à triompher de ce monstre et 
l'enferme dans sa caverne, après quoi on n'en entend 
plus jamais parler. 

Les épisodes qui précèdent n'ont entre eux qu'un 
lien fort léger; ils ne se rattachent pas plus étroitement 
au reste de la narration, désormais consacrée à la con- 
version de Constantin et d'Hélène, c'est-à-dire à la vic- 
toire du christianisme sur le paganisme officiel et sur 
le judaïsme. 

A l'instigation de sa femme, Maximiana, fille de Dio- 
ctétien, Constantin ordonne une persécution violente 
contre les chrétiens. Pour y échapper, Silvestre se ré- 
fugie dans une caverne du mont Syraptim. Cependant 
le prince persécuteur est atteint de la lèpre. Les mé- 
decins, devins et mages cherchent à le guérir, mais inu- 
tilement. Enfin les prêtres du Capitole lui conseillent 
de se baigner dans le sang d'enfants nouveau-nés. Au 
moment d'accomplir leur prescription, l'empereur se 
laisse toucher par les cris des mères et des enfants ; il 
renonce à la guérison que lui procurerait un remède 
aussi cruel. En récompense, il voit apparaître, la nuit 
suivante, les apôtres Pierre et Paul, qu'il prend pour 
des dieux; ils lui disent défaire venir Silvestre,qui legué- 
rira par les eaux de baptême. Silvestre, mandé, se pré- 
sente, apprend à l'empereur que ceux qui lui ont apparu 

1. Y aurait-il quelque lien entre cette légende et la caverne mi- 
thriaque située au pied du Capitole? C'est de cette caverne que 
provient, comme on sait, le grand bas-relief de Mithra sacrifiant 
le taureau, qui se trouve au musée du Louvre. Il resta en place 
pendant tout le moyen âge; le populaire de Rome le connaissait 
sous le nom de lo Perso. 



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ne sont pas des dieux, mais des serviteurs du Christ; 
il lui montre leurs images et le prépare au baptême. La 
cérémonie, précédée d'un jeûne solennel, a lieu dans 
les bains du palais de Latran. Au moment où Constan- 
tin entre dans l'eau sainte, une vive lumière apparaît à 
ses yeux et aux yeux des assistants ; il est guéri en 
même temps que régénéré. 

Les jours suivants, le premier empereur chrétien 
rend diverses ordonnances en faveur de la religion qu'il 
vient d'embrasser: le Christ doit être adoré par tout 
l'empire ; ceux qui blasphémeront son nom ou feront 
injure à ses fidèles seront punis de peines très graves ; 
les églises jouiront du droit d'asile ; pour en construire 
de nouvelles, les fonctionnaires publics lèveront la dîme 
sur les possessions impériales; aucune église ne sera 
construite à l'intérieur des villes sans le consentement 
de l'évêque approuvé par le pontife du siège apostolique; 
les évoques de l'empire romain tout entier seront sou- 
mis au pape comme les magistrats le sont à l'empe- 
reur '. 

Le huitième jour après son baptême, albis depositis, 
Constantin se rend à la confession de saint Pierre et com- 
mence à creuser les fondements d'une basilique en l'hon- 
neur de l'apôtre. Le lendemain, il inaugure dans son pa- 
lais de Latran la construction d'une autre église et rend 
un édit pour favoriser la conversion des pauvres. Les 
sénateurs cependant n'avaient pas renoncé au paga- 
nisme. Constantin tient une grande assemblée publique 
dans la basilique Ulpienne : il proclame sa propre con- 
version et, malgré les cris du peuple qui l'exhorte à 
prendre des mesures de rigueur contre les demeurants 
du paganisme, il déclare que les conversions doivent 
être entièrement libres. 

Ici se place l'intervention d'Hélène, mère de Constan- 
tin, en faveur du judaïsme. Cette princesse habitait 
alors en Bithynie a , inpartibus Orientés, avec ses deux 
petits-fils, les augustes Constant et Constance. Elle écrit 
à son fils pour le féliciter d'avoir abandonné le culte des 
idoles, regrettant toutefois qu'il ait adopté le christia- 
nisme au lieu de la religion juive, la seule véritable. 
Constantin répond, et, d'un commun accord, on provo- 
que une dispute entre les principaux rabbins juifs et les 
évêques chrétiens. L'assemblée se tient devant l'empe- 

i. Ut in toto orbe Romano sacerdotes ita hune {pontificem Roma- 
num) caput habeant ut omnes iudices regem. 

2. Hélène était de Drépane, en Bithynie, dont le nom fut changé, 
en son honneur, en celui d'Helenopolis. 



reur et sa mère, à Rome, le 13 août 315 (die iduum 
aug., Constantino Aug. IIHet Licinio Aug. IIHcons.). 
La discussion s'engage entre douze rabbins d'un côté et 
le pape de l'autre. Silvestre triomphe de tous les argu- 
ments dirigés par ses adversaires contre les dogmes de 
la Trinité et de l'Incarnation. Au moment où son suc- 
cès paraît décidé, l'un des rabbins opère un prodige: il 
foudroie un taureau en lui prononçant dans l'oreille le 
nom de Jéhovah. L'assistance est ébranlée; mais Silves- 
tre ressuscite l'animal et tout le monde est con- 
vaincu. Hélène se convertit avec une multitude consi- 
dérable. 

La discussion avec les docteurs juifs est fort prolixe. 
Vient ensuite un récit merveilleux de la fondation de 
Constantinople et une narration de l'Invention de la 
vraie Croix qui ne doit rien à la légende de Judas-Cyria- 
que.Ces deux derniers épisodes manquent dans les ma- 
nuscrits grecs. Enfin le recueil se termine par un ren- 
voi à l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, écrite en grec, 
où le lecteur pourra trouver des détails plus circonstan- 
ciés '. 

52. — Tel est, en résumé, le contenu de la Vita S. 
Silvestri, suivant le texte des passionnaires latins. Les * 
personnes exercées y auront déjà discerné plus d'un 
trait caractéristique d'une rédaction latine et spécifique- 
ment romaine. La préface a beaucoup de ressemblance, 
pour la forme, la langue et les idées, avec les deux let- 
tres qui servent d'introduction au martyrologe hiéro- 
nymien. Comme le compilateur de celui-ci, notre auteur 
est préoccupé d'un grand ouvrage d'Eusèbe, où « l'his- 
toriographe » aurait rassemblé des vies de martyrs et 
autres saints de diverses provinces. Comme lui, il pré- 
tend y avoir puisé ; il va même plus loin et se donne 
comme un simple traducteur, ce qui est évidemment 
faux, car Eusèbe n'a point écrit la vie de saint Silves- 
tre. 

Du reste, les réflexions sur le singulier et le pluriel 
du mot feria sont inconcevables en grec ; il en est de 
même de l'étymologie d'après laquelle le terme ecclé- 
siastique employé pour désigner les jours delà semaine 
dérive de l'idée de vacance, de cessation d'œuvres pro- 
fanes. En grec 2 on dit T^epa 7rpâ>T7j, Seim'pa, Tp^-nr)..., 
au lieu de feria prima, secimda, tertia. .. ; l'emploi au 
singulier du mot r^épa ne soulève aucune difficulté 

1. J'ai suivi, dans cette description, le ms. Parisinus 5301. 

2. Il en est de môme en syriaque. 



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grammaticale ; le mot lui-même n'a aucun rapport avec 
Tidôe exprimée par le verbe latin feriari. 

Ce n'est pas non plus aux usages liturgiques de l'é- 
glise grecque, mais à ceux de l'église romaine que cor- 
respondentles explications sur l'origine des dalmatiques, 
sur la solennité du jeudi 1 et sur le jeûne du samedi. Ce 
dernier détail est plus particulièrement remarquable, car 
c'est un de ceux sur lesquelles Grecs ont de tout temps 
chicané l'église romaine. Jamais un Grec n'aurait eu l'i- 
dée de faire sanctionner par saint Silvestre une obser- 
vance aussi contraire aux usages de son pays. Cela est si 
vrai que les traducteurs ou copistes grecs se sont crus 
obligés de retoucher ce texte de diverses manières; il y 
en a un qui, peu satisfait des atténuations introduites 
avant lui, a imaginé de faire soutenir par saint Silvestre 
juste l'opinion qu'il combat dans le texte original 2 . 

Enfin, bien que notre récit ne contienne qu'un petit 
nombre de détails topographiques, il faut remarquer ce- 
pendant qu'il cite le Capitole, le palais de Latran, l'église 
Constantinienne, la basilique Ulpienne, les deux confes- 
sions de saint Pierre et de saint Paul. Ces références 
monumentales s'expliqueraient à la rigueur chez un pèle- 
rin qui aurait visité Rome ; elles s'expliquent encore 
mieux chez un habitant de la ville éternelle. 

Je crois donc que la vie de Silvestre, telle que nous 
l'avons maintenant, a été rédigée à Rome et en latin, et 
que tous les textes grecs, avec les versions orientales 
qui en dépendent, n'en sont que des reproductions plus 
ou moins remaniées. 

53. — Mais autre chose est de placer en Occident et 
à Rome la rédaction du texte original de toutes les vi- 
tae Silvestri qui ont circulé pendant le moyen âge, au- 
tre chose de considérer comme indigènes tous les élé- 
ments qui s'y trouvent réunis, ou même d'exclure la 
possibilité d'une rédaction antérieure qui ne serait pas 
venue directement jusqu'à nous. Quand on compare notre 
Vita aux passions des martyrs romains, ou même à cer- 
tains récits des temps postérieurs à Constantin, comme 
les Gesta Liàerii, Felicis, Xysti, dont il sera bientôt 
question, on est frappé, dès le premier abord, d'une 
double différence, dans la langue et dans l'importance 
des attaches topographiques. 

Dégagées des corrections que leur ont imposées les 

\. Sur la solonnisation du jeudi et son assimilation au dimanche, 
voir la notice de Miltiade. Dans le texte syriaque, le jeudi est pré- 
senté comme un jour de jeune, non comme un jour de fête. 

2. Surius, Vitae SS„ t. VI, p. 1175. 
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éditeurs, prises dans l'état où les présentent les manus- 
crits sincères, les passions romaines nous offrent pres- 
que toujours les formes du latin vulgaire, rustique, tandis 
que la Vita Silvestriest écrite dans une langue exempte, 
il est Yrai , de la recherche d'un Sedulius ou d'un 
Ennodius de Pavie , mais correcte, littéraire même, 
comme celle de Denys Je Petit, du pape Gélase et de 
la chancellerie pontificale au v e et au vi e siècle. D'autre 
part, on n'y aperçoit aucun souci des traditions monu- 
mentales, si soigneusement recueillies et mises en re- 
lief par lespassionnaires. Pas un mot du tombeau de Sil- 
vestre, dans la basilique du cimetière de Priscille, ni 
de l'église fondée par lui auprès des thermes deTrajan. 
Le baptistère de Latran est à peine indiqué, quoique 
cet édifice ait joui pendant le iv e et le v e siècle d'une 
grande célébrité et que la légende principale y fût en 
quelque sorte attirée par le nom même qu'il portait *; 
aucune allusion aux monuments si nombreux auxquels 
était attaché le nom de Constantin: l'arc de triomphe 
de Constantin, les thermes de Constantin, le temple de 
Constantin, la basilique de Constantin. C'est évidem- 
ment dans ce dernier édifice, dont les ruines imposan- 
tes dominent encore la voie Sacrée, qu'un légendaire 
vraiment romain eût assemblé le sénat et le peuple 
après la conversion de l'empereur, et non dans la basi- 
lique Ulpienne; a moins cependant qu'il n'eût donné 
pour théâtre à ces solennelles assises l'église qui por- 
tait le nom de Silvestre, comme l'a fait l'auteur du 
Gonstitutum Silvestri. 

\ . Il est à peine besoin de dire que si ce baptistère s'est appelé 
Constantinien, c'est parce que qu'il dépendait de la basilique Cons- 
tantinienne de Latran, avec laquelle, sans doute, il avait été cons- 
truit. Il ne s'est conservé à Rome aucun vestige de la légende dans 
les monuments épigraphiques ou figurés, antérieurs au x« siè- 
cle. On nepeutdouter cependant que de tels monuments n'aient 
existé, depuis le vin» siècle, dans les églises qui portaient le vo- 
cable de saint Silvestre. Dans l'atrium de Saint-Pierre, on lisait, 
â l'un des endroits les plus apparents, du côté adhérent à la façade 
de la basilique, une inscription votive où une personne dont ni le 
nom ni le sexe ne sont indiqués, remerciait l'apôtre de l'avoir gué- 
rie d'une maladie qui durait depuis dix mois, aggravée plutôt 
qu'affaiblie par les soins des médecins (De Bossi, Inscr. christ., t. 
II, p. 55). Près de là était une image, peinte ou sculptée, où cer- 
tains visiteurs, aidés sans doute par la lecture de l'inscription et 
par le souvenir de la légende, reconnurent un portrait de Cons- 
tantin. En ce temps-là on voyait des Gonstantins où il n'y en avait 
jamais eu. La statue équestre de Marc-Aurèle qui s'élevait, pen- 
dantle moyen âge, près delabasiliqua et du baptistère duLatran, 
reçut, grâce à ce voisinage, la dénomination de caballus Constan- 
tin!. Il n'est du reste pas impossible qu'il y ait eu, dans l'atrium 
de Saint- Pierre, une image du fondateur de la basilique; mais 
l'inscription dont je viens de parler n'a certainement point rapport 
à lui, ni surtout à son baptême. 

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Si maintenant, de la langue et de la mise en scène 
topographique, on passe au fond môme du récit, on est 
tout étonné de l'aspect étrange et peu romain que pré- 
sentent ses différents épisodes. Les longs détails sur les 
vertus et le gouvernement épiscopal de Silvestre trou- 
vent des analogues dans des récits comme la vie de 
saint Polycarpe, par exemple, écrite en Asie-Mineure 
au iv° siècle, mais non dans les G es ta Cornelii, Sté- 
phanie Xysti, Marcelli, Liberii, produits indigènes 
de la veine romaine. L'histoire l de Timothée, mis- 
sionnaire d'Antioche, qui vient évangéliser les Romains, 
celle d'Euphronius, évêque de Pamphylie, qui parvient, 
et cela sans effort, à faire changer les usages ecclésiasti- 
ques de l'église romaine, le bain de sang préparé au 
Capitole, la mort et la résurrection du taureau, tout cela 
est aussi peu romain que possible de tradition, d'idées 
et d'imagination. 

Aussi ma seconde conclusion sur l'origine des Gesta 
Silvestri, c est que si la rédaction actuelle en a été faite 
à Rome, elle n'a point de racines dans la tradition lo- 
cale et n'a point été conçue et ordonnée par une tête 
romaine. Cette intervention étrangère n'a rien qui doive 
étonner. Denys le Petit nous fournit, au début du 
vi e siècle, un type assez illustre du moine grec établi 
à Rome et trouvant l'emploi de ses loisirs dans des 
compositions littéraires qui supposaient la connaissance 
des deux langues. C'est lui qui traduisit en latin la 
Scriptura de inventione capitis Iohannis Baptistae ; et 
c'est sa traduction sans doute qui figure à l'index pseu- 
dogélasien, avec les Actus beati Silvestri et la Scriptura 
de inventione Crucis dominicae. Sans aller jusqu'à lui 
attribuer les Actus beati Silvestri, on peut dire au moins 
que cet ouvrage a pu sortir[d'un cercle littéraire analo- 
gue à celui où travaillait le canoniste scythe, personnage 
instruit, mais d'un sens critique et même d'une sin- 
cérité qui n'étaient pas toujours à l'épreuve 2 . 

1. Je dis l'histoire, mais sans prétendre mettre en doute l'exis- 
tence de ce saint et la réalité de son martyre. Voir ci-dessus, 
p. exi, note 1. 

2. On sait que c'est lui qui le premier traduisit et chercha à 
faire accepter en Occident les « canons apostoliques ». Sa version 
du concile alexandrin de l'année 430, qu'il présente comme la pre- 
mière qui en ait été faite et comme son œuvre personnelle, est tout 
simplement copiée sur ceUe de Marins Mercator (Maassen, Quel' 
fen, 1. 1, p. 132-135). Dans sa lettre à Petronius, qui sert de préface 
à son cycle pascal, il avance que le concile de Nicée avait prescrit 
l'usage du cycle de dix-neuf ans; en rapprochant cette assertion 
de la lettre de Proterius d'Alexandrie à saint Léon, traduite par 
Denys lui-môme (Migne, P. £., t. LXVII, p. 611; cf. p. 493), on 
voit qu'il a transformé en Pères du concile de Nicée les beatùsimi 



SOURCES. 



#*• — Nous sommes assez bien renseignés sur la date 
à laquelle cet écrit a été composé. Il est clair qu'il ne 
peut appartenir au iv° siècle et que , même au com- 
mencement du v e , il n'eût guère été naturel de mettre 
en circulation des histoires aussi peu conformes à 
la vérité historique et à la tradition. On est donc obligé 
de descendre jusque vers la fin du v e siècle. D'un 
autre côté, nous trouvons les Actus beati Silvestri cités 
dans Yindex du pseudo-Gôlase, avec une note propre 
à les recommander, bien qu'il soit insinué en même 
temps que l'église romaine ne fait pas à ce livre 
les honneurs de la lecture publique 1 . Parmi les apocry- 
phes symmachiens de l'année 501, datés avec plus de 
précision que Yindex et sans doute antérieurs à lui, nous 
en trouvons deux qui dépendent de la légende de Cons- 
tantin et de sa lèpre ; d'abord le Constitutum Silvestri, 
puis les Gesta Liberii. Tandis que le Constitutum se 
borne à mentionner en passant, comme faits bien connus, 
le baptême et la guôrison du premier empereur chrétien, 
les Gesta citent formellement le « livre de Silvestre » : 
Hoc cum legisset (Liberius) ex libro antiguo, edoctus 
a libro Silvestri, episcopi Romanorum, et quod U pu- 
bliée praedicaret quia in nomine lesu Christi a lepra 
mundatum fuisse per Silvestrium Constantinum pa- 
truum Constantis. L'auteur de cette composition sent le 
besoin d'insister sur l'antiquité de la vie de Silvestre, 
et d'en recommander la lecture par l'exemple du pape 
Libère \ Il s'efforce également d'écarter l'objection qu'on 
nepouvait manquer de faire à ce récit en partant du bap- 
tême réel de Constantin à Nicomédie. Ne pouvant effa- 
cer le souvenir de ce fait historique, il cherche à le 
concilier avec le baptême romain. Suivant lui, un em- 
pereur a bien été baptisé à Nicomédie, mais ce n'est 
pas le grand Constantin, c'est son « neveu » Constant. 
Ces hésitations, ces recommandations, ces tentatives 
apologétiques et conciliatrices portent à croire, d'abord 

patres nostri de Proterius, c'est-à-dire ses prédécesseurs sur le 
siège d'Alexandrie. II y a évidemment ici, comme l'a fait remar- 
quer M. B. Krusch (Neues Arckiv, t. IX, p. 107), unepia fraus mise 
au service d'un bon comput. 

1. L'auteur de Yindex ne paraît pas avoir admis que le livre ait 
été écrit par Eusèbe, comme le dit le prologue ; en remarquant 
que eius qui conscripsit nomen ignoratur, il montre qu'il n'a point 
été dupe de cette supercherie littéraire. 

2. C'est une grosse distraction, car Libère est nommé dans la 
vie de Silvestre et plutôt comme un pape déjà mort. Du reste, Li- 
bère n'avait [pas besoin de faire des recherches dans les vieux li- 
vres pour savoir ce qui s'était passé dans l'église romaine au temps 
de Silvestre et de Constantin. Si Constantin avait été baptisé à 
Rome, Libère aurait assisté à la cérémonie, parmi les jeunes clercs 



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que la légende de Constantin et de Silvestre ne s'est 
pas implantée à Rome sans résistance ; ensuite que son 
apparition était encore toute récente au temps du pape 
Symmaque et des controverses de l'année 501. 

L'auteur du Liber pontificalis, qui écrivit peu d'an- 
nées après ces controverses, crut devoir l'accepter 
comme vraie , mais avec un certain éclectisme. Tout 
ce qu'il en a tiré se réduit au baptême et à la guérison 
de Constantin, précédés de la retraite de Silvestre sur 
le mont Syraptim. Mieux avisé que l'auteur de la Vita 9 
il localise avec soin le souvenir du baptême de Cons- 
tantin dans le baptistère de la basilique Constanti- 
nienne du Latran. 

Mais le Liber pontificalis ne fut pas tout d'abord en 
vogue dans les hautes régions littéraires, pas plus que 
les apocryphes symmachiens ; le suffrage qu'ils avaient 
donné au « livre de Silvestre » ne paratt l'avoir recom- 
mandé que dans le cercle des personnes qui s'intéres- 
saient aux histoires des saints sans vérifier si elles 
étaient authentiques ou non. Celle-ci n'est jamais l'objet 
d'une allusion, même lointaine, dans les lettres, dialo- 
gues et homélies de saint Grégoire le Grand ; et pour- 
tant Grégoire parle en deux endroits différents ! du 
mont Soracte et de son monastère, c'est-à-dire d'un lieu 
où la légende de Silvestre se trouve localisée dès la 
première moitié du vin 8 siècle. Il en est question, 
vers le milieu du vn e siècle, dans un itinéraire à l'usage 
des pèlerins de Rome, à propos du tombeau du martyr 
Timothée, de quo meminit liber Silvestri 2 . Il tomba 
d'assez bonne heure entre les mains de Grégoire de 
Tours ' ; plus tard il passa en Grande-Bretagne où nous 
le voyons suivi par l'évêque anglo-saxon Aldhelm à la 
fin du vn° siècle,* et par le vénérable Bède G , au siècle 
suivant. C'est alors que cette histoire fut définitive- 
ment classée au nombre des choses reçues, au moins à 
Rome, car l'autorité de saint Jérôme, de l'Histoire tri- 
partite et de saint Isidore, qui l'ignorent et l'excluent, 

au nombre desquels il vivait à cette époque (De Rossi, Bull., 1883, 
p. 18 et suiv.). 

1. Dialog. i, 7; Ep. i, 24; cf. Cod. Carolin., ep. 23 (éd. Jatte, 
p. 98). 

2. De Rossi, Roma sott., t. I, p. 141, 182. 

3. Hist. Franc, n, 31. 

4. Aldhelm, De laudibus virginitatis, c. 25 (éd. d'Oxford, 1844, 
p. 27); Carmen de laudibus virginum, même édition, p. 151. 

5. Bède, Chron. (Migne, P. L., t. XG, p. 536) : « Constantinus de 
persecutore christianus efficitur ». Ceci cependant est dit d'après 
le Liber pontificalis. Quand au sermon De inventione s. Crucis, Mi- 
gne, P. £., t. XGIV, p. 494, il est apocryphe et postérieur à Bède. 



balança longtemps, aux yeux des écrivains du moyen âge, 
celle de Grégoire de Tours, de Bède et du Liber ponti- 
ficalis, qui la favorisent. Le pape Paul I er (757-767) y fait 
allusion dans une lettre relative aux monastères de saint 
Silvestre sur le mont Soracte et à celui qu'il fonda lui- 
même à Rome, sous le même vocable (S. Silvestro in 
capile) l . En 787 , le pape Hadrien allégua, en faveur 
du culte des images 2 , le passage des Actus b. Silvestri 
où il est question des portraits des apôtres Pierre et 
Paul \ 

Le « livre de Silvestre » fut traduit d'assez bonne 
heure en grec ; ceci résulte déjà de ce que la version 
syriaque, qui dépend du texte grec, se rencontre dans 
un manuscrit du vi e ou du vu 8 siècle. Léonce de Jérusa- 
lem, dans son livre contre les monophysites 4 , écrit 
vers la fin du vi* siècle, cite un passage de la dispute 
entre Silvestre et les docteurs juifs. Jean Malala d'An- 
tioche, qui écrivait peu après Léonce, cherche à con- 
cilier l'histoire avec la légende 5 ; mais à la façon dont 
il use de celle-ci, on ne peut reconnaître sûrement s'il 
a eu sous les yeux le « livre de Silvestre » ou s'il parle 
d'après une autorité différente, écrite ou non. En re- 
vanche, depuis le commencement du ix siècle, tous les 
chroniqueurs byzantins, Thôophane, Hamartolos, etc., 
admettent plus ou moins complètement la légende, en 
cherchant a ébranler l'autorité des témoignages histo- 
riques auxquels elle se heurte, ou à trouver des systè- 
mes de conciliation. 

L'insertion des actes de Silvestre dans la compilation 
historique publiée par M. Land et baptisée par lui du 
nom ftHistoria miscellanea, nous montre que ce texte 
était en faveur, depuis le déclin du vi e siècle, auprès 
des érudits de langue syriaque. Environ deux cents ans 
plus tard, Denys de Tellmahar y puise avec confiance ; 
il en est de même des autres chroniqueurs syriaques 
du moyen âge, quand ils s'occupent de l'époque de 
Constantin c . 

Tout ce rayonnement littéraire, dans les pays latins, 

1. Cod. Carol. ep. 42 (p. 103 Jaffô). 

2. Hardouin, Conc, t. IV, p. 82; Mansi, t. XII, p. 1055. 

3. Sur la fortune de cette légende pendant le moyen âge latin, 
v. Dôllinger, Papstfabeln, p. 54 et suiv. ^Eneas Sylvius (Pie II) et 
le cardinal Nicolas de Gusa sont les premiers qui l'aient rejetée. 

4. Mai, Script, vet., t. VII, p. 134 ; Migne, P. G., t. LXXXVI, 
p. 1835. 

5. Script, hist. Byz., Bonn, 1831, p. 316, 317. 

6. Sur la diffusion et l'autorité des Acta SilvesM dans les pays 
de langue grecque ou orientale, v. A. Frothingham, L c, p. 18. 
On n'en a encore signalé aucun manuscrit copte ou arménien. 



Sa diffusion 
en Orient. 



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grecs et orientaux, part, comme d'un foyer, de la ré- 
daction latine du « livre de Silvestre ». Mais nous avons 
déjà vu que cette rédaction latine n'est qu'à moitié in- 
digène de Rome et qu'elle contient une large propor- 
tion d'éléments étrangers. Ce n'est pas ici le lieu d'en- 
treprendre une analyse complète de cette légende si 
importante ; le sujet de cette étude me permet de borner 
mes recherches au principal épisode, celui du baptême 
et de la guérison merveilleuse de Constantin. 

La légende et 58. — On ne peut pas dire que la tradition d'où 
le baptême de dérive cet épisode ait pris naissance sur le sol de Rome. 
ionstttûîm, jj n'y en a pas la moindre trace ni dans les œuvres 

des écrivains , historiens , poètes , orateurs , ni dans 
les pièces officielles, ni dans la liturgie, ni dans les 
inscriptions, jusqu'au vin 6 siècle. Le succès du livre 
de Silvestre se limite à quelques auteurs obscurs, à 
quelques demi-savants , pour ne rien dire de moins, 
presque tous contemporains de sa première apparition. 
S'il avait eu derrière lui une véritable tradition locale, 
celle-ci aurait bien réussi en quatre siècles à trouver 
une expression publique ; en particulier le baptistère 
de Latran, théâtre de l'événement et du miracle prin- 
cipal, en aurait conservé quelque vestige dans ses 
mosaïques et dans ses longues inscriptions monumen- 
tales. Or il n'en est rien ; avant le livre de Silvestre la 
tradition officielle est muette et son silence persiste 
deux ou trois siècles après la publication de ce récit. 
Nous sommes ici en présence d'un cas tout différent de 
celui que nous offrent les Gesta martyrum. Ceux-ci 
peuvent se charger d'embellissements, se compliquer 
d'épisodes adventices, contredire sur certains points 
l'histoire et la chronologie, devenir même tout à fait 
incroyables : il y a à côté d'eux, il y avait avant eux, 
une tradition monumentale représentée par le tom- 
beau du saint avec ses embellissements successifs, et 
une tradition de culte, représentée par la célébration 
non interrompue de l'anniversaire. Cette double tradi- 
tion est indépendante des récits qui se conservent ou 
se forment autour de la tombe sainte ; alors que ceux- 
ci s'altèrent, elle se maintient fixe et pure. On peut 
d'ailleurs la remonter, par l'étude des anciens docu- 
ments liturgiques et par la classification des monu- 
ments ; en suivant cette double chaîne on parvient à 
constater qu'elle se rattache immédiatement au fait 
dont elle perpétue le souvenir. 



Mais aussi ce fait est un fait réel, tandis que la lèpre 
de Constantin et sa guérison miraculeuse dans une 
piscine baptismale de Rome sont des faits indiscutable- 
ment faux, qu'on ne saurait admettre sans se révolter 
contre les règles fondamentales de la critique histori- 
que ! . Or la formation d'une légende comme celle-ci, sur 
le théâtre même où les événements qu'elle raconte sont 
censés s'être produits, est une véritable impossibilité, 
au moins pour le temps que nous considérons. Au 
temps de Théodoric et de Cassiodore la culture intel- 
lectuelle était encore assez répandue ; l'imagination po- 
pulaire ne pouvait pas tout oser, contenue qu'elle était 
par la science des gens instruits, clercs et laïques. En 
de telles conditions, l'origine locale de la légende est 
en rapport étroit avec la réalité du fait : si le fait est 
vrai, la légende peut être indigène ; s'il ne l'est pas, la 
légende a dû se produire ailleurs ; elle est importée. 

06. — Maintenant, d'où vient celle-ci? On a essayé La îégenj-i 
de chercher son origine dans le monde byzantin 2 et de la zosfme. *** 
rattacher au système exposé par l'historien Zosime pour 
expliquer, à son point de vue païen, la conversion de 
Constantin au christianisme. Suivant Zosime 3 , Cons- 
tantin, bourrelé de remords après le meurtre de Cris- 
pus, aurait demandé à Sopatros , chef de l'école néo- 
platonicienne, s'il connaissait des expiations capables i 
de laver un tel crime : Sopatros ayant répondu négati- 

1. Voir, sur ce sujet, Gh. deSmedt, Principes de la critique histo- 
rique, Paris, 18.S3, p. 137 el suiv. 

2. Frothingliam, 1. c, p. li. Dans mon Etude sur le L. P. t p. 172, 
j'avais admis que la mosaïque de l'église de Saint-Polyeucte, à 
Constantinople, monument des environs de l'an 500, décrit dans 
l'Anthologie grecque (Didot, t. I,p. 3), avait représenté le baptême 
de Constantin, non dans les circonstances décrites par la légende, 
mais contormément au récit d'Eusèbe. Voici les vers où il est 
question_de ce monument : 

*Ev8' ïva xai Ypaçfôwv tepwv ûicèp dlvroyoç aùXfjç 
Éoriv ISeïv jxlya 8a0{ia, iroXôçpova Kojvotocvtîvov, 
-suc itpopuyùv e!3u>Xa, 06T ( }ii^ov IvBzQt XûaTi^v, 
xal Tp£a6oç <p<£oç eupev iv CÔatai yvïz xaOfipaç. 

giM. Frothingham (/. c, p. 24) insiste sur les mots çioç euptv, 
où il croit reconnaître un détail de la légende, l'apparition d'une 
grande lumière autour de l'empereur, au moment où il entre dans 
l'eau baptismale. A mon sens il ne faut voir ici qu'un symbole du 
baptême lui-même. Ce sacrement était appelé on grec «pwtisjmJç 
et les baptisés étaient dits çomoôévreç — Après avoir étudié de 
plus près cette inscription, j'en suis venu à douter que la mo- 
saïque représentât le baptême de Constantin ; U me semble que 
l'accent doit être placé sur le troisième vers et qu'il faut songer 
à quelque composition où était figuré le triomphe du christianisme 
sur l'idolâtrie et la persécution, triomphe dans lequel le rôle prin- 
cipal était naturellement réservé au premiar empereur chrétien. 

3. Bist._Rom. t u, 29. 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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vement, l'empereur se serait adressé aux évoques chré- 
tiens, qui lui auraient promis de le purifier par le bap- 
tême. — Cette légende a été connue de Sozomène ; il 
l'a trouvée dans l'histoire de Zosime et il la discute 
avec un sens critique assez remarquable *. On voit de 
suite où elle est née ; c'est un produit des cercles néo- 
platoniciens de la fin du iv e siècle, c'est-à-dire d'un mi- 
lieu littéraire et religieux qui est à l'antipode de ceux 
où se forment les légendes chrétiennes. Sa donnée 
fondamentale est toute différente de celle de la légende 
de Silvestre. Constantin y est présenté comme un 
grand coupable, chargé de fautes personnelles précises, 
tandis que la légende chrétienne personnifie en Cons- 
tantin l'empire romain tout entier, d'abord persécu- 
teur, puis converti. La lèpre de l'empereur est le symbole 
des châtiments célestes qui ont , dans la pensée de 
l'auteur, accablé l'empire jusqu'au moment où il est 
devenu l'empire du Christ. 

Il n'y a d'ailleurs aucune transition entre le récit 
inventé ou reproduit par Zosime et les formes diverses 
sous lesquelles les imaginations chrétiennes ont pré- 
senté la conversion de Constantin. La discussion de 
Sozomène n'est pas une porte ouverte entre deux mi- 
lieux littéraires tout différents; ce serait plutôt une 
barrière. Qui a lu Sozomène ne peut admettre qu'une 
façon de raconter le baptême de l'empereur, la façon 
historique, celle d'Eusèbe de Césarée, contemporain et 
peut-être témoin oculaire. Sozomène n'en connaît 
pas d'autre ; la dernière de ses pensées ce serait d'y 
substituer un récit imaginé d'après celui de Zosime. 
Du reste, il faut remarquer que le système de Zosime 
n'est nullement inconciliable avec le témoignage d'Eu- 
sèbe : il laisse intact le baptême de Nicomédie, posté- 
rieur à la mort de Crispus ; les variantes qu'il intro- 
duit ne concernent que des délibérations secrètes, in- 
times, impossibles à vérifier; l'extérieur des événe- 
ments n'en est nullement modifié. Au contraire, dans 
la légende de Silvestre, vingt faits publics et solennels 
viennent déchirer la trame historique : la persécution 
ordonnée par Constantin, sa maladie, la fuite de Silves- 
tre, les apprêts du bain de sang, le baptême de l'em- 
pereur, la fondation des basiliques, les assises solen- 
nelles en présence du sénat, la dispute avec les doc- 
teurs juifs, la résurrection du taureau; tous ces évône- 

1. Hist. eccL, i, 5. 



CXVII 

ments se passent à la face du ciel, en présence de foules 
immenses ; leur notoriété doit être complète et univer- 
selle. 

57. — Il y a donc un abîme entre les cancans néo- 
platoniciens et la grande conception symbolique de la 
légende silvestrine. Celle-ci est d'une telle envergure, 
elle néglige avec tant de sans-gène les traditions histori- 
ques enracinées dans le monde gréco-romain, qu'il faut, 
de toute nécessité, chercher ses origines dans un mi- 
lieu littéraire inaccessible à l'influence des historiens 
grecs ou latins. Ce pays, ce milieu, c'est l'Orient. 

Entre les régions diverses auxquelles pourrait conve- 
nir cette dénomination, il faut d'abord éliminer l'E- 
gypte, car la légende de Silvestre ne paraît être entrée 
que très tard dans la littérature copte, et encore par 
l'intermédiaire de Constantinople *. Restent la Syrie et 
l'Arménie. Ici nous nous trouvons d'abord en présence 
d'un fait remarquable, c'est que les deux premiers au- 
teurs qui aient parlé d'un Constantin persécuteur, lé- 
preux, puis baptisé et guéri par le pape de Rome, sont 
deux orientaux du v* siècle, Moïse de Khorène, l'histo- 
rien arménien, et Jacques de Sarug, évêque monophy- 
site de langue syriaque. Ce ne sont pas, on le voit, des 
personnages quelconques, de ceux qui acceptent les 
récits fabuleux à mesure qu'on les jette dans la circu- 
lation. Pour que Moïse de Khorène, l'historien national 
de l'Arménie, insérât cette légende dans son grand ou- 
vrage, pour que le savant évêque de Sarug en fît le 
thème d'une homélie publique, il fallait qu'elle eût 
atteint autour d'eux une autorité analogue à celle 
qu'elle avait en Occident quand le pape Hadrien la cita 
dans sa lettre au second concile de Nicée, à celle dont 
elle jouissait à Constantinople quand le chroniqueur 
Théophane lui sacrifia le récit d'Eusèbe. L'Histoire de 
l'Arménie est du milieu du v e siècle environ ; l'ho- 
mélie de Jacques de Sarug est postérieure : elle a été 
prononcée plusieurs années après 473 2 . On n'est pas 
trop hardi en supposant que la légende avait à peu 
près un demi-siècle de popularité au moment où elle 
entra dans de telles compositions littéraires. De cette 
façon ses origines, dans le monde syro-armônien, re- 
montent vers le commencement du v e siècle. 

De nos deux témoignages orientaux, c'est celui de 
Moïse de Khorène qui est le plus ancien ; c'est aussi 

4. Frothingham, /. c, p. 21. 
2. Frothingham, /. c, p. 19. 



EUe estd'oti- 
tfine orientale. 



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le plus précis, et cela se conçoit : un historien, pour 
qui le récit des événements est la chose principale, a 
toujours plus de souci de ce côté qu'un orateur qui sup- 
pose les faits connus et se borne à en tirer des ensei- 
gnements moraux. Ainsi, Jacques de Sarug ne nomme 
pas Tévèque de Rome à qui échoit l'honneur de con- 
vertir et de baptiser Constantin. Chez lui, l'empereur 
est lépreux de naissance ; sa maladie n'est pas présentée 
comme le châtiment de ses violences envers les chrétiens. 
Sa conversion est déterminée par une vision céleste, 
mais le chef de ses esclaves y a un rôle important. 
Par ailleurs, le bain de sang est préparé et le baptême 
célébré à peu près comme dans les autres textes. Moïse 
de Khorène est plus voisin delà Vita Silvcstri. Il connaît 
le nom du pape, mentionne la persécution, conseillée 
par l'impératrice Maximiana, fille de Dioclétien, la fuite 
de Silvestre sur le mont Syraptim et autres détails. En 
revanche il ajoute un trait caractéristique, l'intervention 
dn roi arménien Tiridate, à qui l'empereur s'adresse pour 
avoir des devins persans et indiens, lesquels ne parvien- 
nent pas plus que les autres à lui procurer la guérison. 

Les divergences des deux auteurs ne s'expliquent pas 
toutes par la diversité de leurs compositions littéraires. 
L'indétermination du pape, dans l'homélie syriaque, 
peut venir de ce que d'autres légendes, du même 
pays et du même temps, l'appelaient, non pas Sil- 
vestre, mais Eusèbe \ Il peut se faire aussi que la lé- 
gende ait été racontée en Orient de diverses façons et 
que ce soit précisément, sauf la mention patriotique de 
Tiridate, celle de Moïse de Khorène qui ait trouvé le 
chemin de Rome et de l'Occident. 

Je n'entends pas dire par là que la première origine 
de cette histoire doive être placée en Arménie plutôt 
que dans la Syrie môsopotamienne. Ces deux pays sont 
si voisins, les légendes ont si souvent passé de l'un à 
l'autre, Edesse et Nisibe ont toujours eu tant de rapports 
avec l'Arménie, qu'il est difficile de faire ici un départ 
exact. Le premier témoin de notre légende est, il est 
vrai, un auteur arménien ; mais il n'y a peut-être là 
qu'une circonstance purement fortuite. Il n'en est pas 
de même de la considération dont l'entourent en commun 
Moïse de Khorène et Jacques de Sarug ; cette considé- 
ration, qui forme un contraste évident avec le peu de 
crédit qu'elle rencontra d'abord à Rome, suffirait déjà à 
nous fixer sur sa véritable patrie. 

1. Voy. ci-dessus, p. cix, n° 46. 



SOURCES. 

Du reste, sa donnée fondamentale, la conversion d'un 
roi païen, atteint d'une maladie honteuse et incurable, 
qui trouve sa guérison dans le baptême, est une donnée 
essentiellement orientale. C'est l'idée mère de la lé- 
gende d'Abgar, roi d'Edesse, légende autrement an- 
cienne que celle de Silvestre, puisqu'elle était déjà en 
grand crédit auprès d'Eusèbe de Césarée, dans les pre- 
mières années du iv° siècle x ; c'est celle de la légende de 
Tiridate, roi d'Arménie, d'abord persécuteur des chré- 
tiens, puis changé en bête, enfin converti et baptisé par 
saint Grégoire l'Illuminateur, c'est-à-dire le baptiseur, 
apôtre des Arméniens. Ces deux légendes sont entrées 
dans l'histoire de Moïse de Khorène ; il les a tirées de do- 
cuments antérieurs à lui, la Doctrine d'Addaï et l'Histoire 
d'Agathange -. Le parallélisme des trois légendes est on 
ne peut plus exact. Il s'agit toujours de la conversion 
d'un royaume; elle se produit invariablement dans les 
mêmes circonstances. Le roi païen (Abgar), ou même 
persécuteur (Tiridate, Constantin,) est atteint d'une ma- 
ladie honteuse, la lèpre 3 ou la folie, que la médecine 
et la magie sont impuissantes à guérir. Il faut avoir 
recours à l'apôtre de Dieu (Addaï, Grégoire, Silvestre), 
qui guérit le malade en le baptisant et convertit du 
même coup tout le royaume. 

Naturellement il y a des différences. A Edesse, où 
le christianisme avait conquis la famille royale dès la 
fin du 11 e siècle, on n'a pas hésité à placer l'évan- 
gélisation du pays sous les auspices des apôtres et de 
Jésus-Christ lui-même. Cela était d'autant plus facile 
que, presque tous les rois s'étant appelés Abgar, le nom 
du roi converti ne fournissait pas, par lui même, une 
date précise. La conversion de l'Arménie et celle de 
l'empire romain, événements bien postérieurs, étaient 
à peu près classés, au point de vue chronologique, par 
les noms de Tiridate et de Constantin. Avant ces souve- 
rains on distinguait une longue période de paganisme et 
de persécutions : aussi a-t-il fallu introduire de ce chef 
quelques modifications dans le type delà vieille légende 
édessônienne, pour l'adapter à la conversion de l'Ar- 
ménie et de l'empire romain. 



1. Hist. eccl., i, 13. 

2. Langlois, Historiens de l'Arménie, t. I, p. 144 et suiv. Sur 
Agathange et son autorité, voir A. v. Gutschmidt, Agathangelos, 
dans le Zeitschrift der deutsch. morgenl. Gesellschaft, t. XXII, 
(1877), p. 1. 

3. La maladie d'Abgar n'est pas indiquée dans la Doctrine d'Ad- 
daï; c'est plus tard (Procope, Bell. Persic, n 12) qu'on y a vu la 
lèpre, compliquée de goutte. 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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mitive perdue. 



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Ainsi, l'épisode du baptême de Constantin, dans le 
« livre de Silvestre », peut être considéré comme 
originaire de la région mésopotamienne, autour d'E- 
desse et de Nisibe. Celui de la conversion d'Hélène et 
de la dispute entre Silvestre et les docteurs juifs, ne 
peut guère avoir été imaginé ailleurs. Il est en effet 
bien peu conforme aux idées répandues dans les pays 
gréco-latins sur le rôle de cette princesse et ses anté- 
cédents religieux, ainsi que sur l'importance de la con- 
troverse avec les juifs *. Certains détails de l'argumen- 
tation, dans la rédaction latine, indiquent une tendance 
plutôt nestorienne ou théodorienne ; ils ont été soigneu- 
sement corrigés dans la version grecque. Et pourtant 
le compilateur latin semble avoir déjà introduit ici 
quelques atténuations *. 

i>8. — Il serait intéressant de rechercher, d'une ma- 
nière précise, jusqu'à quel degré la rédaction latine peut 
être, dans chacune de ses parties, considérée comme re- 
produisant une Lgende orientale écrite, et quelles mo- 
difications celle-ci a subies dans sa transplantation à 
Rome. Je serais porté à croire que ces modifications, 
pour les deux épisodes de Constantin et d'Hélène, ont 
dû être peu importantes. En effet, les traits romains 
que j'ai signalés plus haut appartiennent presque tous 
aux épisodes précédents ; les attaches topographiques, 
dans la dernière partie, se réduisent aux deux églises 
de Saint-Pierre et du Latran,à la basilique Ulpienne et 
à ce mont Syraptim, où Silvestre est censé avoir cher- 



1. La narration syriaque de la translation des restes de saint 
Pierre et de saint Paul insiste aussi sur la conversion simultanée 
des juifs et des païens, à Rome (Voy. plus haut, p. civ). 

3. Aux objections des juifs contre la doctrine d'un Dieu qui est 
soumis a la tentation, Silvestre répond en ces termes : « Nos au- 
» tem non Filium Dei temptatum dicimus, sed Filium hominis, 
» in quo plenitudo Filii Dei consistebat. Nam sicut in eo plena di- 
» vinitas consistebat, sic et in eo plena erat humanitas : vere enim 
» homo erat. Et sicut temptari non poterat hoc quod erat Filius 
» Dei, ita plenissime temptationis agonem agebat iste qui erat Filius 
hominis » (Cod. Paris, lat. 5301, f. 320 b). — Voici le passage 
correspondant du texte grec : 'Hjieî; 8è où xôv riov toO Beoû 7teipaff- 
ô^vaî çajJLsv y u îav^ xfi OsÔTïiTt, dtXXi xôv Ttôv toû àv6pu>itou, Iv 
w irâcv tô -nX-ripœjia tt,<; Ôed-c^toç ffwpaTixûç xaxotxeî ■ à^ôuç yàp 
yéYOvev àvSpwTtoî. 'E-ei5^ tzx'jtt\ Tteipaa6f,vai aux èSûvaTO, Bià tô eîvat 
otÙTÔv cpOaei 6e à v xal ïîàv toû Beo-j, toutou é'vexfv t*,v T.neTcpav 
s'julv Xa6wv èx tt,î IlapOévou, ^vusev éauTtô ïvat xX-ripiara- 
tov àywva CirouLciv-rj -^ toû ôoôXou jioptpTi (Cod. Paris, gr. 1449, f. 40 a ; 
cf. Gombéfis, 1. c. p. 309).— Le syriaque de Land (traduction com- 
muniquée par M. l'abbé Le Gac) présente ici un remaniement du 
texte grec, dont il conserve quelques particularités, notamment le 
YUfjLv-ri rrj 8ednyc*. et le t^v r^ETÉpav cp'jjiv Xa6<î>v é*x TÎy; DapOévou ^voxtev 
iauTÛ». La doctrine théodorienne des deux Fils n'y est pas moins 
effacée que dans le grec. 



ché une retraite. Or, si les trois monuments que je viens 
de nommer peuvent, à la rigueur, avoir été introduits 
par le compilateur latin, il n'en est pas de même du 
mont Syraptim, déjà mentionné parMoïse de Khorène. 
Ce mont Syraptim fut identifié plus tard avec la belle 
montagne du Soracte, que Ton aperçoit de Rome, tout 
à fait à l'horizon, du côté du nord. Un monastère sous 
le vocable de saint Silvestre y fut élevé au vm fl siècle ; 
l'ancien nom de Soracte céda la place à celui de Sirap- 
tis [Siratti, en langue vulgaire i ). Mais ce change- 
ment, bien postérieur à l'apparition de la légende, doit 
avoir été causé par elle s . Si l'on voulait admettre, chose 
invraisemblable, que cette orthographe correspond à une 
prononciation vulgaire, mais antique, du nom Soracte, 
ou, ce qui serait plus croyable, à une corruption de ce 
nom dans la bouche des Orientaux, il en résulterait que 
Moïse de Khorène aurait trouvé la légende déjà pourvue 
d'une attache, non pas avec une montagne imaginaire, 
mais avec la montagne réelle du Soracte. Dès lors on 
aurait toute raison de croire que la basilique Ulpienne, 
l'église du Latran et celle du Vatican y figuraient 
aussi, et par conséquent qu'elle avait été imaginée (ou 
retouchée de bonne heure) en Orient par une personne 
à qui les principaux monuments de Rome n'étaient pas 
inconnus. Mais, encore une fois, ce qu'il y a de plus 
vraisemblable, c'est que le mont Syraptim fut à l'ori- 
gine une montagne purement fictive et que son identi- 
fication avec Je Soracte des environs de Rome provient 
uniquement d'une ressemblance fortuite entre les deux 
noms. Si, en effet, l'orthographe Syraptim ne représen- 
tait autre chose qu'une fausse prononciation du nom 
véritable, comment le rédacteur latin, qui n'est pas un 
illettré, n'aurait-il pas reconnu et corrigé la faute ? 

Quoi qu'il en soit, on ne court pas risque de se trom- 
per beaucoup en prenant la rédaction latine du « livre 
de Silvestre », en ce qui regarde les épisodes de Cons- 
tantin et d'Hélène, non seulement comme l'expression 

1. Cod. Carol. ep. 23, p. 98 Jaffé; cf. ep. 42, p. 143; cf. Archivio 
Romano di storia patria, t. I, p. 213 et suiv. Les écrivains soucieux 
d'exactitude et de correction classique maintinrent la dénomination 
antique : Eginhard, par exemple (Jaffé, Monum. Carolina, p. 512), 
écrit Soracte et non point Syraptis ou Syraptim. 

2. L'orthographe Syraptis, Syraptim, Syrapti (l'y est souvent 
remplacé par un *), se rencontre dans les passionnaires latins et 
dans ceux des manuscrits du Liber pontificalis qui représentent le 
mieux, en fait d'orthographe, la tradition primitive. On trouve 
Ewpaitîvov ou Eapaitîvov dans les textes grecs, Srapion une fois et 
Sraption deux fois dans le manuscrit syriaque d'où M. Land a 
tiré YHistoria miscellanea (Anecdota syriaca, t. III, p. 52, 53). 



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d'une légende imaginée en Orient, mais encore comme 
le calque fidèle d'un récit sorti d'une plume orien- 
tale. 

Venue de la lointaine Syrie, la légende merveilleuse 
de la conversion de Constantin et d'Hélène y retourna 
d'assez bonne heure, un siècle environ après son appa- 
rition en Occident. Avant la fin du vi e siècle, le « livre 
de Silvestre » se lisait en grec dans les monastères de 
Jérusalem et en syriaque sur les bords de l'Euphrate. 
Dans sa forme nouvelle, la légende s'était plutôt ornée 
d'épisodes accessoires que modifiée dans ses lignes es- 
sentielles ; elle paraît avoir supplanté assez rapidement 
l'ancien récit, dont cependant il demeura quelques tra- 
ces, dans l'histoire arménienne de Moïse de Khorène 
et dans l'homélie de Jacques de Sarug *. 



6° Libère et Félix II. 



Libère et Félix 
d'après le L. P. 



59. — On lit dans la notice du pape Jules : Fuit 
autem temporibus Constantinifilii Constantini hereticia 
consulatu Feliciani et Maximini. Hic multas tribulationes 
et exiliofuit mensibus X, etpost huius Constantini mor- 
tem cum gloria reversus ad sedem beau Pétri apostoli. 
La notice de Libère, successeur de Jules, place aussi son 
pontificat sous le règne d'un Constantin, fils de Cons- 
tantin ; de plus elle raconte l'histoire suivante. Libère, 
n'ayant pas voulu se faire arien, fut condamné à l'exil 
par l'empereur Constance, et il le subit pendant trois 
ans. Dans une assemblée des prêtres romains, et avec 
leur assentiment, il choisit pour occuper sa place sur le 
siège épiscopal un de leurs collègues, le prêtre Félix, qu'il 
ordonna lui-même évoque. Félix, au bout de quelque 
temps, découvrit deux ariens dans le clergé de Rome, 
les prêtres Ursace et Valens ; il les condamna. Mais ces 
hérétiques allèrent trouver Constance et lui conseillèrent 
de rappeler Libère. Constance y consentit. On imposa 

1. Aux personnes qui seraient tentées de trouver étrange cette 
odyssée de la légende de Constantin et de Silvestre, je ferai obser- 
ver que le cas n'est pas isolé. L'histoire littéraire de la légende de 
saint Alexis est tout à fait semblable à celle que je viens d'es- 
quisser. Il n'y a rien d'étonnant à ce que des récits de ce genre, 
délices de la plupart des petites gens de ce temps-là, sans parler 
des autres, fissent plus rapidement leur chemin que les gros traités 
théologiques des docteurs. Au v c , au vi° siècle et longtemps après, 
les livres les plus assurés d'une large publicité étaient ceux qui 
entraient dans les besaces des pèlerins. 



cependant à Libère, non le renouvellement du baptême, 
selon la pratique des ariens, mais simplement des rap- 
ports de communion avec ceux-ci. L'ancien pape re- 
vint et s'installa d'abord à Sainte-Agnès, auprès de 
Constantia, sœur de l'empereur ; il voulait mettre son 
retour sous le patronage de cette princesse; mais elle 
lui refusa son appui moral. Alors Constance, secondé 
par Ursace et Valens, convoqua un concile où se réuni- 
rent quelques évoques ariens; l'assemblée rappela 
Libère et déposa Félix; celui-ci se retira dans une pro- 
priété qu'il avait sur la voie de Porto ; il y mourut le 
29 juillet. Libère fit son entrée à Rome le 2 août, se 
mit en communion avec l'empereur et les ariens, s'em- 
para des grandes basiliques, qui demeurèrent six ans en 
son pouvoir, et persécuta de la façon la plus cruelle le 
clergé romain demeuré fidèle à Félix. 

Dans la notice de Félix, il est dit que ce pape déclara 
hérétique Constance, fils de Constantin, et lui reprocha 
d'avoir été rebaptisé par Eusèbe de Nicomédie dans une 
villa appelée Aquilon *; on ajoute que, pour ce motif, il 
fut condamné, par ce même Constance, fils de Constantin, 
à avoir la tête tranchée. Son martyre fut accompagné 
d'autres exécutions de clercs et de fidèles ; il eut lieu 
près des murs de Rome et de l'aqueduc de Trajan. Son 
corps fut déposé par Damase dans une basilique située 
sur la voie Aurélienne, le 13 novembre. 

Il est évident que nous avons ici une version légen- 
daire de faits réels et bien connus. Je vais d'abord les 
rappeler en peu de mots. 

00. — Le pape Jules a été mêlé aux controverses re- 
latives à l'arianisme et à saint Athanase d'Alexandrie, 
cela est très certain. C'est lui qui cassa, dans un concile 
tenu à Rome, en 341, les sentences portées par le con- 
cile de Tyr, en 335, contre Athanase et quelques autres 
évêques grecs ; c'est sous son pontificat que se tint le 
concile de Sardique (343), qui trancha dans le même 
sens les controverses orientales ; c'est sous ses auspices 
que s'élaborèrent divers projets d'union entre les églises 
d'Orient et d'Occident, au temps de l'empereur Constant ; 
c'est à lui que les évêques illyriens, Ursace et Valens, 
chauds partisans de l'arianisme, firent leur soumission, 
en 347. Il survécut sans doute à l'empereur Constant, 
protecteur des catholiques et d' Athanase ; maisMagnence, 

i. Ce nom provient de la chronique de saint Jérôme ; in Ancyrone 
villa publica iuxta Nicomediam (Migne, P. L., t. XXVU, p. 679) ; 
Eusèbe, Vita Constantini, iv, 61, parle d'une villa voisine de Nico- 
médie, sans en indiquer le nom. 



Les faite 
réels. 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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qui lui succéda et exerça le pouvoir en Italie de 350 a 
352, ne changea rien à la politique religieuse de son 
prédécesseur. Les tribulations et l'exil de Jules, son re- 
tour à Rome après la mort d'un Constantin, fils de 
Constantin, sont donc, même en négligeant les variantes 
dans le nom de l'empereur, autant de faits imaginaires. 
Libère, lui, eut réellement affaire à un fils hérétique 
de Constantin, à Constance *. Il est certain que, sur son 
refus, non sans doute d'adopter le système théologique 
d'Arius, ce qu'on lui demanda jamais, mais d'entrer en 
rapports de communion avec les évoques orientaux, soup- 
çonnés de le faire, il fut enlevé de Rome et n'y revint 
qu'après trois ans d'exil. Son clergé, l'archidiacre Félix 
.tout le premier, avait juré de ne pas déserter sa cause, 
ce qui n'empêcha pas Félix d'accepter l'épiscopat, qui lui 
fut conféré par des prélats fort suspects, ni la majorité du 
clergé de recevoir l'évêque intrus que le gouvernement 
lui imposait. Mais la population demeura fidèle à Libère, 
si bien que l'empereur, auquel, du reste, Libère donna 
satisfaction sur certains points, se vit obligé de rappeler 
le pape légitime. Celui-ci fut accueilli avec enthousiasme 
par le peuple, hostile à son rival. On ne sait au juste 
quelles dispositions le gouvernement avait prises à l'égard 
de Félix ; mais des troubles fort graves se produisirent 
à l'arrivée de Libère. Félix fut obligé de quitter Rome. 
Quelque temps après il chercha à se saisir de la basilique 
de Jules, située dans le Transtôvère, mais il en fut 
chassé ; depuis lors on perd sa trace. Il mourut en 365, 
le 22 novembre . Libère pardonna alors aux clercs qu 1 

i. Saint Jérôme, Chronique (Migne, P. L., t. XX VII, p. 633) : 
« Romanae ecclesiae episcopus XXXIV ordinatus est Liberius ; 
quo in exilium ob fidem truso, omnes clerici iuraverunt ut nullum 
alium susciperent. Verum cum Félix ab Arianis fuisset in sacer- 
dotium substitutus, plurimi periuraverunt et post annum cum 
Feliceeiectisunt, quia Liberius taedio victus exilii et in haereticam 
pravitatem subscribens Romam quasi victor intraverat. » — Le 
post annum est inexact, et Yhaeretica pravilas est une exagération; 
mais le reste est confirmé par les autres documents. — Libellus 
precum, préf. (Migne, P. L., t. XIII, p. 81) : « Eo die quo Liberius 
ad exilium profleiscebatur, clerus omnis, id est presbyteri et ar- 
chidiaconus Félix, et ipse Damasus diaconus et cuncta ecclesiae 
officia omnes pariter praesente populo Romano sub iureiurando 
firmaverunt se, vivente Liberio^ pontificem alterum nullatenu3 
babituros. Sed clerus contra fas, quod minime decebat, cum summo 
periurii scelere Felicem archidiaconum ordinatum in locum Liberii 
susciperunt. Quod factum universo populo displicuit et se ab eius 
processione suspendit. Post annos duos venit Romam Gonstan- 
tius; pro Liberio rogatur a populo. Qui mox annuens ait : « Ha- 
betis Liberium qui, qualis a vobis profectus est, melior reverte- 
tur ». Hoc autem de consensu eius quo manus perfidiae dederat, 
indicabat. Tertio anno redit Liberius, cui obviam cum gaudio po- 
pulus Romanus exivit; Félix, notatus a senatu vel populo, de 
Urbo propellitur. » 

Liber pontipicalis. 



étaient restés attachés à son rival et leur rendit leurs an- 
ciennes places. Cette condescendance ne fut pas du goût 
de tout le monde. Aussi, quand Libère mourut lui-môme 
(24 septembre 366), dix mois après Félix, un schisme 
éclata : les adversaires intransigeants de Félix et des Fé- 
liciens élurent pour pape le diacre Ursinus ; cependant 
la grande majorité se rallia à Damase qui fut reconnu du 
gouvernement et accepté partout comme pape légi- 
time. Mais son épiscopat fut fort agité. Outre les gens 
d'Ursinus, il eut encore deux autres partis à combattre, 
celui des Lucifériens, qui, après la mort de Constance 
et le triomphe de l'orthodoxie, n'avaient point voulu ad- 
mettre à leur communion les prélats signataires du con- 
cile de Rimini, et celui du diacre Hilaire qui, non con- 
tent de les exclure de la communion, prétendait qu'on 
devait les rebaptiser. On voit que ces trois partis, d'Ur- 
sinus, de Lucifer et d'Hilaire, étaient formés de gens 
qui se déclaraient plus orthodoxes, plus rigoureux, plus 
antifôliciens que Libère et Damase. Ce n'est évidem- 
ment pas de ce côté qu'il faut chercher les origines du 
mouvement d'opinion auquel nous devons la réhabilita- 
tion de Félix et la condamnation de Libère. Du reste, 
ces divisions ecclésiastiques ne durèrent pas bien long- 
temps; à la fin du iv 3 siècle il n'en était plus question. 
Il résulte de ceci, d'abord que les récits du Liber pou- 
tificalis sont en contradiction flagrante avec l'histoire ; 
ensuite qu'ils n'ont pu naître dans la génération con- 
temporaine des événements ; car, si un ennemi de Da- 
mase n'a pu inventer une version contraire à tous 
ses sentiments, un partisan de Damase n'aurait pas 
non plus diffamé à ce point le pape Libère, dont les 
principes furent en somme maintenus et appliqués par 
Damase pendant tout son pontificat. 

61. — Après avoir montré qu'il n'y a aucun lien en- 
ire la légende fôlicienne et les passions contemporaines 
de Libère et de Félix, il faut cherchera expliquer quand 
et comment cette légende a pu naître. Sur sa patrie 
il n'y a aucun doute : nous avons affaire à une légende 
romaine de style et de tradition littéraire, pourvue d'at- 
taches topographiques d'une solidité parfaite. 

La tradition populaire sur le pape Libère ne pouvait 
que lui être favorable. Saint Jérôme et l'auteur de la 
préface àuLiàellus precum, qui écrivaient sous Damase, 
témoignent tous les deux de l'enthousiasme qui l'ac- 
cueillit à son retour d3 l'exil. Cas deux écrivains, saint 
Jérôme surtout, ne dissimulent pas les concessions par 

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Le souvenir de 
Libère. 



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lesquelles ce retour avait été acheté ; mais ces questions 
de formules et de signatures n'étaient pas de nature à 
être bien comprises de la masse des fidèles romains ; l'a- 
nanisme dogmatique ne les intéressait que fort indirec- 
tement. Ce qui les avait blessés, c'était l'enlèvement 
brutal de leur intrépide évêque; ce qu'ils voulaient, 
ce qu'ils réclamaient en plein cirque a l'empereur Cons- 
tance, c'était son retour, sans compromis avec l'intrus 
Félix; ce qui les combla de joie, ce fut le triomphe de 
Libère, reprenant possession de son siège malgré Félix 
et en dépit du gouvernement ! . Quant à ce qu'il pou- 
vait avoir signé à Bérée ou à Sirmium, ils ne s'en in- 
quiétaient guère. Les clercs, il est vrai, accordaient 
plus d'attention à ces détails ; la chronique de saint Jé- 
rôme et sonDe viris (c. 97), deux livres fort répandus, 
même dans les régions les moins aristocratiques de la 
littérature, en perpétuèrent le souvenir. 

Les Gesta Liberiî. 62.— Ilnous reste un petit écrit 2 où l'enthousiasme 
pour la mémoire de Libère est concilié tant bien que 
mal avec un certain sentiment de sa faiblesse momenta- 
née. C'est ce qu'on appelle les Gesta Liberii. Je parlerai 
plus loin de l'histoire littéraire de ce document; on 
verra qu'il se rattache à un groupe d'apocryphes rédigés 
à Rome en 501 ou peu après. Félix n'y est point men- 
tionné. L'intention évidente est de chercher un précédent 
à la situation du pape Symmaque , bloqué au Vatican par 
les schismatiques du parti de Laurent et empêché de cé- 
lébrer les fêtes pascales dans la basilique et au baptis- 
tère du Latran. Libère est exilé 3 , non pas enThrace, 
mais à la porte de Rome, dans le cimetière de Novella, 
près de la voie Salaria. Le jour de Pâques approche; le 
pape est désolé de ne pouvoir présider aux cérémonies 
baptismales dans la basilique Constantinienne. Ses prê- 
tres l'entourent, le consolent et lui démontrent que ces 
cérémonies peuvent être célébrées n'importe en quel 
endroit. Libère se laisse convaincre ; il baptise dans un 
cimetière voisin, le cimetière Ostrien, où, disait-on, 

1. L'éloge métrique du pape Libère, récemment publié par M. de 
Rossi {Bull. 1883, p. 8; cf. Inscr. christ, t. II, p. 83-86), est une 
expression remarquable de cet enthousiasme. 

2. Coustant, Epp. Rom. Pont., Append. p. 89 et suiy.; Migne, 
Pair. lat. t t. VIII, p. 1388-1393. 

3. Le motif de son exil, c'est qu'il a tenu des propos défavora- 
bles à l'empereur, qui professait une fausse doctrine : alios pZlios 
habuisse de Maria Ioseph. Ces idées ont été combattues par divers 
Pères du iv° siècle, mais on ne voit nulle part que le gouverne- 
ment impérial s'y soit intéressé. Ce sont des particuliers, Helvi- 
dius, Bonosus, etc., qui ont cherché à les propager. 



l'apôtre saint Pierre avait autrefois baptisé, ad nymphas 
S. Pétri, ubi S. Petrns baptizabat. Quelques semaines 
après, la Pentecôte ramène l'obligation de célébrer le 
baptême. Alors le prêtre ' Damase intervient et propose 
à Libère de construire un baptistère à Saint-Pierre; 
cette basilique étant située hors de l'enceinte de Rome, 
Libère n'avait pas à se mettre en rupture de ban pour 
y aller. L'ofTre est acceptée : Damase détourne des 
sources qui suintaient au travers du cimetière du Vati- 
can et endommageaient les sépultures ; il établit deux 
canaux de dérivation, pratique une section dans la col- 
line qui surplombait la basilique du côté droit et cons- 
truit une piscine, où, le jour de la Pentecôte, Libère 
baptise un grand nombre de néophytes. 

Ce récit, en dehors de sa signification polémique et 
apologétique, a un grand intérêt en ce qu'il nous mon- 
tre comment les monuments et les inscriptions étaient 
mis à contribution par les auteurs de légendes et autres 
apocryphes. Tout ce qui regarde la fondation du baptis- 
tère dérive de l'inscription suivante, que Damase fit gra- 
ver pour conserver le souvenir de ses travaux au baptis- 
tère de Saint-Pierre. Le marbre original existe encore 2 : 

CTN GERANT LATICES MONTEM TENEROQUE MEATV 
CORPORA MVLTORVM CINERES ATQVE OSSA RIGABAXT 
NON TVLIT HOC DAMASVS COMMV^I LEGE SEPVLTOS 
POST REQVIEM TRISTES ITERVM PERSOLVERE POENAS 
PROTINVS ADGRESSVS MAGNVM SVPERARE LABOREM 
AGGERIS;INMENSI DEIECIT CVLMINA MONTIS 
INTIMA SOLLICITE SCRVTATVS VISCERA TERRAE 
SICCAVIT TOTVM QVlDQVID MADEFECERAT HVMOR 
INVENIT FONTEM PRAEBET QVI DONA SALVTIS 
HAEC CVRAVIT MERCVRIVS LEVITA FIDELIS 

Il y a dans le récit une allusion confuse à la faiblesse 
de Libère ; un de ses interlocuteurs , le prêtre Denys , 
cherche à l'excuser en rappelant le triple reniement de 
saint Pierre 3 . Mais l'ensemble témoigne de la plus 
vive sympathie pour lui ; c'est là un sentiment tout op- 
posé à celui que nous voyons exprimé dans le Liber 

1. Damase n'est appelé prêtre que dans les légendes; il fut élevé 
directement du diaconat à l'épiscopat. 

2. Dionysii, Vaticanae basilicae cryptarum monumenta, pi. xxvii. 

3. Coustant (v. sa note à cet endroit) pense que l'auteur des 
Gesta, pour qui Libère est évidemment Symmaque, cherche à in 
sinuer que ce dernier pape était, il est vrai, coupable, mais que 
ses fautes ne fournissaient pas une raison de le déposer. Cette ex- 
plication, assez plausible, peut très bien être conciliée avec celle 
que je présente de mon côté. Les deux papes et leurs histoires se 
compénètrent dans ce récit apocryphe. 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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mémoire de 
Félix II. 



pontificalis. Il y a cependant un trait commun aux deux 
légendes, c'est une tentative de conciliation entre le 
baptême romain de Constantin et son baptême à Nico- 
médie. Celui-ci étant attesté par la chronique de saint 
Jérôme, il n'était pas facile d'en supprimer le souvenir. 
Aussi l'attribue-t-on, non pas au grand Constantin, qui, 
aux yeux de l'auteur des Gesta Liberii y a été baptisé 
à Rome, par le pape Silvestre, mais au persécuteur de 
Libère, à Constant ou Constance, qui est ici un neveu 
de Constantin et, dans le Liber pontificalis, un fils de 
cet empereur. D'après les Gesta Libcrii, la cause de 
l'exil de Libère, c'est qu'il a parlé de la lèpre de Cons- 
tantin, guérie miraculeusement parle baptême; d'après 
la notice de Félix II, ce personnage est condamné à mort 
pour avoir parlé du baptême de Constance , baptême 
réitéré et conféré par Eusèbe de Nicomôdie. 

L'auteur du Liber pontificalis a donc usé librement 
des Gesta Liberii, transportant les récits d'un person- 
nage à l'autre et les modifiant suivant les nécessités de 
son système historique. Ce procédé, du reste, se cons- 
tate aussi dans la notice de Jules. C'est bien évidemment 
à Libère et non pas à Jules que convient la phrase : Hic 
militas tribulationes et exilio fuit mensibus X et post 
huius Constantini mortem cum gloria reversus ad se- 
dem beati Pétri apostoli. Sauf la durée de l'exil, men- 
sibus X, et le lien établi entre la mort de Constance et 
le retour du pape , cette assertion , fausse en ce qui re- 
garde Jules, est exacte si on la rapporte à Libère. 

G3. — Ces considérations, en nous donnant l'explica- 
tion des phrases initiales des deux notices de Jules et 
de Félix, nous permettent de les écarter désormais du 
débat et de concentrer notre attention sur la narration 
principale, celle de la notice de Libère, où les rôles de 
ce pape et de Félix sont si étrangement intervertis, et 
l'histoire si manifestement dénaturée. Pour qu'un tel 
accident ait pu se produire, il a fallu avant tout que, dans 
les souvenirs que l'on conservait de Libère, les traits 
favorables aient été effacés au profit des traits défavora- 
bles, que les faiblesses de 357-358 aient fait oublier l'in- 
trépidité manifestée en 355, l'enthousiasme du retour 
en 358 et le long triomphe qui dura jusqu'à la mort du 
pape en 366. Ceci suppose que la vraie tradition popu- 
laire était effacée, que le nom de Libère n'était plus 
protégé par elle contre la persistance des notes fâcheu- 
ses dans les livres des historiens. 
Mais ceci n'est qu'une condition, car la glorification 



CXXIII 

de Félix ne ressort pas encore de la faiblesse de Libère, 
et c'est précisément cette glorification qui est l'élément 
essentiel de la légende. De Félix, le populaire ne pou- 
vait avoir conservé qu'un mauvais souvenir; tous les 
partis intransigeants, hilariens, lucifériens, ursiniens, 
l'avaient unanimement en horreur. Autour de Damase, 
quelques clercs, jadis ses adhérents, avaient sans doute 
gardé de l'affection pour un homme auquel, après tout, 
on n'a guère autre chose à reprocher qu'une ambition dé- 
placée et une grande faiblesse de caractère. Mais le po- 
pulaire orthodoxe, rallié autour de Damase, avait gardé 
son enthousiasme pour Libère et réprouvé énergique- 
ment l'attitude de Félix. Ces sentiments ne sont pas de 
ceux qui changent ; mais ils ne sontpas non plus de ceux 
qui durent. A tout prendre, Félix dut être oublié plus 
tôt que Libère. D'où vient donc l'éclat que son nom re- 
prit au commencement du vi* siècle ? Comment expli- 
quer la revanche qui lui fut donnée alors au détriment 
de la mémoire du pape tant aimé dont il avait été le 
compétiteur illégitime? 

64.— Voici la solution que je propose. Si Félix a re- 
prisf avantage sur Libère, c'est que Félixa été,pourdes 
raisons étrangèresà l'histoire véritable, considéré comme 
un saint et comme un grand saint. On l'a identifié avec 
un des martyrs les plus populaires de Rome. Cela fait, 
il était impossible de ne pas intervertir les rôles entre 
Libère et lui. Du moment où Félix devenait un saint illus- 
tre, Libère, son adversaire, ne pouvait manquer d'être 
flétri. 

Sur un grand nombre de voies romaines on vénérait 
un saint Félix : sur la voie Salaria, un des sept frères, 
fils de sainte Félicité ; sur la voie Appienne, le pape du 
in e siècle ; sur la voie d'Ostie, le compagnon de saint 
Adauctus ; sur la voie de Porto et sur la voie Au- 
rélienne, des saints dont l'histoire est inconnue ; sur 
la voie Aurélienne il y en avait même deux. Entre ces 
saints Félix, celui dont le culte était le plus célèbre, c'é- 
tait celui de la voie de Porto. C'est le seul dont le nom 
figure isolément, comme celui d'un éponyme, dans l'an- 
tique index des cimetières romains, composé au vi° siè- 
cle au plus tard : Cymiterium ad insalatos, ad sanctum 
Felicem, via PortuenseK Seul il eut le privilège de don- 
ner 2 son nom à l'une des voies romaines, la via Por- 

1. Je dis isolément, car il y a aussi le Cymiterium Commodillae 
ad sanctos Felicem et Adauctum, via Ostiense. 

2. De Rossi, Roma sott., t. I, p. 182; cf. Bull, 1878, p. 46. 



Le saint Félix 
de la voie de 
Porto. 



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Les Gesta Eusebii 
presbyteri. 



tuensis, que nous trouvons appelée via sancti Felicis 
martyris dans un document antérieur au milieu du 
vi e siècle. * Son tombeau est indiqué par tous les topo- 
graphes du vn e siècle comme formant une des princi- 
pales stations de la voie de Porto. Une église s'élevait 
au-dessus ; elle s'est conservée pendant tout le moyen- 
âge K 

Au point de vue liturgique, il est vrai, ce saint si po- 
pulaire est assez peu classé. On trouve bien son nom 
dans le martyrologe hiéronymien, en compagnie des 
autres saints de la voie de Porto, Simplicius, Faus- 
tinus et Viatrix, que Ton fêtait le 29 juillet, Abdon 
et Sennen, dont l'anniversaire était observé le lende- 
main 3 ; mais il n'est pas mentionné dans les livres litur- 
giques proprement dits avant ceux du type grégorien, 
dont la dernière rédaction, quoiqu'ils aient pour le fond 
des origines plus anciennes, ne remonte qu'au temps 
de Charlemagne. 

Quoi qu'il en soit de la place que le saint en question 
occupait dans la liturgie officielle, il est au moins cer- 
tain que sa célébrité était très grande, son culte fort po- 
pulaire. Que ce saint fût un personnage distinct de' Fé- 
lix II, cela résulte de ce que la date de sa fête diffère de 
celle de la mort de Félix. Celui-ci mourut le 22 novem- 
bre, nous le savons par le prologue du Libellus pre- 
cum, c'est-à-dire par un témoignage contemporain. Or 
l'anniversaire du saint Félix de la voie de Porto tombait 
le 29 juillet; c'est à ce jour que l'indiquent, après le 
martyrologe hiéronymien, tous les livres de la liturgie 
grégorienne. 

65. — Cependant l'identification des deux Félix est 
déjà faite dans la première édition du Liber po?itificalis. 
Nous la trouvons aussi dans un écrit du même temps, les 
Gesta Eusebii presbyteri, qui paraît l'avoir empruntée 
au Liber pontificalis lui-même 4 . 



i. Description du Tibre, insérée dans les manuscrits d'yElhicus 
Ister et de Julius Honorius (Pertz, De cosmographia Aethici, 
Berlin, 1853; cf. DeRossi, Bull. 1869, p. Il et suiv.). 

2. C'est sans doute cette église qui est mentionnée dans l'ins- 
cription suivante, qui se lisait au temps de Bosio dans le pavé de 
Sainte-Cécile : Gàudiosà deposita in basilica domni Filicis (Bosio, 
Roma sott., II, 13). 

3. L'église de Saint-Félix était au troisième mille; le cimetière de 
Generosa, où reposaient les saints Simplicius, Faustinus et Via- 
trix, au cinquième; le cimetière de Pontien, avec le sanctuaire des 
saints Abdon et Sennen, au second. 

4. Le document publié par Baluze (Miscell., t. II, p. 497) sous le 
titre à'Acta Felicis, n'est qu'un simple extrait des notices de Libère 
et do Félix, dans le Liber pontificalis. 



Cette histoire, publiée au 14 août par les Bollandistes. 
est au titulus Eusebii ce que les documents de Pastor 
et Timothée sont aux tituli Pudentianae et Praxcdis, ce 
que la passion de sainte Susanne et celle de sainte Cécile 
sont aux tituli Susannae et Caeciliae; c'est la légende 
de fondation de l'une des paroisses de Rome. On y ra- 
conte que, du temps où Libère et Constance persécu- 
taient les catholiques, partisans de Félix, un prêtre, 
nommé Eusèbe, leur résista en face, ce qui lui valut d'ê- 
tre renfermé dans une étroite cellule. Au bout de sept 
mois il y mourut; le prêtre Grégoire et le narrateur lui- 
même, qui prend le nom d'Orose, l'enterrèrent dans la 
crypte papale du cimetière de Calliste. Constance, l'ayant 
appris, fit enfermer Grégoire dans cette même crypte où 
il périt d'inanition. Orose lui donna la sépulture à cet 
endroit même. 

L'intention principale de ce récit est de glorifier Eu- 
sèbe, fondateur du titre qui portait son nom. Cet Eusèbe 
est un personnage réel, qui est mentionné dans le calen- 
drier du martyrologe hiéronymien, et précisément avec 
la qualité que lui donne la légende : Romae, Eusebii, 
tituli conditoris. On lisait jadis dans son église une ins- 
cription dont, au xvn° siècle, il ne restait plus que les 
mots HVIVS BASILICAE CONDITORIS l . Il est très pos- 
sible que son tombeau fût dans la crypte de saint Sixte, 
et même qu'on y lût l'inscription EVSEBIO HOMIiNÏ 
DEI, indiquée dans les Gesta. Sur ces choses-là les 
légendes romaines sont toujours exactes. Aussi M. de 
Rossi a-t-il cru pouvoir, dans sa restitution de la crypte 
ad s. Xystum, indiquer les deux tombeaux d'Eusèbe et 
du prêtre Grégoire. Ce qui est inacceptable, c'est ce qu'on 
pourrait appeler le paysage historique dans lequel se 
meuvent les personnages, je veux dire cette persécution 
exercée contre les catholiques par Libère allié à Cons- 
tance. Orc'estlà un emprunt au Liber pontificalis. Je dis 
un emprunt, car, comparaison faite des deux documents, 
on voit que le Liber pontificalis est plus complet que 
l'autre dans son récit, et que les expressions elles-mêmes 
y ont une saveur primitive qu'on ne retrouve plus dans 
les Gesta Eusebii, au moins tels qu'ils sont venus jus- 
qu'à nous 3 . 

66. — Nous n'en avons pas fini avec la légende de Les saints Fé& 
Félix IL La notice de Libère enterre Félix sur la voie hJ^J 016 Aarj ": 

i. Do Rossi, Roma sott., t. N, p. 111 | 

2. Ibid., pi. I et I A. 

3. Voir le commentaire do la notice de Libère. 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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de Porto, le 29 juillet ; mais la notice de Félix lui-môme 
place sa sépulture à un autre endroit et la rapporte 
à un autre jour. Dans la première il paraît finir tranquil- 
lement sa vie ; dans l'autre il meurt martyr, en compa- 
gnie d'un grand nombre de clercs et de fidèles. Le lieu 
de son supplice est désigné, auprès des murs de la ville 
et de l'aqueduc de Trajan. Cette indication correspond à 
la porte Aurélienne, près de la porte actuelle de Saint- 
Pancrace. C'estle 1 1 novembre que Félix est martyrisé, le 
15 qu'il est enterré, sur la voie Aurélienne, au deuxième 
mille, dans une basilique qu'il avait fondée lui-môme, 
n'étant encore que prêtre. 

Il est inutile de chercher à concilier deux narrations 
aussi contradictoires, et cela est d'autant plus inutile que 
ni l'une ni l'autre ne correspond à la vérité historique, 
au moins si on les rapporte a Félix II. Nous avons évi- 
demment affaire à deux systèmes, dont l'un identifie 
ce personnage avec un saint de la voie de Porto et l'au- 
tre le confond avec un saint de la voie Aurélienne. Comme 
il n'est pas probable que le premier auteur du Liber pon- 
tificalls ait poussé l'éclectisme jusqu'à les admettre en 
môme temps, je soupçonne que la notice de Félix II 
est une interpolation, ancienne il est vrai, mais enfin une 
interpolation. Outre la discordance des deux récits, je 
signalerai, dans la notice de Libère, une phrase qui sem- 
ble supposer que Félix n'avait pas d'abord une notice 
spéciale. Après avoir enterré ce personnage sur la voie de 
Porto, l'auteur ajoute : Omnes itaque anni Felicis in 
hiiius (Liberii) ordinc dinumerantur. Si ces raisons ne 
semblent pas suffisantes pour admettre l'interpolation, 
on devra, solution assez dure pour le rédacteur du Liber 
pontificalis, reconnaître qu'il a fait preuve ici d'une né- 
gligence ou d'une distraction peu commune. 

Maintenant, comment a-t-on été conduit à chercher 
le tombeau de Félix II sur la voie Aurélienne? Ici encore, 
les itinéraires du vu siècle vont nous guider '. Ils énu- 
mèrent quatre stations sur la voie Aurélienne : saint Pan- 
crace, les saints Processus etMartinien, les deux saints 
Félix et saint Calôpode. La situation du cimetière 

1. Je cite le plus ancien et le mieux conservé, l'itinéraire de 
Salzbourg (DeRossi, Romasott., 1. 1, p. 182) : « Deinde ambulas ad 
s. Pancratium, cuius corpus quiescit in formosa ecclesia, via Au- 
rélia... Et ascendis sursum et pervenies ad ecclesiam; ibi quies- 
cunt s. Processus et Martinianus sub terra et s. Lucina virgo et 
martyr in superiori. Deinde pervenies eadem via ad sanctos pon- 
tifices et martyres duos Felices. Postea eadem via pervenies ad 
ecclesiam; ibi invenies s. Galistum papam et martyrem et in al- 
tero [loco] in superiori domo s. Julius papa et martyr. » 



Saint-Pancrace est fort connue ; celui de Saînt-Calépode, 
où se trouvaient les tombeaux des papes Calliste et Jules, 
s'étendait au troisième mille de la voie. M. H. Stevenson a 
découvert récemment (1880) la petite église qui le sur- 
montait. Le môme savant identifie le cimetière des saints 
Processus et Martinien avec des hypogées en ruines qui 
se voient à peu près à deux kilomètres de Rome *. 
Quant à la station des deux Félix, c'était une petite ba- 
silique située aux environs du cimetière des saints Pro- 
cessus et Martinien, au deuxième mille. Cette station est 
mentionnée deux fois par le Liber pontificalis, dans les 
notices de Félix I er et de Félix II, comme renfermant les 
tombeaux de ces deux papes. Suivant la première édi- 
tion, Félix I or fut enterré in cymiterio suo, au deuxième 
mille del'Aurôlienne ; la fondation de la basilique est at- 
tribuée à Félix II. La seconde éditionaétô retouchée aux 
deux endroits. Elle fait construire la basilique d'abord 
par Félix I er lui-môme, puis par Félix II, qui, dit-elle, 
acheta du terrain auprès de l'église et lui en fit don. 

En dehors des indications du Liber pontificalis et des 
topographes du vn e siècle, je ne trouve aucun renseigne- 
ment sur les martyrs Félix de la voie Aurélienne. Mais 
ce que je viens de dire suffit à montrer comment on a été 
conduit à localiser le souvenir de Félix II sur la voie Au- 
rélienne. Deux saints Félix y étaient honorés, comme 
pontifes et comme martyrs, nous dit l'itinéraire de Salz- 
bourg 2 . Quoi de plus naturel que de les identifier avec 
les deux papes du même nom ? 

11 reste encore à expliquer d'où peuvent venir les dé- 
tails circonstanciés que la notice de Félix II donne sur 
son prétendu martyre. Indépendamment de son adap- 
tation à Félix II, ce récit est inexact en ce qu'il attribue 
à Damase le titre de prôtre qu'il n'a jamais porté. Pour 
le reste, il ressemble beaucoup à ces finales de passions 
romaines dont il reste tant d'exemples et dont plusieurs 
sont entrées dans le Liber pontificalis. Je serais porté à 
croire que nous avons ici un débris de la passion de l'un 
des deux saints Félix de la voie Aurélienne, j'entends 
des saints réels et non point de ceux dont le souvenir 
est venu plus tard se superposer aux leurs 3 . 

4. De Rossi, Bull., 1881, p. 104. 

2. Il ne faut pas trop se fier aux qualifications que l'on trouve 
dans les itinéraires; celui-ci, par exemple, donne un peu plus bas 
le titre de martyr au pape Jules. Mais ces qualifications provien- 
nent peut-être de l'usage populaire ; en ce cas elles méritent d'être 
recueillies parmi les éléments constitutifs des légendes. 

3. Aux indications topographiques do cette clausule, un grand 
nombre de manuscrits ajoutent les mots in civitate Corana, qui, 



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7° LE PROCÈS DU PAPE XYSTUS III. 



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Les Gesta de Xysti 
purgatione. 



07. — La notice de Xystus III s'ouvre par un récit 
singulier. Au bout d'un an et huit mois d'épiscopat, ce 
pape est accusé par un certain Bassus ; il se justifie de- 
vant un concile d'évêques, convoqué par l'empereur Va- 
lentinien : l'accusateur est condamné, c'est-à-dire ex- 
communié, avec cette condition que le viatique ne lui 
sera pas refusé à la mort. Valentinien proscrit Bassus 
et confisque ses biens au profit de l'église. Trois mois 
après, le coupable meurt; Xystus III lui donne la sé- 
pulture de ses propres mains et le dépose à Saint-Pierre, 
dans le tombeau de sa famille , . 

Cette histoire est empruntée au petit écrit intitulé Gcsla 
de Xijsti purgatione, qui fait partie de la même collection 
que le Constitution Silvestri et les Gesta Liber ii; mais 
en entrant dans le Liber pontificales elle a subi des re- 
maniements graves et significatifs. Voici la forme pri- 
mitive. Deux grands personnages de Rome, Marinianus 
et Bassus, ont des querelles d'intérêt avec l'église ro- 
maine, le premier pour une question de terrains, l'autre 
pour une affaire d'esclaves. Pour se débarrasser 
de l'opposition du pape Xystus, ils lui intentent une ac- 
cusation d'incontinence. L'empereur Valentinien com- 
mence par éviter la communion du pape ; puis on réu- 
nit, dans la basilique d'Hélène, une assemblée compo- 
sée du sénat, du haut clergé de Rome et des moines. 
Le pape et l'empereur s'y présentent. Le consulaire 
Maxime expose à celui-ci que l'évêque ne peut être 
jugé par ses inférieurs; Xystus admet cependant qu'on 

s'ils s'entendent de la ville de Cora (Cori, au S-E de Velletri), sont 
inconciliables avec le reste du texte. D'autre part, on trouve au 
XVII kal. decemb., dans Adon et dans le petit martyrologe romain 
(vin* siècle?}, la note suivante : Felicis episcopi, qui a XV° anno 
miraculorum gloria insignis fuit et sub Martiano praeside cum 
aliis XXX martyrium complevit. Corpus dus Elpidius presbyter in 
Nolensi ecclesia sepelivit. La fête de ce saint de Noie tombe juste- 
ment le même jour que l'anniversaire de Félix II, suivant la tra- 
dition de sa notice (la variante XII kal. pour XVII kal., dans cer- 
tains mss., ne me parait pas autorisée). Le martyrologe hiéronymien 
nomme deux Félix au /// id. nov., un au XII kal. dec, aucun au 
XVII kal. Mais comme ces noms ne sont accompagnés d'aucune 
indication topographique et que le texte est très confus en ces 
deux endroits, je ne crois pouvoir rien tirer de ces indications. 
Aux hagiographes de chercher à débrouiller ces écheveaux com- 
pliqués et de répartir entre Rome, Noie et même Cora, le3 nom- 
breuses fêtes de saints Félix inconnus qui encombrent les calendriers. 
C'est bien assez pour moi que d'avoir essayé de tracer une genèse 
quelconque des confusions et des légendes qui ont rapport au pape 
Félix I« r et a l'antipape Félix II. 

1. Sur la différence que présentent ici les deux éditions du 
L. P., voir ci-dessus, p. lx. 



fasse la preuve; puis, comme cela paraît impossible 1 , 
l'empereur lui accorde le pouvoir de juger ses accusa- 
teurs. Le pape en profite pour les excommunier sans 
rémission. En vain l'un d'eux cherche-t-il à le fléchir 
en donnant tous ses biens à l'église, Xystus reste 
inflexible et les deux coupables meurent sans réconcilia- 
tion. Xystus justifie sa conduite envers eux en disant 
que le péché contre le Saint-Esprit ne peut être remis 
ni en ce monde ni en l'autre ; quant au crime qu'on lui 
impute, il cite l'histoire de la femme adultère et la pa- 
role du Christ : « Que celui qui est sans péché lui jette 
la première pierre ». 

Tout cela est évidemment faux et absurde ; mais il 
n'est pas difficile de reconstituer les événements vrais 
auxquels on a voulu fabriquer des antécédents. Xystus 
et Valentinien ne sont autres que Symmaque et Théo- 
doric; les sénateurs Marinianus, Bassus et Maxime 2 
jouent respectivement les rôles de Festus, Probinus et 
Faustus, les deux premiers ennemis et accusateurs du 
pape, l'autre son défenseur. Le théâtre du concile, la 
basilique Sessorienne, bâtie par l'impératrice Hélène 3 ,a 
réellement vu l'une des réunions du concile tenu enoOt 
dans l'affaire de Symmaque, accusé d'adultère, comme 
l'est ici Xystus III. Ici commencent les différences. Le 
dénouement de l'affaire, dans les Gesta, est celui que 
le narrateur eût souhaité pour le procès de Symmaque, 
mais non celui qui se produisit réellement. Symma- 
que, en effet, ne comparut pas, si ce n'est à une au- 
dience préparatoire; l'occasion de se justifier lui fut 
refusée; les sénateurs, ses ennemis, ne furent point 
condamnés : ils continuèrent longtemps encore à lui 
susciter les ennuis les plus graves. Du reste, l'auteur 
des Gesta ne s'est pas borné à substituer ses désirs à la 
réalité des choses ; il a substitué aussi son esprit vindi- 
catif et dur à la mansuétude chrétienne qui est en pa- 
reil cas le premier devoir d'un évoque. Aussi l'auteur du 
Liber pontificalis l'a-t-il corrigé sur ce point. Il accepte 
la donnée d'une accusation intentée par Bassus, et écar- 

1. Ici le texte est concis et obscur. 

2. Ces personnages et quelques autres qui sont donnés dans les 
Gesta comme consulaires et patrices, ont réellement leurs noms 
dans les fastes, et cela vers le temps (432-440) où siégea Xystus III. 
Ainsi Marinianus a été consul en 423, Anicius Auchenius Bassus 
en 431, Maxime en 433 et 443, Sigisbuld en 437, Anatolius en 440, 
Paterius en 443, Albinus en 444. C'est sans doute ce qui les aura 
fait choisir. 

3. On lisait autrefois, dans l'endroit le plus apparent de cette 
église une inscription votive, au nom de l'empereur ValenUnien III 
(Voir le commentaire de la notice de Silvestre, n° 41). 



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RÉCITS DIVERS RELATIFS AUX PAPES. 



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tée devant un concile ; mais il ne veut pas que Bassus 
ait été condamné sans rémission: loin de là, l'infortuné 
reçoit après sa mort les honneurs funèbres des propres 
mains du pape qu'il avait calomnié. Outre cette issue 
plus naturelle et surtout plus conforme à l'esprit de l'E- 
glise, il faut remarquer le concile d'évêques substitué 
à l'assemblée mixte des Gesta, la confiscation des biens 
dé Bassus au profit de l'église romaine et la mention de 
son tombeau de famille ad sanctum Petrum. Dans une 
semblable affaire, un concile d'évêques est chose plus 
naturelle qu'une réunion de sénateurs, de clercs et de 
moines romains f . Au commencement du vi e siècle il y 
avait à peine trente ans que le pape Simplicius avait 
consacré au culte chrétien, sous le vocable de Saint-An- 
dré, une splendide basilique privée où se lisait l'ins- 
cription dédicatoire IVNIVS BASSVS V. G. CONSVL 0R- 
DINARIVS PROPRIA IMPENSA A SOLO FEGIT ET 
DEDICAVIT FELICITER s . M. de Rossi a démontré 3 que 
ce Junius Bassus est le consul de l'année 317. Sur un 
magnifique sarcophage, découvert en 1595 dans les 
cryptes vaticanes, où on peut le voir encore, se lit l'épi- 
taphe d'un autre Junius Bassus, préfet de Rome, baptisé 
in extremis en 359 *. Ce sont sans doute ces monuments 



1. L'auteur du Liber ponlificalis n'aime pas les moines : il a eu 
bien soin de les écarter du concile, où les Gesta Xysti leur avaient 
donné entrée. Dans ce dernier document il n'est pas question des 
évoques; son auteur, en les excluant, parait avoir cédé à un sen- 
timent de rancune contre les prélats du concile de 501. 

2. De Rossi, Bull., 18Tl,p. 27. Sur cette basilique, voir le mémoire 
considérable auquel se réfère cette citation. 

3. L. c, p. 43 et suiv. 

4. De Rossi, Inscr. chr., t. I, n° 141. — Le Marinianus des 
Gzsta est évidemment le même personnage que celui dont le nom 
se lisait sur la mosaïque de la façade de Saint-Pierre, dans une 
inscription dédicatoire restituée par M. de Rossi {op. cit., t. II, 
p. 55) de la manière suivante : 

MARINIANVS VIR INL. EX FP:pract. ET GONS. ORD. 
-CVM ANASTASIA INL. FEȔ. dus DEBITA VOTA 
^BEATISSIMO PETRO APOSTOLO PERSOLVIT 

QVaE PREGIBVS PAPaE LEONIS MEI 
>-oVOCATA SVNT ATQ. PERFEGTA 



qui auront fourni l'idée de la confiscation des biens de 
Bassus au profit de l'église et des honneurs funèbres 
que le pape Xystus III est censé lui avoir rendu à Saint- 
Pierre, in cubieuhtm parentum eins. 

Y a-t-il, au fond de toute cette histoire, une donnée 
traditionnelle? A proprement parler, il n'y en a aucune ; 
les faits réels auxquels elle se rattache sont des événe- 
ments du pontificat de Symmaque, de l'année 501, qui 
n'ont rien à voir avec Xystus III et son temps. Cepen- 
dant il n'est pas impossible que Xystus III ait été choisi 
à dessein, plutôt qu'un autre pape, pour fournir une 
espèce juridique, un spécimen de pape accusé. On sait 
que Xystus, avant d'être élevé à l'épiscopat, et lorsqu'il 
exerçait les fonctions presbytérales sous le pape Zosime, 
avait été accusé par la rumeur publique de favoriser 
les doctrines hérétiques de Pelage et de Célestius. Cette 
rumeur était fausse, mais Xystus se crut obligé de la 
démentir et nous avons encore les lettres que saint 
Augustin lui écrivit à ce propos *. Cette démarche 
ne parait pas avoir enlevé aux Pélagiens tout espoir 
de s'arranger avec lui, car Prosper raconte que, quand 
il fut devenu pape, Julien d'Eclane intrigua pour être 
rétabli dans la communion de l'Eglise 2 . Ces menées, 
ajoute-t-il, furent déjouées par le pape, diaconi Leonis 
hortaiu, et les Pélagiens n'y gagnèrent qu'une nouvelle 
condamnation, plus éclatante que les autres. Cependant 
ces bruits répandus contre Xystus et la persistance des 
Pélagiens à espérer quelque chose de lui ont pu lui 
donner, dans d'autres cercles, l'aspect plus ou moins 
vague d'un pape injustement persécuté. On prendra 
cette conjecture pour ce qu'elle vaut 3 . 

1. Aug. Ep. 191, 194. 

2. Prosper, Chron., ad ann. 439. 

3. L'idée de faire présider un concile par Valentinien III dans 
la basilique Sessorienne sera peut-être venue, indépendamment 
des préoccupations relatives aux événements de 501, de ce que cet 
empereur était nommé dans une des inscriptions monumentales 
de la basilique. On trouvera cette inscription plus loin, dans le 
commentaire à la notice de Silvestre, n° 41. 



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§ VI. 



LES DECRETS DISCIPLINAIRES ET LITURGIQUES. 



Les Constituta du 
L. P. et les docu- 
ments de la dis- 
cipline romaine. 



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69. — Le Lttar pontificalis parle très souvent des 
décrets pontificaux relatifs à la discipline et à la liturgie. 
Le plus souvent il en indique brièvement le sujet; d'au- 
tres fois l il se borne à les mentionner d'un mot, sans 
en marquer le contenu : Hic fecit conslitutum de ec- 
clesia. Le terme de conslitutum était en usage à Rome, 
au commencement du sixième siècle pour désigner les 
décrets des papes. On le trouve employé, avec cette si- 
gnification, dans la préface de la collection des décré- 
tâtes publiée par Denys le Petit 2 . Les canons du faux 
concile de Silvestre, fabriqués vers Tannée 501, portent 
en tête la rubrique Conslitutum Silvestri. L'expression 
fecit constitution est donc conforme à l'usage. 

Quant aux règlements placés sous cette rubrique et 
en général aux indications du livre pontifical sur les 
usages disciplinaires et liturgiques de l'église romaine, 
il n'est pas toujours facile de les vérifier. Il ne nous 
reste en effet qu'un très petit nombre de règlements 
proprement dits, rédigés spécialement pour l'église 
locale de Rome 3 ; ces règlements, qui ont dû être bien 
plus nombreux autrefois, n'ont été jamais codifiés, au 
moins ceux qui regardent la discipline proprement dite, 
car YOrdo Romanus nous a conservé une sorte de di- 
rectoire pour les cérémonies liturgiques. Je dis que ces 
règlements ont dû être plus nombreux autrefois; il 
n'est guère possible, en effet, que l'on ait pu faire fonc- 
tionner une administration aussi vaste et aussi compli- 
quée que celle de l'église de Rome, surtout depuis le 
quatrième siècle, en ne se guidant que sur l'usage et 
la tradition orale 4 . 

1. Voir les notices des papes Pie, Zéphyrin, Silvestre, Marc, Da- 
mase, Sirice, Anastase, Célestin, Léon, Félix III, Gélase. 

2. Praeteritorum sedis apostolicae prae3ulum constituta, qua 
valui cura diligentiaque collegi (Migne, P. L., t. LXVII, p. 131). 
On peut rappeler aussi le célèbre Conslitutum de Vigile. 

3. Je ne pourrais citer en ce genre que le règlement du concile 
de 502 sur les aliénations de biens ecclésiastiques et ceux du con- 
cile de 595, sous saint Grégoire le Grand. 

4. L'église de Rayonne possédait un recueil de règlements, la 
Consuetudo Ecclesii, quae in singulis voluminibus per unumquodque 
officium erat scripta (Agnellus, L. P. eccl. /tau., n° 118; éd. Waitz, 
p. 355). Il remontait au vi* siècle; l'évoque Ecclesius siégea de 522 
â 532, ^ 



Du reste, il n'est pas impossible de reconstituer, je 
ne dis pas la teneur précise des coutumiers de l'église 
romaine, mais l'ensemble de la discipline dont ils 
étaient l'expression. Si nous n'avons plus les constituta 
rédigés par les papes pour leur propre église, nous 
avons les décrétales qu'ils expédièrent aux autres évo- 
ques, soit en dehors du diocèse primatial de Rome, soit 
dans les limites de cette circonscription. Ici, je veux 
entrer dans quelques détails qui, s'ils ne sont pas abso- 
lument nécessaires pour l'étude de la question présente, 
le sont davantage pour l'intelligence de certaines par- 
ties du Liber pontificalis et de mon commentaire. 

70. — En dehors des grandes questions de foi, de 
communion et de discipline, qui appelaient leur inter- 
vention dans les affaires religieuses de l'empire entier, 
de l'Orient comme de l'Occident, les papes étaient con- 
sultés sans cesse par le3 évoques des pays latins à pro- 
pos des règles à suivre dans l'admission au baptême ou 
aux ordres, sur la conduite à tenir à l'égard des péni- 
tents, des hérétiques, des juridictions séculières, sur 
les usages liturgiques, etc. Il leur arrivait quelquefois 
de répondre en même temps à plusieurs questions; 
leurs lettres étaient alors divisées en chapitres, analo- 
gues de forme et d'étendue aux canons des conciles : 
c'est ce qu'on appelait une épître décrôtale. Pour les 
églises des pays éloignés de Rome, comme l'Espagne, 
la Gaule, l'Afrique, l'Italie du Nord, ces décrétales 
étaient le plus souvent envoyées à la demande des évo- 
ques. On y trouve d'abord des règles que les papes pré- 
sentent comme absolument obligatoires et dont la né- 
gligence est, à leurs yeux, une faute plus ou moins 
grave; elles ont rapport à des questions de discipline 
générale, comme le célibat eccl Mastique, les cas d'in- 
dignité pour l'admission aux ordres, etc. D'autres fois, 
ils se bornent à indiquer l'usage qu'ils suivent eux-mê- 
mes, sans obliger les évêques à s'y conformer, la di- 
versité pouvant subsister sans inconvénient d'un pays 
à l'autre. Toutes ces décrétales étaient accueillies avec 
le plus grand respect, non seulement par ceux qui les 



Documente 
authentiques : 
Décrétales d« 
papes. 



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avaient sollicitées, mais en général par tous les évèques 
soucieux de leurs devoirs à qui elles étaient communi- 
quées. On les introduisit bientôt dans les libri canonum 
où elles jouirent de la même autorité que les canons 
des conciles. Elles étaient d'ailleurs plus appropriées 
. aux nécessités spéciales des églises latines que les rè- 
glements des synodes orientaux, particuliers ou œcu- 
méniques. 

Mais dans l'immense Occident il y avait une circons- 
cription sur laquelle les papes exerçaient une juridic- 
tion quotidienne et beaucoup plus active. Au temps du 
premier concile d'Arles (314) et du concile de Nicée 
(32o), ce domaine spécial paraît avoir compris l'Italie 
tout entière, divisée au civil en deux diocèses, le dio- 
cèse suburbicaire, c'est-à-dire la basse Italie avec les 
lies, et le diocèse annonaire ou diocèse d':talie, corres- 
pondant à l'Italie continentale jusqu'aux environs de 
Pise et de Ravenne 1 . Vers le milieu du quatrième siècle, 
un changement s'opéra; l'évêque de Milan eut la direc- 
tion supérieure des églises de la haute Italie 2 et le pape 
restreignit sa sollicitude quotidienne au diocèse subur- 
bicaire. Ces églises, étroitement serrées autour du pape 
et surveillées de très près par lui, forment un groupe 
d'une physionomie toute spéciale, analogue à celui des 
églises d'Egypte, centralisées autour d'Alexandrie, et 
à celui des églises d'Afrique, organisées en corps sous 
la direction de l'évêque de Carthage. Par exemple, 
tandis que le régime métropolitain, importé d'Orient, 
s'introduisait, vers la fin du quatrième siècle, en 
Gaule et en Espagne, il ne réussit pas à pénétrer dans 
le diocèse suburbicaire. Aucun métropolitain ne s'in- 
terposait entre le pape et les prélats de l'Italie pénin- 
sulaire. Il était leur supérieur immédiat; ils formaient 
son concile, comme on disait alors. Naturellement, ces 
églises, surveillées de près par les évoques de Rome, 
durent se conformer plus que les autres aux usages du 
siège apostolique. Au cas où elles auraient été tentées 
de s'en écarter, soit par négligence, soit en important 
des règles étrangères, le pape ne tardait pas d'interve- 

1. Lœning, Geschichte des deutschen Kirchenrechts, Strasbourg, 
1818, t. I, p. 436 et suiv. Cf. C. Jullian, Les transformations poli- 
tiques de l'Italie, Paris, 1883, p. 172-180; L. Duchesne, Les divisions 
de tempire romain au iv« siècle, dans les Mélanges Graux, Paris, 
1884, p. 138-140. 

2. Cette juridiction de l'évêque de Milan ne tarda pas à être res- 
treinte par l'institution de la métropole ecclé&iastiquo d'Aquilêe, 
vers la fin du iv« siècle, et par ceUe de la province de Ravenne, au 
commencement du siècle suivant. 

Liber pontificalis. 



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nir pour les rappeler à Tordre. Aucun ôvêque n'était 
ordonné sans son consentement ; c'était même lui qui 
procédait à la consécration 1 ; l'élu se présentait à Rome, 
avec le procès-verbal de son élection et les députés du 
clergé et du peuple de sa localité. Une fois consacrés, 
les évoques du diocèse suburbicaire étaient obligés d'as- 
sister ou de se faire représenter aux conciles tenus par 
le pape, quand ils y étaient convoqués. Ces assemblées 
se réunissaient à l'occasion du natale ordinationis de 
chaque pape, c'est-à-dire de l'anniversaire de sa consé- 
cration. On profitait souvent de ces synodes annuels 
pour trancher les grandes affaires qui venaient d'Orient 
ou d'Occident au tribunal du siège apostolique, ou pour 
répondre aux consultations disciplinaires adressées par 
les évoques des autres diocèses. Mais leur but ordinaire 
était de régler les affaires locales, celles du diocèse sub- 
urbicaire. C'est là en particulier que se rédigeaient 
les règlements disciplinaires ou constituta qui concer- 
naient les évêques immédiatement soumis au saint 
siège. 

11 s'est conservé plusieurs documents soit de la lé- 
gislation ecclésiastique propre au diocèse suburbicaire, 
soit des réponses adressées en forme de décrétales aux 
évêques des autres diocèses. Comme exemples de cel- 
les-ci, on peut citer la décrôtale de Sirice à Himère, 
évoque de Tarragone, ou celles d'Innocent à Exupère de 
Toulouse et ix Victrice de Rouen. La lettre d'Innocent 
à Decentius d'Eugubium et celle de Gélase aux évêques 
de Lucanie peuvent servir à donner une idée de la légis- 
lation suburbicaire. Quant aux synodes où cette législa- 
tion se constituait, leurs procès-verbaux sont presque 
tous perdus ; ceux qui subsistent n'ont été conservés 
que parce qu'on a eu occasion de les envoyer au loin, 
comme le concile d'Hilaire, en 465, où furent traitées 

1. L'évêque de Ravenne n'avait pas, à cet égard, de situation 
privilégiée. Son élection était vérifiée et ses aptitudes examinées 
par le pape, comme celles de tous les autres évêques suburbi- 
caires; il était ordonné à Rome. En un mot, pour le pape, c'était 
un évéque suburbicaire comme un autre. Il n'avait aucune auto- 
rité sur les évèques du diocèse suburbicaire dont les sièges se 
trouvaient dans le voisinage de Ravenne. Cependant c'était un mé- 
tropolitain, mais pour les évèques d'Emilie, situés en dehors de 
la circonscription primatiale du pape. Le diocèse métropolitain do 
l'évêque de Ravenne avait été démembré de la province ecclésiasti- 
que de Milan, et non de celle de Rome. Son chef avait une situation 
mixte : simple évoque dans le diocèse primatial de Rome, où se 
trouvait son siège, il était métropolitain en dehors de ce diocèse. 
Cette situation pesait à l'amour-propre des* prélats Ravennates; 
ils firent l'impossible pour devenir autocéphales, c'est-à-dire mé- 
tropolitains au sens propre du mot, comme les évêques de Milan 
et d'Aquilée. 

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Apocryphes 
romains. 



des affaires espagnoles, et le concile de 487, sous Fé- 
lix III, qui s'occupa des suites de la persécution vandale 
en Afrique. Quant aux documents de ce genre qui res- 
tèrent à Rome, et c'est le plus grand nombre, ils ont dis- 
paru avec les archives pontificales de ces temps anciens. 

Il y a donc, en résumé, trois catégories de règlements 
pontificaux sur les questions de discipline, correspon- 
dant aux trois aspects de la juridiction des papes en 
Occident : les règlements intérieurs de Y église romaine, 
les règlements du diocèse suburbicaire ou circonscription 
primatiale du pape et les règlements adressés aux évêques 
des pays latins en dehors de cette circonscription. Cette 
distinction ne concerne que la forme, la destination, la 
force obligatoire ; au fond, la discipline est la même. Ce 
que les papes prescrivent ou recommandent aux évoques 
de leur diocèse ou des autres diocèses, c'est toujours l'u- 
sage romain, celui qu'ils connaissent et que l'expérience 
a consacré sous leurs yeux. Si donc nous voulons nous 
faire une idée de la discipline observée à Rome au cin- 
quième et au sixième siècle, nous n'avons qu'à lire les 
décré taies des papes de ce temps, quels qu'en soient les 
destinataires ; nous sommes sûrs de n'y rien trouver qui 
ne soit entièrement conforme à l'usage de l'église de 
Rome. 

71. — Une autre source d'information à ce sujet 
nous est ouverte par les textes canoniques apocryphes, 
mais rédigés à Rome. Nous en avons plusieurs qui 
remontent au commencement du vi e siècle, en particu- 
lier deux faux conciles, qui se donnent comme célé- 
brés sous la présidence du pape Silvestre. Mais il est clair 
qu'on ne saurait se fier aveuglément à ces documents. 
Quand les auteurs d'apocryphes entreprennent ainsi de 
suppléer aux lacunes ou à l'absence des textes authenti- 
ques, ils le font toujours sous l'empire de préoccupations 
dont il est indispensable de tenir compte. La discipline 
à laquelle ils s'intéressent n'est pas toujours la discipline 
officielle; ils sentent généralement le besoin d'y intro- 
duire des perfectionnements conformes à leurs idées ou 
à leurs intérêts; s'il y a quelque point controverse au 
moment où ils écrivent, ils n'ont aucun scrupule de faire 
pencher la balance du côté de la solution qu'ils désirent 
voir adopter. 

Les documents de ces deux catégories, qui peuvent 
nous servir à reconstituer les usages de l'église romaine 
au temps où . le Liber pontificalis fut écrit, se trou- 
vaient déjà à la disposition de son auteur. Examinons 



La collection 
Denys ht Pe 



de plus près à quel degré de publicité ils étaient par- 
venus de son temps et quel usage il a fait des uns et 
des autres. 

72. — L'église romaine n'avait d'abord admis, en 
dehors de ses usages traditionnels, d'autres canons ec- 
clésiastiques que ceux du concile de Nicée et du concile 
de Sardique. Vers le milieu du v 6 siècle et depuis, il se 
répandit en Occident et particulièrement en Italie plu- 
sieurs traductions de collections canoniques grecques, 
comprenant d'abord, avec les canons de Nicée, ceux 
d'Ancyre, de Néocésarée et de Gangres; puis ceux 
d'Antioche, de Laodicée, de Constantinople et de Chal- 
cédoine ! . On connaissait aussi le recueil des conciles 
africains promulgué à Carthage le 25 mai 419. Denys 
le Petit, moine originaire de la province de Scythie, sur 
le bas Danube, établi à Rome depuis les dernières 
années du v e siècle, publia le premier, vers l'an 500, 
une collection de tous ces documents conciliaires, où 
les canons grecs figuraient dans une traduction nou- 
velle et sous une numérotation continue. En tête de son 
recueil il plaça cinquante canons, dits apostoliques, tra- 
duits aussi du grec. C'est le trait le plus caractéristique 
de sa collection. Avant Denys le Petit les canons apos- 
toliques étaient inconnus en Occident. 

La collection de Denys eut deux éditions successives, 
toutes deux dédiées à Etienne, évêque de Salone. Elle 
fut bientôt suivie d'un recueil de décrétales des papes, 
formé à la demande de Julien, prêtre titulaire de Sainte- 
Anastasie, à Rome, et dédiée à ce personnage lui-même. 
Ce nouveau recueil contenait des lettres de Sirice, In- 
nocent, Zosime, Boniface, Célestin, Léon, Gélase et 
Anastase II. Il paraît, ainsi que les deux collections de 
canons, avoir été publié sous le pontificat de Symmaque 
(498-514). 

Les travaux de Denys parvinrent bientôt à un haut 
degré de considération. Le pape Hormisdas (514-523) 
lui fit retoucher sa traduction des conciles grecs et en 
accepta la dédicace; peu après, Jean II (533-535) se 
servait des collections de Denys dans sa correspondance 
officielle ; c'est d'après elle qu'il citait les canons et les 
décrétales. Denys avait ainsi donné à l'église romaine 
son liber canonum officiel, ou tout au moins usuel. 



73. — Que l'auteur du livre pontifical ait connu la ï-e l. p . • * 

dôerv-t. 

1. Sur ces collections, v. Maison, Quellen, t. I, p. 65 et suîv. * u ien ,-1 



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collection de canons, c'est ce qui est clairement indi- 
qué dans sa préface. Ce qui porte saint Jérôme à de- 
mander au pape Damase d'écrire la vie de ses prédé- 
cesseurs, c'est le désir qu'il a de savoir qui mentit de 
episcoporum supradictae sedis martyrio coronari vel 
qui contra canones apostolorum excessisse cognoscatur. 
Il portait donc un grand intérêt à ces canons apostoli- 
ques, auxquels, il est vrai, comme dit Denys, plurimi 
consensum non praebuere facilem; mais il était, lui, 
du nombre des convaincus. Tout ce qu'il désirait faire 
voir, c'est que les décrets et les actes des papes étaient 
d'accord avec cette législation vénérée. Et pourtant, 
après l'avoir mentionnée en tète de son livre comme 
l'objet de ses préoccupations, il ne s'en occupe plus; il 
n'y fait plus la moindre allusion, pas même dans la vie 
de saint Clément, rédacteur supposé de ces fameux ca- 
nons. Il est même à peu près certain qu'il ne les avait 
pas lus. En effet, les canons apostoliques 46 et 47 pres- 
crivent de considérer comme nul le baptême conféré 
par les hérétiques, tandis que le livre pontifical rappelle 
à plusieurs reprises la discipline romaine d'après la- 
quelle les hérétiques n'étaient point rebaptisés, mais 
seulement réconciliés par l'imposition des mains. On 
peut aussi comparer le décret du pape Eutychien qui 
interdit de bénir sur l'autel d'autres fruits que les fèves 
et les raisins avec le 4 e canon apostolique, où on lit, 
suivant la version de Denys : offerri non licet aliquid 
adaltare praeternovas spicas et uvas ! . Ces deux cas 
sont les seuls où le livre pontifical touche aux points 
de discipline réglés par les cinquante premiers canons 
apostoliques, les seuls que Denys traduisit; on voit que 
la rencontre ne sert qu'à mettre en relief la différence 
entre les deux textes. Les canons suivants contiennent 
encore d'autres prescriptions contradictoires avec la 
discipline romaine, exprimée par le livre pontifical; 
ainsi, le canon 66 e interdit le jeûne du samedi, qui était 
au contraire prescrit à Rome, comme il est marqué 
dans la vie d'Innocent. Ces oppositions ne sauraient 
nous étonner, parce que nous savons à quoi nous en 
tenir sur la provenance et l'autorité des canons pseudo- 
apostoliques. Mais l'auteur du livre pontifical ne pou- 
vait savoir que ces canons, dérhés en partie des Cons- 
titutions apostoliques, ne sont qu'une expression de la 
discipline syrienne ; il n'avait aucun doute sur leur ori- 

1. Voir, pour ceci, la note 1 de la notice d'Eutychien. 



gine. Pour lui, ils étaient l'œuvre des apôtres eux- 
mêmes : un pape qui ne s'y serait pas conformé aurait 
commis un excès blâmable (excessisse cognoscatur) ; le 
but de ses recherches c'est de constater qu'un tel excès 
ne s'est jamais produit. 

Voyons maintenant quelle a été son attitude à l'en- 
droit des décré taies. Elles étaient déjà publiées au mo- 
ment où il écrivait, car il est très probable que le recueil 
qu'en fit Denys le Petit vit le jour sous le pontificat de 
Symmaque. Il ne lui aurait donc pas été difficile de s'en 
servir, dès sa première rédaction; à plus forte raison 
pouvait-on y puiser des suppléments ou rectifications 
utiles pour les remaniements dont elle fut bientôt l'ob- 
jet, et en particulier pour la seconde édition. Or voici 
ce que l'on trouve sur les lettres pontificales. Dans la 
vie de Sirice on dit de ce pape : Hic constitutum fecit 
de ecclesia et direxit per provincias. C'est le texte de la 
première édition. La seconde en dit plus long; elle dé- 
veloppe ainsi cette phrase : Hic fecit constitutum de 
omnem ecclesia vel contra omnes hereses et exparsitper 
universum mundum ut in omnem ecclesiae archibo te- 
îieantur ob oppugnationem contra omnes hereses. Or, 
il reste, non pas une, mais plusieurs décrôtales du pape 
Sirice qui ont bien été envoyées per provincias comme 
dit la première édition; aucune cependant qui ait le 
caractère œcuménique indiqué dans la seconde édition 
par les mots per universum mundum, ut in omnem ec- 
clesiae archibo teneantur. Mais parmi les décrôtales de 
Sirice, il y en a une qui est particulièrement célèbre; 
c'est celle qu'il adressa, au début de son pontificat, 
en 385, à Himerius, évoque de Tarragone; c'est d'ail- 
leurs la seule qui figure dans la collection dionysienne ; 
et, comme c'est par elle que cette collection commence, 
on peut croire que son rang, son isolement et son im- 
portance auront porté notre auteur à la mentionner 
comme il l'a fait. Il faut remarquer qu'il ne donne au- 
cune indication sur son contenu. Le second éditeur, qui 
transforme en une sorte d'encyclique un règlement 
adressé aux seuls évoques d'Espagne, a prétendu nous 
dire de quoi il y était traité : à deux reprises différentes 
il le donne comme un code doctrinal opposé à toutes 
les hérésies. Or, sur les quinze chapitres dont cette dé- 
crôtale se compose, un seul, le premier, parle des héré- 
tiques, non pas de tous, mais seulement des Ariens; ce 
n'est que par comparaison que les Novatiens et autres 
sectaires sont mentionnés incidemment. Encore n'est-il 



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point question de la réfutation (oppugnationem) mais 
de la réconciliation des hérétiques, des cérémonies à 
suivre pour leur admission dans l'Eglise. C'est un thème 
souvent traité dans les conciles et les décrétales des pa- 
pes. On peut donc croire que les modifications du se- 
cond éditeur ne sont pas fondées sur une étude plus 
attentive du texte de Sirice et ne représentent qu'un 
développement de fantaisie. 

Parmi les lettres de saint Léon, le premier rédacteur 
signale d'abord le tomus, c'est-à-dire la célèbre lettre à 
Flavien, puis un groupe de lettres relatives à la foi, 
conservées, dit-il, dans les archives de l'église romaine, 
enfin une décrétale : et décrétaient quam per univer- 
sum mundiim spargens seminavit. Le second rédacteur 
omet cette décrétale, mais il mentionne le tome et le 
groupe des epistolae fidei : il en donne même le détail 
dans la phrase suivante : Hic firmavit fréquenter suis 
epistolis synodum Calcedonensem : ad Marcianum Aug. 
epistolas XII \ ad Leonem Aug. epistolas XIII, ad Fia- 
vianum episcopum epistolas VIIII, episcopis per Orien- 
tem epistolas XVIII, quas fidei confirmavit synodi. 
Cette énumération est fort inexacte. Les Regesta de 
Jaffé mentionnent dix-sept lettres du pape à l'empereur 
Marcien, huit à l'empereur Léon, sept à l'évêque Fla- 
vien, mais aucune à un groupe à'episcopi per Orientem. 
Les lettres à Flavien sont nécessairement antérieures 
au concile de Chalcédoine. Ainsi, celui qui a écrit cette 
phrase avait une certaine idée, mais une idée vague, de 
la correspondance de saint Léon à propos de l'eutychia- 
nisme; il ne l'avait pas étudiée sur les registres des 
archives pontificales f . Quant à la décrétale que la pre- 
mière édition est seule à mentionner, il est impossible 
de l'identifier; saint Léon a écrit plusieurs dôcr Haies 
adressées à des évoques de divers pays ; mais il n'y en 
a aucune qui ait un relief si spécial qu'on puisse la citer 
par antonomase ; aucune non plus n'a une destination 
immédiate aussi étendue que l'indiquerait l'expression 
per universum mundum spargens seminavit. 

La différence que nous avons déjà remarquée entre 
les deux rédactions, relativement aux lettres de Sirice 
et de Léon, se retrouve encore à propos d'Hilaire. La 
première édition porte simplement : Hic fecit décréta- 
lem et per universam Orientem direxit et epistolas de 
fide catholica; la seconde continue : confirmans très 

i. La collection de Denys le Petit ne contient aucune des lettres 
dogmatiques de saint Léon; elle ne pouvait donc rien lui fournir 
à ce sujet. 



synodos, Niceni Epheseni et Calcedonense, vel tomum 
sancti episcopi Leonis ; et damnavit Eutychem et Nesto- 
rium velomnes sequaces eorum et vel omnes hereses; et 
confirmans dominationem et principatum sanctae sedis 
catholicae et apostolicae. Aucune trace de cette corres^ 
pondance ne s'est conservée en dehors du livre ponti- 
fical; mais il est difficile de croire que le pape Hilaire. 
n'ait pas eu à écrire à propos des affaires ecclésiastiques 
de l'Egypte et de l'Orient, pays sans cesse troublés par 
l'opposition que le parti monophysite faisait au concile 
de Chalcédoine. La seconde édition ajoute : Hic fecit cons- 
titutum de ecclesia in basilicam ad sancta Maria, con-> 
sulatu Basilisco Hermenerico XVI kaL decemb. Ce. 
cofistitutum est conservé. De toutes les lettres pontifi- 
cales dont nous avons jusqu'ici trouvé quelque trace 
dans les vies des papes, c'est la seule qui soit indiquée 
avec précision. Or il est à remarquer qu'elle ne figure 
pas dans la collection de Denys, non plus que dans au- 
cune collection italienne antérieure au vm* siècle *. 
Notre auteur en a donc puisé l'indication à quelque au- 
tre source. C'est, du reste, à partir d'Hilaire et de Sim- 
plicius qu'il parle d'après ses souvenirs personnels et- 
ceux de ses contemporains. 

Ainsi, à n'en juger que par la façon dont il mentionne 
les lettres pontificales, notre auteur ne paraît pas avoir 
fait un grand usage de la collection de décrétales de 
Denys le Petit. La seule trace, bien légère, il est vrai, 
que cette collection ait peut-être laissée dans son tra~ 
vail, c'est la façon dont il présente la décrétale do Sirice. 
Quant aux lettres de Léon et d'Hilaire, ce qu'il en dit 
ne peut en aucune façon dériver de la collection diony- 
sienne. Il reste maintenant à examiner si, en dehors de 
toute référence au recueil des décrétales, il ne les aurait 
pas suivies avec quelque scrupule pour répartir entre 
les papes du iv e et du v e siècle les décrets disciplinaires 
qu'il leur attribue. 

La vie de Sirice contient, à une certaine distance de 
l'endroit où nous avons cru reconnaître un souvenir de 
la lettre à Himère, le décret suivant : Hic constituit 
hereticum sub manum inpositionis reconciliari. C'est 
l'expression de la discipline romaine sur la réconciliation 
des hérétiques : on ne leur renouvelait pas le baptême, 
mais seulement l'imposition des mains ou confirmation. 
Le premier chapitre de la décrétale de Sirice à Himère 
est consacré à inculquer cette doctrine et à la faire pré- 

1. Maassen, /. c, p. 214. 



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DÉCRETS DISCIPLINAIRES ET LITURGIQUES 

valoir contre Je système des gens qui voulaient que-las 
ariens convertis fussent rebaptisés. Il semble donc que 
l'auteur du livre pontifical se soit inspiré ici de la dé- 
crétée de Sirice. Cependant le môme usage est men- 
tionné dans la notice d'Eusèbe : Hic hereticos in urée 
Roma invertit, qitos ad manum inpositionis reconci- 
liavit, ce qui porterait à croire que notre auteur n'a 
point procédé, en indiquant l'origine de cet usage, 
d'après une connaissance précise et fondée sur les do- 
cuments, et qu'il a attribué au hasard à deux papes 
différents une règle qu'il voyait observée constamment 
sous ses yeux. D'autre part, il est juste de remarquer 
que les mots quos ad manum inpositionis reconciliavit 
ne figurent point dans les abrégés de la première édition 
et quïls ont fort bien pu y être ajoutés par l'auteur de 
la seconde. On peut donc, jusqu'à preuve du contraire, 
admettre que le décret mentionné dans la vie de Sirice 
a été emprunté à la décrétaie de ce pape. 

Un autre emprunt de ce genre, et même beaucoup 
plus évident, se rencontre dans la vie d'Innocent I er : 
Hic constituitsabbatum ieiuniumcelebrari, quia sabbato 
Dominus in sepulcro positus est et discipuii ieiunave- 
runt. Dans le quatrième chapitre de la décrétaie d'In- 
nocent à Decentius. d'Eugubium la même observance 
est prescrite et elle y est appuyée sur les mêmes argu- 
ments. Une semblable rencontre sera difficilement con- 
sidérée comme fortuite. 

C'est tout ce que je puis citer *. Sur une vingtaine de 
décrets que notre auteur attribue aux papes depuis Si- 
rice jusqu'à Hilaire, il n'y a que ces deux-là qui se ren- 
contrent avec les décrétales des papes à qui on les at- 
tribue. Les autres ou ne figurent dans aucune décrétaie 
connue, comme le règlement du pape Innocent contre 
les Montanistes et celui de Zôsime sur le cierge pascal, 
ou bien, comme celui de Sirice sur le fermehtum, ils 



CXXXIII 



1. Il est dit dans la notice d'Innocent qu'il fit un règlement de 
reguîis monasteriorum ; ce règlement ne doit pas étre.çonfpndu avec 
les prescriptions de la décrétaie d'Innocent à, Victrice sur les moi- 
nes qui se font clercs et les vierges qui se laissent séduire. — Le 
Constitutum de religione attribué à Gélestin est peut-être identique 
avec le synode de 430 contre Nestorius ou avec la lettre aux évé- 
ques de Provence au sujet de saint Augustin. Ce dernier document 
figure dans la collection de Denys le Petit avec le recueil des auc- 
èoritates praeteritorum sedis apostolicae episcoporum de gratia Dei et 
libero voluntatis aràitriq. — La condamnation du pélagianisme, 
mentionnée dans la vie d'Innocent, était restée trop célèbre, en 
Italie, pour que notre auteur ait eu besoin de la prendre dans les 
documents écrits. Ceux-ci d'ailleurs n'étaient pas dans la collection 
dionysienne. 



sont mentionnés dans les décrétales de papes différents 
de celui à qui ils sont attribués. 

D'ailleurs, même dans les deux cas où il paraît s'être 
servi des décrétales, notre auteur ne s'est pas cru obligé, 
par leur texte. Sirice et Innocent n'entendent nulle- 
ment établir une discipline nouvelle; ils rappellent 
simplement l'usage ancien et invitent à s'y conformer. 
On sait en effet que la réconciliation des hérétiques 
par la simple imposition des mains était déjà pratiquée 
à Rome au milieu du m* siècle, au temps du pape 
Etienne, c'est-à-dire cent trente ans avant le pape Si- 
rice, et qu'alors même cette pratique se fondait sur une 
longue tradition. De même, le jeûne du samedi était, au 
temps de saint Ambroise, pour ne pas remonter plus 
haut, une observance très ancienne dans l'église ro- 
maine *. L'auteur du livre pontifical a dond-iîïrde rap-, 
porter aux papes Sirice et Innocent l'institution de ces 
usages ; il contredit, en le faisant, le texte môme dont 
il semble s'être inspiré. 

Du reste, ce n'est pas seulement avec les documents 
authentiques qu'il se met ainsi à l'aise ; les textes apo- 
cryphes où il a puisé plus largement ne l'ont pas gêné, 
davantage. C'est le moment d'en venir à l'examen de 
ceux-ci. 

74. — Les documents dont je veux parler sont con- 
nus depuis longtemps, depuis longtemps aussi démon- 
trés inauthentiques et même rapportés à une date pré- 
cise, au temps du schisme de l'antipape Laurent 2 . J'ai 
déjà analysé deux d'entre eux, les Gesta Liberii($. cxxn) 
et les Gesta de Xysti pur gatione (p. cxxvi). On a vu que 
les Gesla Liberii ont été écrits pour montrer aux par- 
tisans de Laurent que le pape Symmaque, tout bloqué 
qu'il fût au Vatican et réduit à y célébrer le baptême 
pascal, loin de son église épiscopale du Latran, n'en 
devait pas moins être considéré comme le pape légi- 
time. Les Gesta Xysti présentent, avec d'autres noms, 
la physionomie du procès de Symmaque tel que l'auteur 
eût[4^firé squ'ilvae fût passé. Deux autres apocryphes, 
lesGestqdePQiyçhronii episcopi Hierosolymitani ac- 
cusation? e& les GesiaMarcellini ouSynodus Sinuessana, 
sont tout à fait de même type que les Gesta Xysti ; ce 
sonfcdeux.rôcita de -pro^r intentés, l'un à un évêque de 

1. Augustin, ep. xxxvi ad. Casulanum, c. 32. 

2. Goustant, Epp. Rom. ponlif., appendice. Hardouin, Conc., 
t. I, p. 217, 287, 1137; Mansi, t. I, p. 1249; t. IL p. 619, 719-722, 
1081; t. m, p. 339; t. V, p. 1161, 1169; Migne, P. Z,., t. VI, p. 11; 
t. Vm, p. 822-826, 829-840. 1388 1393. 



Histoire littéraire 
des apocryphes 
symmachiens. 



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Jérusalem, l'autre à un pape. Dans le Constilutum SU- 
vestri nous avons une pièce d'une tout autre forme ; 
c'est le protocole d'un concile tenu à Rome par le pape 
Silvestre, dans les thermes de Trajan, en présence de 
Constantin tout récemment baptisé et guéri de la lè- 
pre. Dans cette assemblée Silvestre condamne d'abord 
plusieurs hérétiques, entre autres les partisans d'un 
comput pascal différent de celui qui avait été suivi par 
Symmaque en 501, malgré l'opposition d'un parti nom- 
breux; il proclame ensuite plusieurs règles canoniques, 
principalement sur les droits et devoirs des clercs ; on 
y trouve indiqué, et avec beaucoup de relief, le sys- 
tème de procédure dont les Gesta Xysti, Polychromie 
Marcellini, nous offrent l'application. Ce Constilutum 
est une véritable décrétale ; c'est sans doute la plus an- 
cienne des fausses constitutions disciplinaires ! qui ont 
été fabriquées sous le nom des papes. 

Il faut y joindre plusieurs petites lettres dont le but 
est de rattacher le Constitutum au concile de Nicée et à 
sa confirmation parle pape Silvestre. Ces lettres sont au 
nombre de trois : la première, Quoniam omnia, est 
adressée à Silvestre par les présidents du concile de 
Nicée; les deux autres, Gaudeo prompta et Gloriosissi- 
mu$, sont deux rédactions différentes de la réponse ; le 
pape, en même temps qu'il envoie son approbation au 
concile, lui communique les décrets qu'il vient de por- 
ter dans son propre synode, c'est-à-dire le Constitu- 
tum Silvestri. 

Enfin, nous avons encore un autre synode romain, 
un second Constitutum, ou plutôt, car il n'est point 
coordonné au premier, une seconde rédaction du con- 
cile romain tenu sous Silvestre. Le faussaire a placé le 
siège de l'assemblée dans les thermes de Trajan, c'est-à- 
dire au même lieu que celle du Constitutum ; comme 
dans celui-ci, Constantin assiste à la réunion ; la date 
seule est changée, car le concile romain est censé pos- 
térieur à celui de Nicée et tenu exprès pour le con- 
firmer. Pour le distinguer du Constitutum je l'appel- 
lerai le synode des 275 évoques ; en effet, sauf le nombre 
des prélats, il n'y a aucun détail extérieur qui permette 
de lui donner un titre clair. 

75. — Le beau travail de M. Maassen, Geschichte der 

1. Il y a, dans un autre ordre d'idées, des fausses lettres pontifi- 
cales beaucoup plus anciennes, par exemple l'épitre de Clément à 
Jacques, la lettre Studens paci attribuée à Libère (Jaffé •{• 201), les 
lettres doctrinales fabriquées par les apollinaristes sous le nom de 
Félix I er et de Jules (Jaffé 140, 189), ote. 



Quel/en und der Literatur des canonischen Rechts in 
Abendiandey 1. 1, permet d'étudier la propagation de ces 
apocryphes dans les libri canonum du haut moyen-âge 
latin. Ils sont de trop grossière facture pour avoir pu 
trouver place dans le recueil du faux Isidore. En revan- 
che, on les rencontre assez souvent dans les collections 
canoniques antérieures, depuis le vi" siècle. Les plus an- 
ciennes ne les contiennent pas encore; ainsi, ils ne figu- 
rent point dans celle de Denys le Petit, dans celle du 
manuscrit de Freisingen (cod. Monac. lat. 6243) et dans 
celle qui porte le nom de Quesnel : ces trois collections 
sont du commencement duvi e siècle. Dans l'ordre chro- 
nologique elles sont suivies par un groupe de quatre 
collections italiennes dont les types sont : le manuscrit 
de Saint-Biaise, actuellement à Saint-Paul en Carînthie, 
copié au vi 6 siècle, le Vaticanus i342 (ix* s.), le ma- 
nuscrit de Chieti ( Vatic. Regin. 1997, vin* s.) et le 
manuscrit de Justeau (Oxford, Bodl. 3686-3688, vi e ou 
vu 6 s.). Ces quatre collections sont étroitement apparen- 
tées les unes avec les autres ; sauf la dernière, elles 
contiennent toutes des apocryphes symmachiens. En- 
core le manuscrit unique de la collection de Justeau est- 
il incomplet; il s'arrête avant l'endroit où l'on pouvait 
espérer y trouver ces documents. Le manuscrit de 
Chieti, lui aussi unique représentant de la collection 
qu'il nous a conservée, ne contient que des extraits du 
Constitutum Silvestri l . Du reste ces textes apocryphes 
sont placés à la fin, en dehors de la collection propre- 
ment dite; le rédacteur les en a exclus à dessein. 

Dans les collections de Saint-Biaise et du Vatican, 
nos apocryphes se rencontrent en grand nombre et dans 



1. Voici ces extraits, d'après une copie faite par M. H. Doulcet 
sur le manuscrit original, fol. 152 v° : « Incipit capitulum editum 
a Silvestrio papa urbis Romae dum residisse in synodo cum Gons- 
tantino Augusto et simul cum eis résidentes GLXXVIII episcopos 
et cum eis GGLXX presbyteris et diacones XL et simul cum eis 
omnes Romanos populus. Dum residisset in termas sic statuerunt 
in synhodo : Placult eis et ad omnem Ghristianorum populum Ro- 
manorum ut nullus laicus audeat clerico crimen ingerere nisi sub 
idoneos testes (lacune ctun mot) viros iustos, religiosos, Deum ti- 
mentes et Ghristum praedicantes non inlitterati quorum filios ha- 
beat uxoratos et nepotes et filias iam nuptum traditas. — Incipit 
canone constitutus vel religio qualiter custodiatur a Silvestrio epis- 
copo urbis Romae. Praesul nisi in septuaginta duo testes (lacune 
d'un mol) a quemquam iudicabitur, quum subscribtum est : Non est 
discipulus super magistrum. Presbyter autem nisi in XL septem tes- 
timonianondamnabitur. Diaconus autem in XXXVII non condem- 
nabitur, viros iustos, religiosos, Deum timentes et Ghristum prae- 
dicantes quomodo superius legitur.Si quis autem episcopo, aut pres- 
bytero, veldlaconofalsiscriminationibusappetierit autsuper dixerit 
etprobare non potuerit, nec in finem ei dandam esse communionem. 



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DÉCRETS DISCIPLINAIRES ET LITURGIQUES. 



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le corps même du recueil. Ces deux collections ont été 
souvent copiées ou mises à contribution pour la compi- 
lation de recueils plus étendus : c'est elles qui ont as- 
suré la conservation et la publicité de nos documents. 
M. Maassen a catalogué cinq manuscrits de la collection 
de Saint-Biaise et six de la collection du Vatican. La 
première est entrée tout entière dans la collection du 
manuscrit deColbert (Parisinus 1435, x e siècle), formée 
au vi e siècle et probablement en Gaule ; et partiellement 
dans la collection du manuscrit de Diessen, gauloise 
aussi, du vu e siècle; la partie de cette dernière où se 
trouvent les apocryphes dérive certainement de celle de 
Saint-Biaise. C'est aussi à cette origine qu'il faut faire 
remonter leur interpolation dans certains manuscrits du 
recueil hadriano-dionysien. La collection de Denys le 
Petit, telle qu'elle fut envoyée à Charlemagne par le 
pape Hadrien, ne contenait pas nos apocryphes ; mais on 
les inséra plus tard dans certains exemplaires de cette 
collection, parmi lesquels M. Maassen cite le manuscrit 
74 d'Ivrée, le Burgundiamis 495-503, à Bruxelles, et le 
Lucanus 125. 

Un autre type d'interpolation de la collection hadriano- 
dionysienne nous est fourni par ce que M. Maassen ap- 
pelle la vermehrte Badriana, l'Hadrienne augmentée. 
11 en reste plusieurs manuscrits, tous de provenance 
italienne. La principale source de la Vermehrung, de 
l'interpolation, est la collection du Vaticanus 1342, c'est- 
à-dire la seconde des collections italiennes du vi e siècle 
où figurent nos apocryphes. 

En résumé *, la généalogie des plus anciens libri ca- 
nonum où se lisent les textes symmachiens s'établit 
ainsi qu'il suit : 



Hadrienne interpolée, 
1er type. 



1. Le groupe de la collection de Saint-Biaise a été mis à contri- 
bution par l'auteur d'une compilation canonique conservée dans 
un vieux manuscrit de la bibliothèque capitulai re de Modène 
(Maassen, Quellen, t. I, p. 196; cf. ci-dessous la description du nis. 
E 3 ). Le Constitution Silvestri se rencontre assez souvent, isolé des 
autres pièces, dans des collections postérieures au vi a siècle, 
comme la collection Bigot (Cod. Paris. 2196; Maassen, l. c, p. 611) 
ou dans des manuscrits retouchés de collections plus anciennes, 
comme les Parisini 1454 et 4280 A de la collection Qucsnel. — Au- 
cun de nos apocryphes n'est entré directement dans le recueil du 
pseudo-Isidore : le pape Silvestre n'y est représenté que par un 
résumé quelque peu remanié de sa notice dans le L. P. et par la 
fameuse donation de Constantin, pièce dont la fabrication n'est 
pas antérieure au milieu du vin" siècle. 



Vaticanus 1342. ! 

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Hadrienne interpolée, | 
2« type. | 



Considérons maintenant les deux collections primi- 
tives. Dans celle de Saint-Biaise * les apocryphes se pré- 
sentent après les conciles grecs et africains et avant les 
décrétales des papes ; ils forment un groupe compacte 
dans l'ordre suivant : 

Constitutif m Silvestris, 
Gesta Liberii, 
Gesta Xysti, 
Gesta Polychroniiy 
Synodus Sinuessana. 

Dans la collection vaticane, la série est plus complète, 
mais les termes en sont dispersés au milieu des pièces 
dont se compose le recueil. Celui-ci commence par les 
Canons apostoliques, puis vient le concile de Nicée; 
entre les canons de Nicée et le groupe de ceux d'Àncyre, 
Nôocésarée, Gangres, se place le Constitutum Silvestri, 
escorté des pièces qui ne figurent point dans la collec- 
tion de Saint-Biaise ; ce sont celles qui sont en rapport 
avec le concile de Nicée. Les voici, dans l'ordre des ma- 
nuscrits : 

Lettre du concile au pape : Quoniam omnia, 
Réponse de Silvestre : Gaudeo prompta, 
Constitutum Silvestri, 

Lettre de Silvestre au concile : Gloriosissimus 9 
Synodus CCLXXV episcoporum. 

Plus loin, immédiatement avant les pièces émanées 
du pape Damase, on trouve les 

Gesta Liberii, 

qui sont ainsi à leur place chronologique, supposé qu'ils 
soient authentiques. De même, entre les décrétales de 
Célestin et celles de saint Léon, on trouve le groupe : 

Gesta Xysti, 
Gesta Polychronii, 
Synodus Sinuessana. 

Le concile de Sinuesse est la seule pièce qui soit hors 
de son rang chronologique. C'est une anomalie d'autant 
plus grave que, dans toute la collection Vaticane, on recon- 
naît un souci du classement chronologique dont il n'y a 
pas trace dans la collection de Saint-Biaise. Ce ne peut 
être que par une distraction du compilateur que le concile 
de Sinuesse a été déplacé de près de 150 ans. Une telle 

1. M. H. Doulcet a bien voulu exécuter pour moi une copie du 
précieux manuscrit de Saint-Paul on Carinlhie. 



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distraction n'aurait pas été possible si, dans le recueil 
où ce compilateur prenait les apocryphes symmachiens, 
le concile de Sinuesse avait été à une autre place que 
la dernière. Pour reconstituer le recueil, il suffit de rat- 
tacher les pièces disjointes dans la collection Vaticane, 
sans en changer Tordre. Ainsi recomposé, ce recueil 
est absolument identique avec celui de la collection de 
Saint-Biaise, sauf l'adjonction de quatre pièces relatives 
à la confirmation du concile de Nicée par le pape Sil- 
vestre. 

Maintenant, entre ces deux recueils, l'un de cinq piè- 
ces, l'autre de neuf, quel est le plus ancien? Celui de 
Saint-Biaise ne représente- t-il qu'un extrait de celui du 
Vatican ou bien celui-ci n'est-il autre chose que celui de 
Saint-Biaise interpolé? 

Aucun critique n'a signalé de différence de style, 
d'esprit, d'intention, entre les cinq documents communs 
aux deux recueils. C'est toujours la même barbarie de 
langue, les mêmes expressions caractéristiques, la môme 
façon enfantine de concevoir la discipline ecclésiastique 
et la procédure judiciaire, la môme préoccupation des 
accusations intentées aux supérieurs ecclésiastiques et 
surtout au pape. Il n'y a qu'un avis : tout cela est du 
même temps et de la même main, du commencement 
du vi e siècle et d'un champion plus zélé que lettré du 
pape Symmaque. 

Quant aux quatre pièces qui ne se rencontrent que 
dans le recueil du Vatican, il y a lieu de distinguer en- 
tre elles et d'abord d'en isoler le concile des 275 évo- 
ques. Labbe et Hardouin, qui rejettent l'authenticité 
du Constitutum, ont admis celle de ce concile ; dom 
Coustant, sans aller jusque-là, reconnaît entre le con- 
cile et le Constitutum de très graves différences de 
style: les canons des 275 évoques sont en latin peu lit- 
téraire sans doute, mais à peu près intelligible ; tandis 
que le Constitutum est tellement barbare qu'il est sou- 
vent impossible à déchiffrer. Cette différence ne saurait 
être imputée aux hasards de la transcription, qui au- 
raient été plus favorables à l'une des pièces qu'aux au- 
tres : elles ont été copiées en même temps et provien- 
nent des mêmes manuscrits. D'ailleurs les règlements 
disciplinaires des 275 évoques ne soulèvent pas le même 
étonnement que ceux du Constitutum ; on n'y trouve 
aucune trace de la controverse entre Symmachiens et 
Laurentiens ; il n'y est pas question de supérieurs accu- 
sés et jugés. 



Le décret le plus caractéristique , après celui qui 
porte confirmation du concile de Nicée, est le décret 
sur la date de Pâques, inspiré évidemment par les mê- 
mes idées que celui de Denys le Petit. 



DENYS. 

Tanta hac auctoritate divina 
claruit, primo mense XIIII die 
ad vesperum usque ad XXI 
festivitatem paschalem debere 
celebrari. 



Omnibus episcopis et pres- 
byteris praeceptum est Paschae 
observantiam custodire a lu- 
na XIIII usque ad XXI, ita ut do- 
minicus dies coruscet. Et dixe- 
ruut episcopi : Placet. 

Ce seul décret suffirait à indiquer un auteur diffé- 
rent de celui du Constitutum. Celui-ci, en effet, s'ins- 
pirant des controverses de l'année 501, professe une 
horreur extrême, non pas directement pour le cycle de 
Denys, qu'il ne connaît pas encore, mais pour le cycle 
de Victorius, qui en est comme une anticipation mitigée, 
accommodée aux vieux usages romains. A ses yeux c'est 
une abomination que de célébrer la Pàque le 22 avril : 
Victorius, qui le permet, est un hérétique des plus 
dangereux. 

Les mêmes considérations qui obligent à distinguer 
l'auteur du second concile de celui du Constitutum 
obligent aussi à identifier avec ce dernier celui des 
trois petites lettres. Dans celles-ci, comme dans le Cons- 
titutum, on trouve la même barbarie caractéristique, 
la même attitude dans la question pascale, le même 
acharnement contre Victorius. Des phrases du Consti- 
tutum ont passé sans changement dans les lettres : 
Constitutum. Lettre Gloriosissimus. 

Qui in sua extollenlia dice- Qui in sua extollentia dice- 

bat non pascha venire diesuo bant non pasena venire die 
nec mense, sed X kal. mai. eus- suo nec mense, sed X kal. mai 
todirc. custodiri. 



Lettre Gaudeo. 

Viclorinum qui arbitrio suo 
quidquid vellet affirmabat et 
cyclos paschae pronuntiabat 
fallaces. 



Victorinus ... qui in sua fe- 
rocitate quidquid vellet affir- 
mabat hominibus et cyclos 
paschae pronuntiabat fallaces. 

La lettre Gloriosissimus fait comparaître devant Sil- 
vestre et condamner par son concile le groupe d'héré- 
tiques le plus singulier que l'on puisse imaginer : Cal- 
liste, Hippolyte, Victorius et Jovinien. Tous ces per- 
sonnages, indépendamment de quelques autres héré- 
sies, ont le tort de penser qu'on peut faire la Pâque le 
22 avril. Il en est de même dans le premier décret du 



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Constitulum. La ressemblance dans l'absurde, à ce de- 
gré de ressemblance et à ce degré d'absurde, ne peut 
provenir que de l'identité d'auteur. 

Cependant les trois lettres répondent à une préoc- 
cupation dont on chercherait vainement la trace dans 
le Constitulum; c'est celle du concile de Nicée. Le 
Constitution est censé le protocole officiel d'un concile 
tenu à Rome en présence de Constantin, après son bap- 
tême par saint Silvestre et sa guérison miraculeuse. 
Son auteur, ou bien n'a pas connu le concile de Nicée, 
ce qui serait difficile à croire, ou bien, supposant que 
son synode romain a été antérieur au concile œcumé- 
nique, ii a évité de le rattacher à celui-ci. Plus tard, 
l'idée lui sera venue qu'il n'était pas convenable de 
faire complètement abstraction du grand concile et 
môme qu'en fabriquant les documents de sa confirma- 
tion par Silvestre, il aurait une bonne occasion de pré- 
senter le Constitutum et de faire valoir ses idées sur le 
système pascal de Victorius. 

Il y a donc lieu de croire que le recueil d'apocryphes 
qui a été inséré dans la collection canonique de Saint- 
Biaise y a conservé sa forme originale, ou à tout le 
moins une forme antérieure à celle qu'il avait déjà 
prise quand on l'a introduit dans la collection du Vati- 
canus 1342. Il faut aussi, je pense, mettre au compte 
du compilateur de celle-ci l'adjonction du concile des 
275 évoques. A quelque date que cette pièce ait été fa- 
briquée, il est clair qu'elle n'a pu être admise par l'au- 
teur du recueil apocryphe primitif. Dans celui-ci on peut 
distinguer deux formes : la forme tout à fait originale, 
qui ne comprenait que les* cinq pièces de la collection 
de Saint-Biaise et une seconde édition, qui joignait au 
Constitutum Silvestri les trois petites lettres relatives 
au concile de Nicée 4 . Je crois même pouvoir aller plus 
loin et supposer que les cinq pièces du recueil de Saint- 
Biaise ont été publiées consécutivement, sous l'inspi- 
ration des agitations diverses que la compétition de 
Laurent excita dans le clergé et le peuple de Rome, 
depuis 501 jusqu'à 508 environ. 

J'ai dit que l'adjonction du concile des 275 évoques 
au faisceau primitif de nos apocryphes devait être mise 

1. Parmi ces trois lettres, les deux qui sont mises sous le nom 
de Silvestre semblent être deux essais différents de la même main 
et sur le même thème. L'épitre Gaudeo est datée du 28 octobre et 
marquée reçue (à Nicée?) le 10 février 326. L'épitre Gloriomsimus 
• porte deux dates : dans le titre ceUe du 30 septembre 325, à la fin 
ceUe du 27 décembre, sans aucune note consulaire* 
Liber pontificalis. 



au compte de l'auteur de la collection canonique con- 
tenue dans le Vaticanus 1342. Quant à la composition 
de cette pièce, elle est certainement antérieure. La col- 
lection canonique, en effet, n'en contient que le début, 
les six premiers canons, les seuls par lesquels on a pu 
jusqu'à ces temps derniers, juger de ce document. 
M. Ch. Poisnel, membre de l'école française de Rome, 
récemment enlevé à la science, en a découvert un texte 
beaucoup plus long et vraisemblablement complet, 
dans le manuscrit F 54 de la bibliothèque Vallicellane 1 . 
Ce manuscrit, qui est du xi e siècle, contient, à la suite 
d'une compilation extraite du Pseudo-Isidore et des 
Capitula d'Angilram, une collection canonique d'appa- 
rence italienne ; après les conciles de Nicée, Ancyre, Néo- 
césarée, Gangres, Antioche, Laodicée, Constantinople, 
et avant ceux de Chalcédoine, de Sardique et d'Afrique, 
on y trouve le synode romain des 275 évoques, sous la 
rubrique Tituli ex constitutions sancti Silvestri episcopi. 
Il est précédé de deux lettres, l'une des présidents du 
concile de Nicée au pape Silvestre, rédaction différente 
de l'épitre Quoniam omnia, l'autre de Silvestre au con- 
cile ; celle-ci est l'épitre Gloriosissimus. Vient ensuite 
le synode romain lui-même ; le texte est divisé en 30 
canons ; il se termine par une conclusion où figure la 
date sub die XII kaL octob., Paulino et Iuliano cons. 
[325]; à la fin on trouve les signatures épiscopales, 
groupées par provinces, celles des prêtres, des diacres 
romains et de quatre abbés archimandrites. 

76. — Voyons maintenant comment notre auteur 
s'est servi de ces recueils apocryphes. 

D'abord il ne doit rien aux Gesla Polychromie dont 
le sujet était sans intérêt pour lui 2 , ni même, ce qui 
est remarquable, au pseudo-concile de Sinuesse. A la 
vérité il dépend, dans la vie de Marcellin, de la tradi- 
tion, historique ou légendaire, sur la chute de ce pape, 
dont s'est inspiré aussi l'auteur du faux concile ; mais 
il a négligé entièrement celui-ci. Cela s'explique. Le 
concile de Sinuesse ne s'occupe pas de la discipline gé- 
nérale : il n'a qu'un seul cas en vue, celui d'un pape 

1. Si je puis parler de ce texte, c'est grâce à une copie que 
M. Poisnel m'en avait obligeamment envoyée. Au moment où il est 
mort, il en préparait la publication et il devait donner, par la 
même occasion, une description exacte du manuscrit. Cette partie 
de son travail m'est inconnue au moment où j'écris ces lignes, 
les scellés ayant été mis sur ses papiers aussitôt après son décès ; 
mais j'ai pu y suppléer tant bien que mal par une autre voie. 

2. Il s'agit d'un procès en simonie, intenté à un évêque de Jéru- 
salem, au temps du pape Xystus III. 

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Le L. P. et les 
apocryphes syn> 
machiens. 



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accusé ; il ne défend qu'une seule maxime de droit 
ecclésiastique, c'est que nul n'a droit déjuger le pape. 
Or le fameux principe Prima sedes a nemine ittdica- 
tur, qui avait été l'objet de tant de controverses au com- 
mencement du pontificat de Symmaque, ne paraît pas 
préoccuper l'auteur du Liber Pontificalis au môme de- 
gré que le fabricateur de nos documents apocryphes. 
L'histoire du pape Marcellin l'intéressait plus en elle- 
même que l'espèce juridique qui en ressort; or cette 
histoire il la trouvait ailleurs et, par conséquent, il pou- 
vait négliger le faux concile de Sinuesse l . 

Les Gesta Liberii ont fourni très probablement quel- 
ques-uns des détails narratifs que l'on trouve dans les 
vies de Jules, de Libère et de Félix II. Le procès lon- 
guement raconté dans les Gesta Xysti est indiqué en 
peu de mots dans la notice de Xystus III *. Mais ce sont 
exclusivement les textes pseudo-silvestrins qui ont été 
mis à contribution pour les indications relatives à la dis- 
cipline. Encore y a-t-il ici une distinction à faire. Les 
trois lettres postérieurement ajoutées au Constitutum 
n'ont fourni a notre auteur que la condamnation col- 
lective d'Arius, de Sabellius et de Photin par le concile 
de Nicée. Quant à la confirmation du concile par le pape 
Silvestre, donnée fondamentale de ces trois épîtres, le 
livre pontifical n'en parle pas. Il est en outre l'adversaire 
décidé du système pascal soutenu par le fabricateur de 
ces trois lettres et du Constitutum. 

A ce dernier il doit beaucoup, et tout d'abord le fait 
môme de ce concile qui, au moins tel qu'on nous le 
décrit dans ces textes, est un produit de l'imagination 
du canoniste faussaire. Mais il s'en faut grandement 
qu'il le suive en tout. Dans le premier canon du Cons- 
titutum, il est question de quatre hérétiques, Calliste, 
Victorinus, Jovinien et Hippolyte : le biographe omet 
les trois derniers, blâmés plutôt à cause de leur atti- 
tude dans la question pascale que pour une hérésie 
christologique. Calliste, au contraire, que le Constitu- 
tum traite de sabellien et d'ennemi de la Trinité, a été 
choisi pour ôtre rapproché d'Arius, Sabellius et Photin, 
condamnés à Nicée. Même parmi les dispositions de 
pure discipline, il n'est pas» moins évident qu'il a 
fait un choix. Voici les passages où il a suivi le Consti- 
tutum. 



1. Il est à remarquer que, dans le récit du concile de Sinuesse, 
il n'est pas fait la moindre allusion au martyre du pape Marcellin. 

2. Voir ci-dessus, p. cxxyi» 



Constitutum Silvestri. 



3. Poste a autem fecit gra- 
dus in medio synodi ut non 
presbyter adversus episcopum, 
non diaconus adversus presb;,- 
terum... non ostiarius adver- 
sus lectorem, non laicus det 
accusationem aliquam. 

5 . Constituit etiam clara 
voce Silvester episcopus urbis 
Homae ut nemo presbyter 
chrisma conficeret, dicens quo- 
niam Christus a chrismate vo- 
catur. 

15. Nemo enim clericum 
quemlibet in publico exami- 
net, nisi in ecclesia. 

16. Nemo enim clericus ?el 
diaconus aut presbyter prop- 
ter causam suam quamlibet 
intret in curiam, quoniam om- 
nis curia a cruore dicitur et 
immolatio simulacrorum est. 
Quoniam si qui s clericus in 
curiam introierit, anathema 
suscipiat, nunquam rediensad 
matrem ecclesiam : a commu- 
nione autem non privetur 
propter tempus turbidum. 



Liber pontificalis. — Vie de 
Silvestre. 

Hic constituit ut nullus lai- 
cus crimen clerico inferret. 
(Cf. p. cxxxiv 6, note.) 



Constituit.. chrisma ab epis- 
copo confici. 



Hic constituit ut nullus cle- 
ricus propter causam quamli- 
bet in curia introiret, nec anta 
iudicem cinctum causam di- 
ceret, nisi in ecclesia. 



Les emprunts faits au synode des 275 évoques sont 
beaucoup plus nombreux et plus clairs : 



can. 2. 

Omnibus episcopis et presby- 
teris praeceptum est Paschae 
observantiam custodire a luna 
Xllll usque ad XXI, ita ut do- 
minicus dies coruscet. 

can. 3. 

Silvester episcopus dixit : 
Robustius duximus consilium, 
si placet, ut omnis episcopus 
qui convenit ad concilium fi- 
dem suam chirographo con- 
firme^ ut deinceps rediens ad 
paroebiam suam cum pagina 
nostrae salutationis plebi suae 
innotescat, ut fide concilii 
declarata, intemeratus ordo 
servetur. 



1. Seconde édition seulement; sur cette différence, y. ci-dessus, 

p. LXIII. 



L. P. - Victor i. 

Hic fecit constitutum.... ut 
a XIIII luna primi mensis us- 
que ad XXI, diem dominicum, 
custodiatur sanctum Pascha. 

Xystuê L 

Hic constituit ut quicumque 
episcopus evocatus fuerit ad se- 
dem romanam apostolicam et 
rediens ad paroebiam suam, 
non susciperetur nisi cum for- 
mata salutationis plebi a sede 
apostolica. 



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DÉCRETS DISCIPLINAIRES ET LITURGIQUES. 



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Silvestre. 

Hic constituit ut nullus cle- 
ricus propter causarn quamli- 
bet in curia introiret, oec ante 
iudicem cinctum causarn dice- 
ret, iiisi in ecclesia. 

ibid. 

Hic consti tuit ut si quis de- 
sideraret in ecclesia militare 
aut proficere, ut esset lector 
annos XXX, exorcista dies XXX, 
acolitus annos V, subdiaconus 
annos V, custos raartyrum an- 
nos V, di aconits annos VII, pres- 
biter annos III, probatus ex 
omni parte et etiam foris qui 
sunt teslimonium habere bo- 
numfunius ' uxoris virum, uxo- 
rena a sacerdote benedictam] 
et sic ad ordinem episcopatus 
ascendere; nulluin maiorem 
vel prions locum invadere, 
nisi ordinem temporum cum 
pudore cognoscere, omnium 
clericorum votiva gratia, nul- 
lum omnino clericumvel fidè- 
le m contradicentem. 



can. 4. 

Silvester episcopus dixit : 
Nulli omnino clerico licere 
causam quamlibet in publico 
examinare, nec ulluni cleri- 
cum ante iudicem laicum stare. 

can. 5. 

Si quis ad clericatum pro- 
mereri desiderat, hoc iustum 
est ut sit ostiarius annum I, 
lector annos XX, exorcista 
annos X, acolythus annos V, 
subdiaconus annos Y, diaco- 
nus annos V et sic ad honorem 
presbyterii accédât; et faciens 
in eo ordine annos VI, si fue- 
rit omnium votiva gratia, non 
pjaemio, non invasione cupi- 
ditatis, nulli prorumpens gra- 
dum, sic ab omni ecclesia eli- 
gatur consecrandus episcopus, 
nullo de membris ecclesiae 
intercedente et omni ecclesia 
conveniente. 

can. 8. 

Silvester episcopus dixit : 
..» ut presbyter aut episcopus 
vel diaconus uni us uxoris eliga- 
tur consecrandus... 

can. 19. 

Hoc autem placitum est co- 
ram cuncta ecclesia et firraa- 
mus, utpostexcessumuniuscu- 
iusqueepiscopi «b omni eccle- 
siae iudicio eligatur qui dignus 
fuerit, nullo contradicente tes- 
timonium habere bonum, sicut 
apostolus docet, non neophy- 
tum f sed omnes grados cum 
pudore suo cognoscens, om- 
nium ecclesiae votiva gratia, 
nullo contradicente, et proba- 
tus a cuncta ecclesia consecre- 
tur episcopus. 

can. 7. 

Silvester episcopus dixit : A 
nobis incipientibus, raodera- 
mine lenitatis indicare com- 
monemus ut nulli episcopo 
liceat quemlibet gradum cle- 
rici ordinare aut consecrare, 
nisi cum omni adunata eccle- 
sia. 



1. Les mots entre crochets ne sont attestés que par les mss* de 
ta seconde édition. 



Zéphyrin. 

Hic constituitpraesentia om- 
nibus clericis et laicis fidelibus 
sive clericus, sive levita, sive 
sacerdos ordinaretur. 



can. 12. 

Silvester episcopus dixit : 
Nulli omnino liceat pannum 
tinctum'insuper altare ornare, 
nec consecrare, nisi tantum 
in lineo candido aut in auro 
vel argento. 

can. 13. 

Utseptemdiaconessintcusto- 
des episcopo consecranti prop- 
ter stilum veritatis et catholi- 
cam rationem etsenectutisora- 
culum, ne in praedicationem 
aut Patrem pro Filio aut Spiri- 
tum sanctum pro Pâtre praedi- 
cemus. 

can. 14. 

Ut nullus clericus ordinetur 
curiae obnoxius nec conductor 
quis ex clero fiât publico nec 
privalae rei. 

can. 15. 

Episcopo licere hereticum 
venientemeum qui inTrinitate 
baptizatus est sub manus im- 
pesitione suscipi. 
can. 27. 

Silvester episcopus dixit : 
Nulli licere clerico crimen alio 
inferre. 



Silvestre. 



Hic constituit ut sacrificium 
altaris non in siricum neque 
in pannum tinctum celebrare- 
tur, nisi tantum in lineum 
terrenum procreatum. 

Evariste. 

Hic ... septem diaconos or- 
dinavitqui custodirent episco- 
pum praedicantem, propter 
stilum veritatis. 



Boniface. 

Hic constituit... nec servum 
clericum fieri, nec obnoxium 
curiae vel cuiuslibet rei. 

Sirice. 

Hic constituit hereticum sub 
manus inpositione reconciliari* 



Silvestre. 
Hic constituit ut nullus lai- 
cus crimen clerico inferret. 



J'ai déjà signalé plus haut l'indépendance que Fauteur 
du Liber pojitificalis a montrée à l'égard des narrations 
contenues dans les Gesta Liberii §1 dans les Gesta Xysti. 
L'histoire du pape Libère, telle qu'il la rapporte, est 
conçue dans un esprit diamétralement opposé à celui 
des Gesta Liberii et puisée à d'autres sources ; il va 
même jusqu'à attribuer à Félix II une attitude et une 
déclaration que les Gesta Liberii attribuent à Libère. 
Quant aux Gesta Xysti, il ne s'est pas fait faute d'en 
modifier le dénouement et d'en atténuer la duretôi 
C'est avec le môme sans gêne qu'il use des conciles 
pseudo-silvestrins, du Constitutum et du synode des 
275 évoques. Non seulement il suit un système pascal 
tout opposé à celui du Constitutum, non seulement il 
s'abstient d'insérer dans son texte quelques-unes de ses 
dispositions les plus en relief, comme le principe qu'il 
faut un nombre énorme de témoins pour condamner 
un évêque, un prêtre, un diacre, et encore la fameuse 
maxime prima sedes a nemine iudicatur, mais même 
dans les décrets qu'il adopte, il introduit des atténua- 



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tions très sensibles. C'est ainsi qu'il se borne à faire 
interdire aux clercs l'accès des curies, comme dans le 
canon 16 du Constitutum, mais sans ajouter que omnis 
caria a cruore dicitur et immolatio simulacrorum est \ 
et sans mettre le décret sous la protection de l'ana- 
thème. — Il fait aussi défendre aux laïques d'accuser 
les clercs; mais il ne va pas jusqu'à prétendre qu'un 
ôvêque ne peut être accusé par un prêtre, un prêtre par 
un diacre, et ainsi de suite. 

Pour le concile des 275 évoques *, il suit de bien plus 
près la teneur de ses canons. Ce second concile est 
beaucoup plus raisonnable que l'autre, beaucoup moins 
éloigné de la discipline réelle. Notre auteur, qui sans 
doute ne recherche pas, sur ce point, une exactitude abso- 
lue, mais qui n'entend pas non plus donner dans les 
extravagances du Constitutum et de ses congénères, 
trouvait ici des éléments tout préparés. Il a cependant 
fait un choix et laissé de côté un bon nombre de canons, 
sans qu'on voie qu'il ait été guidé, dans cette exclu- 
sion, par un principe déterminé. Ce qui est singulier, 
c'est qu'au lieu d'introduire les décrets du second 
synode dans la notice du pape Silvestre, c'est-à-dire à 

i. Cette explication étrange, fondée sur une étymologie absurde, 
doit cependant avoir quelque lien avec l'usage de considérer 
comme sacrés et d'appeler temples les lieux où se réunissaient les 
curies. L'épigraphie africaine vient de fournir à cet égard deux 
documents intéressants. Dans l'un d'eux, qui a été trouvé à Lam- 
bèse et qui remonte au temps de Gratien et de Théodose (379-383), 
il est question de la curia ordinis quam maiores noslri merito tem- 
plumeiusdem ordinis vocitari voluerunt (Ephem. epigr., t. V,p. 409); 
dans une autre inscription (ibid., p. 217) un magistrat de Mactaris 
(Macter) dit qu'il a siégé ordinis in templo. 

2. J'ai dit ci dessus, p. cxxxvi, que le système pascal de ce sy- 
node s'inspire des mêmes idées que celui de Denys le Petit. Mais 
je n'entends pas dire par là que le synode soit postérieur à l'an- 
née 525, où Denys publia son livre de comput. Quand Denys se dé- 
cida, sur la demande de l'évêque Pétronius, à faire cette publica- 
tion, il y avait longtemps que son expérience en ces matières était 
connue et qu'on le pressait d'exposer ses idées : Paschalis festi ra- 
tionem quam multorum diu fréquenter a nobis exposcit sententia 
(Début de sa lettre à Pétronius, Migne, P. L., t. LXVII, p. 484; 
cf. p. 513). Du reste, même en dehors de Denys le Petit, les règles 
pascales des Grecs avaient été assez souvent débattues à Rome 
pour y jouir de quelque notoriété. Il n'est donc nullement impos- 
sible que l'auteur du faux synode se soit permis de les mettre 
sous le patronage de saint Silvestre quelques années avant que 
Denys ne les plaçât sous celui du concile de Nicée. Il n'y a entre 
les deux auteurs aucune ressemblance de rédaction ; ce qu'ils ont 
de commun, ce sont les termes lunaires luna XUlI—luna XXI, 
connus depuis longtemps pour être ceux des Alexandrins et de 
tout l'empire d'Orient. Il faut remarquer aussi que la première 
édition du L. P., qui a beaucoup emprunté à ce faux synode, n'y 
a pourtant pas pris ce canon pascal, mais semble s'en être tenue au 
comput de Victorius. Ce n'est que dans le remaniement du second 
éditeur que l'on trouve une adhésion sans compromis aux règles 
alexandrines (v. ci-dessus, p. lxiii). 



la place que leur assignait la rubrique de la collection 
et même le début de chacun d'eux (Silvester episcopus 
dixit), il les ait dispersés entre les notices des six papes 
Evariste, Victor, Zéphyrin, Silvestre. Sirice, Boniface. 
Ceci montre le cas qu'il faisait de l'autorité historique 
du pseudo-synode. 

En somme il a traité ces documents comme une 
matière dont il avait la libre disposition, qu'il lui était 
permis de façonner , d'arranger suivant ses propres 
besoins. On peut mesurer par là le degré d'autorité 
auquel ces productions parvinrent au temps de leur 
apparition, même dans le milieu littéraire où elles 
avaient cherché à s'accréditer. Dans cette série de faus- 
ses pièces, mises plus ou moins directement sous le 
nom des papes, inspirées par des circonstances histori- 
ques déterminées, animées d'un esprit spécial et carac- 
téristique, il est tout naturel de chercher une sorte de 
pendant aux décrétales pseudo-isidoriennesdu ix e siècle. 
Mais quelle différence dans le choix des éléments, 
dans l'art de la composition, dans le succès ! Les faus- 
ses décrétales du ix e siècle n'ont guère été discutées. 
Sint ut sunt aut non sint, telle est la formule qui ex- 
prime la moindre de leurs situations devant l'opinion, 
jusqu'au xvi" siècle; après quelques hésitations, assez 
timides, on a dit : Sint. Les décrétales apocryphes du 
vi e siècle n'ont point eu cette fortune. Les moins avisés 
y ont vu tout de suite des ébauches informes que le 
premier venu était autorisé à retoucher. 

Ici, un autre rapprochement s'impose. L'auteur du Li- 
ber pontificalis, en attribuant arbitrairement à divers 
papes, notamment à de très anciens papes, des règle- 
ments que des documents antérieurs plaçaient sous le 
nom de saint Silvestre, a mis en œuvre le même pro- 
cédé que le pseudo-Isidore ; car celui-ci non plus n'a 
guère fait autre chose que de démarquer ses textes et 
de les transporter d'un personnage à un autre, même 
d'un pape à un autre pape. Je ne sais s'il s'est reconnu 
dans son ancêtre romain : il est sûr au moins qu'il lui 
a fait de très larges emprunts. Sans parler des dates 
consulaires et autres accessoires, il a pris, pape par 
pape, toutes les notices du Liber pontificalis, fabriquant 
in-extenso les décrétales dont le sujet seulement s'y 
trouvait indiqué et les complétant par des développe- 
ments nouveaux *. 

1. Je me suis abstenu de signaler ces emprunts dans mon com- 
mentaire. Du reste on les trouvera tous indiqués dans Hinschius, 
Pseudo-Isid., p. cxxxv. 



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LES FONDATIONS ET DOTATIONS D'ÉGLISES. 



Ces considérations serviront à expliquer la méthode 
que j'ai cru devoir suivre dans mon commentaire, pour 
cette partie des notices. Il n'était pas nécessaire de 
s'attarder à montrer que tel ou tel décret ne pouvait 
être du pape sous le nom duquel on le produisait. Une 
telle discussion, trop évidemment superflue, m'aurait 
amené à traiter l'auteur du Liber pontifie alis avec beau- 
coup plus de considération que lui-même n'en a mon- 
tré pour ses propres documents. Ce que j'ai cherché à 
découvrir c'est le rapport entre ses assertions et les 
usages réels au temps où il écrivait. Dans cette recher- 



che, qui n'est pas toujours facile, je suis parti du prin- 
cipe que notre auteur a, malgré tout, le droit d'être 
considéré, jusqu'à preuve ou grave soupçon du con- 
traire, comme un témoin de la discipline en vigueur de 
son temps. Je dis, jusqu'à preuve du contraire, car il 
y a plus d'un cas où on le voit faire campagne pour 
une discipline imaginaire, où il est en désaccord avec 
les usages du temps de Symmaque, tout aussi bien 
qu'avec ceux du temps d'Evariste, de Télesphore ou de 
Silvestre. C'est une tâche bien difficile que de se diri- 
ger au milieu de ces demi-sincérités. 



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LES FONDATIONS ET DOTATIONS D EGLISES. 



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77, — Venons maintenant à un ordre de choses sur 
lequel les renseignements du Liber pontificalis, tout 
incomplets qu'ils soient, ont une autorité beaucoup 
plus grande. 

Il y est souvent question de fondations, réparations, 
embellissements d'églises et autres édifices religieux, 
de fonds de terre consacrés à l'entretien du culte, de 
vases sacrés, lampadaires et objets analogues offerts 
aux églises par les papes, les souverains et les per- 
sonnes privées. Tous ces détails ne proviennent pas de 
la même source; ce qui regarde la fondation et les 
embellissements des édifices peut avoir été écrit d'a- 
près la notoriété publique, plus ou moins précisée par 
les noms que portaient les édifices et par les inscriptions 
dédicatoires que l'on pouvait y lire. Mais les listes de 
fonds de terre, avec indication de gisement et chiffres 
de revenu, les énumôrations • de vases sacrés avec 
mention du métal, du poids, de l'ornementation, n'ont 
évidemment rien à voir avec la tradition orale. Je vais 
donc séparer ces deux catégories de renseignements, 
m'occuper d'abord des édifices, puis de leur dotation 
en fonds de terre et en mobilier liturgique. 

Voici d'abord la liste des édifices religieux dont la 
fondation ou la restauration sont indiquées dans le 
Liber pontificalis : 

1° A rintérieur de Rome. 

La basilique Constantinienne, fondée sous Silvestre, 
restaurée sous Léon, 



Son baptistère, fondé sous Silvestre, restauré sous 

Xystus III; 
Trois oratoires attenants : 

Saint-Jean-Baptiste, fondé sous Hilaire, 

Saint- Jean-1'Evangélis te, id. 

Sainte- Croix, id. 

La basilique de Libère, reconstruite par Xystus III, sous 

le vocable de Sainte-Marie, avec adjonction d'un 

baptistère ; 
L'oratoire des SS. Côme et Damien, ajouté sous Sym- 
maque à cette basilique ; 
La basilique de Saint-André ad S. Mariam, fondée 

sous Simplicius ; 
La basilique de Saint-Etienne au Coelius, id. 
La basilique de Sainte-Bibiane, id. 
La basilique des SS. Côme et Damien, fondée sous 

Félix IV; 
Les églises titulaires 

de Marcel, sous Marcel, 

d'Equitius, sous Silvestre, 

de Marc, sous Marc, 

de Jules, près du forum de Trajan, sous Jules, 

du même, trans Tiberim, id. 

de Saint-Laurent in Damaso, sous Damase, 

de Crescentiana, sous Anastase I er , 

deVestina, sous Innocent, 

da Sabine, avec baptistère, sous Xystus III, 

des SS. Jean et Paul, réparée sous Symmaque; 
Le monastère ad Lunam, fondé sous Hilaire. 



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2° Dans la banlieue romaine. 



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La basilique de Saint-Pierre, fondée sous Silvestre, 
restaurée sous Léon ; 
Un monastère dans le voisinage, sous Léon; 
L'église Saint-André, sous Symmaque, avec les ora- 
toires de Saint-Thomas, 
Saint-Cassien, 
SS. Prote et Hyacinthe, 
Saint-Apollinaire, 
Saint-Sossius ; 
Trois oratoires dans le baptistère, sous Symmaque : 
Sainte-Croix, 
Saint-Jean-Baptiste, 
Saint-Jean-1'Evangéliste ; 
Divers édifices dans l'atrium ou à proximité, sous le 
même pape. 

Voie Aurélia. 

Saint-Pancrace, sous Symmaque ; 
Sainte-Agathe, id.- 

Saint-Félix, sous Félix II; 
Saint-Calliste, sous Jules. 



Voie de Porto. 

Basilique de Jules, sous Jules. 

Voie d'Os lie. 

La basilique de Saint-Paul, fondée sous Silvestre, 

restaurée sous Léon et Symmaque; 
Le cimetière desSS. Félix etÀdauctus (cym. Corn- 
modillae), restauré sous Jean I er . 

Voie Ardéatine. 

La basilique de Marc, fondée sous ce pape ; 

Le cimetière des SS. Nérée et Achillée [cym. 

Domitillae), restauré sous Jean I er ; 
La basilique de Damase, fondée sous ce pape. 

Voie Appienne. 

Le cimetière de Galliste, sous ce pape ; 
L La basilique de Saint-Corneille, fondée sous saint 

Léon ; 
Le sanctuaire des évoques, à Saint-Sixte, restauré 

. sous Xystus III ; 
Le sanctuaire des apôtres, ad Caiacumbas, res- 
tauré sous Damase ; 
; Un monastère au même endroit, fondé sous Xys- 
tus III. 



SOURCES. 

Voie Latine. 

La basilique de Saint-Etienne, fondée sous Léon. 
Voie Labicane. 

La basilique des SS. Pierre et Marcellin, fondée 

sous Silvestre; 
Le mausolée de Sainte-Hélène, id. 

Voie Tiburtine. 

La basilique de Saint-Laurent ad corpus, fondée 
sous Silvestre, restaurée sous Xystus III; 

La basilique de Saint-Laurent majeur, fondée sous 
Xystus III; 

Un monastère avec bains, praetorium et deux bi- 
bliothèques, au même endroit, sous Hilaire; 

La basilique de Saint- Agapit, sous Félix III; 

La basilique de Saint-Etienne, fondée sous Sim- 
plicius. 

Voie Nomentane. 

La basilique de Sainte-Agnès avec son baptistère, 
fondée sous Silvestre, restaurée sous Libère, 
Innocent et Symmaque. 

Voie Salaria nova. 

L'oratoire de Sainte-Félicité, fondé sous Boniface 

I 6r , restauré sous Symmaque ; 
La basilique de Saint-Saturnin, reconstruite sous 

Félix IV; 
Le cimetière de Saint-Alexandre, restauré sous 

Symmaque ; 
Le cimetière de Priscille, restauré sous Jean I er ; 
Le cimetière de Novella, sous Marcel. 

Voie Flaminienne. 

La basilique de Saint- Valentin, fondée sous Jules. 



3° Au delà des limites de la banlieue romaine : 

L'église des SS. Jean, Pierre et Paul, à Ostie, sous Sil- 
vestre ; 
L'église d'Albano, id. 

L'église de Capoue, id. 

L'église de Naples, avec divers édifices civils, id. 
L'église de Sainte - Euphémie , à Tibur, sousGélase; 
Les églises (ou l'église) des SS. Nicandre, Eleuthère et 

André, sur la voie Labicane, id* 

L'église de Sainte-Marie, sur la voie Laurentine, id. 



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LES FONDATIONS ET DOTATIONS D'ÉGLISES. 



Le L. P. est 

incomplet sur 
ce point. 



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La basilique de Saint-Michel (voie Salaria?) réparée sous 

Symmaque; 
L'église de Saint-Pierre, via Tribuna, mil. XXVII, fon- 
dée sous Symmaque ; 
Une église près d'Albano, sous Hormisdas. 

78. — Ces listes sont relativement courtes; si on 
Compare celle des édifices suburbains aux énumérations 
d'églises cimitériales que Ton trouve dans les itinéraires 
du vu" siècle, on voit que beaucoup de celles-ci n'y 
figurent point, quoiqu'elles remontent certainement 
au moins au v e siècle. Cependant les grandes basiliques 
de la banlieue sont presque toutes mentionnées. C'est 
surtout pour les églises de la ville que les renseigne- 
ments sont incomplets; on n'enregistre la fondation 
que de neuf titres seulement; deux autres, ceux des 
SS. Jean et Paul et de Fasciola f , sont mentionnés, l'un 
à propos de réparations, l'autre incidemment. Or, au 
commencement du vi e siècle, on ne comptait pas moins 
de vingt-cinq églises titulaires. On en a les noms dans 
les signatures des prêtres romains au concile du 1 er 
mars 499 ; la plupart existent encore et contiennent ou 
contenaient autrefois des inscriptions monumentales 
bien propres à renseigner sur leur histoire. Je me borne- 
rai à citer celle de Sainte-Pudentienne et celle de Saint- 
Clément, où on lit encore les inscriptions dédicatoires du 
pape Sirice ; on peut y joindre la basilique des Apôtres» 
sur l'Esquilin, fondée par l'impératrice Eudoxie, où se 
lisait, dans l'endroit le plus apparent, une dédicace mé- 
trique avec le nom de Xystus III : Xystus apostolicae 
sedis honore fruens. Il est surtout extraordinaire qu'on 
ait omis de mentionner la réédification de la basilique 
de Saint-Paul, au temps du pape Sirice. La notice de 
ce pape, sous lequel on a beaucoup bâti à Rome, est 
une de celles où il n'y a aucune fondation d'indiquée. 
Rien qu'en partant des débris épigraphiques échappés 
à tant de dévastations et de reconstructions, il nous se- 
rait facile de compléter sur ce point les indications du 
livre pontifical. S'il n'est pas plus complet, c'est que 
son auteur ne l'a pas voulu ; car, en dehors de toute 
recherche dans les livres, il lui suffisait de faire une 
tournée rapide dans les églises de Rome pour savoir à 
quel pape elles devaient leur fondation. Il ne paraît pas 
avoir pris cette peine, mais s'être borné simplement à 
quelques données de notoriété publique. 

U Pour le titulus Fasciolae, v. Fiux m, n° 73 ; cf. Symmaqub, 
n» 78. 



79. — Outre ses indications sur les constructions, Catalogues de 
agrandissements, restaurations d'édifices sacrés, le Liber lampadaires' et 
pontificalis parle souvent des dons faits aux églises. Il y d immeubles 
a lieu de distinguer ici, et avant tout, deux catégories de 
dons sacrés, auxquelles correspondent deux types d'é- 
numération : les dons faits au moment de la fondation 
et les dons faits plus tard, l'église étant déjà construite 
et le service religieux installé depuis quelque temps. 
Dans ces dernières il n'y a et il ne peut y avoir ni ordre 
ni uniformité : le choix est déterminé soit par les be- 
soins accidentels de l'église, soit par les préférences du 
donateur. Je m'occuperai plus tard des sources aux- 
quelles notre auteur a pu puiser ses renseignements 
pour cette catégorie de dons sacrés. Pour le moment je 
me borne à dire que ces sources ne peuvent guère être 
d'une autre nature que celles où puisèrent plus tard ses 
continuateurs, les biographes pontificaux du septième, 
du huitième et du neuvième siècle. Il n'y a sur ce point 
aucune différence importante entre leurs compositions 
et la sienne. 

Au contraire, pour les donations faites au moment 
même de la fondation, son texte offre des particularités 
caractéristiques, qui ne se retrouvent pas dans les con- 
tinuations. Ce sont ces donations que je veux isoler, 
étudier à part des autres, car elles me paraissent avoir 
une origine spéciale, qu'il est possible de déterminer 
avec quelque précision. 

Elles se rencontrent dans les vies des papes Silvestre, 
Marc, Damase, Innocent, Boniface, Célestin, Xystus III, 
qui appartiennent tous au quatrième siècle ou à la 
première moitié du cinquième. Elles sont faites aux 
églises suivantes : 

La basilique Constantin] enne, 

Le baptistère Constantinien, 

Saint-Pierre, 

Saint-Paul, 

La basilique Sessorienne, 

Sainte-Agnès, 

Saint-Laurent, 

SS. Pierre et Marcellin, 

L'église d'Ostie, 

L'église d'Albano, 

L'église de Capoue, 

L'église de Naples, 

Le titulus Equitii ou Silvestri, 

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SOURCES. 



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Le titulus Damasi, 

Le titvlus Veslinae, 

L'oratoire de Sainte-Félicité, 

La basilique de Sainte-Marie, 

La basilique de Saint-Laurent majeur. 

Pour chacune de ces églises on trouve régulièrement 
deux catalogues, l'un de vases liturgiques et de lampa- 
daires, l'autre de biens immobiliers affectés à l'entretien 
du luminaire 1 . Le premier catalogue présente toujours 2 
les mômes objets et généralement dans le même ordre; 
les différences ne concernent que le nombre des pièces, 
leur poids et leur richesse, qui sont en rapport avec 
la dignité de l'église. Cette fixité est très naturelle, car 
toute église, pour pouvoir fonctionner, a besoin d'un ser- 
vice de vaisselle sacrée dont le type est fourni par les 
exigences de la liturgie eucharistique 2 . 

Nos catalogues nous donnent toujours les pièces sui- 
vantes : 

i° La patène, généralement unique; quand elle ne 
l'est pas, il y en a une plus précieuse : les autres ne 
sont que des pièces de rechange; à en juger par son 
poids, c'est un plat de grandes dimensions ; il sert à la 
communion del'évêque et de ses assistants 3 . 

2° Le scyphns, lui aussi assez souvent unique ; s'il y 
en a plusieurs, la pluralité s'explique, soit par le besoin 
de rechange, soit par l'insuffisance d'un seul vase à 
contenir tout le vin delà consécration. Dans les grandes 
basiliques, l'un au moins des scyphi est d'un métal plus 
précieux que les autres, d'or au lieu d'argent, ou dé- 
coré avec plus de richesse. Quelquefois, par exception, 
ce vase sacré est désigné par le nom de calice, ordinai- 
rement réservé au type suivant. 

3° Les calices ministérielles, de faible dimension et 
d'une contenance à peu près équivalente à celle des ca- 
lices actuels ou des verres à boire. Ces calices sont le 
plus souvent en argent et toujours en assez grand nom- 

i. Le catalogue des biens immobiliers ne fait défaut que pour 
l'oratoire de Sainte-Félicité et pour la basilique de Saint-Laurent 
majeur. 

2. Ceci, on le conçoit, ne s'applique pas au baptistère Gonstan- 
tinien; le mobilier liturgique d'un baptistère ne peut être le même 
que celui d'une église. 

3. L'Ordo Romanus suppose que les oblatae ou hosties consacrées 
pour la communion du peuple sont rompues, non point sur des 
patènes, mais dans des sacs (sacculi), de toile probablement. On ne 
marque pas expressément que ces mêmes sacs servent à transpor- 
ter les fragments de pain consacré jusqu'à l'endroit où le peuple 
communie; mais cela résulte de l'ensemble de la description de la 
cérémonie. 



bre ; dans les tituli ou églises paroissiales on en trouve 
au moins cinq ; ce chiffre s'élève à- quinze, vingt et 
même cinquante dans les grandes basiliques. Ce sont 
ces vases qui servaient à la communion des fidèles sous 
l'espèce du vin. 

4° Les amae, également moins précieuses que les 
scyphi, mais d'une contenance plus grande. On en 
trouve au Latran qui contiennent un médimne (52 li- 
tres i/2) et même trois médimnes. Ces récipients pa- 
raissent avoir été destinés à recevoir les oblations de vin 
que présentaient les fidèles. Ils diffèrent essentiellement 
des amulae, sorte de petites burettes, dans lesquelles 
les personnes présentes au saint sacrifice apportaient le 
vin qu'elles offraient. Ces amulae appartenaient aux 
fidèles ; une fois que le diacre en avait versé le contenu 
dans un scyphus ou une ama, il la rendait à son pro- 
priétaire. Aussi ne les voit-on jamais figurer sur nos 
listes. 

5° Moins régulièrement, mais assez souvent, on trouve 
un autel [altare) en métal précieux. Cet autel est tou- 
jours unique, sauf pour la basilique Constantinienne où 
il y en a sept et où les scyphi sont également au nom- 
bre de sept, sans compter un scyphus d'une richesse 
spéciale. Mais la basilique Constantinienne était l'église 
épiscopale, cathédrale ; il est naturel que son service 
de vaisselle sacrée ait été établi en vue d'une assistance 
plus considérable que celui des autres églises, et aussi 
d'après des exigences liturgiques particulières. 

Outre ces pièces essentielles et que, sauf lacunes, on 
retrouve partout, il faut signaler des vases d'un usage 
moins commun, les métrètes, qui semblent avoir été 
destinés à recevoir les provisions d'huile pour les lampes 
sacrées; leur capacité s'élève jusqu'à dix médimnes, 
525 litres ; le thymiamaterium, brûle-parfums, encen- 
soir fixe ; Yaquamanile, ou lavabo ; celui-ci ne se ren- 
contre pas dans les énumératîons les plus anciennes, 
celles qui ont rapport à des fondations du quatrième 
siècle. 

On a marqué avec moins de régularité les ustensiles 
sacrés de la liturgie baptismale ; cependant on trouve la 
pelvisadbaptismum, la conca, le cervus fundensaquam, 
\àpalena chrismalis, etc. 

Après la vaisselle liturgique viennent les lampes, 
lustres, candélabres, destinés à l'éclairage de la basili- 
que ou à l'entretien des lumières sacrées dans les sanc- 
tuaires. Il y a ici, naturellement, plus de diversité que 



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dans les listes de vases liturgiques; aucune règle, au- 
cune nécessité de culte ne prescrivent le choix et le 
nombre des pièces. C'est à cette lampisterie sacrée que 
se rattache le second catalogue, celui des dons immo- 
biliers : le revenu des fonds de terre, maisons, édifices 
divers, est spécialement affecté à l'entretien du lumi- 
naire de l'église. Ceci est marqué expressément, pour la 
basilique Constantinienne, par les mots constituit in 
servitio luminum. On doit, mesemble-t-il,sous-entendre 
une formule de ce genre au môme endroit, dans les 
autres listes. Du reste, il n'est pas douteux que le trai- 
tement des clercs de chaque église, ainsi que l'entretien 
et la réparation des édifices sacrés ne fussent payés sur 
des revenus distincts de ceux qui étaient attribués au 
luminaire. Les basiliques de Saint-Pierre et de Saint- 
Paul possèdent encore, l'une le bronze, l'autre le mar- 
bre original de deux chartes, l'une de Grégoire II, l'autre 
de saint Grégoire le Grand, par lesquelles des fonds 
spécialement déterminés sont affectés à la concinnatio 
luminum dans les deux églises apostoliques. 

Les fonds ainsi catalogués ne sont rattachés à aucun 
des patrimoines de l'église romaine, et on le conçoit 
très bien ; car, en admettant même que les immeubles 
de l'église romaine aient été, dès le commencement 
du sixième siècle, groupés en patrimoines régionaux, 
comme au temps de saint Grégoire le Grand (ce qui est 
possible, mais non pas démontré directement), les fonds 
de nos listes échapperaient, par leur destination même, 
à cette répartition. Ceci résulte clairement de la charte 
donnée par saint Grégoire à propos du luminaire de 
Saint-Paul : la massa Aquas Salvias que le pape veut 
affecter à l'entretien des lampes de la basilique faisait 
partie dupatrimoine de l'Appienne; Grégoire commande 
au recteur de ce patrimoine de l'effacer de sa liste et 
d'en faire la remise aux prévôts de Saint-Paul. Il n'y a 
donc pas lieu de s'étonner qu'il ne soit point ici question 
de patrimoines ! . 

En revanche, nos listes indiquent le gisement et le 
revenu de chaque terre ; le gisement est exprimé ordi- 
nairement par le territoire de la cité à laquelle appar- 
tient le fonds et le revenu est compté en solidi. 

1. c Experientiae tuae praecipimus ut suprascriptam massam 
Aquas Salvias... de brevibus suis delere debeat et auferre et cuncta 
ad nomen praedictae ecclesiae b. Pauli apostoli tradere; quatenus 
servientes sibi praepositi omni post hoc carentes excusatione de 
luminaribus eius ita sine nostra studeant sollicitudine cogitare, ut 
nullus illic unquam neglectus possit existere. » (Bp. xit, 4; Jaffé 
1991). 

Liber pohtificams. 



LES FONDATIONS ET DOTATIONS D'ÉGLISES 

80 



CXLV 



inscriptions , 



— Je reviendrai plus loin sur ces catalogues origine de ces 
d'immeubles. Dès à présent nous pouvons nous poser s^çKôidw 
la question d'origine. Où notre auteur a-t-il pu pren- inscnptio 
dre ces détails si précis, classés avec tant de soin et de 
régularité? Il ne peut être question ici ni de notoriété 
publique, ni de tradition orale, mais de documents écrits 
Parmi ceux-ci nous devons d'abord écarter les inscrip- 
tions. Sans doute il ne manque pas d'exemples d'ins- 
criptions gravées sur marbre ou sur bronze, affichées à 
l'extérieur ou à l'intérieur des églises de Rome et con- 
tenant des catalogues de fonds de terre; je viens d'en 
citer deux, et j'y joindrai la Notitia fundorum iuris 
tituli huius, que l'on voit dans l'église des SS. Jean et 
Paul, ainsi que la charte de donation du pape Sergius I er 
(687-701) en faveur de l'église Sainte-Susanne. Ces 
deux documents ont été publiés et commentés par M. de 
Rossi '.Mais d'abord aucune de ces quatre inscriptions, 
les plus anciennes que l'on connaisse, ne remonte au 
temps où le Liber pontifie alis a été écrit; ensuite il 
semble que l'usage de l'épigraphie, pour des pièces de 
ce genre, ne soit pas primitif. En effet, nous trouvons à 
Sainte-Marie-Majeure 3 une charte de donation sans date, 
mais dont la nomenclature et la terminologie appartien- 
nent à la fin du vi* siècle, ou au siècle suivant. Or il est 
expressément marqué que le texte en a été relevé sur 
les documents authentiques et transporté sur marbre 
bien longtemps après, sous le pape Grégoire IV (827- 
844). 

Ceci, sans doute, n'exclut pas absolument la possibi- 
lité qu'il y ait eu, à Rome, dès le commencement du 
sixième siècle, des inscriptions de ce genre, d'où notre 
auteur aurait pu tirer ses informations. Mais nous avons 
déjà constatéqu'ilneparaîtpas avoir accordé une grande 
attention aux inscriptions, même les plus monumen- 
tales et les plus solennelles. Il est donc peu probable 
que les renseignements qu'il nous donne sur les dota- 
tions immobilières soient le fruit de recherches épigra- 
phiques. Celles-ci, du reste, ne lui auraient rien ou pres- 
que rien fourni pour ses énumérations d'objets mobi- 
liers. Ce qui est plus probable et même certain, c'est 
qu'il aura tiré toutes ces indications de documents d'ar- 
chives, de chartes de fondation et de dotation, où se 

1. Bull., 1870, p. 83 et 113; 1873, p. 36 (Bianchini, Anast., t. I, 
préface, n. 49; cf. De Rossi, Inscr. christ., t. H, p. 44; v. ci-dessous 
le commentaire à la vie du pape Adeodatus). 

2. Marini, dans Mai, Script, vet., t. V, p. 209; cf. Bianchini, 
Anast., t. I, préface, n^ 47. 

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mais de pièces 
d'archives. 



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La Charta Cor- 
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GXLVI 

trouvaient indiqués à la fois les biens fonds et le mo- 
bilier liturgique. 

81. — Que des pièces de ce genre aient existé de son 
temps et en grand nombre, c'est ce dont il n'est pas 
permis de douter. En voici un spécimen, que je crois 
devoir citer ici en entier, car c'est le meilleur com- 
mentaire que l'on puisse faire des donations du 
Liber pontificalis, considérées dans leur ensemble. C'est 
une charte de fondation et de dotation d'une église de 
campagne, située dans les environs de Tivoli; elle a été 
plusieurs fois publiée et tout dernièrement encore par 
le regretté P. Bruzza *. Elle est datée de l'an 471 et si- 
gnée par un FI. Valila qui et Theodorins, v. cet inl. et 
cornes et magister utriusque militiac; ce même per- 
sonnage possédait à Rome, sur l'Esquilin, une maison 
splendide qu'il légua à l'église; le pape Simplicius la 
transforma, avec peu de changements, en une basilique 
sous le vocable de Saint- André ; cette fondation est mar- 
quée dans le Liber pontificalis. Il serait donc 2 difficile, à 
moins de retrouver les documents qui ont été dépouillés 
par notre auteur, d'en produire un qui leur tienne de 
plus près que la charta Corniitiana 3 . 

i Exemplar authenticum chartae, unde colligcrc eam potui- 
mus, ecclesiae Cornutiane, 

• 

videlicet ut divino ministerio subiecti compctentoin pos- 

5 sint et de loco cui serviunt haberc substantiam ; illud quo- 
que décorum putamus ut lurainaribus lemplum cottidie 
divinae religionis ornetur et ingruentibus pro temporum 
prolixitate[necessitatibus] sarto tecto rcparalioniquo sum- 
ptu9 hoc nostro munerc conlatus déesse non possit. Quibus 

1 authenta charta —4 ut] a — 5 substantia— 6 luminalibus — 
8 artis tectum — suptus — 9 conlatos — quibus] qui 

1. Suarez, Praeneste antiqua, p. U6; Doni, Inscr., p. 504; Mabil- 
lon, De re diplomatica, p. 462; Bianchini, Anast., t. III, p. xxxi; 
Bruzza, Regesto délia chiesa di Tivoli, p. 15-17, dans les Sludi e do- 
cumenti di storia ediritto, t. I, Rome, 1880. 

2. Je citerais de préférence la charte relative à Sainte-Marie-Ma 
jeure dont j'ai parlé ci-dessus, p. cxlv; mais il ne s'en est malheu- 
reusement conservé que la finale avec les signatures. 

3. Le texte que je reproduis ici est, sauf mes propres correc- 
tions, celui du P. Bruzza, dont l'édition a été faite d'après un car- 
tulaire de l'église de Tivoli, actuellement aux archives du Vati- 
can (armar. XIII, caps. v. n 1). Ce cartulaire est un manuscrit du 
m» siècle. Les premiers mots Exemplar — Cornutiane appartien- 
nent évidemment à l'auteur du cartulaire; ils nous apprennent 
que le début de l'antique charte était ou détruit ou illisible et 
qu'on n'a pu la recueillir (colligere) qu'à partir d'un certain endroit. 
Je représente par une ligne de points cette lacune du commence- 
ment. Dans le texte, j'ai reconstitué partout ladiphthongueaeetje 
l'ai supprimée, au contraire, en tête du mot ecclesia, où elle se ren- 
contre assez souvent; les autres variantes sont indiquées en note. 



SOURCES. 



rébus congruas procuramus expensas ut obsequium nos- 
trum possit propitiationemdivinitatisraereri. Quaconside- 
ratione permotus, largior tenore praesentis paginae eccle- 
siae Cornulanensis massac, quao iuris nostri est, a me ipso 
5 Dei favore et iuvamine constitutae atquc fundatac, fundum 
Paternum maranus, fundum Mons Paternus, fundum Casa 
Martis, fundum Végètes quod est Casa Proieclici et fundum 
Batiiianum, excepta Sigillosa, filia Anastasii et Picae colo- 
norum, quam iuri nostro retinuimus atque relinemus, 

10 provincia Piceni, Tiburtiuo territorio conslitutos, pure et 
directe, liberalitatis titulo possidendos, cum omnibus ad 
se pertinentibus et cum omni iurc instructoque instru- 
mente suo, sicuti ipse possideo, cum omni scilicet onerc 
professionis suaevel necessitate quam certumest formensia 

15 praedia sustinere. 

Donamus etiam eidem ecclesiae solum in quo constituta 
est cum area sua et [a] praedicti praetorii iure separamus 
et ad faciendos hortos vel habitacula clericis custodibus- 
que largimur, id est a cava arcus qui mittitur ad praeto- 

20 rium, etdeinde per parietes qui contra praetorium redeun- 
tes aream ecclesiae claudunt usque trans absidam ; et de 
parietibus ipsis per sepem qui hortos inquilinorum qui in 
praetorium commanent videtur munire, quae sepis descen- 
dit et regammat ad viam cavam sive ad torum qui redit 

25 usque ad arcum suprascriptum ; ut inter sepem et viam 
cavam post absidam supradicti clerici hortos possint ha- 
bere. 

Praeterea eadem largitate ofTero fundos, id est fundum 
Callicianum, Casa nova, Casa prati, Cusa marturi, Casa 

30 Crispini, fundum Boaricum et Casa pressa, in provincia 
Piceni, Tiburtino territorio constitutos, retento mihi usu- 
fructu vitae meae, eidem ecclesiae calholicae proprietatem 
huius epistolae largitione transscribens, ea lege et condi- 
cione ut cum etiam fructus post obitum meum capere ce- 

35 périt ac sibimet vindicare, non solum solemni modo 

agnoscat fîscalium functionem, verum etiam propagatio- 

nis formarum, prout ab omnibus dominis huiusmodi prae- 

diorum dependi consuevit. 

Impendo argenti quoque ad ornatum eiusdem ecclesiae 

40 vel celebritatem suprascripti mysterii sacrosancti, in his 
scilicet speciebus, id est patenam argenteam, calicem ar- 
genteum maiorem I, calices argenteos minores II, urceum 
argenteam I, amulam oblatoriam, colum, thimiamaterium, 
farum cantarum argenteum cum catenis et delfjnis XVIII, 

45 coronas argenteas IIII cum catenulis suis,stantareaargen- 
tea ; etin confessione ostia argentea II cum clavi sua ; quae 

1 congrua — 2 poscant propitiatione — 4 nostri est] nostrae — 
5 iubamine — 6 maranus sic. — 8 Batilianus — Anastasi et Pice 
— 10 Picini, Tyburtino — 13 honere — 14 qua — formesia — 
16 solu — 18 ortos — 22 sepae — 24 regam ante — cabam — 
redet — 25 via caba — 26 absida — 31 Picini, Tyburtyno — rete- 
neo michi — 83 legem et condicionem — 35 solum solum solemp- 
nem — 87 propagationi — prout] peracti — domini — 40 caele- 
britate — 41 licet — patena argentea — calice — 42 maiore — 
urcium — 43 amula — oblatoria — thimia matere — 44 faru 
cantaru — cum] et — 46 ostea — sue 



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LES FONDATIONS ET DOTATIONS D'EGLISES. 



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omnes species adpensatae habont ad stateram urbicam ar- 

genti pondo [libras] quinquaginta quattuor, uncias septem ; 

faros aereos duo, babentes dclfmos octonos etper ber- 

moras cantaros aereos maiores sex, minores XII, et lilia 
5 aerea II et stantarea aerea II ; neenon et in palleis : 

palleum olosiricum, agnafum, auroclavum I, 

item palleum olosiricum, tetrafotum I, 

mafortem tramosiricum rodomellinum aquilatum, 

item mafortem teleocoporphyro tramosyricum, opus ma- 
iO rinum, 

item alium olosiricum luricatum palleum cassioticum, 

item palleum lineura aquitanicum, 

et alia pallea linea quatuor ; 

et pro arcoru. velu tramosirica alba auroclava duo, 
15 vêla blatlea auroclava paragaudata II, 

vêla olosirica alba auroclava ortopluma II, 

vêla tramosirica prasinopurpura II, 

vêla tramosirica leucorodina II, 

vcla tramosirica leucoporpbira II, 
20 vêla olosirica coccoprasina duo ; 

item alia paratura olosirica blattea ; 

vêla auroclava ortopluma II, 

vêla tramosirica aquilata coccoprasina duo, 

vêla tramosirica elioblacta II, 
•25 vêla loricata milinoporpbina uncinata II, 

vêla olosirica blattea II, 

vêla apoplacia coccuprasina cancillata rosulata II, 

item vêla apoplacicia coccuprasina cantarata I ; 

item alia paratura : 
30 vêla linea auroclava clavatura quadras duo, 

vêla linea auroclava paragaudata clavaturas rotundas II, 

vêla linea paragaudata persica clavatura coccumellino pra- 
sinas duo, 

vêla linea paragaudata persica clavatura leucorodina duo, 
35 item vêla linea paragaudata persica clavatura subtile leu- 
corodina duo, 

vêla linea blactosima paragaudata II, 

vêla linea blactosima ortopluma II, 

item vêla linea pura XI11I ; 
40 item an te régi as basilicae : 

vêla linea plumata maiora fissa numéro tria, 

item vêla linea pura tria ; 

ante consistorium, vélum lineum purum I ; 

in pronao, vélum lineum purum I ; 
45 et intra basilica, pro porticia, vêla linea rosulata VI ; 

et ante secretarium vel corriccla, vêla linea rosulata pen- 
silia aventia arcus II. 

Item codices : evangelia MI, apostolorum, psalterium et 
comitem. 

— 3 frons — 5 erea (bis) — 6 molosiricum agnafu auroclabum 

— 7 molosiricum — 8 maforcem — 9 mafor et — 11 molosiricum 

— 12 linium — 15 blactea — baragaudata — 18 leocorodina — 
19 lecoporflra — 20 coccopraxina — 21 blactea— 28 coccopraxina 

— 25 lorica — 26 oblacta — 81 varagaudata et ita porro — 35 
leocorodina (bis) — 41 vella — 46 pansila — 49 comité 



lllud ante omnia mea cautione prospiciens ne mecum, 
quod absit, observatio cultusque ecclesiae Cornutianensis 
videatur occidere, ut legem et condicionem ponerem do- 
nationi meae, ne umquam cuilibet antistitum presbitero- 
5 rum sibimet succedenti um vel clericorum quicquani ex bis 
praediis vel bortis vel speciebus argenteis seu vestibusco- 
dicibusve a me supra designatis alienare in aliam quolibet 
titulo umquam liceat, auteerte sub occasione cultus divini ad 
al teri us ecclesiae ornatum qualicumque ex occasione trans- 

10 ferre. Quod ctiam in his observari eadem condicione volo 
quaefuturotempore fuerint provocationenostrae devotionis 
adiecta, quoniam largitatis nostrae praesentis perpetuam 
praefatae ecclesiae cupio pertinere substantiam. Quod si 
quicquam de alienatione a me probibita fuerit forte tem- 

15 ptatum, tune ego vel beres heredesve vel successor succes- 
soresve mei vel qui illis deinceps successerint , uni- 
versa quae buius donationis sunt tenore comprehensa ad 
suum ius proprietatemque reducant; quoniam quod a nobis 
cogitatione venerandae religionis oblatum est secundum 

20 legem et condicionem posilam licere non débet cuicum- 
que personae vel alterius ecclesiae vel praediis cuiuslibet 
umquam deputare conpendio. 

Hanc autem scripturam donationis Feliciano notariomeo 
scribendam dictavi eique relectae a me sine dolo malo 

25 manu propria subscripsi et gestis allegari propria voluntate 
mandavi, adstipulantibusque venerabili viro presbitero 
diaconibus universisque clericis memoratac ecclesiae de 
omnibus supradictis spopondi, sub die XV kal. maiarum, 
domno Leone perpetuo Augusto quater et Probiano viro 

30 cl. console. Flavius Valila qui et Theodorius vir claris- 
simus et inlustris et cornes et magister utriusque militiac, 
buic donationi a me dictata et niihi relectae praediorum 
omnium suprascriptorum, argenti et vestium, servata et in 
perpetuum custodita lege et condicione quam eidem do- 

35 nationi imposui, consensi et subscripsi, salvo scilicet mihi 
usufructu suprascriptorum agrorum, quod supra cadem 
mihi scriptura servavi. 

1 omniam meam cautionem — 2 observanti occultusque — 3 ac- 
cidere — ponere — 5 sivimet — succidentium — 6 ortis — co- 
dicibusve]ne — 8 occausione — 9 hoccasione — 11 provocatio — 
nostraejnos — 15 heredum suae — 16 successore suae — illi 

— 17 donationi — tenere — 19 est] me — 20 lege et condicione 
posita — 26 adst.jet st. — 28 sub die] subî — 29 domnu — quat 

— et addidi — 30 Theodovius 

En dehors de la description du terrain sur lequel est 
fondée l'église, et des formules par lesquelles le dona- 
teur définit ses intentions sur la propriété du sol et de 
l'édifice, nous trouvons dans cette charte quatre ônu- 
mérations différentes : 1° les fonds de terre affectés à 
l'entretien de l'église, du luminaire et des desservants ; 

I 2° les pièces de mobilier sacré, en métal précieux; 

| a 3° les voiles et tentures en étoffes diverses ; 4° les livres 



Analogies entre 
ce document et le 
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liturgiques. Le Liber pontificalis, dans les listes dont 
nous nous occupons en ce moment, néglige perpétuel- 
lement les deux dernières catégories d'objets et restreint 
ses indications aux fonds de terre et au mobilier litur- 
gique en métal précieux. 

Cette restriction faite, il est inutile d'insister sur la 
ressemblance entre les énumérations du Liber ponti/i- 
calis et celles de la char ta Cornutiana. Ce sont les mô- 
mes objets qui sont catalogués et dans les mêmes ter- 
mes ; les diiférences que l'on remarque ça et la, s'ex- 
pliquent par le fait que, dans la charte, il s'agit d'une 
petite église rurale, tandis que le Liber pontifie alis s'oc- 
cupe des plus célèbres basiliques de Rome. 11 y a aussi 
plus de détails dans la charte ; elle énumère des objets 
plus menus *, moins précieux que le Liber pontifical! s; 
celui-ci , du reste, procède vraisemblablement par ex- 
traits et néglige ce qui est de moindre importance. Mais 
il y a entre ses notices sur les basiliques et le texte 
de la charte un trait de ressemblance sur lequel je veux 
appeler l'attention , c'est que ni dans l'un ni dans l'au- 
tre, on ne trouve une description de l'édifice sacré. Un 
historien ordinaire qui, en relatant ces fondations, se 
serait proposé de relever la munificence des donateurs, 
de Constantin, par exemple, n'aurait pas manqué d'in- 
diquer bien d'autres détails que ceux que nous présente 
le notice de Silvestre. Il aurait, pour chaque basilique, 
ou pour les principales, à tout le moins, décrit l'atrium, 
avec ses portiques et sa fontaine monumentale, la 
façade, les portes, les colonnades intérieures, le trans- 
sept, l'abside ; s'il avait voulu être plus complet, il n'au- 
rait pas manqué de donner en gros les dimensions de 
l'église, de parler de ses fenêtres, de ses mosaïques, pein- 
tures et revêtements de marbres colorés. Depuis Eusèbe, 
combien d'auteurs, en Orient et en Occident, nous ont 
laissé des descriptions de ce genre ? Sans parler de Pru- 
dence, de Paulin de Noie, de Sidoine Apollinaire, de 
Grégoire de Tours, les itinéraires du septième siècle, 
composés à l'usage des pèlerins, les recueils d'inscrip- 
tions formés par ceux-ci, contiennent, sur la disposi- 
tion des basiliques de Rome, sur leurs sanctuaires et 
leur ornementation, plus d'un détail de grand prix. No- 

1. C'est ainsi qu'on y trouve Yamula oblatoria, c'est-à-dire la bu- 
rette destinée à l'offrande personnelle du prêtre, et le cotum, ou 
passoire. Ces deux objets sont mentionnés dans VOrdo Romanus : 
« Archidiaconus sumit amulam pontiûcis de subdiacono oblatio- 
» nario et refundit super colum in calicem... » (Muratori, LU. 
Rom., t. II, p. 982). 



tre auteur, lui, ne s'intéresse qu'à ce qui est en or, en 
argent ou en quelque autre matière précieuse. S'il men- 
tionne çà et là des colonnes, c'est accidentellement, 
dans des cas tout à fait spéciaux, comme dans sa des- 
cription du tombeau de saint Pierre. Il parle plusieurs 
fois des voûtes des absides (caméra basilicae), mais il 
se garde bien de dire quels sujets y étaient représentés 
en peinture ou en mosaïque ; ce qu'il sait à leur pro- 
pos, c'est le poids du métal emnlové à les dorer. On 
trouve bien çà et là quelques renseignements sur les 
motifs de décoration, mais uniquement lorsqu'il s'agit 
des pièces d'orfèvrerie et de leurs ornements en re- 
lief. 

Ce système est bien celui des livres de compte, des 
inventaires, des chartes de fondation ; il n'a évidemment 
rien à voir avec une narration historique, même mé- 
diocrement conçue. L'auteur n'est pas un homme qui 
s'inquiète de faire œuvre de ses documents : il se borne 
à les transcrire. 

Ce sont donc bien des documents d'archives et même 
des documents relatifs à la fondation des églises 
et à leur première dotation que nous avons sous les 
yeux quand nous lisons ces énumérations du Liber 
pontificalis. Du reste, au moment où celui-ci a été 
écrit, le mobilier précieux des basiliques romaines avait 
déjà subi des pertes considérables ; un grand nombre, 
pour ne pas dire la plupart, des pièces d'orfèvrerie dues 
à la libéralité de Constantin et autres donateurs du 
quatrième siècle avaient disparu dans le butin d'Alaric 
et de Genséric. Le Liber pontificaiis lui-même en fait 
foi. Ainsi, dans la notice de Célestin (422-432), il nous 
montre ce pape reconstituant post ignem Geticum le 
mobilier sacré de la basilique de Jules. Sous le pape 
Xystus III (432-440), l'empereur Valentinien III renou- 
velle le fastidium (baldaquin) de l'autel de la basilique 
Constantinienne, quod a bar bar is sublatum fuerat. Il 
s'agit ici de ce magnifique monument d'orfèvrerie qui 
est décrit dans la vie de Silvestre parmi les dons de 
Constantin. Après le passage de Genséric, post cladem 
Vandalicam (455), le pape Léon se voit obligé de rem- 
placer les vases sacrés de tous les titres paroissiaux : à 
cet effet, il envoie au creuset six grands vases d'argent 
(hydriae) appartenant aux basiliques du Latran, de Saint- 
Pierre et de Saint-Paul. Ces vases ne sont autres que 
les métrètes mentionnés dans la vie de Silvestre. 

A côté de ces exemples spécialement attestés, que 



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LES FONDATIONS ET DOTATIONS D'ÉGLISES. 



Les catalogues 
de fonds de 
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d'autres disparitions et transformations ont dû se pro- 
duire entre le temps de Constantin et le règne de Théo- 
doric! Réduit à se renseigner sur les lieux, à compter, 
à examiner lui-même la vaisselle sacrée des églises, ou 
à transcrire les états que Ton devait en avoir, notre 
auteur n'aurait certainement pas été à même de se 
procurer les indications qu'il nous donne dans les no- 
tices de Silvestre, Marc, Damase, Innocent, etc. 

82. — Venons maintenant aux fonds de terre. Il y a 
d'abord une observation générale à faire sur les listes 
que le Liber pontificalis nous en a conservées ; c'est 
que les fonds y sont presque toujours marqués au no- 
minatif, bien que la liste entière soit précédée d'un 
verbe comme dédit, obtulit. Les copistes ont cherché 
à corriger cette anomalie, mais ils ne sont point par- 
venus à la rendre méconnaissable. Ceci montre bien 
que nous avons affaire à un texte préexistant, qui a 
été inséré tel quel, ou à peu près, dans le Liber pon- 
tificalis, et non point à une rédaction exécutée exprès 
pour celui-ci et par son auteur. 

Les biens ainsi catalogués sont appelés massae, fundi, 
possessiones, agri. Le fundus paraît être une subdivision 
de la massa, ou du moins un de ses éléments : plusieurs 
fanai forment une massa. Ce dernier terme désigne un 
ensemble de pièces de terre réunies dans une même 
mouvance d'exploitation. Les mots possessiones, agri, 
le premier très fréquemment employé, ont une signi- 
fication moins précise. Il est à remarquer que l'usage 
de ces termes et, en général, le libellé des listes, 
éprouve quelques variations en passant d'une église à 
une autre. Ainsi, pour le Latran, basilique et baptis- 
tère, ainsi que pour le titulus Eqnitii, ce sont les mots 
de massa et de fundus qui dominent ; ager revient plu- 
sieurs fois dans la liste de Sainte- Agnès ; possessio est 
plus fréquent dans les autres. Il y a d'autres particula- 
rités : le gisement des propriétés est ordinairement mar- 
qué par la formule in territorio, mais pour les basili- 
ques de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Sainte-Croix, on 
trouve l'expression sub civitate, qui revient au même. 
En dehors des formules, on peut remarquer une cer- 
taine relation entre la situation des fonds et celle de la 
basilique. Ainsi, autant qu'on peut les identifier, les 
fonds de Sainte-Agnès se trouvent presque tous sur la 
voie Nomentane ou dans la région de la voie Salaria 
qui est le plus rapprochée de la basilique ; de même 
ceux de Saint-Laurent se trouvent près de la voie Ti- 



burtine ; la basilique des SS. Pierre et Marcellin,près de 
laquelle se trouvait le mausolée de sainte Hélène, pos- 
sède un terrain voisin de la porte Sessorienne et du pa- 
lais Sessorien, résidence de cette impératrice; de même 
la plupart des fonds de l'église d'Ostie sont indiqués 
aux environs de cette ville , ceux de l'église d'Albano 
sur les flancs de la montagne albaine, ceux de Capoue 
en Campanie; enfin, parmi les propriétés des églises de 
la ville, comme celles d'Equitius, de Vestina, de Sainte- 
Marie, on voit figurer des maisons, jardins, bains, bou- 
langeries, situés dans leurs voisinages respectifs. 

En général, les propriétés, quand elles ne se trouvent 
pas dans les environs de Rome, appartiennent à des 
pays situés dans la basse Italie et la Sicile. Cependant 
le baptistère de Latran possède tout un groupe de fonds 
africains, une propriété dans l'île de Gaulos (Gozzo, près 
de Malte), une autre vraisemblablement dans l'île de 
Céphalonie. Les fonds attribués aux basiliques de Saint- 
Pierre et de Saint-Paul ont ceci de particulier qu'ils se 
trouvent tous compris dans les provinces orientales de 
l'empire, depuis la Cilicie jusqu'à l'Egypte. Peut-être 
notre auteur, jugeant à propos de faire un choix, se 
sera-t-il borné à celles-là, en omettant les autres. Tou- 
jours est-il que, pour la basilique de Saint-Pierre, il 
marque expressément la rubrique de provenance : Per 
diocesem Orientis, sous laquelle il range des propriétés 
sises : 

à Antioche, in civitate Antiochia, 

dans la banlieue d' Antioche, sub civilatem An- 

tiochiam, 
dans la banlieue d'Alexandrie, sub civitatemAlexan- 

driam y 
en Egypte, joer Aegyptum, sub civitatem Armenia i , 
auprès de Cyr, in provincia Euphratense, sub ci- 
vitate Cyro. 

Cette distribution est fort remarquable. On va d' An- 
tioche à Alexandrie, d'Alexandrie en Egypte, d'Egypte 
dans la province Euphratésienne, au nord d' Antioche. 
La distinction entre Alexandrie et l'Egypte est bien 
conforme à ce que nous savons des usages de ce pays 2 : 
à elle seule une telle distinction suffirait à montrer que 



1. Ce nom de ville est sans doute estropié; je ne puis le retrou- 
ver tel quel dans les listes géographiques relatives à l'Egypte. 

2. Lumbroso, YEyitto al tempo dei Grecie dei Romani, Rome, i #82, 
p 64-10. 



gisement , pro- 
priétés orientales. 



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Redevances en 

Sroduits exo- 
ques. 



nous avons affaire ici à des renseignements provenant 
d'une bonne source. Mais ce qu'il y a de plus impor- 
tant c'est que, dans cette énumération géographique, 
l'Egypte nous apparaît comme une partie du diocèse 
d'Orient, tout comme la Syrie Cœîe et l'Euphratésienne. 
Or ce groupement administratif avait cessé, nous le 
savons avec certitude, en 386, car le catalogue des pro- 
vinces de Polemius Silvius, rédigé en cette année, pré- 
sente l'Egypte comme formant un diocèse spécial, dis- 
tinct de celui d'Orient, et cette situation ne fut pas mo- 
difiée depuis. La liste du Liber pontificalis dépend 
donc ici d'un document rédigé au plus tard sous l'em- 
pereur Gratien et qui peut facilement remonter un demi- 
siècle plus haut. 

Les fonds attribués à la basilique de Saint-Paul sont 
aussi tous compris dans les limites du diocèse d'Orient; 
on en trouve un auprès de Tarse, trois dans le voisi- 
nage de Tyr, trois en Egypte : mais la rubrique per 
diocesem Orientis n'est pas marquée. Du reste, notre 
compilateur a ici une tendance évidente à l'abrévia- 
tion. 

Un trait caractéristique de ces propriétés orientales 
des deux églises apostoliques, c'est que, outre un re- 
venu en argent monnayé, exprimé en solidi, elles rap- 
portent en nature divers produits rares et recherchés 
dont rénumération n'est pas sans intérêt : du papier, 
du lin, du nard, du baume, de l'huile de Chypre, de 
la myrrhe (stacté), du storax d'isaurie, du poivre, du 
safran, de la cannelle, des clous de girofle. La plupart 
de ces produits ne peuvent être considérés comme in- 
digènes des localités où se trouvaient les biens fonds 
en question. Les clous de girofle venaient des îles 
Moluques; le poivre, la cannelle, le nard, de l'Inde; la 
myrrhe, d'Arabie ou d'Abyssinie; le papyrus ne crois- 
sait qu'en Egypte ; le baume ne se récoltait que sur les 
bords du Jourdain. Mais les pays orientaux, la Syrie et 
l'Egypte, étaient plus à portée que les autres provinces 
de l'empire de se procurer, par le commerce et l'é- 
change de leurs denrées, ces matières précieuses, si 
recherchées dans les grandes villes. On ne voit guère à 
quel usage liturgique pouvaient servir plusieurs de 
ces produits, le poivre, le safran, la cannelle, les clous 
de girofle. Les administrateurs des basiliques devaient 
les mettre dans le commerce local ; et c'est une chose 
assez intéressante que de voir les églises vénérées des 
apôtres Pierre et Paul servir d'intermédiaires, pour le 



commerce des épices, entre l'Orient le plus lointain, 
l'Indoustan, Ceylan, les îles de la'Sonde, les Moluques, 
et l'Italie latine avec tous ses tributaires occidentaux. 
Ceci n'est, du reste, qu'un épisode dans l'histoire du 
grand commerce pendant le moyen âge, en un temps 
où les principaux marchés, les foires œcuméniques, se 
tenaient à l'occasion des fêtes des saints et à l'ombre 
de leurs églises. 

Indépendamment de l'échange qui pouvait en être 
fait, ces précieuses denrées étaient souvent employées 
comme cadeaux entre grands personnages. Saint Gré- 
goire le Grand envoie à un de ses correspondants f de 
l'aloès, de l'encens, du storax, du baume, sanctorum 
martyrumeorporibus offerenda; au milieu du huitième 
siècle, nous voyons un diacre romain, Gemmulus, en- 
voyer à saint Boniface, l'apôtre de l'Allemagne, un pré- 
sent de quatre onces de cannelle, deux livres de poivre, 
quatre onces de costus et une livre de cozumbre. Vers 
le même temps, Eadburge, abbesse du monastère 
de Thanet, recevait du diacre Lullus, le futur évo- 
que de Mayence, un cadeau de storax et de can- 
nelle (cinnamonum) 2 . A une époque plus rappro- 
chée de celle que nous considérons, en 408, la ville de 
Rome paya pour sa rançon au roi des Goths, Alaric, 
outre une somme d'or considérable, trois mille livres 
de poivre 3 . Il est possible que les églises apostoliques 
aient aidé à former la quantité exigée pour cette con- 
tribution en nature. 

Ce n'est pas seulement dans les catalogues afférents 
aux églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul que l'on 
trouve des détails d'une touche spéciale et d'une pro- 
venance évidemment antique. L'un des fonds de la 
basilique de Saint-Laurent sur la voie Tiburtine , 
celui-là même sur lequel elle s'élève, est dit avoir été 
confisqué pendant la persécution, quod fiscus occupa- 
verat tempore persecutionis. Le revenu d'une autre 
terre de la même liste, et qui, apparemment, n'appar- 
tenait pas tout entière à la basilique, est indiqué par 
la formule singulière praestans nomini Christianorum. 
Cette mention de la persécution, sans que le nom de 
l'empereur persécuteur soit exprimé, ne me parait 
guère conforme au langage du v° siècle, ni même du 
déclin du siècle précédent. Quant au terme nomen 

1. Ep. ix, 52. 

2. Jaffé, Monumenta Moguntina (Bibl., U III), p. 156, 214. 

3. Zosime, HùL, v» 41. 



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Chris tianorum pour désigner la communauté ecclé- 
siastique de Rome ou sa caisse, il est plutôt antérieur 
que postérieur à la persécution de Dioclôtien. Il semble 
signifier ici que le terrain en question avait d'abord 
fait partie des biens indivis de l'église romaine avant 
de recevoir une affectation spéciale et d'être destiné à 
l'entretien des lampes de Saint-Laurent. Ce doit être 
l'un de ces biens ad ius corporis eontm (Christiano- 
rum), id est ecclesiarum, non homimtm singulorum 
perlinentia, que les empereurs Constantin et Licinius 
firent restituer aux chrétiens par l'édit de Milan *. 

A propos de l'église d'Albano, qui figure aussi parmi 
les fondations de Constantin, il est dit que cet empereur 
donna à la communauté chrétienne de cette localité 
omnia sceneca déserta vel domos civitalis in urbe Al- 
banense. Ces sceneca et ces maisons ne sont autres que 
les baraques et autres habitations occupées antérieure- 
ment par les soldats de la II e légion Parthique et leurs 
familles. Cette légion"Jut installée par Septime Sévère 
dans l'Albanum ou villa albaine appartenant aux empe- 
reurs. Elle y resta jusqu'au déclin du m siècle ou 
même jusqu'au commencement du iv e ; en tout cas 
elle n'y était plus au temps de Julien (361-363) 2 . Des 
édifices comme ceux dont il est ici question ne sont pas 
de ceux qui se conservent longtemps quand ils cessent 
d'être habités ; pour qu'on en ait pu faire cadeau à une 
église, il faut que leur abandon ait été de date récente. 
Ceci encore nous reporte aux temps constantiniens. 

83. — Il reste maintenant à dire dans quelle me- 
sure et avec quelle fidélité notre auteur a reproduit son 
document, dans les parties pour lesquelles il a jugé bon 
d'y recourir. 

Que l'on jette un coup d'œil sur l'article relatif à la 
basilique Constantinienne : on sera étonné de l'abon- 
dance et de la précision des détails, ainsi que de l'ordre 
parfait dans lequel ils sont présentés. L'énumération 
commence par la plus grosse pièce, le baldaquin de 
l'autel majeur ; nous en connaissons non seulement la 
matière et le poids, mais la décoration elle-même, 
avec le nombre des personnages, leurs dimensions , 
leur groupement , leurs attitudes , l'orientation des 
scènes par rapport à celle de la basilique ; on nous dit 
que la voûte intérieure de cet édifice d'argent est de 

1. Laotance, De mort, persec, 48; Eusèbe, Hist. eccl. t ix, 10; jc, 5. 

2. Henzen, dans le C. I. L., t. VI, p. 192; De Rossi, Bull., 1869, 

p. 17. 



l'or le plus pur, qu'un lampadaire, également d'or, est 
suspendu au-dessous, par des chaînes dont le poids est 
indiqué, que ce lampadaire est accompagné de quatre 
couronnes du même métal. L'auteur marque la do- 
rure de l'abside, puis il passe à l'autel, ou plutôt aux au- 
tels, car il y en a sept au Latran ; à propos des autels 
on énumère toute la vaisselle liturgique, en ayant soin 
de donner la capacité des plus grandes pièces, les amae: 
Alors sous la rubrique Ornamentum in basiiica y on dé- 
taille tous les lampadaires de l'église ; d'abord deux 
fara canthara, l'un d'or, l'autre d'argent, qui sont dis- 
posés devant l'autel, puis ceux qui éclairent la grande 
nef (gremium basilicae), la nef de droite, la nef do 
gauche ; puis des candélabres porte-cierges ; enfin 
d'autres candélabres, au nombre de sept, placés un 
devant chaque autel ; on n'oublie pas dans ce chapitre 
les métrètes, grands récipients destinés sans doute à 
contenir l'huile des lampes ; on a même soin d'indiquer 
que telles lampes sont alimentées par une huile odori- 
férante spéciale. Enfin vient l'énumération des fonds 
de terre, rattachée à celle des lampadaires par la for- 
mule quibus constituit in servitio luminam. 

L'ordre, la précision, l'abondance se retrouvent quand 
on passe de la basilique à son baptistère, même quand 
on se transporte du baptistère de Latran à la confession 
de saint Pierre et à la basilique Vaticane. Cependant 
il y a ici, dans l'énumération des pièces d'orfèvrerie, 
un commencement de confusion. Arrivé à Saint-Paul, 
l'auteur, apparemment fatigué de ces détails, com- 
mence par les supprimer entièrement et entame tout 
de suite le catalogue des fonds de terre. Puis il se re- 
prend, et, à la ligne suivante, il marque sommairement 
que Constantin a doté la basilique de la voie d'Ostie 
des mêmes vases en métal précieux que celle du Va- 
tican et qu'il a placé une croix d'or sur le tombeau de 
saint Paul, comme sur celui de saint Pierre ; il continue 
ensuite son catalogue de possessiones. Voici une pre- 
mière manifestation de la tendance à abréger. Pour 
les autres basiliques, ne pouvant se tirer d'affaire par 
une assimilation du même genre, il indique les pièces 
d'orfèvrerie, mais sans plus s'arrêter à décrire le fas- 
tidium, déjà négligé à Saint-Pierre, sans parler de la 
caméra basilicae, sans donner la distribution des lam- 
padaires entre les diverses parties de l'église, ni, sauf 
des cas très rares, la qualité de l'huile affectée à cha- 
cune de leurs catégories ; les formules qui reliaient les 



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Provenance des 
catalogues copiés 
par l'auteur du 
L. P. 



diverses parties de la liste, dans l'article du Latran, 
sont désormais supprimées; en un mot, tout indique un 
homme pressé, préoccupé de simplifier sa besogne. 

Je crois donc en somme que, ni pour le nombre des 
chartes de fondation qui ont été ainsi dépouillées, ni 
pour la teneur de chacune d'elles, nous n'avons ici une 
reproduction complète du document dont l'auteur du 
Liber pontificalis a pu disposer. 

84. — Maintenant, où notre auteur a-t-il pu se pro- 
curer les documents authentiques et anciens d'où déri- 
vent ses énumérations? Je ne pense pas que ce soit 
dans les archives du siège apostolique. Il parle, il est 
vrai, assez souvent de Yarchivium ecclesiae Romanae ; 
mais nous avons reconnu, à la façon dont il se sert des 
lettres pontificales, qu'il paraît avoir vu ce dépôt plutôt 
du dehors qu'en dedans. Du reste, il n'est pas sûr 
que les titres particuliers des basiliques y fussent dépo- 
sés. Aurait-il pris la peine de se renseigner auprès des 
prévôts et des prêtres titulaires de chacune des églises 
et de consulter leurs archives particulières ? Ceci serait 
bien extraordinaire de sa part : il ne nous a pas dispo- 
sés à lui attribuer des recherches si longues et si mi- 
nutieuses. 

Pour sortir de cette incertitude, je m'attacherai d'a- 
bord à la disposition spéciale des donations contenues 
dans la notice de Silvestre, celle de toutes qui en con- 
tient le plus. 

Après avoir parlé de la conversion de Constantin, de 
son baptême et de sa guérison miraculeuse par saint 
Silvestre, le biographe raconte que ce pape fonda à 
Rome un titre paroissial dans le nom d'un prêtre ap- 
pelé Equitius, qui avait fourni le terrain. Puis vient 
l'énumération des vases sacrés et des fonds de terre 
attribués à cette église. On passe ensuite aux conciles 
célébrés sous Silvestre et à ses décrets sur la discipline, 
et la finale habituelle des notices commence, par le 
compte des ordinations. A cet endroit, la trame s'in- 
terrompt ; au lieu de terminer tout de suite par l'indi- 
cation de la sépulture et de la vacance, le biographe 
entame une. longue énumération des basiliques fon- 
dées par Constantin : Huius temporibus fecit Cons- 
tantinus Augustus àasilicas istas quas et ornavit. Ce 
sont : 

La basilique Constantinienne, avec son baptistère, 
La basilique de Saint-Pierre, 
La basilique de Saint-Paul, 



La basilique Sessorienne, 

La basilique de Sainte-Agnès avec son baptistère, 

La basilique de Saint-Laurent, 

La basilique des SS. Pierre -et-Marcellin , avec le 
mausolée d'Hélène, 

La basilique des SS. Pierre, Paul et Jean, à Ostie, 

La basilique de Saint-Jean-Baptiste, à Albano, 

La basilique des Apôtres, à Capoue, 

La basilique de Naples, avec un aqueduc et un fo- 
rum, dans la même ville. 
Ici, le titulus Equitii reparaît, avec une nouvelle do- 
nation, attribuée cette fois à Constantin lui-même et 
non à Silvestre. Les pièces d'orfèvrerie sont presque 
toutes identiques à celles de la donation du commence- 
ment ; en revanche, la plupart des fonds de terre ont 
des noms différents. Après cette dernière énumération, 
les ordinations sont répétées et la notice se termine par 
la sépulture et la vacance du siège. 

Cette disposition éveille d'abord un soupçon, c'est 
que toute cette description des fondations constanti- 
niennes a été ajoutée après coup, la notice étant déjà 
rédigée. Elle se présente, en effet, à l'endroit qui lui 
convient le moins, en dérangeant l'ordonnance régulière 
de la finale; sa place naturelle était après le récit du 
baptême de Constantin, précisément là où nous trou- 
vons la fondation du titulus Equitii *. On ne voit pas 
non plus pourquoi les ordinations auraient été enregis- 
trées deux fois si la rédaction avait été exécutée d'un 
seul jet, suivant la forme habituelle. Enfin, et ceci est 
encore plus grave, la pièce intercalée ainsi à une place 
et d'une façon insolite paraît avoir eu d'abord une exis- 
tence indépendante, sans rapport spécial avec les vies 
des papes. Il y est en effet question de plusieurs églises 
en dehors de Rome, celles d'Ostie, d' Albano, de Capoue 
et de Naples. Ces deux dernières villes surtout, en ce qui 
regarde la fondation de basiliques intra muros 2 , n'a- 
vaient rien à voir avec le pape ; il serait inconcevable que, 
dans une énumération des actes de Silvestre, on lui 
eût attribué la construction d'églises si éloignées de 
Rome, et cela devient plus extraordinaire encore quand 



1. Mais celle-ci est loin d'être primitive. La première édition ne 
la contenait pas, tandis qu'eUe a fini par comprendre toutes les 
autres fondations constantiniennes. 

2. Dès la fin du v* siècle, les églises rurales ne pouvaient être 
fondées, dans le diocèse suburbicaire, sans l'autorisation du pape; 
mais il s'agit ici d'églises de ville, pour lesquelles cette autorisa- 
tion n'était pas nécessaire. 



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on réfléchit qu'à Naples il est question d'un forum et 
d'un aqueduc de huit milles de long. Mais ce n'est pas à 
Silvestre que ces fondations sont attribuées, c'est à 
Constantin. Dans toutes ces donations, sauf celle du 
titulus Equitii, c'est Constantin qui intervient comme 
fondateur et donateur. Silvestre n'est nommé qu'une 
ou deux fois, comme ayant suggéré la fondation (ex 
suggestione Silvestri episcopi) de Saint-Paul et peut- 
être de Saint-Pierre. 

Il résulte de ceci que notre compilateur a eu sous les 
yeux un document où étaient cataloguées les libéralités 
de Constantin à l'égard de l'église romaine et de plu- 
sieurs autres églises d'Italie. Ce document avait été ré- 
digé d'après des pièces authentiques et probablement 
d'après les actes de fondation. 

Outre les donations de la notice de Silvestre, ce libel- 
lus a pu contenir aussi celles de la notice de Marc, où 
l'on fait encore intervenir Constantin comme donateur 
et le pape comme solliciteur : Ex huius suggestione 
obtulit Constanlinus Augustus basilicae etc. 

Mais on peut aller plus loin ; le libellus en question 
contenait d'autres donations que celles de Constantin. 
On trouve en effet, dans la notice de Silvestre, après la 
liste des vases sacrés et des fonds de terre offerts par 
Constantin à l'église d'Ostie, une autre énumération 
comprenant une couronne d'argent, un calice et une 
ama du môme métal, puis quatre propriétés, le tout 
donné par un certain Gallicanus * : Item dona quae ob- 
tulit Gallicanus basilicae suprascriptae. Du moment 
où notre document n'était pas consacré exclusivement 
aux fondations constantiniennes, il n'y a, je crois, 
aucun inconvénient à y faire rentrer les énuméra- 
tions que contiennent les notices de Damase, d'In- 
nocent et de Xystus 111. Ces énumérations présen- 
tent la môme disposition et le même style que les pré- 
cédentes; elles dérivent comme elles de documents 
authentiques, et ceux-ci même s'y trouvent parfois 
cités. Ainsi, dans la notice d'Innocent, où la fondation 
du titulus Vestinae tient une si grande place, on se ré- 

1. La passion de saint Gallican (Acta SS. iun., t. VII, p. 34.) qui 
forme le début de celle des saints Jean et Paul, parle des fonda- 
tions charitables de Gallicanus à Ostie et mentionne même les 
quatre fonds de terre donnés par lui à l'église du lieu ; mais cette 
histoire parait avoir été rédigée après le Liber pontificalis et s'en 
être inspirée ici. On ne peut donc rien en tirer pour déterminer 
l'identité ou tout au moins la date du GaUicanus, bienfaiteur de 
l'église d'Ostie, dont les libéralités avaient été enregistrées dans 
notre document. 

Liber pontificalis. 



fère, en termes exprès, au testament de la fondatrice. 

Soit que le document en question fût moins complet 
après Xystus III, soit que notre auteur, comme cela de- 
vait lui être assez naturel, se fût promptement lassé de 
le transcrire, on ne retrouve plus, depuis saint Léon, 
aucune de ces énumérations complètes, embrassant à la 
fois le mobilier sacré et les biens fonds. En revanche, 
dans les notices d'Hilaire, de Symmaque, d'Hormisdas, 
on voit apparaître d'autres indications sur l'ornementa- 
tion des autels et des oratoires, des croix, des arcades, des 
confessions, etc. Un détail très important de la notice 
d'Hilaire doit être relevé ici, c'est l'exécution d'un ser- 
vice d'autel complet, destiné aux messes stationales. 
Outre le calice ou scyvhus principal, en or, 'ce ser- 
vice comprend 25 scyphi d'argent, per titulos, c'est-à- 
dire apparemment en nombre égal à celui des titres, 
25 amae et 50 calices ministériels. Ce service était dé- 
posé dans la basilique Constantinienne ou à Sainte- 
Marie; on le transportait, le jour de la station, à l'église 
où se tenait l'assemblée liturgique : ministeria qui cir- 
cuirent constitutas stationes. 

En somme, au bout d'un certain temps, notre auteur 
cesse de s'intéresser aux propriétés immobilières des 
églises, mais il a toujours son attention éveillée sur 
leur orfèvrerie. Il sait où on dépose celle qui n'a pas 
d'attribution fixe ; il est informé des présents faits aux 
églises par les papes et les souverains contemporains, 
Clovis, Justin, Théodoric *. Pour les temps anciens il 
peut se procurer des documents du meilleur aloi. Sans 
doute il ne les reproduit pas intégralement et n'en tire 
pas tout le parti possible et désirable; mais ils sont 
à sa portée. De tout ceci il me paraît se dégager une 
indication sur le lieu où il se renseigne. Nous trouve- 
rons plus tard chez ses continuateurs une préoccupation 
excessive des mêmes choses, jointe à une information 
aussi sûre et bien plus complète. Quand on lit dans 
les vies de Léon III, de Grégoire IV, de Benoît III, les 
longues énumérations de vases sacrés , tapisseries, 
etc., offerts par le pape aux églises et monastères de 
Rome, on se sent transporté dans les bureaux du ves- 
tararius sanctae sedis et en présence de ses registres 
officiels. L'impression, pour être moins vive, est ce- 
pendant analogue, à la lecture des notices d'Hilaire et 
de Symmaque. Le plus ancien document certain qui 



1. Voir les notices de Symmaque, Hormisdas, Jean I er . 

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soit resté sur ce domaine important de l'administration 
pontificale est le récit du pillage du vestiarinm epis- 
copii Laleranmsis, en 638, après la mort du pape Ho- 
norius, dans la notice de son successeur Sévérin. Mais 
ce vestiarinm devait exister depuis longtemps; quant 
à moi je ne doute guère qu'il ne formât, dès le com- 



mencement du Yi e siècle, une division spéciale dans 
les services du palais apostolique et j'ai peine à croire 
que les renseignements du Liber pontificalis, tant 
ceux qui pouvaient provenir de relevés plus anciens 
que ceux qui se rapportaient aux largesses les plus 
récentes, ne proviennent pas de là. 



§ vin. 



LES ORDINATIONS. 



Les chiffres des 
ordinations sont 
fictifs. 



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85. — Il est difficile de croire qu'il n'y ait pas eu, 
dans les bureaux du siège apostolique, un registre des 
ordinations : ces actes étaient trop importants pour que 
l'on ne cherchât point à en garder le souvenir par une 
écriture officielle. Mais, d'après ce que nous avons déjà 
vu plus d'une fois, il a existé, au temps de notre auteur, 
bien des moyens d'information dont il n'a pu ou dont il 
n'a pas voulu profiter. Quand même il serait démontré 
directement que le registre des ordinations était tenu 
d'une façon régulière ' et placé à sa portée , nous 
n'aurions pas encore le droit de croire qu'il s'en est 
servi. Du reste il n'est guère probable que ce registre, 
s'il existait, remontât bien haut; la série des lettres 
pontificales provenant des archives du saint-siège com- 
mence assez tard ; on n'est nullement autorisé à affir- 
mer que des documents aussi précieux aient été conser- 
vés avec moins de succès que les procès-verbaux d'or- 
dination. 

Mais tout ceci importe peu ; que les registres d'ordi- 
nations aient ou non existé, qu'ils aient été conservés 
depuis une époque plus ou moins reculée, comme nous 
n'en avons ni le texte, ni aucun extrait authentique, il 
est impossible de chercher de ce côté un contrôle aux 

i. Greg. M. Ep. ix, 52 : « De ordinationibus vero apostollcae se- 
» dis pontificum, utrum post beatissimum Hormisdam aliqua sint 
» addita, vestra charitas requirit. Sed usque ad Vigilii papae tem- 
» pora expositas ordinationes praesulum esse cognoscas. » Ce 
texte, un peu obscur, a été quelquefois interprété comme s'il y était 
question des ordinations : il me paraît se rapporter à une caté- 
gorie de décrets pontificaux qui auraient été l'objet d'une publi- 
cation spéciale. On ne voit pas, en effet, s'il s'agissait des lettres 
pontificales en général ou de leurs registres, pourquoi Grégoire 
aurait parlé d'une prolongation arrêtée à Vigile. On a beaucoup 
de lettres et de fragments de registres postérieurs à ce pape ; même 
s'U s'agissait des ordinations, ce qui me parait inadmissible, il 
n'y aurait pas eu lieu d'indiquer ce terme. 



chiffres du Liber pontificalis. Ceux-ci doivent être étu- 
diés en eux-mêmes ainsi que dans leur rapport avec les 
usages romains et les données chronologiques relatives 
à chaque pontificat. 

En étudiant ces chiffres de près on en trouve quel- 
ques-uns qui ont été évidemment marqués au hasard 
et non pas d'après des documents. Je ne reviendrai pas 
ici sur ce que j'ai dit relativement aux ordinations des 
quatre premières notices '. Mais il y a des papes qui n'ont 
siégé que peu de mois et qui cependant sont dits avoir 
célébré plusieurs fois l'ordination de décembre; ainsi 
Lucius et Xystus II n'ont vu ce mois, étant papes, qu'une 
seule année; cela n'empêche pas qu'on leur attribue 
deux ordinations ; Eusèbe et Marc, deux papes du iv e siè- 
cle, n'ont même pas vu le mois de décembre, et pour- 
tant on dit d'eux comme des autres : Hic fecit ordina- 
tiones in urbe Roma per mensem decembrem ; Eusèbe 
en fait trois, Marc deux. La notice de Cornélius ne lui 
attribue, et encore dans la première édition seulement, 
qu'une seule ordination, de huit prêtres, sans diacres 
ni évêques ; or on a connaissance d'évêques ordonnés 
par lui et l'on peut regarder comme certain qu'il dut 
ordonner au moins un diacre, pour remplacer Nicos- 
trate, tombé dans le schisme de Novatien 2 . 

Voilà notre auteur pris en flagrant délit : ces fautes 
si graves, ajoutées à tant d'autres du même genre qui 
ont été déjà relevées, ne permettent pas d'avoir con- 
fiance dans les autres chiffres d'ordination , au moins 
pour les quatre ou cinq premiers siècles. 

86. — Mais si ses chiffres sont fort suspects, ses for- 

1. Ci-dessus, p. lxi, lxxh. 

2. Lettre de Cornélius à Fabius d'Antioche, dans Eusèbe, H. E. t 
vi, 53; saint Cyprien, ep. 52. 



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formules. 



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LES SÉPULTURES ET ANNIVERSAIRES FUNÈBRES. 



mules sont certainement d'accord avec les usages ro- 
mains. En premier lieu, viennent les ordinations de 
prêtres et de diacres destinés au service de l'église ro- 
maine, in urbe Roma ; ces ordinations ne pouvaient 
avoir lieu que les samedis des Quatre-Temps, le samedi- 
saint et le samedi de la semaine appelée Mediana, pen- 
dant le Carême, c'est-à-dire la veille du dimanche de la 
Passion, comme on dit à présent *. Il paraît qu'à Rome 
l'usage avait été d'abord de s'en tenir au seul samedi 
des Quatre-Temps de décembre : le Liber pontificalis 
rapporte presque toujours les ordinations au mois de dé- 
cembre, per mensem decembrium ; ce n'est que depuis 
Simplicius que Ton voit indiquer quelquefois le mois 



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de février, c'est-à-dire la première semaine de Carême. 
Quant aux ordinations d'évêques, comme elles pou- 
vaient se célébrer tous les dimanches, et qu'elles avaient 
lieu en fait aux époques les plus différentes de l'année, 
leur temps n'est pas marqué. Ces cérémonies avaient 
lieu à Rome, comme les autres. La formule per diversa 
loca qui sert toujours à introduire les ordinations d'é- 
vêques, doit s'entendre des localités auxquelles étaient 
destinés les nouveaux prélats, de même que les mots 
in urbe Roma signifient non pas que l'ordination des 
prêtres et des diacres s'est faite à Rome, mais que les 
prêtres et les diacres ont été ordonnés pour y exercer leur 
ministère '. 



§ ix. 



LES SEPULTURES ET ANNIVERSAIRES FUNEBRES. 



Les tombes ponti- 
icales au sixième 
tiècle. 



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87. — Les tombeaux des papes, au commencement 
du vi e siècle, étaient loin d'avoir atteint la somptuosité 
à laquelle ils parvinrent plus tard : c'étaient cependant 
des monuments apparents et faciles à trouver. Installés 
dans les principaux sanctuaires de la banlieue romaine, 
ils attiraient journellement les regards delà foule pieuse 
qui s'y pressait. Plusieurs jouissaient d'une vénération 
spéciale : on les comptait au nombre des lieux de sta- 
tion et de pèlerinage. C'est au Vatican qu'il y en avait 
le plus. Dans l'atrium d'abord, et, plus précisément, dans 
celui de ses portiques sur lequel s'ouvraient les portes 
de l'église, on voyait une série de sarcophages pontifi- 
caux, commençant par celui de saint Léon (f 461). Ce 
fut là, pour longtemps, la nécropole préférée des papes ; 
aussi ce portique reçut-il au moyen âge le nom de 
por tiens pontificum. Les rangs finirent par y être assez 
pressés ; mais au temps de notre auteur il n'y avait en- 
core que six à huit papes enterrés en cet endroit. Outre 
ce groupe d'assez fraîche date, on en connaissait un 
autre, celui des plus anciens papes, jusqu'à Victor in- 
clusivement, c'est-à-dire jusqu'à la fin du second siècle, 
que l'on croyait avoir reçu la sépulture auprès de l'a- 
pôtre Pierre, dans l'enceinte de sa memoria primitive, 

1. Gélase, Ep. ad episcopos Lucaniae, c. 13 (Jaffé 636, Thiel, t. I, 
p. 360); Liber diurnus, m, 9. 



enclavée dans le sous-sol de la basilique du iv e siècle. 
Au commencement du vi e siècle, ce vénérable sanc- 
tuaire n'était plus accessible ; mais il paraît l'avoir été 
pendant un certain temps, peut-être pendant un siècle 
après la fondation de la basilique. C'est cet endroit que 
notre auteur indique par l'expression iuxta corpus sancti 
Pétri, dont il se sert pour les anciens papes, tandis qu'il 
emploie, pour saint Léon et ses successeurs, l'expres- 
sion ad beatum Petrum ou in basilic a beati Pétri. 

Son témoignage sur cette nécropole primitive est, 
je dois le dire, entièrement isolé -; tous ceux qui, 
jusqu'à la fin du xvi e siècle, en ont parlé, ne l'ont fait 
que d'après lui. Au siècle suivant, sous le pape Paul V, 
les travaux de réédification de la basilique obligèrent de 

1. Pour mieux accentuer cette distinction, j'ai marqué dans le 
texte un point et virgule avant les ordinations d'évêques ; de cette 
façon, la formule ordinationes in urbe Roma per mens, decemb. ne 
s'étend pas à ces ordinations ; elle se restreint à celles des prêtres 
et des diacres. 

2. L'un des itinéraires du vu* siècle décrit ainsi la nécropole 
pontificale du Vatican : «c Primum Petrus in parte occidentale ci- 
» vitatis iuxta viam Gorneliam ad miliarium primum in corpore 
» requiescit et pontificalis ordo excepto numéro pauco in eodem 
» loco in tymbis propriis requiescit » (De Rossi, Roma sotl., t. I, 
p. 141, 182). A la rigueur, ce texte pourrait dériver de la même 
tradition que le L. P. et s'appliquer tant aux papes enterrés iuxla 
corpus b. Pétri qu'à ceux qui reposaient dans l'atrium. Cependant 
l'expression in tymbis propriis me semble désigner les sarcophages 
que l'on voyait alors, isolés les uns des autres, dans l'atrium. 



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Quelques fausses 
indications dans 
le L. P. 



creuser assez profondément le sol autour de la confes- 
sion de saint Pierre ; on y trouva plusieurs sarcophages 
contenant des cadavres entourés de bandelettes; plu- 
sieurs personnes crurent pouvoir y reconnaître les tom- 
beaux des anciens papes indiqués par le Liber pontifi- 
calis ; cependant, comme ces sarcophages étaient dé- 
pourvus d'inscriptions, l'identification ne put être éta- 
blie *. 

Après la double nécropole de Saint-Pierre, c'est le 
cimetière de Calliste qui contenait le plus de tombes 
épiscopales; sauf l'exception de Calliste lui-môme, tous 
les papes du 111 e siècle et deux autres, Eusèbe et Mil- 
tiade, du commencement du iv°, reposaient soit dans 
la crypte centrale dite de Saint-Sixte, soit dans des cryp- 
tes voisines. Au iv e et au v e siècle il y eut un peu d'é- 
parpillement. Les papes Marcellin, Marcel, Silvestre, 
Libère, Sirice, Gélestin, furent enterrés au cimetière de 
Priscille, le premier dans une crypte souterraine, les 
autres 2 dans la basilique qui prit bientôt le nom de 
Saint-Silvestre ; deux papes, Anastase et Innocent, repo- 
saient sur la voie de Porto, dans le cimetière de Pon- 
tien ; trois autres, Zosime, Xystus III, Hilaire, près du 
tombeau de saint Laurent, sur la voie Tiburtine ; Jules, 
au troisième mille de la voie Aurôlienne, auprès du 
tombeau de Calliste ; enfin les papes Marc, Damase, 
Boniface , Félix III, avaient des sépultures isolées: 
les deux premiers sur la voie Ardéatine ; Boniface à 
Sainte-Félicité, sur la voie Salaria; quant à Félix III, 
on l'avait déposé à Saint-Paul, dans une sépulture de 
famille 3 . 

88. — Sauf le groupe des plus anciens papes, au- 
tour de la tombe apostolique du Vatican, toutes ces sé- 
pultures étaient d'accès facile, très fréquentées, ornées 
d'inscriptions monumentales dont plusieurs sont venues 
jusqu'à nous, soit en original, soit par d'anciennes co- 
pies. Depuis le 111 e siècle les anniversaires des papes 
étaient inscrits dans les calendriers, avec la désignation 
du cimetière et de la voie où se trouvaient leurs tom- 
beaux. Ceux-ci étaient donc aisés à reconnaître. Aussi 

1. Torrigio, Le sacre grotte Vaticane, Rome, 1639, p. 61 ; Severano, 
Le sette chiese, Rome, 1630, t. I, p. 120; De Rossi, Bull., 1864, 
p. 50; 1816, p. 86; ci-dessous Ljnos, note 3; Silvestre, notes 61-67. 
Les emplacements de ces sarcophages sont marqués sur le plan 
des cryptes vaticanes de B. Drei (1635), raproduitdanslet.il, 
p. 235, des Inscr. christ, de M. de Rossi. 

2. Sur l'emplacement précis du tombeau de Libère, voir la no- 
tice de ce pape. 

3. De Rossi, Inscr. christ., t. I, p. 372. 



les indications de notre auteur concordent-elles en gé- 
néral avec celles que nous fournissent les monuments 
existants, l'épigraphie, les itinéraires du vu" siècle et 
la tradition liturgique. Il y a cependant désaccord sur 
quelques points. J'ai montré plus haut qu'il a été plu- 
sieurs fois induit en erreur sur l'histoire des papes par 
des confusions faites avant lui ou par lui-même entre 
certains papes et des saints homonymes. Ces confusions 
l'ont entraîné à donner de fausses indications sur les 
tombeaux d'Alexandre, Urbain, Félix I er et Félix II, 
pour ne rien dire du cas de saint Clément, qui demeure 
obscur. Il faut signaler aussi, en ce qui regarde la se- 
conde édition, le déplacement d'Anicet et de Soter. 
Dans la première édition, les tombeaux de ces deux pa- 
pes sont indiqués régulièrement au Vatican, comme 
ceux de leurs prédécesseurs et successeurs du second 
siècle ; la seconde les transporte au cimetière de Cal- 
liste. J'ai déjà signalé plus haut (p. lxi), la tradition 
paléographique relativement à cette erreur. Quant à son 
origine, il est difficile de l'indiquer. Non loin de l'ora- 
toire de Saint-Sixte, on trouvait, au-dessus du cime- 
tière de Calliste, l'oratoire de Sainte-Sotéris, martyre du 
temps de Dioclétien. Une confusion de noms entre cette 
sainte et le pape Soter est chose plus difficile à admet- 
tre que l'identification de deux Urbains, par exemple, 
ou de deux Félix. D'autre part, si cette confusion s'é- 
tait produite, nous trouverions dans la notice de Soter, 
outre l'indication du cimetière de Calliste, quelque for- 
mule spéciale comme in crypta, in ajmiterio suo, pour 
indiquer que la sépulture dont il parle ne se trouvait 
pas à Saint-Sixte, dans le groupe principal des sépultu- 
res des papes. Ce détail n'a point été négligé à propos de 
Zéphyrin, de Cornélius, d'Eusèbe, de Miltiade, enterrés 
moins loin de Saint-Sixte que le pape Soter ne l'aurait 
été à Sainte-Sotéris. Il est donc invraisemblable que 
l'erreur de la seconde édition provienne d'une confu- 
sion entre le pape et la martyre. Quand môme d'ailleurs 
on l'admettrait, il resterait encore à rendre compte du 
cas d'Anicet pour lequel on ne trouverait pas d'expli- 
cation analogue. 

89. — La seule solution que je puisse proposer et 
cela tout à fait conjecturalement, c'est que l'erreur pro- 
vient d'un déplacement de lignes dans la table des tom- 
beaux des papes, extraite de bonne heure du Liber pon- 
tificatis et placée en tête de ses manuscrits, comme on 
la trouve encore dans deux d'entre eux. J'ai déjà parlé 



La table d*s 
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de cette table ; je vais la donner ici, d'après le manus- 
crit Parisinus 5140. Gomme la distribution du texte 
en colonnes et en lignes a ici une grande importance, 
je le reproduirai exactement tel qu'il se trouve dans le 
Parisinus. 



ndicium 


in qno loco 


unus qnisq. 


Via aurelia 


romanor 


. pontificu requiescit 


Félix 


in vaticano. 


salaria. 


Dionisius 


Petrus. 


Theodorus. 


Marcel lus. 


Cornélius 


Linus. 


Eugenius. 


Harcellinus. 


In cimit sno via ardeata 


Gletus. 


Vitalianus. 


Silvester. 


Marcus 


Anacletus. 


Adeodatus. 


Si ricins. 


In cimit sno via portnm 


Euarestus. 


Bonus. 


Galestinus. 


Félix 


Sixtus. 


Agatho. 


Vigilius. 


In cimit sno via ardeata 


Telesfor. 


Léo. 


Ad sem pauhT 


Bamasus. 


Igynus. 


Benedictus. 


Félix. 


In pontias 


Pius. 


Iohannes. 


Ad sem lanren Silverius. 


Eleuther. 


Conon. 


cinm. 


In acersona 


Victor. 


Sergius. 


Zosomus. 


Martinus. 


Léo. 


Iohannes. 


Sixtus. 




Simplicius. 


Iohannes. 


Hilarus. 




Gelasius. 


Sisinnius. 


In cymît ca 




Anastasius. 


Constanlinus. lopodi via 




Symacbus. 


Gregorius. 


Aurélia. 




Hormista. 


Gregorius. 


Galislus. 




Iohannes. 


Zacharias. 


Iulius. 




Félix. 


In cymiterio Ad sem feli 




Bonifacius. 


calisti. 


citatem via 




Iohannes. 


Anicitus. 


salaria. 




Agapitus. 


Sother. 


Liberius. 




Pelagius. 


Severinus. 


Bonifacius. 




Iohannes. 


Antheros. 


Ad nrsn pile 




Benedictus 


Poncianus. 


atn porta 




Pelagius. 


Fabianus. 


Anastasius. 




Gregorius. 


Lucius. 


Innocentius. 




Savinianus 


Sthephanus 


In porta in 




Bonifacius. 


Syxtus. 


mari. 




Bonifacius. 


Euticeanus. 


Clemens. 




Deusdedit. 


Gaius. 


In miliario 




Bonifacius. 


Eusebius. 


vi via no 




Honorius. 


Melciades. 


mentana 




Severinus. 


In cymiterio Alexander. 




Iohannes. 


priscillae via Urbanus. 





Dans le Vaticanus f , les noms des papes sont précé- 
dés de numéros d'ordre, correspondant à leur place- 
ment dans nos deux manuscrits, où Anicet passe avant 
Pie et Antéros avant Pontien; Marcellin est placé ré- 
gulièrement avant Marcel. Par ailleurs il n'y a que des 



i. La table du Vaticanus a été publiée très exactement par M. de 
Rossi, dans sa Roma sott., t. II, p. xxm. 



variantes d'orthographe, sans importance pour la ques- 
tion présente. Vers la fin cependant, les rubriques sont 
disposées d'une autre façon que dans le Parisinus: je 
reproduis cette partie de la liste du Vaticanus. 

In Pontu In mari 
III i Clemens 
VI Alexander. Mil. Vi 

VIA NUMENTANA 

XVIII Urbanus 
XVII Félix via Aurélia 
XXVI Dionisius 
XXII Cornélius 

XXXV Marcus. In cpT suo via Ardeatina. 
XXXVIII Félix. In cym suo via Portû. 
XXXVIII Damassus. In cyïn suo via Ardë~. 

LX Silverius. In Pontias. 
LXXVII Martinus. In Acersona. 

On voit que cette liste a été arrêtée au pape Zacha- 
rie (f 752); les deux manuscrits qui nous l'ont con- 
servée sont du xi e siècle et ils contiennent le Liber pon- 
tificalis prolongé bien au delà de Zacharie. Comme ils 
sont étroitement apparentés pour le texte, on peut 
croire qu'un de leurs ancêtres communs n'allait pas plus 
loin que la notice de ce pape. Mais la table des sépultu- 
res existait alors depuis bien longtemps ; nous avons vu 
plus haut (p. xlvh) qu'elle a imprimé une trace dans la 
compilation du martyrologe hiéronymien, dès avant la 
fin du vi e siècle. A ce moment elle contenait au moins 
une faute * ; la rubrique spéciale du pape Urbain m cymi- 
terio Praetextati avait disparu et le nom de ce pape 
était tombé sous la rubrique précédente, celle du pape 
Alexandre. Un accident analogue a pu se produire pour 
Anicet et Soter. Alors la liste des papes enterrés à Saint- 
Pierre était beaucoup moins longue ; en supposant la 
table disposée en colonnes parallèles, comme elle l'est 
encore aujourd'hui, la série du cimetière de Calliste 
devait se trouver très voisine du commencement de 
celle de Saint-Pierre ; des noms omis d'abord dans 
celle-ci, puis suppléés en marge ou entre les colonnes, 
pouvaient facilement être insérés par un transcripteur 
dans la colonne de gauche. 

i. Je dis au moins une faute, car il est possible que le trans- 
port de Libère sous la rubrique de Sainte-Félicité et celui des 
deux papes Denys et Cornélius sous celle de la voie Aurélienne 
remontent à la même antiquité; nous n'avons cependant aucun 
moyen de le démontrer. 



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Date:* funéraires 
des papes. 



Je ne vois pas, quanta moi, de meilleure solution au 
problème qui nous occupe. Celle-ci suppose, il est vrai, 
que la table des sépultures remonte à une haute anti- 
quité et qu'elle a été faite sur un manuscrit de la pre- 
mière édition, terminé à Félix IV. Mais cela n'est nul- 
lement invraisemblable, puisque nous pouvons consta- 
ter qu'elle existait assez longtemps avant la fin du 
vi e siècle. Ou pourrait même remonter plus haut, en re- 
marquant que le tombeau de Félix II est indiqué sur 
la voie de Porto et non sur la voie Aurélia. Le Liber 
pontificalis donne, il est vrai, le choix. Toutefois, la se- 
conde édition et les deux abrégés de la première décri- 
vent longuement la sépulture de la voie Aurélia, et cela 
dans la notice de Félix II lui-même, tandis que celle de 
la voie de Porto est marquée assez faiblement, en pas- 
sant, dans la notice de Libère. On conçoit difficilement 
que l'auteur de la table ait choisi cette indication qui a 
si peu de relief et négligé l'autre, qui en a tant. Comme 
il y a des traces de remaniements du livre pontifical 
antérieurement à la seconde édition, et que la notice 
de Félix II peut être soupçonnée de n'être qu'une inter- 
polation, étrangère à la rédaction primitive \ je ne croi- 
rais pas improbable que la table des sépultures ait été 
extraite du Liber pontificalis en un temps où dans ce- 
lui-ci la notice de Damase suivait immédiatement celle 
de Libère. 

En somme, réserve faite des quatre ou cinq confu- 
sions énumérées ci-dessus et de la période la plus an- 
cienne, pour laquelle tout moyen de contrôle nous fait 
défaut, les indications du Liber pontificalis sur l'empla- 
cement des tombes pontificales peuvent être considé- 
rées comme exactes. 

90. — Quant aux dates obituaires, la chose est plus 
complexe. Avant tout, il importe de nous rendre compte 
des ressources de contrôle que nous avons sur ce point. 

Pour les papes du premier et du second siècle il n'y 
en a aucune, si ce n'est, pour saint Pierre, saint Clé- 
ment et saint Alexandre, les dates festivales observées 
au v c siècle; notre auteur les reproduit exactement. 
Celles-ci mises à part, il faut renoncer à vérifier les au- 
tres ; nous verrons plus tard ce qu'il est possible de 
conjecturer sur leur provenance. 

Depuis le iu e siècle, les documents sont assez nom- 

i. Voir ci-dessus, p. cxxv. 



breux. Le catalogue libérien contient les dates obituai- 
res d'Antéros, Fabien, Lucius, Xystus II, Denys, Euty- 
chien, Gaius, Eusèbe, Miltiade, Silvestre, Marc et Jules. 
En réunissant les deux tables philocaliennes où sont 
marqués les anniversaires des évoques et ceux des mar- 
tyrs, on obtient une série complète, depuis Calliste jus- 
qu'à Jules, sauf Urbain, Antéros, Cornélius et Marcel- 
lin. Le martyrologe hiôronymien, dépouillé avec soin, 
fournit une liste bien plus longue, depuis Zéphyrin 
jusqu'à Boniface (f 422), sauf Antéros, Marcellin et 
Zosime. Les dates indiquées par ces trois documents 
sont confirmées par les livres liturgiques romains tou- 
tes les fois que l'anniversaire d'un pape figure dans 
ceux-ci. Des pièces d'une autre nature, comme le Liôel- 
lus precum et autres textes historiques enregistrent 
çà et là quelques dates isolées. Enfin, le comput des 
chiffres d'années, mois et jours qui, dans les catalogues 
du v e et du vi e siècle, expriment la durée du pontificat, 
combiné avec le jour de l'ordination, quelquefois connu, 
et au moins avec la règle de ne placer jamais une ordi- 
nation d'évêque un autre jour que le dimanche, per- 
met de déterminer avec une approximation de deux ou 
trois jours la date de la mort du pape. C'est en m'aidant 
de tous ces moyens que j'ai pu établir la liste suivante * 
qui permet de comparer d'un coup d'œil les dates obi- 
tuaires du Liber pontificalis avec les dates réelles. Je 
n'ai pas cru devoir la prolonger au delà de Félix III. 
Depuis Gélase (-J- 496), notre auteur est contemporain; 
il n'a pas eu besoin de demander ses dates à des docu- 
ments écrits; elles sont d'ailleurs toujours exactes 2 . 



Zéphyrin 

Calliste 

Urbain 

Pontien 

Antéros 

Fabien 

Cornélius 

Lucius 

Etienne 

Xystus II 



Date réelle. 

XIII kal. ian. 
prid. id. oct. 
XIIII(ouVIIl)kl.iun. 

id. aug. 
III non. ian. 
XIII kal. feb. 
XVIII kal. oct. 
III non. mart. 
II1I non. aug. 
VIII id. aug. 



VIII kal. sept. 
prid. id. oct. 
XI111 kal. iun. 

» 
111 non. ian. 
XIIII kal. feb. 
XVIII kal. oct. 
VUl kal. sept. 
1III non. aug. 
VIII id. aug. 3 



i. Les documents de chacune des dates sont indiquées dans le 
commentaire des notices respectives. Dans la table, les dates 
fausses sont en italique. 

2. Sauf cependant celle de Félix IV ; pour ce cas particulier, 
voir le commentaire de la notice de co pape. 

3. La notice de Xystus II omet la date dans la phrase relative 
à la sépulture, mais elle la marque plus haut, en mentionnant le 
martyre du pape. 



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Pale réelle. 


Date du L. F. 


Denys 


Vil kal. ian. 


VI kal. ian. 


Félix 


III kal. ian. 


III kal. hin. j 


Eu ty chien 


VI id. dec. 


VIII kal. aug. 


Gaius 


X kal. mai. 


X kal. mai. 


Marcellin 


» 


VII kal. mai. \ 


Marcel 


XVII kal. feb. 


XVII kal. feb. 


Eusèhe 


VI kal. oct. 


VI non. oct. 


Milliade 


IIII id. ian. 


IIII id. dec. 


Silvestre 


prid. kal. ian. 


prid. kal. ian. 1 


Marc 


non. oct. 


prid. non oct. 


Jules 


prid. id. apr. 


prid. id. apr. ! 


Lihère 


VIII kal. oct. 


V id. sept. 


Félix II 


X kal. dec. 


XVII kal. dec. 


Damase 


III id. dec. 


III id. dec. 


Sirice 


VI kal. dec. 


VIII kal. mart. 


Anastase 


XIII kal. ian. 


V kal. mai. 


Innocent 


IIII id. mart. 


V kal. iul. 


Zosime 


VI kal. ian. 


VII kal. ian. 


Bouiface 


prid. non. apr. 


VIII kal. nov. 


Célestin 


VI kal. aug. 


VIII id. apr. 


Xystus III 


X1III kal. sept. 


» 


Léon 


IIII id. nov. 


III id. apr. 


Hilaire 


prid. kal. mart. 


» 


Simplicius 


VI id. mart. 


VI non. mart. 


Félix III 


kal. mart. 


» 



On voit de suite que cette série comprend deux 
parties très différentes. Jusqu'à Jules les dates du 
Liber pontificalis sont généralement exactes; depuis 
Libère, généralement inexactes, quand elles ne font 
pas défaut. Ceci montre que notre auteur n'a point 
consulté un calendrier prolongé aussi loin que celui qui 
est entré dans le martyrologe hiéronymien et qu'il s'en 
est tenu aux tables philocaliennes f , qu'il aura trou- 
vées dans le môme manuscrit que le catalogue libé- 
rien. Ces tables ne mentionnent point l'anniversaire de 
Zéphyrin, ce qui réduit à deux les divergences sérieuses 
entre elles et le Liber pontificalis. Ces deux cas sont 
ceux de Lucius et d'Eutychien. Encore pour Lucius le 
Liber pontificalis a-t-il la vraie date, /// non. mart. , qu'il 
a copiée dans le catalogue libérien ; mais il la place au 
commencement de la notice. A la fin, dans la phrase 
relative à la sépulture du pape, il introduit la variante 



VIII kal. sept., mauvaise leçon, qui concorde singu- 
lièrement avec celle qu'il présente pour Zéphyrin , et 
même avec la fausse date obituaire qu'il assigne à Eu- 
tychien. Les autres différences, pour la première partie 
de la série, jusqu'à Jules, sont de l'ordre paléographi- 
que : il n'y a pas lieu de s'y arrêter. 

Quant à la seconde partie, l'inexactitude y est la règle; 
et ce n'est pas une inexactitude que l'on puisse ex- 
pliquer par des fautes de copistes. Il est clair que 
notre auteur lui-même ou celui d'où il dépend immé- 
diatement ici, n'ayant point à sa disposition les dates 
réelles, en aura imaginé de fictives. 

En présence de ce fait, bien constaté pour la partie 
la moins ancienne de la série, nous sommes autorisés 
à n'accorder aucune considération à ses dates anté- 
rieures, depuis Zéphyrin jusqu'à Jules, toutes les fois 
qu'elles sont en désaccord avec les dates fournies par 
les documents authentiques. Il est même inutile de 
chercher des hypothèses pour expliquer une divergence 
dont l'incurie et la hardiesse de l'auteur rendent suffi- 
samment compte. 

Enfin, s'il a montré si peu de soin à copier les docu- 
ments philocaliens, si, au delà de leurs limites, il s'est 
si peu inquiété de les suppléer par les calendriers et les 
livres liturgiques existants, quelle défiance ne devons- 
nous pas avoir pour les dates obituaires qu'il assigne 
aux papes des deux premiers siècles? Ici, il n'avait, 
sauf les trois cas énumérés plus haut, absolument rien 
à demander aux calendriers et aux autres documents 
de l'usage liturgique. Les papes antérieurs au 111 e siècle 
n'avaient point, de son temps, les honneurs de l'anni- 
versaire solennel. On se contentait de réciter leurs noms 
à la messe, au moins à certains jours, mais ils ont dû 
attendre, pour avoir leurs commémorations spéciales à 
des jours distincts, le temps où les martyrologes his- 
toriques du ix e siècle ont fait sentir leur influence dans 
cet ordre d'usages. Or ces martyrologes, bien posté- 
rieurs au Liber pontificalis, dépendent de lui pour ces 
dates. Il est donc impossible de découvrir, même par 
conjecture, la source qui aurait pu les lui fournir. Cela 
étant, on est autorisé à s'en défier. 



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§ x. 



LA VACANCE DU SIEGE. 



Les durées des 
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91. — La formule Et cessavit episcopatus, dont se sert 
notre auteur pour marquer la vacance du siège, lui a été 
fournie par le catalogue libérien. Dans celui-ci, elle ne 
se rencontre qu'une seule fois, à propos de la longue va- 
cance qui eut lieu lors de la persécution de Dioclétien ; 
appliquée aux vacances ordinaires elle a quelque chose 
d'exagéré et d'emphatique. Quant aux chiffres qui l'ac- 
compagnent et qui sont censés donner la mesure de 
l'intervalle entre la mort d'un pape et l'ordination de 
son successeur, il suffit, pour se faire une idée de leur 
valeur, de les comparer à ceux qui se déduisent de l'é- 
cart réel entre ces deux dates. Cette vérification n'est pas 
toujours possible pour les papes antérieurs au iv e siècle ; 
mais depuis Marcel on connaît , soit exactement, soit 
avec une approximation assez grande, toutes les dates 
de décès et d'ordination. Le tableau suivant permet 
de comparer les durées réelles de vacance à celles que 
marque le Liber pontificalis. Je me suis servi, pour le 
dresser, des dates et des chiffres qui figurent à la table 
chronologique par laquelle se termine cette introduc- 
tion et j'ai marqué la différence des deux éditions du 
Liber pontificalis, quand il y en a une. 



Vacance après 

Po n tien 

Fabien 

Xystus II 

Denys 

Eulychianus 

Gai us 

Marcel 

Eusèbe 

Miltiade 

Silvcstre 

Marc 

Jules 

Libère 

Damase 

Sirice 



Durée réelle. 

1 mois et 23 jours 
\ an et 2 mois 

\ 1 mois et 16 jours 
9 jours 

9 jours 

2 mois et 8 jours 

3 mois et 8 jours 
\0 mois et lo jours 
21 jours 

10 jours 

4 mois 

1 mois et 5 jours 
7 jours 

19 jours au plus 

2 jours 



Chiffres du L. I*. 

10 jours 

7 jours 
2 ans i 
o jours 

8 jours 

1 1 jours 
20 jours 

7 jours 
16 jours 

8 jours 2 
20 jours 

25 jours 
6 jours 

26 jours * 
20 jours 



1. 35 jours dans la 2 e édition. 

2. 15 jours, 2« éd. 

3. Peut-être 36 jours; 31 jours, 2 e éd. 



Vacance après. 
Anastase 
Innocent 
Zosime 
Roniface 
Célestin 
Xystus III 
Léon 
Hilaire 
Simplicius 
Félix UI 
Gélase 
Anastase H 
Symmaque 
Hormisdas 
Jean 



Durée réelle. 

2 jours au plus 
6 jours 

3 jours 

6 jours 

4 jours 
40 jours 
9 jours 
3 jours 
3 jours 

7 jours 
3 jours 
3 jours 
1 jour 
7 jours 
54 jours 



Chiffres du L. P. 

21 jours 

22 jours 
H jours 

9 jours 

21 jours 

22 jours 
7 jours 

10 jours 

6 jours 

5 jours 

7 jours 

6 jours * 
6 jours 
6 jours 
58 jours. 



Deux conclusions ressortent de ce tableau; la pre- 
mière, c'est que, depuis la mort de saint Léon (461), 
les chiffres du Liber pontificalis ne diffèrent pas beaucoup 
des chiffres réels ; la seconde, c'est que, pour la période 
précédente, notre auteur ne connaissait pas les chiffres 
réels et qu'il ne s'est pas inquiété de les calculer, alors 
même qu'ils se déduisaient facilement des autres don- 
nées chronologiques insérées dans son texte 2 . Comme 
il n'est pas possible de chercher ici un conflit de tradi- 
tions différentes entre lesquelles il aurait été obligé de 
se décider, il n'y a qu'un parti à prendre, c'est de mettre 
ses chiffres sur le compte de son imagination. 

Ici cependant, il y a une remarque importante à 
faire. En marquant ces chiffres ex ingenio notre auteur 



1. 4 jours, 2 a éd. 

2. Ainsi, dans la notice de Ponticn, il insère la date terminale 
de l'épiscopat de ce pape, le 30 novembre, et celle de l'ordination 
de son successeur Antéros, 21 décembre ; cela ne l'empêche pas de 
marquer une vacance de 10 jours. Cette erreur n'a pas échappé 
aux copistes, qui ont essayé de la corriger (v. Pontibn, note 7). La 
durée de la vacance après Xystus II, Eutychien, Gaius, Eusèbe, 
Miltiade, Silvestre, Marc, est donnée par les dates du catalogue 
libérien; notre auteur ne paraît avoir fait le calcul que pour les 
cas d'Eutychien et de Silvestre, où il arrive à une exactitude ap- 
proximative. Il est étonnant qu'il soit tombé juste pour Libère. — 
Pour le cas particulier de la vacance après Félix II, v. la notice 
de celui-ci. 



mais confon 
à l'usage • 
temps. 



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CONCLUSION. 



a dû les conformer en gros à la durée ordinaire des va- 
cances au temps où il écrivait. Si le Liber pontificalis 
avait été rédigé dans la seconde moitié du vi e siècle ou 
au siècle suivant, alors que la nécessité d'attendre le 
consentement de l'empereur d'Orient pour célébrer l'or- 
dination du pape entraînait des vacances fort longues, 
toujours de plusieurs mois et parfois de plus d'une an- 



née, on n'aurait pas manqué d'imaginer des durées 
analogues pour les interpontificats des temps anciens. 
Au lieu de cela, nous ne trouvons que des intervalles 
peu considérables, de quelques jours, d'un mois tout 
au plus. Même dans ses inexactitudes, et sur un détail 
relativement peu important, notre auteur a laissé la 
trace du temps où il vivait et écrivait. 



CONCLUSION. 



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Autorité histo- 92. — De cette longue étude des sources du Liber 
rh\\w du l. p. p 0n tificalis, il résulte, je crois, que son autorité est très 
diverse suivant ce dont il parle, et qu'il serait aussi im- 
prudent de récuser en principe son témoignage que de 
l'accepter toujours et sans conditions. Il contient, sur 
bien des choses importantes , des renseignements de 
grand intérêt et de haute valeur. Sur d'autres choses, 
par exemple sur la discipline et la liturgie , les docu- 
ments dont il s'est servi et la façon dont il les a mis en 
œuvre ne sont pas tels que l'on doive se fier aveuglément 
à lui , surtout en ce qui regarde le classement chrono- 
logique des décrets pontificaux et leur attribution à tel 
ou tel ancien pape. On peut dire cependant que, même 
dans ces parties moins autorisées, le Liber pontificalis 
nous a conservé des vestiges précieux de la discipline 
et de la liturgie en vigueur à Rome avant le sixième siè- 
cle ; mon commentaire mettra, je crois, ceci en pleine 
évidence. Dans le récit proprement dit, notre auteur est 
souvent contredit par les documents authentiques; 
néanmoins son témoignage conserve encore une grande 
valeur, car, s'il ne peut servir a démontrer la vérité des 
faits racontés, il établit au moins l'antiquité des tradi- 
tions qui les ont fournis. Ce n'est que dans un petit 
nombre de cas et pour des choses de peu d'importance, 
chiffres des ordinations, durée de la vacance, qu'il pa- 
raît avoir procédé en dehors de tout témoignage et de 
tout document certain ; même dans ces cas en quelque 
sorte désespérés, je suis parvenu à montrer que, si ses 
chiffres sont faux, ses formules demeurent instructives. 

s:» sincérité. Une telle œuvre, bien qu'elle laisse quelque chose à 
désirer sous le rapport de la sincérité objective et beau- 
coup sous le rapport de la critique, ne saurait être con- 
sidérée comme l'entreprise d'un faussaire. Outre que 
Liber pontificalis. 



cette qualification est réfutée par la valeur incontestable 
d'un très grand nombre de ses parties et par l'accord 
de beaucoup d'autres avec des traditions préexistantes, 
le Liber pontificalis est d'un temps et sort d'un milieu 
dont les productions historiques ne sauraient être jugées 
d'après la mesure que le progrès dans les moyens d'in- 
formation et dans le sérieux de la mise'_en œuvre nous 
autorise à appliquer aux compositions modernes. S'il 
doit être comparé à quelque chose , c'est à ces Gesta 
martyrum l que l'on compila , depuis le déclin du qua- 
trième siècle, dans des conditions analogues à celles où 
il le fut lui-même. Or cette comparaison est à son avan- 
tage. S'il n'a point la correction de style des plus an- 
ciennes de ces pièces, où l'on s'est borné à combler p ar 
des développements oratoires les lacunes de la tradition, 
il est en général exempt des détails de pure imagina- 
tion qui encombrent et compliquent les rédactions ou 
compositions postérieures. En le rapprochant de celles- 
ci (ci-dessus, p. xxxn) je ne l'ai point mis dans un voi- 
sinage capable de lui faire tort. 

Sa langue est la langue populaire du temps , celle sa langue. 
que nous révèlent les inscriptions chrétiennes du v e et du 
vi e siècle, datées et classées dans le tome I er des Inscrip- 
tiones christianae de M. de Rossi ; l'ablatif et l'accu- 
satif y sont perpétuellement confondus ; l'accusatif 
a même une tendance à se substituer à tous les cas 
obliques, comme dans le grec moderne; la proposition 
infinitive est construite avec ut ; le pronom relatif s'em- 
ploie et se décline en dépit des règles de la syntaxe 
classique. Les apocryphes symmachiens, dont j'ai parlé 
plus haut, sont plus incorrects encore, ou, si l'on veut, 

i. Inutile de dire que je n'entends point parler ici des Actes sin- 
cères dont la rédaction remonte à l'âge des persécutions. 

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Sa disposition 
en notices. 



Son auteur. 



plus conformes à l'usage vulgaire du commencement 
du vi e siècle. Si Ton publiait les G esta martyrum de ce 
temps-là tels qu'ils ont été d'abord écrits et non tels 
qu'ils ont été corrigés depuis le neuvième siècle jusqu'à 
nos jours , on trouverait dans leur style un pendant 
exact de celui du Liber pontificalis. Entre lui et des 
livres comme l'Anonyme de Valois (Maximien de Ra- 
venne), comme les Romana et les Getica de Jordanes, 
comme les écrits de Grégoire de Tours, il n'y a que des 
différences de plus et de moins. C'est, à des degrés 
divers, la même décadence de l'idiome latin, à ce mo- 
ment où, serré entre la nécessité de vivre et la con- 
trainte que lui impose la préciosité des Sidoine Apol- 
linaire, des Sedulius, des Ennodius, il échappe au 
joug des lettrés et continue son développement sur les 
lèvres , un peu rudes , il faut l'avouer, des gens qui 
parlent pour être compris de tout le monde. 

De son style, je n'ai rien à dire, car il n'a évidemment 
aucune prétention de ce côté. Platina S qui lui re- 
connaît florem orationis, compositionem et elegantiam, 
me semble avoir été bien indulgent à son égard. 
Quant à la distribution du texte en notices biogra- 
phiques, c'est un cadre que l'auteur a trouvé tout 
tracé dans le catalogue libérien, type et canevas de 
sa composition. Cette disposition était, du reste, fort 
commune dans les livres d'histoire qui circulaient de 
son temps. C'est celle d'un livre dont il s'est mani- 
festement inspiré, qu'il a même copié par endroits, le 
De vins iilustribus de saint Jérôme, avec ses conti- 
nuations diverses, depuis Gennadius de Marseille. C'est 
celle de la petite chronique des rois et des empereurs 
romains, contenue dans la collection chronographique 
de 3o4, où il est allé chercher le catalogue libérien 2 . 
C'est celle de plusieurs autres compilations • du qua- 
trième et du cinquième siècle sur l'histoire impériale, 
comme le Breviarium de Rufus et les abrégés d'Aure- 
lius Victor. 

Quant à la personne de l'auteur, tout ce qu'on peut 
dire, c'est que c'était un romain et un clerc, mais non 
point un clerc de haut rang, un prêtre, un diacre, un no- 
taire pontifical. J'ai fait valoir ci-dessus quelques indices 
qui me portent à chercher son emploi dans les bureaux 
de la domus Lateranensis , comme on disait au temps 



1 . Historia de vitis Pontificum Romanorum , dédicace à Sixte IV, 
éd. de Cologne 1600, p. 2. 

2. Ci-dessus, p. vu; Mommsen, Chronograph, p. 644. 



de Théodoric, de Vepiscopium ou patriarchium Latera- 
nensc, comme on dira plus tard. On peut même distin- 
guer à peu près la nature de son office. Il n'est pas de 
ceux qui rédigent ou qui transcrivent les lettres ponti- 
ficales : à cette école il eût acquis un meilleur style. 
C'est plutôt un gardien qu'un rédacteur ou un scribe. 
Il connaît les archives où se conservent les décrétales 
des papes ; mais, parmi les documents que renfermaient 
les dépôts du Latran, les seuls qui fussent à sa portée 
et dont il ait transcrit quelque chose ce sont les chartes 
de fondations pieuses, qu'il paraît avoir trouvées déjà 
réunies en une sorte de cartulaire, et les états des lar- 
gesses faites aux églises par les papes du cinquième 
siècle et du commencement du sixième. C'est donc aux 
services du vestiarium pontifical ou de l'administration 
qui en tenait lieu de son temps que je rattacherais la 
charge qu'il occupa. 

Indiquer un nom , même de la façon la plus conjec- 
turale, est absolument impossible. Les petites gens qui 
écrivaient des livres comme celui-ci n'avaient pas l'ha- 
bitude de les signer, et leur obscurité défend effica- 
cement leur modestie, au moins contre nos efforts 
attardés. L'auteur a placé son œuvre sous la protection 
d'un nom célèbre, celui du pape Damase. Cette fiction, 
tout à fait dans le goût du temps, n'aura , je pense, 
trompé personne ; en tout cas, elle ne se rapportait qu'à 
une partie du livre, et les vies des papes depuis Damase 
ont été nécessairement présentées comme anonymes l . 

Le succès aura sans doute été d'abord assez 
médiocre dans le monde lettré ; mais les lecteurs ne 
manquèrent point dans des régions plus humbles. On 
s'en aperçoit aux retouches et aux compléments dont 
le texte fut l'objet de très bonne heure et au soin 
que l'on eut , pendant quatre siècles , de le tenir au 
courant par des continuations successives. L'étude des 
manuscrits, dans laquelle nous allons entrer, nous édi- 
fiera sur sa fortune littéraire du huitième siècle au 
quinzième ; elle nous ouvrira même quelques perspec- 
tives sur une période plus ancienne et nous permettra 
de conclure que , même au septième et au sixième 
siècle, on copiait et on lisait volontiers le livre des papes. 

Je parlerai plus loin de son titre ; mais dès à présent 

1. Je rappelle ici une observation déjà présentée, p. xxxiv b t 
note 1, c'est que saint Golomban parait avoir connu sous le nom 
du pape Damase la chronographie de 354 dont fait partie le cata- 
logue libérien, prototype et cadre du L. P. Cf. B. Krusch, Nettes 
Archiv, t. IX, p. 147. 



Son succès 

auprès des 

contemporain- 



Son titre 



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CONCLUSION. 



je dois dire qu'à l'origine il ne paraît en avoir eu 
aucun; ce n'est que dans certains manuscrits, dont 
plusieurs , à la vérité , sont assez anciens , qu'il porte 
en tète quelque désignation comme Liber episcopalis 
ou Episcopale : mais ceci n'est qu'une particula- 
rité. Plus rare encore est le titre de Liber pontificalis, 
qui a prévalu et que j'adopte pour me conformer à l'u- 
sage ; il ne se rencontre môme que dans des manuscrits 



si peu autorisés que je n'ai pas cru devoir en donner 
les variantes. En somme ceux qui , pour le citer, se sont 
servis de la formule Damasus de gestis pontificum ont 
tenu compte et de l'idée que l'on doit se faire de l'ou- 
vrage lui-môme et du sentiment qui a porté son premier 
auteur à le mettre sous le patronage d'un pape célèbre 
-pour sa sollicitude à l'égard des monuments et des tra- 
ditions historiques de l'église romaine. 



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CHAPITRE CINQUIÈME. 



LES MANUSCRITS. 



Objet de ce 
chapitre. 



1 . — Les manuscrits dont il va être question sont uni- 
quement ceux de la seconde édition. Ceux de la première 
ont été étudiés au chapitre m ; ceux des éditions posté- 
rieures, du xn e au xv e siècle , le seront dans l'introduc- 
tion au tome II de cet ouvrage. Dans le présent chapitre, 
je me bornerai à décrire les manuscrits des différentes 
familles et à classer suivant leur valeur respective ceux 
qui peuvent servir à reconstituer le texte de chacune 
d'elles. Quant à la classification des familles elles-mê- 
mes, cette question est trop étroitement liée à celle des 



continuations successives que le texte primitif a subies 
du vi e siècle au ix e , pour que je puisse l'en séparer. 
Elle sera donc renvoyée au chapitre suivant, qui traitera 
des recensions et des continuations. Cependant j'ad- 
mettrai dans ce cinquième chapitre quelques études 
rapides sur certaines recensions secondaires ou abré- 
gées, sans importance pour la constitution du texte, 
mais intéressantes au point de vue de son histoire et , 
plus particulièrement, de l'histoire de tel ou tel ma- 
nuscrit. 



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MANUSCRITS DE LA CLASSE A. 



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1° Manuscrits indépendants. 
A 1 2. — Lucensis 490, vm e siècle 1 . 

Ce manuscrit n'a pas fait partie de la collection de 
Felino Sandei, archevêque de Lucques (1499-1503), d'où 
proviennent la plupart des manuscrits de la bibliothèque 
capitulaire actuelle. Il a dû appartenir très ancienne- 
ment, sinon dès l'origine, à l'église de Lucques. — C'est 

i. Sur ce manuscrit, v. Mabillon, Mus. Ital., t. I, part. I, p. 189; 
— Mansi, De insigni codice Caroli M. aetate scripto, dans la Raccolta 
d'opusculi scientifici e filologici de Calogiera, t. XLV, Venise, 1751, 
p. 76 et suiv.; — Bethmann, dans YArchiv, t. XII, p. 704; — P. 
Ewald, dans le Neues Archiv, t. III, p. 342. 



un recueil d'écrits divers et même de manuscrits primiti- 
vement indépendants les uns des autres, mais à peu près 
contemporains ; toutes les écritures, en effet, sont du 
viii c siècle ou tout au plus du commencement du siècle 
suivant. — Il n'y a pas de pagination. Les vingt-quatre 
premiers cahiers portent, dans la marge inférieure du 
dernier feuillet, au v°, une numérotation régulière. Ils ne 
comprennent guère que la moitié du manuscrit; au delà, 
il n'y a plus de numérotation continue, mais çà et là des 
numérotations partielles, qui ne s'appliquent qu'à telle ou 
telle partie du recueil. Cette disposition permet de diviser 
le manuscrit en deux parties : la partie numérotée régu- 
lièrement et la partie sans numérotation régulière. 



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Première partie. — 1° Chronique de saint Jérôme 
cahiers I, II, III, IIII. 

2° Chronique de saint Isidore: cahier V, ff. 1-4. 

3° Isidore, De officiis ecciesiasticis: cahiers V (ff. 5-8), 
VI et VII (f. 1 seulement). 

4° Eusèbe , Histoire ecclésiastique , traduite et conti- 
nuée par Rufin : cahiers VII (ff. 2-8) et VIII-XVII. 

5° Saint Jérôme, De viris illustribus, avec la continua- 
tion de Gennadius : cahiers XVIII-XXI. — Ces quatre 
cahiers, encore décrits par Mansi, en 1751, ont été 
arrachés depuis. 

6° Le Liber pontificalis , jusqu'au pape Constantin 
(f 713) : cahiers XXII, XXIII etXXJIII. — Il commence 
par le titre In xpï nomine inc episcopale ; puis viennent 
les deux lettres de Jérôme et de Damase et le texte des 
notices. Dans la marge inférieure du dernier feuillet, v°, 
on lit, en lettres rouges et d'une main peut-être posté- 
rieure à celle qui a écrit le texte : Bue usque CXXVIIH 
anni sunt quod Langobardi venerunt et VII mêmes. — 
Le premier mot doit sans doute être lu Hune, bien que 
la barre d'abréviation soit au-dessus du c au lieu d'être 
au-dessus de IV Ce comput fixe à l'année 586 environ 
( 579 en prenant pour point d'arrivée l'avènement du 
pape Constantin) la date de l'invasion lombarde dans le 
pays où le manuscrit se trouvait au vm e siècle. Il n'est 
guère probable que la note ait été écrite postérieurement 
à la chute du royaume lombard indépendant , en 773- 
774. — Sous les derniers rois lombards , l'église de 
Lucques avait une grande importance ; un grand nom- 
bre de documents de ce temps-la sont encore conservés 
dans ses archives. 

Les quatre premiers cahiers ont dû former à l'origine 
un manuscrit distinct. Ils sont entièrement en minus- 
cule, tandis qu'au delà il y a un mélange de minuscule 
et d'onciale, où domine cette dernière forme d'écriture. 
Le quatrième cahier n'a que six feuillets ; c'est sur le 
cinquième feuillet que finit la chronique de saint Jé- 
rôme. Le texte de ce feuillet et une partie du sixième 
contiennent , en guise de remplissage , un fragment 
d'une table d'antiphonaire. La numérotation de ces 
quatre cahiers, ou plutôt des trois premiers, car le qua- 
trième n'a pas de numéro visible, affecte une tournure 
différente de celle des cahiers suivants, V- XXIII I. 
Celle-ci est de la même main, d'un bout à l'autre ! . 

i. Une main postérieure a essayé de donner une numérotation 
spéciale aux cahiers qui contiennent l'Histoire ecclésiastique (VII 



A la suite de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe-Rufin, 
on trouve un second remplissage, une lettre (XI, 64) de 
saint Grégoire à saint Augustin de Cantorbéry. Ceci 
paraît indiquer que les deux ouvrages d'Isidore et 
l'Histoire ecclésiastique formaient d'abord un second 
manuscrit. Le De Viris en a sans doute formé un troi- 
sième , car la première page du Liber pontificalis, qui 
vient après , est usée et noircie comme si elle avait 
longtemps commencé un livre , sans reliure ni feuillet 
de garde. 

Dans le Liber pontificalis l'écriture est tantôt de 
l'onciale, tantôt de la minuscule ; les changements ont 
lieu quelquefois au milieu d'un cahier ou même d'une 
page 1 . La grosseur des caractères, l'écartement et le 
nombre des lignes varient aussi. La dernière page, 
lignes et lettres , est extraordinairement serrée. Il est 
clair que le copiste , arrivant au bout de son cahier, 
n'avait pas l'intention, ni peut-être le moyen, d'en re- 
commencer un autre. Ceci , joint à la présence de la 
note Hune usque et à l'interruption des numéros, porte 
à croire que le manuscrit ou plutôt le faisceau de ma- 
nuscrits s'est d'abord arrêté à la fin de la vie du pape 
Constantin et que tout le reste a été ajouté postérieu- 
rement. 

Seconde partie. — 7° Suite du Liber pontificalis, de 
Grégoire II à Hadrien I er (715-795) : d'abord deux ca- 
hiers numérotés I, II, puis cinq autres cahiers sans 
numéros. Le premier de ces sept cahiers a neuf feuil- 
lets, le troisième cinq ; le septième est incomplet aussi ; 
le Liber pontificalis s'y arrête au r° du quatrième feuil- 
let. Après deux pages blanches, v° et r°, on trouve un 
remplissage : De fabrica in aqua. 

8° Fragment des Origines d'Isidore (VIII, 3) : deux 
feuillets isolés. 

9° Les Canons apostoliques : deux feuillets et demi , 
isolés aussi. 

10° Fragments d'un recueil de recettes : XVIIII. De 
compositione cathmiae : seize feuillets, dont l'avant- 
dernier blanc; le dernier l'était aussi d'abord. On en a 
profité ensuite pour y transcrire un petit poème : Grcgo- 
rius praesul, meritis, etc. Le recueil de recettes com- 
mençant par un n° 19, il faut qu'il ait disparu quelque 

et suiv.) en écrivant q. I, q. II, etc., sur les anciens numéros VII, 
VIII...; mais cette retouche ne s'est pas poursuivie au delà du 
cahier VIIII de la numérotation primitive. 

i. Pour les détails de ces changements, v. Neues Archiv, t. III, 
p. 342. 



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chose auparavant. En effet, on voit que plusieurs feuil- 
lets ont été coupés après les Canons apostoliques. 

11° Gennadius, De ecclesiasticis dogmatibus : deux 
feuillets. 

12° Arsmuneri Pittagoriois (numeri Pythagorici) : un 

feuillet. 

13° Collection canonique dite de Saint-Biaise *, aug- 
mentée du décret De recipiendis et nonrcçipiendis libris 
et des Dicta Gelasii papae. — On trouve ensuite un 
fragment du concile d'Orange 2 , saint Augustin, De 
quoique haeresibus, puis le commencement d'un Sermo 
de excidio urbis. Tout cet ensemble comprend quatre 
cahiers ; la dernière pièce paraît s'être continuée sur un 
cinquième cahier, qui a disparu. Sur les quatre survi- 
vants, deux ont encore leurs numéros, / et ///; je n'ai 
pu retrouver les autres ; le deuxième et le troisième 
cahier ont été intervertis. 

14° Cycle pascal : cahier de six feuillets; le sixième, 
resté d'abord inoccupé, a été ensuite rempli par une 
table de comput. 

45° Collection canonique décrite par M. Maassen 3 sous 
le nom ft Abrégé espagnol (Spanische Epitome)\ elle 
ne contient aucune pièce postérieure à l'année 598 : 
deux cahiers et six feuillets. Cette collection forme le 
début d'un nouveau manuscrit , à deux colonnes , en 
onciale un peu différente des précédentes, où l'on trouve 
encore les pièces suivantes : a) Iacobi, de natura rerum, 
un cahier et trois feuillets ; b) une lettre d'Alcuin à Da- 
vid 4 (Charlemagne), trois feuillets; c) un Ordo rnen- 
suum , un feuillet. 

16° De divisione temporum Pleni Secundi (Pline, 
Hist. nat., XVIII, 21) : cahier de sept feuillets, écriture 
à longues lignes ; l'avant-dernier v° et le dernier feuillet 
ont été laissés en blanc. 

17° Fragments de saint Ambroise (in Luc. X) et 
d'Isidore (Orig., VII) : trois feuillets et le commence- 
ment du quatrième, écriture minuscule. 

18° Cura sanitatis Tiberii Caesaris et damnatio 
Pilati : cinq feuillets en onciale. Cette pièce commence 
sur le feuillet où finit la précédente. — Vient ensuite 



1. Maassen, Quel/en, 1. 1, p. 504, 508. 

2. Can. 1-8 ; cf. Mansi, Cône., t. VIII, p. 712. 

3. Quellen, t. I, p. 646-666. — Mansi [Cône., t. XIII, p. 9S7) cite, 
comme faisant partie de cette collection, une lettre de Léon III à 
Alcuin. En réalité cette lettre est de saint Léon I er ; l'adresse 
qu'elle porte est celle de Balconius, évoque de Braga. 

4. Ep. 83 (Froben), écrite en 798. 



une page de remplissage : XIHI. De ceteris fidelibus. 
Christianus, quantum interpretatio ostendit, de une- 
tione deducitur.... rébus accipi solet. 

19° Traités de comput pascal et de chronologie, rédi- 
gés à Carthage, sous le règne de Genséric : sept feuil- 
lets, écriture à longues lignes, différente des précé- 
dentes *. Au commencement on voit une miniature re- 
présentant le bon Pasteur ; à ses côtés , un arbre , des 
oiseaux ; auprès , une table sur laquelle est placé un 
flacon de vin rouge. 

Le manuscrit a été revu tout entier, vers le xn* siècle, 
par un correcteur qui a fait beaucoup de grattages, sur- 
charges et autres retouches, sans se servir d'un autre 
manuscrit. 

La leçon du Lucensis, en ce qui regarde le Liber 
pontificalis , n'était connue que très imparfaitement. 
Ugolini en publia une collation sommaire , à la fin du 
tome troisième de l'édition de son oncle Vignoli. Ce 
volume parut en 1751. Dominique Mansi, qui inséra 
le Liber pontificalis dans sa collection des Conciles, eut 
soin de joindre au texte reçu les variantes du manuscrit 
de Lucques. L'année même (1759) où parut le premier 
volume de ce grand ouvrage , Joseph Bianchini , à qui 
Ugolini devait sa collation , se fit exécuter une copie 
complète du précieux exemplaire, par Bernard Baroni. 
Il comptait la publier dans le cinquième volume de l'édi- 
tion du Liber pontificalis commencée par son oncle Fr. 
Bianchini et continuée par lui. Ce volume n'a jamais 
vu le jour ; la copie est restée dans la bibliothèque Val- 
licellane, parmi les papiers de Bianchini, sous la cote D. 

Collationné. 

3. — Laurentianus S. Marci, 604, X e siècle 2 . A* 

Parchemin, in-8°, 222 mm sur 138, en écriture lombarde; 
H6 feuillets. Sur le f° 4' on lit la note suivante, en écri- 
ture du xv° siècle : 

1. Krusch, Der Ujahrige Ostercyclus, Leipzig, 1880, p. 138 et 279. 
Ce savant, qui a étudié avec un soin spécial cette partie du manus- 
crit, dit que les traités sont en « cursive de la première moitié du 
huitième siècle» (/. c, p. 139). 

2. C'est l'appréciation de M. Waitz (Script. Lang., p. 401) ; 
M. Anziani , bibliothécaire de la Laurentienne, croit le manuscrit 
plus jeune. On sait que les mss. en écriture lombarde sont moins 
faciles à dater que les mss. en lettre franque. D'après M. Anziani, 
celui-ci serait plutôt du iui« siècle. Dans la table des sigles, p. 115, 
j'avais adopté à peu près son appréciation. M. Waitz (Neues Ar- 
chiv, t. X, p. 458) ayant renouvelé la sienne après avoir revu le 
ms., je crois devoir m'y conformer ici. 



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2// de JTI ôanco e# parte orientis 

Liber qui dicitur pontificalis virorum Uîustrium et venera- 
bilium, editus a sancto leronimo. 

Liber de heresibus, Aurelius Aug. ad dyaconum Quodvul- 
dnm. Conventus S. Marci de Florentia ordinis Predicatorum, 
de hereditate Nicolai Nicoli Florentini , viri doctissimi. 

C'est le Flor. 2 de Schelstrate, Bianchini et Vigfoli. 

Contenu : f. i, quelques lignes sur les sept mer- 
veilles de Dieu et les sept merveilles du monde ; — f. 
i'-4, catalogue des évoques de Naples S — f . 5 blanc ; 
— f. 6-45, cinq cahiers contenant le Liber pontificalis'. 
d'abord les deux lettres , puis le titre Incipit catalogus 
apostolicorum , puis le texte, notablement abrégé dans 
les parties relatives aux fondations et dotations d'églises. 
La vacance du siège est omise systématiquement, de 
môme que les mots per diversa loca , dans la formule 
des ordinations ; la vie de Xystus II a été oubliée. Les 
trois premiers cahiers vont jusqu'à Hormisdas... spe- 
rans ad sedem apostolicam — ; ici un cahier entier a 
disparu ; le texte reprend dans la notice de Vigile — et 
presentati ante imperatorem afflicti et desolati... et va 
jusqu'à celle de Léon II... Honorius , Pyrrus — . Il 
continuait au delà, mais on ne peut dire jusqu'où, les 
numéros des cahiers n'étant pas visibles. — Viennent 
ensuite trois cahiers isolés du De viris de saint Jérôme 
continué par Gennadius ; le premier cahier commence à 
ibit ad Iacobum et aperuit et (c. 2) et va jusqu'à Qua- 
dratus (c. 19); le second va d'Origène (c. 54) à Lucifer 
(c. 95) ; le troisième contient la fin , depuis Théodore 
d'Ancyre (c. 54 de Gennadius) jusqu'à ces mots... ante 
triennium régnante Zenone (c. 91, Théodule). 

Sur ce même cahier commencent les lettres de Quod- 
vultdeus à saint Augustin avec les réponses. Viennent 
ensuite : Saint Augustin, De haeresibus; Cassiodore, De 
institutione divinarum lilterarum ; le De exemplaribus 
fidei et de recipiendis et non recipiendis libris, édition 
pseudo-damasienne du décret sur les livres attribué 
ailleurs au pape Gélase 2 ; des préceptes de morale, en 
vers et en prose, avec figures géométriques ; des figures 
cosmographiques, accompagnées d'explications; enfin 
le poème De eclipsi lunae 3 . 

Collationné. 



i. Bianchini, Anastas., t. II, p. lxi ; Migne, P. L., t. GXXVH, 
p. 131; Mon. Germ. Scr. Langob., p. 406. 

2. Thiel, Epp. Rom. Pont., t. I, p. 44. 

3. Isidore, éd. Arevalo, t. VII, p. 183. 



4. — Parisinus 317, xu e siècle. ^j 

Parchemin, in-4°, 263 mm sur 185, 150 feuillets. Ancienne 
cote : Reg. 4060. 

Contenu: f. 1-87, l'Apocalypse, avec le commentaire 
de Bède ; — - f. 87-93', Tractatus Bedae presbiteri su- 
per mulier em for tem; — f. 94-143', le Liber pontifi- 
calis jusqu'au pape Constantin (*j- 715) ; après la notice 
de ce pape on trouve encore le début de celle de Gré- 
goire II : Gregorius, natione Romanus, ex pâtre Mar- 
cello ; ici s'arrête le texte \ au milieu du f. 143' ; les pas- 
sages sur les fondations et dotations d'églises sont le plus 
souvent omis ; il en est de même ordinairement de la 
formule per diversa loca, à la fin des notices ;— f. 144- 
149; passion de saint Laurent : Poslquam beatus 
Syxtus, etc. ; — f. 149-150, poème de Paul Diacre en 
l'honneur de saint Benoît : Ordiar unde tuos — piis 
meritis. 

Collationné. 

5. — Havniensis 1582, bibliothèque royale de Co- a* 
penhague, Garnie Kongelige Samling (ancien 
fonds royal), xn e siècle. 

Parchemin, petit in-f°, 18 feuillets, dont 16 primitifs 
et deux ajoutés postérieurement. Provient de l'abbaye 
d'Albarese, dans le diocèse de Rosellae, actuellement 
Grosseto, dans la Maremme toscane 2 . 

Le Liber pontificalis commence, f . 1 , par les deux let- 
tres , suivies du titre incip gesta pontificv , sous lequel 
viennent les notices jusqu'à celle de Silvestre, inter- 
rompue au bas du f. 14' aux mots clericum contradicen- 
tem. Hic ordines presbiterorum — ; la page n'est pas 
tout à fait finie : la copie est donc restée inachevée. Au 
xn e siècle on ajouta au bas du f. 14' modo legendus est 
effrem. Un catalogue pontifical, écrit vers le môme 

1. Au-dessous de la ligne où s'arrête le texte du L. P., il y en a 
une qui a été grattée ; mais récriture de celle-ci est bien posté- 
rieure ; elle contenait, je crois, quelque indication de propriétaire. 
On distingue encore les premières et les dernières lettres : 
Liber oris. 

2. Ce monastère est détruit depuis longtemps. En 1321 il fut 
donné aux chevaliers de Rhodes par Jean XXII; son souvenir s'est 
conservé dans le nom d'un fonds de terre situé à deux milles au 
S-0 de Grosseto (Repetti, Dizionario geografico délia To$cana,\. Vf, 
p. 821). Il résulte de certains documents lucquois du vin» siècle 
que l'église de Lucques avait des biens aux environs de Rosellae 
(Bertini , Dissertazioni sopra la storia eccl. Lucchese , dans les Me- 
morte e documenti per servire alla storia del ducato di Lucca, t. IV, 
part. I, Lucques 1818, p. 18 et suiv.; p. 350, 374, etc.; ad calcem, 
docum. XII, p. 17). 



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temps, se développe sur les f. 15, 16 et 17 l . Il se ter- 
minait d'abord à Pascal II (1099-1118) ; on le continua 
plus tard jusqu'à Anastase IV (1153-1154) et enfin jus- 
qu'à Adrien IV (1154-1159) : Adrianits II II natus an- 
fjlicus sedùann. IV menses VIII dies XXVIII. Sur le 
f. 18 on trouve, en écriture du xn e siècle, d'abord une 
note sur la parenté de Marie et de Joseph: Anna et 
Exmeria fuerunt sororesetc, puis une lettre de Calixte II 
à l'évêque de Rosellae, Dat. Laterani, Xk. mai., en fa- 
veur du monasterium Alborense (Jaffé, l re éd., n° 5164 ; 
Ughelli, Ital sacra, t. III, p. 663) puis un Scriptum 
concessionis atque donationis qualiter Ildibrandus Ro- 
sellensis episcopus investivit domnum Dominicum abba- 
tem Albarensem de omni decimatione etc. (Ughelli, t. II, 
p. 661). 

Copié pour moi par M. Christian Weeke. 

A 5 6. — Vaticanus 5269, xm e siècle. 

Parchemin, in-4°, 249 mm sur 158, 99 feuillets, xiii* siècle. 
Vaticanus de Schelstrate ; Vatic. II de Vignoli. 

Contenu : f . 1, le Chronicum Venetum, dit de Sagor- 
nini; — f. 41, le Chronicum Gradense, du même auteur; 
pour cette première partie , le manuscrit est une copie 
des chroniques originales, contenues dans VUrbinas 440 
(cf. Monum. Germ., Scr., t. VII , p. 1-47) ; — f. 49, 
le Liber pontificalis jusqu'au pape Constantin ; entre 
les lettres-préface et le texte il y a un catalogue de 
papes, avec années, mois et jours, jusqu'à Grégoire II : 
Gregorius an. XVI m. VIIII d. XL La notice de 
Grégoire II est commencée : Gregorius , natione Ro- 
manus, ex pâtre Marcello, sedit ann. XVI ms. VIIII 
d. XL Fuit autem temporibus Anastasii, Theodosii, 
Leonis atque Constantini Augustorum; — f. 97, listes 
chronologique des empereurs romains et des empereurs 
d'Orient jusqu'à Baudouin II (1228-1261). Postmor- 
tem vero Iohannis Balduinus gêner eius, filius supra- 

dicti Pétri, imper avit ann Les années des derniers 

empereurs, depuis Henri de Hainaut (1205-1216), ne 
sont pas marquées ; mais la mort de Jean de Brienne 

1. A la suite des 16 feuillets primitifs on avait d'abord ajouté 
celui qui porte actuellement le n° 18. C'est sur ce feuillet que se 
trouvaient les noms des papes Alexandre II, Grégoire VII, Vic- 
tor III, Urbain II, Pascal II, par lesquels se termine le catalogue 
dans sa première rédaction. Puis ces noms ont été grattés et l'on 
a inséré entre le f . 16 et le f. 18 un nouveau feuillet sur lequel le 
catalogue a été continué depuis Alexandre II jusqu'à Adrien IV. 



LES MANUSCRITS. 

(1236) étant encore mentionnée, le manuscrit a dû 
être exécuté entre 1237 et 1261. 
Collationné. 



7. — Vindobonensis 632, xi-xn e siècle. 



117 feuillets. 
161; XIV, E, 



Parchemin (sauf les f. 412-115), in-8°, 
Anciennes cotes: MS. hist. 168; Hist. ceci 
31.11 fut donné à l'église Saint-Magnus de Ratisbonne par 
le chanoine Jean Dorstayner, mort le 30 mars 1433: ceci 
résulte d'une noie au f. 116. — Le manuscrit est mutilé 
aux deux extrémités. 

Contenu : f. 1 , fin d'une description de plantes — 
agrestis et vehementer amara (la coloquinte); viennent 
ensuite l'hysope et la saxifrage; — f. 1', De or tu vel 
obitu sanctorum patrum in N. T. sancti Ysidori épis- 
copi. De Zacharia. Zacharias et Elisabeth ante Deum 
iusti, etc. ; cet ouvrage se termine en haut du f. 12; — 
f. 12, les deux lettres-préface du Liber pontificalis ; f. 
13 et 13', liste des papes, les noms seulement, précédés 
de numéros d'ordre ; quelques retouches ; le dernier 
pape, au bas du f. 13', est Eugenius ; suivent, au f. 14, 
les notices des papes ; elles se terminent au bas du 
verso d'un feuillet sans numéro qui fait suite au f . 111. 
La dernière est celle d'Eugène I or (f 656); puis vient 
le commencement de celle de Vitalien : Vitalianus na- 
tione Signiensis, provinciae Campaniae, de paire Anas- 
tasio, sed. ann. mens. J'ai cru distinguer ensuite les 
lettres H et d, restes des mots Hic direxit, qui conti- 
nuent le texte de cette notice. — Les f. 112-115 sont en 
papier ; une main du xin° siècle y a continué le Liber 
pontificalis par un catalogue avec années, mois et 
jours, jusqu'à l'élection de Grégoire IX (1227). 

A première vue , on pourrait croire que nous avons 
ici un Liber pontificalis arrêté à Tannée 656 ; mais il 
n'en est rien. Ma conviction est que le texte de la notice 
de Vitalien continuait et que, si le reste manque , cela 
vient de ce que le manuscrit est mutilé. Le cata- 
logue initial est , il est vrai , arrêté au même endroit 
que la suite des notices; mais, à cet endroit aussi (le 
f. 14 commence un cahier), des feuillets ont pu se 
perdre. 

M. Ed. Chmelar, actuellement conservateur du musée 
impérial d'Art et d'Industrie, m'avait donné, en 1875, 
de bons renseignements sur ce manuscrit. Je l'ai depuis 
examiné et collationné moi-même. 



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2° Manuscrits dérivés de celui de Lucques : 

A. Groupe florentin. 

8. — à) Vaticanus 629, xi e siècle, fin K 

Parchemin, in-f>, 478 mm sur 464, 270 feuillets numérotés. 
— Ce manuscrit paraît provenir de Florence. A en juger 
par son contenu et par les limites des catalogues d'empe- 
reurs et de papes qu'il contient, il a dû être exécuté sous 
Urbain II, entre <095 et 1099. L'écriture ne dément pas 
ces données chronologiques. — C'est le Vat. III de Vignoli. 

Contenu : f. 1-144 : Isidore, Devita et obituSS. Pa- 
trum ; Allegoriae ; — Bède, De locis sanctis; — Isidore, 
Praefationes Veteris et Novi Testamenti; — Julien de 
Tolède, Liber prognosticorum\ — Eusèbe, Histoire ec- 
clésiastique, traduction et continuation de Rufin; — 
Isidore, Chronique, prolongée par deux catalogues, le 
premier, des rois lombards, depuis Adaloald jusqu'à 
Didier, et des empereurs d'Occident, depuis Charle- 
magne jusqu'à la dix-huitième et dernière année 
d'Henri III 2 (1056, 4 juin — 5 octobre), le second, 
des empereurs d'Orient, depuis Héracléonas jusqu'à 
Alexis Comnène (1081-1118). 

Vient ensuite, f. 115-267, la collection canonique 
pseudo-isidorienne, combinée avec le Liber pontifi- 
calis. On trouve d'abord, f. 115-119, la table des 
fausses décrétâtes, depuis Clément jusqu'à Damase; 
puis, f. 119-120, un catalogue des papes, depuis saint 
Pierre jusqu'à Urbain II (1088-1099), de première main. 
Dans ce catalogue on a marqué la durée du pontificat 
en années, mois et jours, et, de Marcel à Etienne III, 
la vacance du siège. Les chiffres d'Urbain II sont de 
seconde main. Divers continuateurs ont ensuite pro- 
longé le catalogue jusqu'à Honorius II (1124-1130), 
Adrien IV (1154-1159) et Eugène IV (1431-1447); 
l'avènement de ce dernier pape est indiqué, mais non 
la durée de son pontificat. Dans sa dernière partie, le 
catalogue contient, à propos de Jean XXIII, une petite 
notice qui semble indiquer un auteur florentin 3 . 

1. Descriptions partielles : Ballerini, De antiquis can. collecta 
p. 225; Arevalo, Opp. s. Isidori, t. T, p. 244; Hinschius, Décrétâtes 
pseudoisid., p. xlix; Bethmann, Archiv, t. XII, p. 220. Il y a, dans 
le manuscrit, deux paginations, dont l'une est spéciale à la seconde 
partie ; son f. 1 correspond au f. 120 de la pagination d'ensemble. 
C'est celle-ci que j'ai suivie. 

2. Mon. Germ. SS. Langob., p. 518. 

3. Ce catalogue a été publié intégralement par Vignoli, t. I, à la 
suite de sa préface (Calai. III). 

Liber pontificàlis. 



Après le catalogue commence la collection pseudo- 
isidorienne. La lettre de saint Jérôme à Damase, Glo- 
riam sanctitatis, y figure en tête des Canons apostoli- 
ques, comme document en faveur de leur authenticité. 
C'est seulement à la suite de ces canons que commence 
la série des fausses dôcrétales, avec le Liber pontifi- 
càlis; d'abord la lettre Gloriam sanctitatis, les pre- 
miers mots seulement, avec un renvoi au texte déjà 
donné; puis la répons© de Damase et les premières 
notices, jusqu'à saint Clément, les fausses épttres de ce 
pape, la vie d'Anaclet, ses dôcrétales, et ainsi de suite. 
Les vies des papes portent le plus souvent un titre : 
Vita vel acta N. papae. Cette disposition continue au 
delà de l'endroit où les dôcrétales authentiques se trou- 
vent mêlées aux dôcrétales apocryphes, jusqu'à Fé- 
lix IV. Depuis Boniface II, comme il n'y a plus d'épltres 
pontificales à insérer, la série des vies se prolonge sans 
interruption jusqu'à Hadrien I er inclusivement. 

Le manuscrit se termine, f. 268-270, par dix chapi- 
tres du concile romain de 1078, un Ordo paenitentiae * 
et le concile de Plaisance (1095), sous Urbain II. 

b) Florentinus (bibl. nazionale) I, m, 17, xii* siècle. 

Parchemin, in-f», 355 mm sur 255, à deux colonnes; 
454 feuillets.— Anciennes cotes, sur le feuillet de garde : 
193 de XII banco ex parte Orientis — TXX°. b. — Plut. XV 
n° CXCIX; — au dos : n° 581. — Ce manuscrit, dont l'écri- 
ture ressemble beaucoup à celle du précédent, appartenait, 
vers le commencement du xv e siècle, au savant florentin 
Nicolà Nicoli (f 1437), qui le légua aux dominicains du 
couvent de Saint-Marc. Il était encore dans leur bibliothè- 
que au xviii* siècle : Fr. Bianchini l'y consulta après Luc 
Holste. Cf. ci-dessus, la description du ms. A 2 (p. clxvii b). 
— C'est le Flor. I de Schelstrate, Bianchini et Vignoli. 

Contenu. — Il est indiqué par la table suivante, 
écrite au xv e siècle sur le v° du feuillet de garde : 

In hoc volumine continentur per ordinem infrascripti libri s. 
Liber qui dicitur pontificàlis, editus a beato Ieronimo (corr. : a 

b. Damaso pp.) 
Expositio sancti Ambrosii super cantica canticorum. 
Liber Iohannis Crisostomi de reparatione lapsi. 
Liber eiusdem de compunctione ad Demetrium. 

i. Ordo de discretione penit. quem Gregorius papa constitua. Po- 
nunt canones peccantibus de quibusdam peccatis très annos... alii 
sustententur. — Régula canonica Gregorii IIII papae. In die Resur- 
rectionis usque in sabbatum eiusdem... vitam consequi possunt 
sempiternam. 



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Copies du 
xy-xvi e siècle. 



Liber eiusdem de eadem materia ad Stellcvium. 
Liber Anselmi qui appellatur Proslogyon, id est alloquium. 
Conventus sci Marci de Florentia ordinis Praedicatorum de he- 
reditate doctissimi. viri Nicolai Nicoli Florentini. 

Le livre pontifical occupe les sept premiers cahiers, 
formant ensemble 50 feuillets. Après les deux épîtres 
initiales vient le titre incip"lÏb pontificalis. Les vies se 
suivent jusqu'à celle d'Hadrien I er inclusivement, pré- 
cédées d'un simple numéro d'ordre, sauf pour Be- 
noît I er où il y a un t'tre : Vita vel acta Bcnedicli pp. 
Holste en tira un certain nombre de variantes qui 
ont été publiées par Schelstrate jusqu'à Félix IV, puis 
par Bianchini d'après Schelstrate; Vignoli en a fait 
usage pour toute la série des vies. Bianchini (t. II, 
p. lix) en a donné un spécimen paléographique. 

Copies du Florentinus : 

9. — c) Laurentianus XXIII, 4, xvi e siècle. 

Parchemin, in-f°. — Copie du liber pontificalis contenu 
dans le Florentinus. Au bas de la première page, au-des- 
sus du portrait de saint Jérôme en habit de cardinal, on 
voit les initiales L. X. P. M. (Léo X Pontifex Maximus). Le 
manuscrit a donc été exécuté pour Léon X (1513-1521). Il 
y a une initiale peinte à chaque notice. 

d) Riccardianus 321, xv e siècle. 

Parchemin, in-4°, 248 œm sur 175, 90 feuillets. 

Contenu : f. 1-32, Chronique de Prosper; — f. 32- 
73, le Liber pontificalis, avec les lettres-préface, mais 
sans titre ni catalogue, jusqu'à Boniface III (f 607) 
inclusivement. Jusqu'à Félix II ce n'est qu'une copie 
du Laurentianus XX, 10 (v. ci-dessous, § m); depuis 
Damase jusqu'à Boniface III, du Florentinus; à la fin 
de la vie de Félix II on lit la rubrique : Seqnitur sine 
titulo de nonnullis pontificibus ex duobus antiquissimis 
codicibus sumptum; — f. 74-90, Benvenuti de Ram- 
baldisde Imola, libellus incipit qui dicitur Augustalis, 
avec une dédicace à Nicolas, marquis d'Esté (1393- 
1441). 

e) Ur binas 395, fin du xv e siècle. 

Parchemin, in-f», 32o mm sur 220, 263 feuillets. Ancienne 
cote : 773. Ecriture élégante. La première page est en- 
cadrée dans une bordure historiée avec des armes surmon- 



tées d'une couronne sans fleurons et accostées des initiales 
G. F. — C'est YUrbinas de Vignoli. 

Contenu : f. 1-231, le Liber pontificalis jusqu'à 
Martin V; — f. 232-263, extraits de la Chronique de 
Sigebert *. 

Jusqu'à Etienne II inclusivement, ce manuscrit est 
une copie du Florentinus, dont il reproduit à peu près 
le titre : Incipit pontificalis. A partir de Paul I er , il suit 
le Vaticanus 3762 (H). Zaccagni, qui a mis une note à 
la page 166', dit avoir fait la comparaison depuis Be- 
noît III et avoir trouvé les deux manuscrits tout à fait 
semblables. Mes observations complètent et confirment 
les siennes. Depuis Martin IV, qui a deux notices, les 
continuations sont empruntées à Bernard de Guy et au 
rédacteur contemporain de Martin V. — Les feuillets 
229-231 sont occupés par deux compléments : l'un 
n'est que le commencement de la vie de SUvestre, 
d'après le Vaticanus 3762, avec la donation de Cons- 
tantin; l'autre est une petite chronique, qui va du cou- 
ronnement de Charlemagne jusqu'à la papesse Jeanne : 
Anno inc. dom. DCCC... propter sexum muliebrem. 
Blondus. C'est un extrait des Décades de FI. Blondus. 

10. — Le Vaticanus 629 et le Florentinus sont des 
manuscrits jumeaux ; ils ont été copiés l'un sur l'autre ou 
sur un môme original qui ne remontait pas beaucoup au 
delà de leur temps. Voici quelques lacunes communes 
et significatives. Dans la notice de SiJvestre, à l'article 
de la basilique de Saint-Laurent, ils interrompent tous 
deux Ténumération des fonds de terre au môme endroit, 
et en signalant l'interruption par la môme formule 
abréviative : possessio Aqua Tuscia ad latus praest. 
sol. CLI et caetera talia, puis ils passent à la basilique 
suivante, celle des SS. Marcellin et Pierre. Même sup- 
pression pour celle-ci : corona aurea quae est farus 
cantarus cum delfinis CXX, pens. lib. XXX, et cetera his 
similia; puis ils passent à l'église d'Ostie, dont la dota- 
tion s'arrôte ainsi : phara cantara argentea XXX, pens. 
sing. lib. quinas. Et reliqua. Ils continuent par l'église 
de Capoue, omettant ainsi le chapitre qui regarde 
celle d'Albano. La vie de Damase s'arrête dans tous les 
deux aux mots corpora sancta versibus exornavit — . 
Enfin, dans la vie d'Hadrien I er , la dernière qu'ils con- 
tiennent l'un et l'autre, ils ont fait des suppressions 
considérables, qui coïncident toujours. La seconde 

1. Bethmann, Ârchiv, t. XII, p. 263. 



Provenance d* 
ce groupe do 
manuscrits. 



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partie de cette vie, n 08 320-357, ne tient qu'une co- 
lonne dans ces deux manuscrits ; on a d'abord passé un 
grand nombre de mots dans les n os 320, 321, 322, 323, 
puis supprimé tout ce qui va depuis seu stauracin. Fe- 
cit in ecclesia b. Laurenti, dans le n° 323, jusqu'à la 
finale : Hic beatissimus et preclarus ponlifex omnia 
utiliter atque naviter, etc. 

11. — Ces deux manuscrits dérivent de celui de Luc- 
ques. Partout où celui-ci a une variante propre, sauf les 
cas où il ne s'agit que d'une orthographe incorrecte, fa- 
cilement rectifiable pour un copiste du xi e siècle, cette 
variante se retrouve dans le Vaticanus et dans le Flo- 
rentinus. Ainsi, p. 117, 1. 11, omission des mots iunias, 
accepta VI kal.; p. 118, 1. 3, in omis; p. 118, 1. 16, 
stude vacare au lieu de vacare stude; p. 123, 1. 3, 
VIII regiones pour VHregiones; p. 147, 1. 1, Rumulo 
pour Romulo; p. 153, 1. 6, XVII {Lue.), XVI (Vat. et 
Flor.) pour VII; p. 155, 1. 3, alii ex pour alii sex; 
p. 158, 1. 3, <El> hic fecit; p. 159, 1. 5, si pour 
sine; p, 162, 1. 5, et turificare pour ut turificaret; 
p. 164, 1. 13, plantas pour plancas; p. 167, 1. 1, 
medicus pour medicis; p. 205, 1. 2, omission des mots 
hic multas tribulationes et, etc. — Voici d'autres cas 
où les particularités d'écriture du Lucensis ont donné 
lieu à des leçons remarquables dans les deux autres 

manuscrits : p. 128, 1. 7, cessavit episcopatus S m II 

.a. 

(Luc), dies mse 11 {Vat.), menses II (Flor.) ; — p. 136, 

1. 2, épis tû (Luc), episcopatum (Vat. et Flor.) — p. 143, 
1. 4, quo {Luc, au lieu de quos); quo (Vat.), quem 
(Flor.); — p. 145, 1. 6, clr (Luc, pour clero), cleri 
(Vat.), clericis (Flor.); — p. 148, 1. 3, regines (Luc, 
pour regiones), reginos (Vat.), regiones (Flor.); — 
p. 162, 1. 7, Marcello (Luc, pour Marcellus, qui a été 
rétabli par la seconde main), Marcello (Vat.), Marcel- 
lus (Flor.). — Ces derniers exemples montrent que le 
copiste du Florentinus se permet souvent des correc- 
tions; on pourrait citer bien d'autres faits de ce genre. 
II en résulte que, si les deux manuscrits ont été copiés 
l'un sur l'autre, c'est certainement le Vaticanus qui est 
l'original. 

Le Lucensis a, vers la fin, deux grandes lacunes qui 
lui sont propres, l'une dans la vie de Zacharie, l'autre 
dans la vie d'Hadrien; nos deux manuscrits ayant, dans 
cette dernière vie, une lacune beaucoup plus grande, 
leurs coupures ne peuvent être comparées à celle du 



Lucensis. Dans la vie de Zacharie, au contraire, la com- 
paraison est possible et fort significative, car le Lucensis 
ne se borne pas à supprimer; il résume, et la formule 
de son résumé est exactement reproduite par le Vati- 
canus et le Florentinus : Et fecit per diversas locas 
domoculta, et diruptas ecclesias restaurabit sicut ab 
antiquitus fuerat restaurata et vestes et dona obtulit. 
Hic praecipuus pontifex dilexit clerum... 

Ces faits suffisent à prouver que nos deux manus- 
crits ne sont que des copies plus ou moins directes du 
Lucensis. J'ajouterai qu'ils ne dérivent que de son texte 
original et nullement des retouches que celui-ci a su- 
bies vers le xu e siècle. Ainsi, dans la vie d'Urbain, ils 
ont la leçon temporibus Diocletiani, que le correcteur 
du manuscrit de Lucques changea en temporibus 
Alexandri. 

B. Groupe français. 

12. — a) Vaticanus Reginae 1852, xi* siècle. 

Parchemin in-4°, 270 mm sur 180, 60 feuillets. Ancienne 
cote : 1631. Provient de l'abbaye des SS. Serge et Bacchus, 
d'Angers: sur le dernier feuillet, on lit, Iste liber esf/////////; 
Le nom de l'abbaye angevine est suppléé par Bethmann *, 
d'après le contenu. — Il y a, sous la même reliure, deux 
manuscrits, le premier (f. 1-30) est du xn* siècle; le 
second (f. 30-60), du xi c siècle. — Celui-ci est l'Alex. Il 
de Vignoli. 

Contenu. — 1° f. 1-23, Chronique de Pierre, fils de 
Béchin, depuis la création jusqu'à l'année 1138 2 ; — f. 
24-25, annales angevines , de diverses mains, jusqu'à 
l'année 1180 ; — f. 26' Nomina abbatum SS. Sergii et 
Bacchi Andegav., liste prolongée jusqn'à l'année 1293, 
date de son insertion dans le manuscrit déjà existant; 
— f. 27-30, autres annales angevines, de 1067 à 1153, 
prolongées plus tard jusqu'en 1290. 

2° Le second manuscrit (cahiers numérotés : I q., 
II q., etc.) est un liber pontificalis abrégé, qui s'étend 
jusqu'à la vie d'Hadrien I er . Des longues notices de la 

1. Archiv, t. XII, p. 235. 

2. André Duchesne, Hist. Fr. Script., t. III, p. 365-312; A. Salmon, 
Recueil des chroniques de Touraine , Tours , 1854, p. 14 et suiv.; 
Marchegay et Manille, Chroniques des églises d'Anjou, p. XV-XVHI 
et 129-152. Ce manuscrit est précisément celui que MM. Marchegay 
et Mabille disent être perdu et avoir été vainement cherché au 
Vatican parmi les manuscrits de la reine de Suède. Ils s'en sont 
néanmoins servis, par l'intermédiaire d'une copie d'André Du- 
chesne {cod. Paris. 12696), qui leur a paru avoir été exécutée, pour 
cette partie, sur plusieurs manuscrits, alors qu'il n'y en a en réa- 
lité qu'un seul. 



Manuscrit 
d'Angers. 



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Manuscrit de 
Poitiers. 



fin il ne reste le plus souvent que le début et les der- 
nières phrases. Après celle du pape Constantin on trouve, 
non pas dans la marge, mais dans le texte, la note Hune 
usque C XXV MI anni sunt, etc., qui figure au même 
endroit, en marge, dans le manuscrit de Lucques. Cette 
particularité et bien d'autres ressemblances prouvent 
que ce manuscrit dérive du Lucensis ; mais il est indé- 
pendant des retouches que celui-ci a subies. 

13. — b) Pictaviensis 6, xi-xn e siècle 1 . 

Parchemin in-f° oblong, 450 mm sur 145, provenant de 
l'église Saint-Hilaire le Grand à Poitiers, comme il résulte 
d'un contrat cum Her. thesaurario et canonicis beati Hylarii, 
f. i . — Ce manuscrit a été mutilé postérieurement à l'année 
1835; plusieurs cahiers ont été arrachés, plusieurs feuillets 
coupés ça et là. Il reste actuellement 105 feuillets, numé- 
rotés sans tenir compte des mutilations. L'angle inférieur- 
extérieur des feuillets a été rongé par les rats, sans que le 
texte ait été endommagé. 

Le contenu est marqué dans un index du xiir 9 siècle 
environ, qui se lit f. i' : 

In hoc volumine continentur libri inferius annotati : 

Primo, canones plurium consiliorum (sic) generalium et prae- 
cipue IHI or principaliorum a beato Ysidoro pluribusque aliis 
sanctis patribus descripti ; 

item, cronica beati Iheronimi de summis pontifleibus ; 

item, sermones beati Augustini de dominiciset festis anna- 
libus quibusdam a Nativitate Domini usque ad Ascensionem , 
quorum tamen primus est de Trinitate et incipit : « Legimus 
secundum Moysen », etc. ; 

item, tractatus venerabilisBede super epistolis canonicis bea- 
torum apostolorum Iacobi, Pétri et Ioannis; 

item, translacio degraeco in latinum dictorum beati Metho- 
di, in qua multa mira continentur; 

novissime ponitur liber de Faulx-Buisson. 

Le catalogue de Haenel (1823) donne une descrip- 
tion plus sommaire : 

Canones conciliorum generalium et praecipue quatuor prin- 
cipalium. Chronica b. Hieronymi de ss. pontificibus. S. Augus- 
tini sermones de festis et de sanctis. Calendarium de Faulx- 
Buisson. Saec. XI membr. in fol. 

Actuellement on trouve dans ce manuscrit : 

1° Une collection canonique intéressante , contenant 

i . Je n'ai pas vu ce ms. Dom Chamard a bion voulu vérifier la 
disparition des cahiers qui contenaient le L. P. M. Em. Ernault, 
maître de conférences à la Faculté des Lettres de Poitiers, a eu 
l'obligeance de rédiger pour moi une description très soignée du 
manuscrit. 



beaucoup de conciles tenus en Gaule. Elle comprend les 
cinq premiers cahiers, f. 2-9, 10-13, 14-21, 22-29, 30- 
37. Le cinquième se termine par la Notifia Galliarum, 
qui est incomplète, car la partie relative au diocèse des 
sept provinces devait se trouver sur le feuillet suivant. 
A cet endroit il a disparu plus d'un cahier. 

2° Un recueil d'homélies, disposées suivant Tordre 
du calendrier, depuis Noël jusqu'à l'Ascension. Le pre- 
mier commence par les mots Legimus sanctum Moysen 
(S. Augustin, éd. Migne, t. V, p. 2196). Ce recueil va 
du f. 38 au f. 75', au bas duquel il s'interrompt, un 
feuillet au moins ayant disparu à cet endroit; 

3° Bède, commentaire sur l'épître de saint Jacques et 
les autres épttres catholiques , f. 76-97' ; il y a ensuite 
un feuillet de coupé. 

4° Dicta S. Methodii, traduction du grec, avec un 
prologue et une Praefatiuncula Pétri monachi, f. 98- 
102; 

5° Martyrologe : Incipit martyrologium per anni cir- 
culum, etc., f. 102-104. C'est le calendarium ou le 
liber de Faulx-Buisson, mentionné dans les descriptions 
ci-dessus. 

Le f. 105 est un feuillet de garde. 

De cette description il résulte que ce manuscrit a 
perdu un ouvrage entier, la Chronica b. Eieronimi de 
summis pontificibus et, outre quelques feuillets épars, 
la fin de la collection canonique, depuis le milieu de 
la notice des provinces et cités de la Gaule. Or voici la 
description de l'un des manuscrits du fonds Ashbur- 
nham-Libri, n° 1814 (Catalogue of themss. at Asbur- 
nham Place, part. I [Libri]) : 

Recueil (en latin). — Beati Hieronymi vitae Pontiflcum. 
Libellus de paenitentia iaicorum. Regulae de ministris eccle- 
siae. Excerpta capitularia regum Francorum. Provinciarum 
descriptio. Liber paenitentialis Àllitgarii episcopi. Bedae pres- 
byteri de canonibus. Epistolae Paulini, Gregorii, etc. Canones 
varii. Liber de ordine nenitentia [sic), etc.— Manuscrit sur vélin, 
in-f° oblong, du x-xi° siècle. Fort important. 

Ce manuscrit est actuellement à la bibliothèque Lau- 
rentienne de Florence 1 , où il porte le n° d'inventaire 
1737. Il comprend 24 feuillets, de 450 mm sur 141, en 
écriture de la fin du xi e siècle ou du commencement 
du xii 9 (appréciation de M. Anziani). L'angle extérieur- 

1. Je dois à l'obligeance de M. le chanoine Anziani, bibliothécaire 
de la Laurentienne, des renseignements fort circonstanciés sur le 
contenu de ce manuscrit. 



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Manuscrit 
du Mans. 



inférieur de chaque feuillet a été rongé par les rats, 
sans dommage pour le texte. 

Les 24 feuillets conservés à Florence correspondent 
à trois cahiers dont les deux premiers contiennent : f. 
1-15, le Liber pontificalis; f. 15', un Libellus de pae- 
nitentia laicorum, can. 27-34; f. 15'-16, Regulae de 
ministris ecclesiae ; f. 16-16', De homicidiis et calum- 
niis. Quant au troisième cahier, il contient un grand 
nombre de textes relatifs à la discipline ecclésiastique ; 
mais il commence par la fin de la Notitia Galliarum, 
et cette partie de son texte rejoint exactement le texte 
de la même Notitia interrompu au bas du P 37' dans 
le manuscrit de Poitiers. Celui-ci, en effet, va jusqu'à 
la fin du diocèse Galliarum : ... Civitas Valensium 
Uctodoro. Provincia — Le manuscrit de Florence con- 
tinue : — Viennensium numéro XIIII A la fin de 

ce cahier, on trouve le commencement du Libellus de 
paenitentia laicorum dont la fin est rejetée après le 
Liber pontificalis, f. 15'. Il est évident que l'ordre des 
cahiers florentins n'est pas primitif et que le f . 17 ne 
devrait pas venir après le f. 16. 

Bien que je n'aie vu ni les feuillets Ashburnham, ni 
le manuscrit de Poitiers, je crois que celui-ci a contenu 
autrefois les trois cahiers qui sont maintenant conservés 
à Florence. Il y a coïncidence exacte dans le format, et 
dans un format extraordinaire ; les dimensions sont les 
mêmes ; les marges ont été rongées au même endroit 
et sur la même surface ; le contenu des deux parties 
réunies correspond à celui du manuscrit de Poitiers 
avant sa mutilation ; enfin, si l'on remet les cahiers 
florentins dans leur ordre primitif, il se trouve que le 
commencement de ce fragment (f. 17) s'ajuste exacte- 
ment avec la lacune du manuscrit de Poitiers. 

ht liber pontificalis contenu dans ce manuscrit est 
exactement identique à celui du manuscrit précédent. 
Je m'en suis assuré par la comparaison des passages 
caractéristiques, sur lesquels je dois de précieux ren- 
seignements à M. le comte d' Ashburnham et à M. le 
chanoine Anziani. 

14. — c) Parisinus 4999 A, xiv e siècle. 

Voici la description de ce manuscrit, telle qu'elle se 
trouve dans le catalogue imprimé de la Bibliothèque 
nationale : 

Codex membranaceus, in quarto, quo continentur : 



1° Eusebii et Isidori Hispalensis chronicon, a Petro Bechinni 
filio productum ad mortem Richardi régis Anglorum et 
annum {{ 99. 

2° Anonymi liber de tribus circumstantiis gestorum , id est, 
personis, locis et temporibus. 

3° Damasi papae chronicon de summis pontificibus , quod 
anonymus produxit ad Adrianum T et annum 772. 

4° Nomina episcoporum Cenomanensium a Iuliano ad Hugo- 
nem. 

5° Prophetia sibyllae Tiburtinae. 

6° Gesta Salvatoris, sive evangelium Nicodemi. 

7° Libellus Bedae de locis sanctis, in epitomen contractus. 

8° Historia Britonum, autbore Galfrido Monemutensi. 

Is codex decimo quarto saeculo ineunte videtur exaratus. 



M. L. Delisle a démontré l que ce volume, soustrait à 
la Bibliothèque nationale, a été découpé en quatre mor- 
ceaux, dont trois se retrouvent dans la bibliothèque de 
lord Ashburnham, fonds Barrois, n os 251, 244 et 250. 
Le premier contient la chronique de Pierre Béchin(n° 1); 
le deuxième les opuscules n os 2, 3, 4, 5 ; le troisième 
les opuscules n 08 6 et 7; le quatrième, comprenant 
l'histoire de Geoffroi de Monmouth, a échappé aux 
recherches. 

Comme le précédent, ce manuscrit contenait en 
même temps la chronique de Pierre Béchin et un liber 
pontificalis abrégé, qui se terminait au pape Hadrien I er . 
Je dis un liber pontificalis abrégé, car, d'après le ca- 
talogue du fonds Barrois, n° 244 2 , on voit qu'il n'occupe 
que 21 feuillets du manuscrit ; celui-ci est de petites 
dimensions ; on peut d'ailleurs comparer la place occu- 
pée par le Liber pontificalis avec celle que prennent les 
autres opuscules, de dimensions bien connues. De cette 
comparaison il résulte que les 21 feuillets en question 
n'offrent pas la place nécessaire pour un texte complet, 
terminé à Hadrien I er . — Je pense aussi que , dans le 
catalogue imprimé de la Bibliothèque nationale, la date 
772, qui est celle de l'avènement d'Hadrien, doit être 
remplacée par celle de sa mort, 795. 

Ce manuscrit doit donc présenter le même texte que 
le précédent, soit qu'il ait été copié sur lui , soit qu'ils 
proviennent tous deux d'un original commun. D'après 
le contenu, il doit provenir du Mans ou de quelque 
église de la même région. 



i. Les manuscrits du comte d' Ashburnham, Paris, 1883, p. 80 ; cf. 
Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 6° série, t. II, p. 223 et suiv. 
2. Reproduit par M. Delisle, l. c. 



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LES MANUSCRITS. 



3° Manuscrits perdus. 



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15. — A ces manuscrits existants il convient d'en 
ajouter deux autres, perdus maintenant, mais sur 
lesquels nous avons quelques renseignements. 

L'éditeur de Mayence ajouta à son texte, déjà im- 
primé, la collation, très rapidement faite, de deux ma- 
nuscrits appartenant à Marquardt Freher et communi- 
qués par lui. L'un de ces manuscrits, coté A dans l'édi- 
tion mayençaise, n'est autre que le Parisinus 5140, qui 
sera décrit plus loin. L'autre, coté B, a échappé à 
toutes mes recherches. Mais on peut juger de son texte 
par les variantes, d'abord assez nombreuses, puis de 
plus en plus rares, qui en furent extraites. C'était un 
manuscrit de la classe A, mais seulement jusqu'au 
pape Constantin (f 715). A partir de Grégoire II son 
texte devenait identique à celui de la classe B. Comme 
le manuscrit de Cologne (ci-dessous, p. clxxvii), il 
s'arrêtait au milieu de la vie d'Etienne III, à rémuné- 
ration des évoques franks envoyés au concile romain 
de 769. Pour la première partie, les variantes permet- 
tent de constater qu'il se rapprochait beaucoup des 
manuscrits A 5 et A 6 , surtout dans les chiffres. Quand 
j'aurai ajouté que le manuscrit B de Freher était moins 
grand que le Parisinus 5140, j'aurai dit tout ce qu'il 
m'est possible d'en dire. 

Pierre Crabbe se servit pour son édition des conciles 
d'un manuscrit du Liber pontificalis appartenant à 
l'abbaye de Sigberg, près Bonn. 11 en tira d'abord 
toute la série des papes des six premiers siècles, jus- 
qu'à saint Grégoire le Grand. Au delà de celui-ci, il ne 
donne d'autres biographies pontificales que celles de 
Deusdedit, Honorius, Théodore, Martin, Eugène I er , 
Vitalien, Donus, Agathon, Léon II, Grégoire II, Gré- 
goire III, Zacharie, Léon III, Eugène II, Nicolas I or et 
Hadrien III ; encore celles de Léon III et d'Hadrien III 
sont-elles empruntées à Platina. Celle de Nicolas 1 er 
n'est qu'un mauvais assemblage de fragments emprun- 
tés à la notice de ce pape et à celle de son prédéces- 
seur Benoît III. Quant aux autres, le texte rentre dans 
la classe A pour le commencement, jusque vers le mi- 
lieu du vi° siècle, dans la classe B pour la suite. 

C'est un manuscrit du même genre, présentant au 
commencement le texte de la classe A et s'en écartant 
plus tard, qui a servi au compilateur de la troisième 
édition, celle de Pierre-Guillaume. Ici, cependant, il y 



a une complexité plus grande que dans le cas précé- 
dent; j'y reviendrai en décrivant les manuscrits de 
cette édition. 

4° Classification. 

16. — En éliminant les manuscrits perdus, abrégés *, 
de basse époque, ou dérivés d'originaux existants, le 
groupe A se réduit à six manuscrits, le Lucensis, le 
Laurentianus S. Marci, le Parisinus 317, YHavniensis, 
le Vaticanus 5269 et le Vindobonensis 632. Celui-ci se 
termine actuellement dans la notice de Vitalien (•{• 672); 
mais depuis celle de Silvère environ, le texte y est tel- 
lement remanié d'après un manuscrit de la classe B, ou 
même suivant le caprice d'un correcteur, que l'on ne peut 
guère s'en servir, après la notice d'Agapit, comme d'un 
représentant de la classe A. V Bavniensis s'interrompt 
dans la notice de Silvestre, le Laurentianus dans celle 
de Léon II. Les trois autres, qui n'ont point subi de mu- 
tilation, nous présentent jusqu'à Constantin (•£• 715) un 
texte à peu près identique. Le Lucensis est continué, il 
est vrai, au delà de cette limite, mais les vies suivantes 
y ont été ajoutées après coup; le Vaticanus a aussi 
quelques mots de la notice de Grégoire II, mais sui- 
vant une recension différente de celle que présente, 
pour cette vie, le Lucensis. Le groupe A ne reste donc 
uni et serré que jusqu'en 715. 

Il se subdivise en deux familles ; les quatre premiers 
manuscrits ont entre eux une parenté spéciale, qui les 
distingue facilement des deux autres. Cette parenté est 
même si étroite que l'on se demande par moments si 
le Lucensis n'est pas un ancêtre commun aux trois ma- 
nuscrits de Florence, de Paris et de Copenhague. Il a ce- 
pendant quelques lacunes qui ne se retrouvent pas dans 
ces manuscrits ; la parenté est donc simplement colla- 
térale. Mais elle est très étroite : l'ancêtre commun ne 
peut guère être différent de l'original du Lucensis. Il est 
du reste à remarquer que, sur les trois manuscrits en 
question, les deux dont la provenance est connue sont 
des manuscrits toscans, comme le Lucensis, et que 
l'un d'eux, le Havniensis, vient précisément d'un can- 
ton où, dès le vm e siècle, l'église de Lucques avait des 
relations étendues. Le texte de ces trois manuscrits a 
subi de nombreuses corrections orthographiques; de 

1. Outre les abrégés décrits ci-dessus, on en trouvera énumérés 
quelques autres, beaucoup moins importants, dans le § vi de ce 
chapitre. 



Classement des 
six manuscrits 
indépendants. 



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MANUSCRITS DE LA CLASSE B. 



plus, les suppressions fréquentes du Laurentianus et 
du Parisiensis ont nécessité çà et là de petits raccords. 
Mais en dehors de ces remaniements faciles à distin- 
guer, leur leçon a une grande valeur, comme confirma- 
tion et même comme rectification, sur quelques points, 
de celle du manuscrit de Lucques. 

Les retouches grammaticales sont beaucoup plus 
sensibles dans le Vaticanus et le Vindobonensis, qui, à 
ce point de vue déjà, représentent un original commun, 
du xi e siècle au moins. Ils ont en outre l'interversion 
Anicet-Pie, et les chiffres qui expriment la durée du 
siège dérivent d'une révision systématique, commune 
à ces manuscrits, à la classe E et à trois manuscrits de 
la classe C K On verra bientôt que les manuscrits des 
classes C et E dérivent d'originaux copiés dans la Tus- 
cie lombarde, au vm e siècle. Ainsi les retouches des 
deux manuscrits de Vienne et du Vatican ne nous obli- 
gent pas à chercher leurs éléments ailleurs que dans la 
patrie du groupe A I23i . Il est clair toutefois qu'ils déri- 
vent d'un original plus ancien que celui de ce groupe, 
et, à certains égards, d'un original plus parfait. En 
plusieurs cas ils ont conservé, de concert avec les ma- 
nuscrits des autres classes, la leçon primitive, altérée 
dans le Lucensis et dans ses congénères. La généalogie 
des manuscrits A peut donc se traduire comme il suit : 




De ces données il résulte que la classe A doit être re- 
présentée 1° au point de vue de l'orthographe par le 
seul manuscrit de Lucques ; 2° au point de vue de l'en- 
semble du texte par les variantes de nos six manus- 
crits, sauf celles qui ne sont que des retouches. Je 
donnerai, soit dans le texte, soit en note, la leçon du 
Lucensis, dans tous ses détails, en négligeant cepen- 
dant la plupart des corrections que ce manuscrit a su- 
bies au xii e siècle. Quant aux cinq autres manuscrits, 
leurs variantes ne seront régulièrement notées qu'en 
tant qu'elles affectent le sens et qu'elles ne représen- 
tent pas, de toute évidence, un remaniement postérieur 
et arbitraire. Le silence gardé sur leur leçon signifiera 
donc, non pas qu'elle soit celle du texte imprimé, mais 
qu'il n'y a certainement rien à en conclure contre 
celle du texte imprimé. 



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MANUSCRITS DE LA CLASSE B. 



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1° Manuscrits du texte ordinaire. 



A. — Fragments très anciens. 

17. — Taitrinensis F, IV, 18, vin siècle. 

Antiphonaire du xu« siècle, provenant de Bobbio; en 
tête sont deux feuillets de garde (hauteur m 28, largeur 
m 18) qui contiennent un fragment du Liber pontifLcalis. 
Ces quatre pages sont palimpsestes : l'écriture inférieure, 



1. Voy. ci-dessus, p. liixvjii b. — Je crois devoir atténuer ici ce 
que j'ai dit des rapports entre le texte A 68 et les manuscrits CE. Il 
y a çà et là dans le texte A 56 , même en dehors des chiffres, quel- 
ques menues retouches qui peuvent provenir d'un manuscrit C ou 
d'un manuscrit E. 



celle du Liber pontificalis, est une minuscule du vme siècle 
au moins *. 

Contenu : La fin de la vie d'Hormisdas, depuis les 
mots episcopo Iohanne, p. 270, 1. J3, et le commence- 
ment de la vie de Jean I er , jusqu'à cum cereis et cru-, 
p. 275, 1. 11. 

Copié pour moi par M. Em. Châtelain. 

2. C'est l'appréciation de mon ami M. Em. Châtelain, à qui je 
dois une description de ce manuscrit et une copie de ce qui s'en 
peut encore déchiffrer. Une note annexée au volume dit que les 
feuillets de garde avaient été lus « dopo fattavi passare sopra una 
» preparazione chimica », par le cav. Alessandro Tonso Perni- 
gossi, de Tortone, à qui le manuscrit avait été envoyé par le comte 
Cardenas de Vorlanga (?), son ancien collègue au conseil de pré- 
fecture d'Alexandrie, en 1801-1814; le comte Cardenas l'avait em- 
prunté à l'abbé Pezzi, de Bobbio, ancien moine, qui en était le pos- 
sesseur. — L'existence de ce ms. m'a été signalée par M. de Rossi. 



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B 1 18. — Neapolitanus IV, A, 8, vn e siècle. 



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Parchemin, in-4°, 300 mn » sur 280, 47 feuillets. — Ce cé- 
lèbre manuscrit palimpseste provient, comme le précédent, 
de l'abbaye de Bobbio : sur un des feuillets du milieu on 
lit, en écriture du xm' siècle, Liber S. Columbani; le feuillet 
étant déchiré à cet endroit, on ne peut constater la présence 
des mots de Bobbio qui terminent ordinairement la formule 
dans les manuscrits de cette provenance. Il appartint à Ja- 
nus Parrhasi us (1470-1533), puis à Seripandi (1493-1563), 
enfin au monastère napolitain de Saint-Jean a Garbonara, 
d'où il est venu, au commencement de ce siècle, à la bi- 
bliothèque royale de Naples. — Les huit feuillets qui con- 
tiennent le Liber pontificalis portent les numéros 40-47. Ils 
sont détachés les uns des autres ; le manuscrit n'est pas 
relié, mais conservé dans une boite en bois. Le texte du 
Liber pontificalis est à deux colonnes, en minuscule très 
fine, du vu e siècle, à raison de quarante à quarante- six 
lignes par colonne. Il est de la seconde écriture; pour 
faire revivre le texte oncial que Ton distingue au-dessous, 
Mai appliqua à ces feuillets un réactif qui les a tellement 
chiffonnés et noircis que la lecture, toujours très difficile, 
est, à certains endroits, absolument impossible t. 

Contenu 2 ; Le Liber pontificalis commence au f. 40. 
En haut de la colonne 40 « on a écrit au xm e siècle, 
dans la marge supérieure, le titre Gesta summôr pon- 
tificû, mais à l'origine il n'y avait aucun titre. L'écri- 
ture du vii e siècle commence par l'adresse de la lettre 
de saint Jérôme : Beatissimo papae damaso hierokÎmsI 
Suivent les deux lettres, puis un catalogue de papes 
jusqu'à Conon, les noms seulement avec des numéros 
d'ordre, sauf pour les deux premiers papes, dont les 
années sont marquées. Ce catalogue, disposé sur deux 
lignes verticales, se prolonge jusqu'à la septième ligne 
de la seconde colonne. On lit ensuite le texte suivant, 
en onciale : Quid est tibi marc quod ftigisti et 
tllllllllllllllllllli P uis > a P rès deux lignes en blanc, Vinci- 
pit suivant, en minuscule à filaments, plus grosse que 
celle du texte : In nomine scâe irinitatis atque sel om- 

1. Descriptions : Gataldo Iannelli, Bibliothecae latinae manu- 
scriptae catalogua, cod. VIII, p. 5 ; Ang. Ant. Scotti, étude dans les 
Memorie délia regia accademia Ercolanese d'archeologia, t. II (1833), 
p. 119 et suiv. [Cet auteur s'efforce en vain de démontrer que le 
ms. ne provient pas de Bobbio, mais de la Galabre; c'est lui, p. 121, 
qui mentionne les manipulations d'Angelo Mai.] Pertz, Archiv, 
t. V, p. 69; Bethmann, Archiv, t. XII, p. 615. C'est à Pertz que re- 
vient l'honneur d'avoir le premier découvert (1822) et signalé ce 
manuscrit. 

2. Pour l'écriture inférieure de ce ms. et même pour l'écriture 
supérieure, en ce qui ne concerne pas le L. P., on peut consulter 
les descriptions citées dans la note précédente. Ces parties du 
texte n'ont aucun intérêt pour l'histoire du L. P. 



LES MANUSCRITS. 

nés prophetKE. La série des notices commence alors, 
chacune d'elles étant précédée d'un numéro en marge. 
À la fin de la première ligne de chaque nouvelle notice 
le copiste continue dans le blanc laissé par l'alinéa qui 
précède et ne passe à la seconde ligne qu'après avoir 
rempli cet alinéa. Le huitième feuillet, le dernier qui 
subsiste, se termine à ces mots de la vie d'Anastase II 
(496-498) : qui noctu divino noto percussus est. — Il 
est impossible de dire jusqu'à quel pape s'étendait le 
liber pontificalis contenu dans ce manuscrit; au moins 
peut-on admettre, en tenant compte des limites du ca- 
talogue initial et de la haute antiquité de l'écriture, 
qu'il n'allait pas au delà du pape Conon (*j- 687). 
Copié. 



B. Manuscrits prolongés au-delà d'Etienne IL 
19. — Parisinus 13729, ix e siècle. B* 

Parchemin, in-4°, 245 mm sur 175, 161 feuillets. — Ce 
manuscrit a appartenu à Nicolas Lefebvre, précepteur de 
Louis XIII. Il passa ensuite dans la bibliothèque Harlay 
et dans celle de Saint-Germain. Anciennes cotes : XIV R, 
olim 1621, Saint -Germain-Harlay 474 bis. 

Contenu : le Liber pontificalis seulement. Première 
page en blanc; f. 1', en grandes capitales le titre: In 

NOMINE DM "67 ET SALVATORIS NRI IHV XpTlNCIPIT LIB EPISCO- 
PAL1S IN QUO C0NTINENTUR ACTA BEATORUM PONTIFICUM URBIS 

romae. Entre les lettres-préface et le texte, il y a un ca- 
talogue qui se termine ainsi : 

XCVI. Stephanus an. III m. V d. XXY11I. 

{sic) XVII. Adrianus ANNOS XX. 

XCVIII. Léo. tertius annis XX m. V. 

XCVI1II. Stephanus. annis IlIIm. V. 

C. Paschalis. annis septem. 

CI. Eugenius. annis III m. IL 
Item nomina Romanorum pontificum sine gestis. 

Sous ce dernier titre suit un catalogue terminé à Inno- 
cent III (f 1216) ; ce catalogue et les mots en italiques 
dans les cinq lignes qui précèdent ont été ajoutés au 
xm 8 siècle. Le titre Item nomina etc., est inexact, car 
les vies (gesta) des quatre papes Léon III, Etienne IV, 
Pascal et Eugène II ne figurent pas dans le manuscrit : 
la dernière notice est celle d'Hadrien I er (f 795). Entre 
le catalogue et les notices on lit le sous-titre In Dei 
nomine incipiunt gesta suprascriptorum pontificum. 
Collationné. 



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MANUSCRITS DE LA CLASSE B. 



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B 2 ' 20. — Laudunensis (Bibliothèque municipale de 
Laon), 342, ix e siècle. 

Parchemin, in-4°, 230 mm sur 200, 121 feuillets. — Il 
provient de l'église cathédrale de Laon ; on lit sur le 
premier feuillet, d'une écriture postérieure à celle du ma- 
nuscrit : Hune librum dédit domnus Dido episcopus Deo et 
sanctae Mariae Laudunensis ecclesiae. Si quis abstulerit, of- 
fensionem Dei et sanctae Mariae incurvât. Dido a été évo- 
que de Laon entre 883 et 893. 

Môme contenu que le précédent, sauf que le catalo- 
gue initial n'a été prolongé de seconde main que jus- 
qu'à Benoît III (855-858) seulement: 

Stephanusan. III m. V d. XXVIII. 

Adrianus ANNOS XX. 

Léo. 

Stephanus. 

Paschalis. 

Eugenius. ann. lllî mens. VU dies XXIII. 

Valentinus m. 1 dies X. 

Gregorius ann. XVI. 

Sergius sedit ann. III. 

Léo sed. ann. VIII m. III d. V. 

Benedictus ann. II m. VI d. XL 

Entre ce manuscrit et le précédent il y a une 
ressemblance extraordinaire, non seulement dans le 
texte, dans les variantes les plus menues, dans les dé- 
tails du catalogue placé en tête, mais encore dans l'é- 
criture elle-même. J'ai pu les rapprocher et les compa- 
rer ; il m'a semblé qu'ils devaient avoir eu le môme co- 
piste. La seule différence est que le manuscrit de Paris 
a été bien plus soigné que l'autre dans J 'exécution ma- 
térielle ; celui de Laon n'a pas passé entre les mains du 
rubriciste ; aussi les titres, initiales, et autres détails 
analogues sont-ils omis, bien que leur place ait été lais- 
sée en blanc par le copiste. 

Deux dates sont fournies par le catalogue, la 21 e année 
d'Hadrien (792) et le pontificat d'Eugène II (824-827). 
La seconde correspond vraisemblablement au temps où 
ont été copiés les deux manuscrits ou, à tout le moins, 
leur original commun. Dans le manuscrit de Laon, la 
différence d'écriture entre le texte et la note Hune li- 
brum, est très considérable; cette note étant de la fin 
du ix c siècle, le texte peut fort bien être du temps d'Eu- 
gène II. Quant à la mention Adrianus ANNOS XX, 
elle suppose que, soit l'original direct de nos deux ma- 
nuscrits, soit un de leurs ancêtres les plus rapprochés 
Liber pontificalis. 



a été écrit en 792; c'est assez dire qu'il ne contenait 
pas encore la vie d'Adrien, ou à tout le moins qu'il ne 
la contenait pas tout entière. 

Dans le manuscrit Vossianus 60 (C 1 ), qui provient de 
Saint-Remi de Reims, le catalogue initial, qui d'abord 
s'arrêtait à Etienne II, a été ensuite prolongé jusqu'à 
Etienne V (885-891) par une liste de noms, sauf pour 
Paul I ar , Etienne III et Hadrien, dont les années, mois 
et jours sont marqués comme dans nos deux manus- 
crits, y compris la particularité caractéristique Adrianus 
ANNOS XX. Si ce comput n'a pas été emprunté à 
leur original, il doit provenir de l'un d'eux, et non du 
Laudunensis, mais du Parisinus. Dans celui-ci, en effet, 
au temps d'Etienne V, les chiffres d'années n'étaient 
plus marqués après Hadrien ; le manuscrit de Laon, au 
contraire, pouvait dès lors fournir ceux de six papes, 
depuis Eugène II jusqu'à Benoît III. Cette circons- 
tance est bonne à relever, comme un indice sur la pro- 
venance du manuscrit de Paris. 

Collât ionné. 



21. — Coloniensis 164, ix° siècle ! . b 8 

Parchemin, in-4°, 260 mm sur 175, 115 feuillets, écriture 
du commencement du ix° siècle (Jaffé et Wattenbach); 
copié par cahiers et par des copistes différents. On lit sur 
le premier feuillet, de main moderne : Liber s. Pétri Colon. 
A Darmstadt il portait le n° 2147. 

Contenu : le Liber pontificalis seulement ; f° 2, après 
les lettres-préface, catalogue intitulé Incipiunt nomina 
beatorum pontificum sanctae apostolicae sedis. Il ne 
contient que les numéros d'ordre et les noms ; Anicet 
y est avant Pie, Antéros avant Pontien, ce qui est con- 
traire à l'ordre des notices dans le manuscrit lui-même ; 
signalons aussi LVIH Mercurius qui et Iohannes. Le 
dernier nom de première main est XCVHl. Léo. 
(Léon III); une seconde main a continué la liste jus- 
qu'à Jean VIII, 109 e pape, et prolongé les numéros de 
CX à CXXVII, jusqu'au bas de la page; elle a aussi 
ajouté, dans la marge du bas, une exhortation à enre- 
gistrer les noms des papes futurs : Si quis Dei et ecclesiae 
sanctae amator erit scribat in ante. Puis viennent les 
notices avec le sous-titre Incipiunt gesta suprascripto- 
rum pontificum ; le titre principal Incipit liber episco- 

1. Jaffé et Wattenbach, Ecclesiae metropolitanae Coloniensis co- 
dices manuscripti, Berlin, 1874. 

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CLXXVIII 

palis, etc. n'a pas été écrit ; mais le M, resté en blanc, 
lui était probablement destiné. Le texte s'étend jusqu'à 
la vie d'Etienne III, où il s'arrête aux mots probatis- 
simos viros scilicet (n. 276), c'est-à-dire immédiate- 
ment avant la liste des évoques envoyés de France au 
concile romain de 769. 

Le texte de ce manuscrit le rapproche beaucoup des 
deux précédents; la ressemblance se retrouve aussi 
dans certains détails d'exécution, par exemple, la pre- 
mière ligne de chaque notice, toujours écrite en majus- 
cule. Il paraît plus ancien qu'eux; les mots ne sont 
guère séparés; il y a beaucoup de ligatures; le c à dos 
brisé se rencontre souvent; les pilons des lettres verti- 
cales sont longs et fort arrondis, etc. Rien n'empêche 
qu'il ait été écrit sous Léon III (795-816), comme le 
catalogue semblerait l'indiquer. 

Gollationné. 



22. — Leydensis Vossianus 41, fin du ix° siècle. 

Parchemin, in-4°,247 mm sur 203. Ce manuscrit provient 
d'Auxerre ; on trouve en effet dans les marges le synchro- 
nisme des évoques de ce siège, noté par deux mains diffé- 
rentes, au xi e siècle et au xvi°, depuis Pcregrinus, contem- 
porain de Xystus II. — U a appartenu à Paul Petau, dont 
j'ai reconnu l'écriture dans les marges de quelques feuillets 
intervertis vers la fin. Ancienne cote : B 52. 

Contenu : le Liber pontificalis seulement. 

Il commence comme le précédent, sans titre, par les 
deux lettres-préface, suivies d'un catalogue où il n'y a 
que les numéros et les noms ; ce catalogue se termine, 
de première main, à Hadrien II (867-872); après ce 
pape les numéros continuent ; vers le xi° siècle on 
a ajouté en regard quelques noms, sans avoir égard à 
l'ordre réel des papes : 

CVIIl. Adrianus 867-87*. 

„,„._ n . GrégoireV (996-999) ou Grégoire VI 

CVIIII. Gregonus (ims-imo). 

CX. IohantieS \ Celle suite se trouve entre Jean XII, 

CXI Léo > Léon vin et Benoîl v t 950 * 

CX1I. Benedictus ; 

CXIII. GregoriuS \ Cette suite «e trouve entre Gré- 

CXIIII. SilveS ter qui €t GirbertUS. i, goireV.Silvestrell et Jean XVII 

CXV. Manne, j ^ imh 

CXVI. Benedictus ? 

CXVII. Romanus 897- 

CXVIII. Benedictus ? 

Le texte des notices se continue jusqu'à la fin de la 



LES MANUSCRITS. 

vie d'Etienne III. Une particularité tout à fait propre à ce 
manuscrit, c'est qu'il contient, dans la vie d'Etienne III, 
les deux catalogues d'évêques français et italiens, du 
concile romain de 769, que tous les autres manuscrits 
omettent. 
Collationné. 



23. — Bernensis 412, xm e siècle. 
Parchemin, in-f°, 31 feuillets. 

Fin d 'un Liber pontificalis qui s'arrêtait à Etienne III 
(f 772) , dont la notice est ici entière ; le texte com- 
mence dans la vie de Grégoire II — exarchum vel qui 
eum direxerat (n° 184) ; entre les feuillets 7 et 8 il en 
manque plusieurs qui comprenaient la fin de Grégoire III 
depuis — poribus Gallcnsium castrum (n. 203) et 
presque toute la vie de Zacharie, jusqu'à erogare neenon 
et — (n. 226). 

Gollationné. 

24. — Trevirensis 1341, xii-xiu e siècle. 

Parchemin, in-4°, 2i2 feuillets ; les 180 premiers sont 
du xu c ou du xm c siècle; les autres, ajoutés postérieure- 
ment, sont du siècle suivant. — Provient de l'abbaye de 
Saint-Mathias, près Trêves. 

Contenu : f. 1-97, le Liber pontificalis, avec lettres- 
préface et catalogue, sous le titre : Incipiunt nomina 
beatorum pontificum sanctae sedis apostolicac ; la liste 
va de première main jusqu'à Hadrien I er ; une main 
postérieure a ajouté le nom de Léon III ; viennent en- 
suite les notices, sous le titre Incipiunt gesta Romano- 
rum pontificum ; elles vontjusqu'à Etienne III (f 772) 
inclusivement. Explicit : Explicitait gesta beatorum 
Romanorum pontificum a beatissimo Damaso papa 
conscripta ex rogatu Ieronimi prespyteri. Gloria tibi 
Domine ; — f. 98 , « Brèves quaedam notitiae ! » ; — 
f. 99-180, Gesta Trevirorum\ — L 181, suite des Gesta 
jusqu'en 1259; vie de saint Henri, archevêque de 
Trêves, et de Thierry, abbé de Saint-Mathias. 

Trevirensis 1344, xiv e siècle. 

Parchemin, in-4°. — Provient du monastère de Sainte- 
Agnès dans le diocèse de Trêves. 

i. Waitz, dans les M. G. Scr., t. VIII, p. 127. 



Manuscri 
basse êp- 



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Contenu : le Ziôer pontificalis, comme dans le pré- 
cédent, sauf qu'il n'a ni l'adjonction du nom de 
Léon III au catalogue, ni Yexplicit ; — Gesta Treviro- 
rum ; — Chronique de Martinus Polonus. 



Trevirensis 1348, xv e siècle. 

Parchemin in-f°. — Provient du monastère cistercien 
d'Hemmenrodt, dans le diocèse de Trêves. Explicit : 
Liber monachoram in hym.rod. Expliciunt gesta Romanorum 
pontificum a beatissimo Damaso papa conscripta ex rogatu 
Hieronymiprespyteri. Anno gratie Mllll* LXXVIII. 

Môme contenu que le n° 1341, sauf la vie de saint 
Henri, qui manque ici. 

De ces trois manuscrits de Trêves ', les deux derniers 
sont évidemment des copies du premier, qui est un ma- 
nuscrit original pour l'une des recensions des Gesta Tre- 
virorum 2 . 



C. — Manuscrits terminés à Etienne II. 

g; 2o. — Bruxellensis 8380 (le dernier cahier est coté 
9012), ix-x° siècle. 

Parchemin in-4°, 82 feuillets. — Provient de l'abbaye 
de Saint-Berlin à Saint-Omer, d'où il passa dans la 
bibliothèque des Bollandistes. Note sur la couverture : 
Hic est codex Bertinianus de [quo] quia ita mutilus ab 
initio fuit consule lf//M/l/lfius, pag. 9 ///// 127. Ancienne 
cote (Bollandistes) : + MS 75. — Ce manuscrit a servi 
aux Bollandistes, qui le citent fréquemment sous le 
nom de Bertinianus ; c'est d'après lui ou le suivant, qui en 
est une copie, qu'a été exécuté le Liber Floridus de Lam- 
bert, en ce qui concerne les Gesta Pontificum. 

Il ne contient que le Liber pontificalis, jusqu'à 
Etienne II (*J* 757) ; plusieurs feuillets ont disparu au 
commencement, de sorte que les premiers mots sont — 
fabricas per cimiteria, dans la notice de Fabien. L'é- 
criture est grosse et soignée, les abréviations fort rares ; 
mais il y a souvent des lettres omises. Une correction 
minutieuse a été exécutée ; le plus souvent les lacunes 

1. Je dois mes renseignements sur le texte de ces manuscrits à 
l'obligeance de M. Schœmann, conservateur de la bibliothèque de 
Trêves, et à celle de Mgr Kober, évoque de cette ville. 

2. Waitz, /. c. 



CLXXIX 

ont été comblées par conjecture ; en quelques endroits 
seulement on semble avoir pris la peine de recourir au 
manuscrit original. La première ligne de chaque vie 
est en majuscule. 
Collationné. 

Audomarensis 188, xi° siècle. 

Parchemin, grand in-f°. Provient de l'église collégiale de 
Saint-Omer : note finale : Liber ecclesie sancti Aui. 

Contenu : f. 1-141, les lettres de saint Grégoire ; le 
manuscrit étant mutilé au commencement, le texte est 
incomplet ; — f. 142, le Liber pontificalis sous le titre : 
In nomine domini nostri Iesu Christi incipit liber épis- 
copalis in quo continentur acta beatorum pontificum 
urbis Bomae, quem domnus Wigumadus episcopus fieri 
iussit. Puis viennent les lettres-préface et le catalogue 
avec années, mois et jours jusqu'à Paulus sedit an. 
men. dies, sans chiffres. La dernière notice est celle 
d'Etienne II. Elle est suivie d'un catalogue des papes, 
qui va de première main jusqu'à Victor III (1087) et 
de seconde jusqu'à Pascal II (1099-1118) ; ce catalo- 
gue ne contient guère que les noms et la durée des 
pontificats. 

Le Liber pontificalis, dans ce manuscrit, est copié 
sur le précédent ; quelques petits changements ont été 
introduits par le copiste ; ainsi, à la fin des notices, l'or- 
dination des évoques est placée avant celles des prêtres 
et des diacres. 



26. — Vindobonensis 473, ix 8 siècle, fin 1 . B 6 

Parchemin, in-4°, 262 mm sur 200, 172 feuillets. — Pro- 
vient de Saint-Pierre de Worms. Note du xiv-xv c s. 
au f. { : Iste liber est sancti Pétri in Wormatia ; au-dessous 
on lit (écrit, du xvue s.) : Ms. Ambros. 277 ; puis deux an- 
ciennes cotes, XIV C 33 et HisL eccl. XC. 

Contenu : f. l'-85', le Liber pontificalis ; primitive- 
ment il commençait par les mômes titres et le même 
catalogue que le suivant et le Parisinus 13729 ; mais 
le premier feuillet ayant disparu, on le remplaça, au 
xn e siècle, par un autre, le f. 1 actuel, sur le verso du- 
quel on rétablit les lettres-préface et le commencement 

i. Lambek, Biblioth. Caesarea, t. II, c. vnr, cod. 277; — Pertz, 
Archiv, t. III, p. 668. 



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du catalogue, les noms seulement, avec des numéros 
d'ordre, jusqu'à Eutychien. Dans cette partie refaite, 
le nom du pape Denys est changé en Dioscorus. L'écri- 
ture primitive, en haut du f. 2, commence à XXVI III 
Gaius sed. ann. XI mens. I1II dies XII. Le catalogue 
se termine à Paul I er , dont les années, mois et jours 
sont indiqués ; puis vient le sous-titre Incipiunt gesta 
suprascriptorum pontificum et les vies jusqu'à celle 
d'Etienne II (f 757) ; — f. 85'-88', Révélation des re- 
liques de saint Etienne; — f. 89 blanc; — f. 90-114, An te 
omne tempus, remaniement des Gesta Francorum, suivi 
des continuations de Frédégaire 1 ; — f. 115 blanc; — 
f. 116-169 Annales de Lorsch et d'Eginhard, combinées 
avec la seconde partie de la Vie de Gharlemagne par 
Eginhard, comme il est dit dans les Monum. Germ.Scr. , 
t. II, p. 129; — f. 169'-170' Commemoratio de genea- 
logia domni Arnulfi ; — f. 171-172' : Priamus et Ante- 
nor egressi a Troia — divina largitate suscep... (le f. 
est déchiré, mais c'est la dernière ligne). 
Collationné. 

B 7 27. — Ambrosianus M, 77, ix-x e siècle. 

Parchemin, in-f°, 93 feuillets. Provient de Bobbio ; 
note au frontispice, en haut (xii e s.) : Liber sancti Colum- 
bani de Bobio ; autre note à la fin : Hic liber est mona- 
chorum conyregationis sancte Iustine de observantia ordinis 
sancti Benedicti residentium in monasterio sancti Columbani de 
Bobio ; scriptus sub numéro 69 (écr. du xv e s.). — Les deux 
feuillets de garde, au commencement et à la fin, sont des 
fragments d'un saint Augustin en onciale duvii-vm e siècle. 

Contenu : le Liber pontificalis seulement, disposé 
comme dans le manuscrit précédent, sauf que Y Ambro- 
sianus n'a subi aucune mutilation au commencement. 

C'est le manuscrit dont Muratori donne les variantes 
sous la cote A. Jusque dans les moindres détails il 
coïncide exactement avec le manuscrit précédent. 

28. — Parisinus, Nouv. acq. 2252, xi e siècle. 

Parchemin, graud in-f° à 2 col., 160 feuillets. Provient 
de l'abbaye de Cluny : Clun. 5. 

Contenu : f. 1-154, Décrétâtes pseudoisidoriennes, 
précédées de la liste des provinces, de hNotitia Gallia- 
rum etd'un catalogue pontifical qui se termine à Agapit II 

i. Krusch, Neues Ârchiv, t. VII, p. 324. 



(946-951) ; — f. 155-159, fin du Liber pontificalis ; 
le texte commence, vers la fin de la vie de Grégoire III, 
aux mots apostolorum vel omnium (n. 204) ; il va 
jusqu'à la fin d'Etienne II ; — f. 159'-160, fragment de 
commentaire sur les rites de la consécration des églises : 
His rite peractis incipit pontifex de sinistro angulo 
ab oriente scribere. . . altare linteo tergitur ; ici le ma- 
nuscrit s'interrompt. 

Aux f. 154' et 159', on lit les numéros de cahiers 
XXVII et XXX ; le Liber pontificalis occupait donc pri- 
mitivement les cahiers 28, 29 et 30. 

2° Recession d'Adhémar de Ch abat* nais. 
29. — - Alentianus 18 (Alençon, bibl. municipale), Manuscrits 

a . x , Saint-Evro 

xi e siècle. 

Parchemin, in-4°, 259 feuillets. — Il provient de l'abbaye 
de Saint-Evroult, au pays d'Ouche; sur le 1 er feuillet, on 
lit, en écriture du xiv e siècle : Ystoria Langobardorum. Li- 
ber de armariolo sancti Ebrulfi. Il y était déjà au xn ê siècle, 
comme l'atteste le catalogue publié par M. L. Delisle, dans 
le tome V de l'Orderic Vital publié par la Société de l'his- 
toire de France, p. xi. — Ancienne cote (du catalogue 
de 1682) : 124. 

Contenu * : f . 1', Passio ss. Victoris et Coronae; — 
f. 3, Passio s. Peregrini episcopi et martyris; — f. 7, 
l'acrostiche suivant : 

R ex dominans mihi, fautor ades; ne codice fam A 

O pticeat, titulus hune renitescat apu D 

H occe volumen Egolisma Roho praesul in urb E 

mnibus eximius condidit egregia M 
E cce patrum retinet tomus praeclara trophae A 
P etri quis notuit ordine clarus hono R 

1 uraque bellorum Christi inlustrissima corn V 
S anctum tlamineo quae tulit ore genu S 
C ertatimque venenosos stravere chelidro S 

rnati stolis quomodo mirific E 
P romptior ac micuit per eos primatibu ardo R 

V t fuerintque Deo subdita colla di V 

V ir pie, clare bonis, praesul Roho, comptior act V 
S emper amande mihi, accipito hos modulo S 
X enia Ademarus dederim tibi talia cur mo X 
R ite tuum scire est un de reposco detu R 

1 anua amoris adesto mihi, praeclara beat I 
S int furiaeque procul dum mihi pars pia si S 
T e sic Eparchiusque Petrus munimine coman T 
I n superi nos qui astra vehantque pol I 

i. M. L. Delisle, /. c, p. lxv, note 11, a donné une description 
de ce manuscrit. 



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Suit le Liber pontificalis avec les lettres-préface et un 
catalogue où l'on remarque les deux inversions Ànicet 
Pie et Antéros Pontien. Ce catalogue se termine à la 
première année d'Etienne V : Stephanusanno uno. Quant 
au texte, il ne va pas si loin ; il s'arrête dans la notice 
de Léon IV aux mots luciflue renovavit (n. 541); — 
f. 163, YHistoria Langobardorum de Paul Diacre (v. 
éd. Waitz, p. 34); — f. 252, vila s. Maioli abbatis; — 
f. 259, épitaphe de Mabille de Bellôme, morte en 1082. 
Alta clarentum de stirpe creata parentum i , etc. 

C'est sans doute d'après ce manuscrit qu'Orderic Vi- 
tal composa l'abrégé remanié du Liber pontificalis par 
lequel se termine le livre deuxième de son Histoire ec- 
clésiastique. Le manuscrit qu'il avait sous les yeux 
n'allait pas, pour les notices, au delà de Léon IV; il 
était accompagné d'un catalogue où Etienne V était 
dit avoir siégé un an 2 . 

Rotomagensis A, 24, xi e siècle 3 . 

Parchemin, in-f° (316 mm sur 193), 181 feuillets. — Il pro- 
vient aussi de l'abbaye de Saint-Evroult : au haut du f. 1 
on lit (écriture du xiv e siècle) : Hic liber est de monasterio 
sancti Ebrulfi; en plusieurs endroits on reconnaît, soit 
dans le texte, soit dans des annotations marginales, l'écri- 
ture d'Orderic Vital; au xvn e siècle il vint à Saint-Ouen 
de Rouen où il est resté jusqu'à la révolution. 

Contenu : f. 1, table de comput; — f. 2, Orationes 
et benedictiones de dominicis et festis; — f. 9, le Liber 
pontificalis : d'abord les deux lettres-préface, puis un 
catalogue arrêté à la première année d'Etienne V : 
Stephanus anno uno, enfin les notices Primus beatus 
Petrus, etc., jusqu'à ces mots de la vie de Constantin : 
communicans princeps ab eius manibus proque suis 
delictis (n. 173), au bas d'un v°; le manuscrit a perdu 
sans doute quelques feuillets en cet endroit; — f. 40, 
Expositio b. Àmbrosii de psalmo L; — f. 48, les 
quatre évangiles et les quatorze épîtres de saint Paul ; 
— f. 178-181, suite du recueil liturgique du commen- 
cement. 

Le liber pontificalis contenu dans ce manuscrit est 
une copie, remaniée et abrégée çà et là, de celui du 
manuscrit précédent. 

1. Orderic Vital, éd. cilée, t. II, p. 411. 

2. Éd. cit., t. I, p. 456, 451. 

3. Les renseignements que je donne sur ce manuscrit m'ont été 
fournis par M. Omont, attaché à la Bibliothèque nationale, et par 
M. l'abbé Am. AUard, du clergé de Rouen. 



Parisinus 5094, xi e siècle. 

Parchemin, in-4°, 280 mm sur 190, 139 feuillets. — Baluz. 
349; Reg. 3900,3. 

Contenu : Le Liber pontificalis seulement, précédé 
du même catalogue que dans YAlentianus; mais comme 
le premier feuillet est perdu, il manque les noms des 
trois premiers papes et les lettres-préface. 

Le texte est identique à celui de YAlentianus; il se 
termine aux mêmes mots, sans mutilation; la moitié 
du f. 139 recto et le verso sont en blanc. Ce manus- 
crit a probablement été plus considérable autrefois ; on 
lit en effet, au haut du f. 2, la note suivante : Gesta 
pontificum CM, apassione Christiusque VIII e XXXIII 
an. mens. I dies XXIIL Gesta Langobardorum. Il 
aurait ainsi contenu l'histoire des Lombards ; cette cir- 
constance achève sa similitude avec YAlentianus. 



30. — Ottobonianus 2629, xv e siècle. 

Papier, in-f*>, 142 feuillets. — Il a appartenu à Paul Pe- 
tau, dont le nom se lit aux f. 1 et 83. Plus tard il passa 
dans la bibliothèque do la reine Christine, où il porta 
le n° 69; il y était encore en 1755; c'est sous cette cote que 
le décrit Ugolini (Vignoli, t. III, préf.). 

Contenu : i. 1, le Liber pontificalis seulement, avec 
la même étendue et les mêmes dispositions que dans 
YAlentianus, mais sans l'acrostiche; — f. 78, scholies 
de Pierre, évêque d'Orviéto, sur le Liber pontificalis; 
ces scholies, rédigées au quatorzième siècle, sont faites 
pour un autre texte que celui-ci ; il en sera question 
dans le tome II. 

Le texte de ce manuscrit est, pour le fond, identique 
à celui des deux précédents ; mais il y a des retouches 
faites d'après un manuscrit d'une recension différente, 
le même, probablement, d'où proviennent les scholies. 
On y trouve ainsi, dans la notice de Marcellin, une 
allusion au concile de Sinuesse et, dans celle de Sil- 
vestre, le texte de la donation de Constantin. 



Parisinus 5145, xv e siècle. 

Papier, in-f , 134 feuillets numérotés, plus le premier, 
qui n'a pas de numéro. — Ce manuscrit est formé de deux 
fragments : le premier (f. 1-57) porte une numérotation 
antérieure, de 235 à 299; le second (f. 58-134), d'une écri- 
ture différente, était autrefois numéroté de 144 à 233; on y 



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Saint-Martial 
do Limoges. 



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trouve quelques feuillets de parchemin. Il provient de la 
collection de P. Pithou; Colbert. 736; Reg. 4060, 4. 

Contenu : Première partie : les lettres-préface, le 
catalogue jusqu'à Stephanus anno /, les notices, comme 
dans YAlentianus et le Parisinus 5094; mais le texte 
ne va pas jusqu'à Léon IV, il s'arrête, dans la vie de 
Sergius II, aux mots almifîcus et beatissimus papa 
schoiam cantorum (n. 490), par mutilation du manus- 
crit. Comme dans Y Ottobonianus il y a beaucoup de 
retouches, pas toujours les mêmes cependant, bien 
qu'elles paraissent empruntées aux mêmes sources. 

Seconde partie : f. 58, Scholies de Pierre d'Orvi'to; 
— à la fin (f, 126), Explicit cronica Damasi pape de 
cathalogo Romanorum pontificum; — f. 127-128, pe- 
tites notices sur les empereurs et les papes, tirées de 
Martinus Polonus. Elles s'arrêtent à Adrien IV et à Fré- 
déric Barberousse; — f. 129-134, table alphabétique 
des scholies ci- dessus. 

Une main moderne a ajouté en capitales, au com- 
mencement, le titre et le sous-titre, comme dans le 
Parisinus 13729. 

31. — Parisinus 2400, xi° siècle. 

Parchemin, petit in-f°, 288 mm sur 180, 200 feuillets. — 
Provient de Saint-Martial de Limoges (v. la note de la page 
clxxxiv a) où il portait le n° LXV. — Reg. 4069, 3. 

Contenu : f. 1-102, Amalaire, De divinis officiis; 
on lit à la fin, au minium : Explicit liber Simphosii 
Amalarii presbyteri venerabilis de divinis officiis, 
quem misit ad Ludovicum et Lotharium reges filios 
Caroli Magni imperatoris; quem librum in hoc corpore 
transcribi curavit Ademarus indignas monachus in 
honore Dei et sancti //////////// 1 ; — f. 103-130, 
collection canonique dite d'Hérouville (Maassen, Quel- 
len, t. I, p. 829); — f. 130-131, De heresibus christia- 
norum. Quidam heretici qui de ecclesia recesserunt..., 
liste d'hérésies, qui se termine aux Gnoitae et Tritoi- 
tae (Agnoètes et Trithéistes, vi e siècle); — f. 131- 
132', De sepidturis sanctornm patrum, depuis Adam 
jusqu'à Tite, disciple de saint Paul; saint Martial a na- 
turellement sa place parmi les personnages du Nouveau 
Testament; — f. 132'-133, Incipit de chronica, Adam 
cum esset CXXX annorum, chronique de sex aetatibus 

• l. Le nom gratté n'est certainement pas Benedicti, comme l'a im- 
primé MabiUon (Vet. Anal., p. 432), ni Martialis, mais plutôt 
JSparchii; un p certain comme seconde lettre; un c plus loin. 



mundi, continuée jusqu'à Charlemagne; elle finit ainsi : 
A Carolo et Carlomanno usque ad Carolum sunt 
anni //// or . Inde Carolus Magnas rex Franciae et 
imperator Romae; — f. 133'-136, Epistola {prima) 
démentis ad Iacobum; — f. 136-138, Sermo Girberti 
philosophie papae urbis Romae, qui cognominatus est 
Silvester, de informatione episcoporum (Migne,.P. L., 
t. GXXXIX, p. 169); — f . 138-151, Jncipiunt gesta 
apostolicorum Romanorum. Primus episcopus Romae 
beatus Petrus... un abrégé du Liber pontificalis. Sur 
un demi-feuillet intercalé avant le f. 138, on a suppléé, 
de la même main que le reste, les deux lettres-pré- 
face, auxquelles sont jointes de petites annales d'An- 
goulême, de 886 à 993 {Mon. Germ. Scr., t. IV, p. 5), 
dont le commencement figure un peu plus loin, au 
f. 182'. Cet abrégé est fait évidemment sur un texte 
semblable à celui de YAlentianus et du Parisinus 5094 ; 
mais on s'est servi d'un manuscrit plus complet que 
ceux-ci, qui comprenait, outre la vie entière de Léon IV, 
celles de Benoît III et de Nicolas I er . La notice d'Ha- 
drien II est particulière à cet abrégé *. 

1. Adrianus papa GVIII sedit ann. V, natione Romanus, pâtre 
Iulio. Hic ecclesiis ornamenta multa preciosa superadministravit. 
Hic antiphonarium Gregorianum sicut anterior Adrianus di versa 
per loca corroboravit et secundum prologum versibus exametris 
ad missam maiorem in die primo Adventus Domini nostri Iesu 
Christi decantandum instituit, qui similiter incipit sicut anterio- 
rîs Adriani proemium quod ille ad omnes missas in eadem do- 
minica prima Adventus Domini decantandum strictissimum con- 
fecerat ;